Indentité plurielle et les statisTiques ethniques

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Identité plurielle a encore frappé. Cette fois, c’est pour accuser les Français de tuer leurs épouses, se basant sur des statistiques non ethniques, et de comparer ces violences à l’interdiction du burkini. 

Je ne nie pas que les Français de souche soient parfois capables de violence comme les autres peuples. Mais dire que les Français sont plus violents que les autres peuples, c’est faux! si les Français avaient été aussi violents que cela en ménage, on l’aurait vu il y a une génération. Un peuple ne devient pas soudain violent en quelques années.

Mais les cas de meurtre par roqya, ou les cas de coups administrés aux femmes parce qu’elles ne portent pas le voile, ou parce qu’elles sortent sans permission, ou parce que leur mari “craint” qu’elles ne le prenne de haut, tout cela est comptabilisé au titre de “violences françaises” alors que cela se fait contre la loi et la mentalité françaises: cela ne peut pas être qualifié de français.

Tant que les statistiques ethniques et religieuses seront interdites en France, on ne saura pas quelle est l’origine de ces hommes qui tuent leurs femmes, et on traitera de “tueurs français” des tueurs qui n’ont de français que la nationalité qu’ils ont acquise par mariage ou par droit du sol. 

On prétend que c’est par humanité que les statistiques ethniques et religieuses sont interdites. C’est totalement faux. Car les femmes musulmanes sont opprimées pour des raisons religieuses (Voir à ce sujet L’islamisme et les Femmes). Il en est de même des femmes dont le mari est originaire de certains pays, le Mali par exemple, où le taux de femmes battues est un des plus élevé au monde.

Si les statistiques permettaient de réaliser que dans certains groupes religieux ou ethniques en France, les femmes sont davantage victimes de violences conjugales que les autres, on pourrait, au moins, leur porter secours et les protéger.

Lina Murr Nehmé, 27 juillet 2019

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Joumblatt: L’occupant syrien plutôt que le Président maronite

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Joumblatt a qualifié de “racisme” le renvoi des réfugiés syriens dans leur pays, où la majorité du territoire ne connaissait plus la guerre. Pourtant, il s’agit d’une question existentielle, puisque ces réfugiés sont pour beaucoup dans la crise actuelle. Acceptant de bas salaires, ils ont pris beaucoup d’emplois qu’occupaient des Libanais qui se sont retrouvés au chômage. Ils ont leurs besoins en eau, en électricité, dont ils tirent plus de 40 % de façon illégale. Une partie du rationnement en électricité est due à cela. Plus de 200.000 enfants sont scolarisés dans les écoles gouvernementales libanaises, qui, nécessairement, n’avaient pas autant de places de libres.

Grâce aux ONG, les enfants syriens ont la priorité, et beaucoup d’enfants libanais, n’étant pas ainsi soutenus, ne trouvent plus de place à l’école. Sans compter le danger potentiel que représente l’existence, au Liban, de plus de 200.000 réservistes syriens qui pourraient être armés et se battre. Les amateurs de djihadistes levantins ne manquent pas. Or les ONG paient aux Syriens de l’argent s’ils sont au Liban, mais non s’ils rentrent chez eux. Cela les fixe au Liban.

C’est notamment en juin 2018, quand le gouvernement libanais étudiait les moyens de renvoyer ces réfugiés, que Joumblatt a parlé de “racisme”. Il y a eu un tollé au Parlement. Le ministre libanais de la Défense a publié ce fac-similé datant de 1989, d’une interview de Joumblatt disant au Figaro qu’il préférait la botte des Syriens à celle des maronites. C’est-à-dire l’occupation à la Présidence d’un chrétien maronite. Pourtant, le Président n’est maronite que parce que c’est la communauté la plus nombreuse au Liban, à condition de compter les Libanais qui exercent la liberté de déplacement que leur octroie la Constitution, en ne résident pas nécessairement au pays.

Que de trahisons anciennes ont été oubliées! Et comment expliquer que Joumblatt soit l’homme avec lequel les grandes puissances occidentales aiment le plus traiter? Nonobstant le fait que c’est le seul criminel de guerre qui, au Liban, ait commis un génocide (en 1983). Pour cela, il a accepté les ordres, l’argent et les armes fournis par la Syrie et l’Union Soviétique. Et il a introduit des armées syrienne et palestinienne dans la montagne pour massacrer ses compatriotes.

Qui est plus criminel? Joumblatt ou les chefs et les médias occidentaux qui le prennent au sérieux quoi qu’il fasse? Et qui ne signalent jamais au public qu’il est un criminel de guerre, un hors-la-loi qui échappe à la justice de son pays parce que l’Occident le soutient?

Pourquoi aiment-ils tant traiter avec lui? Probablement parce que, comme l’a raconté Yves Bonnet, ancien chef de la DGSI, Joumblatt se vend aux services secrets étrangers (et donc aussi à leurs politiciens). Il fait ce qu’ils veulent. Il est une courtisane de luxe, qui n’a même pas honte d’avouer qu’elle se vend, puisqu’il est si fort de la force procurée par les grandes puissances. (On trouvera des interviews de Joumblatt avec ses aveux concernant le fait que la Libye, la Syrie et l’Union Soviétique l’aient payé et armé, cités dans mes livres “Le Liban assassiné”, et “Du règne de la Pègre au réveil du Lion”.)

A noter que Joumblatt s’est retourné quand les grandes puissances se sont retournées contre les Syriens. Il a même appelé à un génocide des druzes de Syrie, sous prétexte que ces derniers ne combattaient pas leur régime. C’est que, en Syrie, les minorités sont toutes opposées à al-Qaïda (Nosra) et à l’ASL, qui professe la même doctrine et use des mêmes méthodes. Obligatoirement, elles seront avec le régime contre ces terroristes. Contrairement aux puissances occidentales qui soutiennent Joumblatt et ses pairs, contre l’Etat libanais. Une histoire qui dure depuis des décennies.

L’Union Soviétique a changé, le régime syrien a changé, la Chine a changé, et l’Etat islamique est né. Mais l’amour des politiciens occidentaux pour Joumblatt demeure.

Lina Murr Nehmé

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“Nous toutes” s’accommode avec les islamistes

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Une manifestation “féministe” devait se tenir ce samedi 23 novembre, à Paris. Une partie du défilé est certifiée “non-mixte”. Ce concept de “non-mixité” (qui peut carrément être raciale, dans certains colloques indigénistes) est un symptôme des accommodements avec l’islamisme.

Il est bien spécifié que le but de cet espace d’exclusion des hommes est que la manifestation soit “inclusive”, et donc, que viennent les femmes qui ne veulent pas côtoyer des hommes. Je ne vois pas à cela un but autre que religieux: les textes que j’ai compilés dans L’islamisme et les Femmes, vous expliquent pourquoi.

Des féministes devraient donc exclure les femmes qui acceptent de se soumettre à ce genre de diktat, car ce sont ce genre de femmes qui se font le plus violer. Parce qu’elles acceptent ces lois, les femmes non voilées sont insultées, parfois violées et (ou) tabassées dans les quartiers. 

Souvent, elles ne sont pas libres de refuser. Mais vous voulez une manifestation de femmes qui ne sont pas libres? A quoi bon des femmes qui exprimeraient la volonté des hommes? Si elles ont accepté qu’on les transporte au Moyen Age qu’ont fui les femmes d’Afrique du Nord, est-ce à nous de leur permettre de transporter le pire de l’Orient — son oppression — en France? 

Quelqu’un peut-il dire tout cela de ma part aux organisatrices de cette manifestation? 

Merci

Lina Murr Nehmé, 23 novembre 2019

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Grossière désinformation américaine sur le Liban

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On ne se serait pas attendu à ce que Libération, journal fondé par J.P. Sartre, se mette à copier ce que disent les Américains. Le cycle des manifestations contre les taxes a été entamé par le Hezbollah, dont le public est très pauvre. Qu’on aime le Hezbollah ou non (et je suppose que c’est le cas de Libération), on ne peut pas dire que les manifestations se font contre l’Iran. Ni que ces manifestations sont d’une non-violence exemplaire. Quand on me dit qu’en Irak et au Chili, il y a des morts, je réponds: “Mais au Liban, il n’y en a pas eu parce que ceux qui étaient insultés ont donné l’ordre de ne pas répondre.”

En effet que feriez-vous si, ayant le sang chaud comme les Levantins, vous entendiez chanter en boucle un refrain totalement stupide, mais lancé dans le but de provoquer une guerre civile: “Héla héla héla héla ho, Gebran Bassil, le vagin de sa mère.” Ainsi de suite, des milliers de fois en un jour. Ou encore: “Mon pénis dans Gébran Bassil et dans son beau-père”. Sachant que Gebran Bassil est chef du plus grand parti du pays, même si à la vérité il a été désigné par son beau-père le général Aoun, mais qui a été critiqué par à peu près tout le monde pour ce choix. Contrairement à Bassil, Aoun est l’homme le plus populaire du pays, si l’on en croit les élections: son bloc est le plus gros de l’Assemblée nationale, et le seul grand parti qui ne soit pas confessionnel.

Ce n’est pas le cas des partis qui prétendent parler au nom des manifestants, et qui tiennent cour dans les tentes, offrant café et rafraîchissements, et recevant la presse. Aux élections, et malgré toute la publicité que leur avaient procurée les médias en 2015 à l’occasion de la crise des ordures, ils n’ont pu obtenir qu’une seule députée. Exploiter un mouvement de révolte populaire contre les impôts pour réclamer un renversement du pouvoir, est une tentative de coup d’Etat de la part d’un parti si peu populaire qu’il ne peut pas se faire élire. Car si des élections avaient lieu maintenant, elles produiraient, plus ou moins, les mêmes députés, ou du moins, les mêmes forces. 

Les précédentes élections avaient été déclarées honnêtes par les observateurs envoyés par la communauté internationale. Dans le jeu démocratique, on attend son tour. En exigeant des élections immédiates pour renverser un parlement vieux de deux ans seulement, et alors que son renouvellement a lieu dans deux ans, les leaders du mouvement montrent qu’ils ne seraient pas élus s’ils ne profitaient du battage publicitaire en cours. Il est vrai qu’ils bénéficient d’une exposition médiatique inouïe depuis cinq semaines. Si l’on se souvient du battage médiatique positif dont a bénéficié le candidat Macron, et négatif subi par ses adversaires, on réalise combien l’exposition médiatique positive d’un cadidat, et négative de ses adversaires, fausse le résultat des élections. Ceci, sachant que pendant la campagne électorale française, un temps égal avait été donné dans les médias, à tous les candidats. Il pouvait y avoir de la tricherie, mais du moins, le temps de parole était comptabilité.

C’est le cas au Liban durant les campagnes électorales, mais ce n’est pas le cas maintenant. Durant des semaines, plusieurs chaînes de télévision ont couvert les manifestations 24h sur 24, sans vraiment donner à l’autre bord voix au chapitre. Les médias n’interrogent que les individus qui sont sur les places et non ceux qui sont restés chez eux. Quant aux politiciens, le chef de l’Etat a été extrêmement mal desservi, d’abord par un discours découpé de façon lamentable, ensuite, par une phrase malencontreuse qui a circulé partout, alors que les médias n’ont pas trouvé à redire aux “Héla héla héla héla ho, Gebran Bassil, le vagin de sa mère,” aux “mon pénis dans Gébran Bassil et dans son beau-père”, sans compter le reste. Une journaliste de télévision s’est même permis d’écrire sur les réseaux sociaux qu’elle sentait que ce refrain allait devenir l’hymne national!

Au Liban, ce sont des mots très, très gros qui peuvent aboutir au meurtre. Et, ainsi chantés par des foules, ils peuvent aboutir à la guerre civile. A laquelle se préparaient d’ailleurs les anciens seigneurs de guerre qui sentent déjà l’odeur du sang. C’est pourquoi de véritables barrages de guerre avaient été établis dans la région chrétienne, en prévision, probablement, de la riposte des très nombreux partisans du général Aoun (qui forment encore la majorité chrétienne, comme le prouvent les élections). Et donc, de la guerre civile qui aurait pu avoir lieu. Ce qui ne veut pas dire que les cœurs ne sont pas bouillants de colère, y compris ceux des personnes hostiles à Aoun, mais qui ont été empêchées pendant cinq semaines d’aller au travail. Et donc, qui n’ont pas été payées, ou qui ont été licenciées ou risquent de l’être parce qu’une entreprise qui a acheté des machines à crédit, ne peut payer un mois de salaires et de traites bancaires, si elle n’a rien produit, et n’a pas eu de rentrées.

Les chiites ne sont pas aussi patients que les chrétiens. D’où la demande de Nasrallah à ses miliciens d’évacuer les places, disant dans un demi-sourire que c’est pour qu’ils n’entendent pas les insultes adressées à lui, et qu’ils ne se sentent pas obligés de les venger. De fait, un groupe de chiites se réclamant de Berri et de Nasrallah est allé se venger des insultes que recevaient ses chefs (insultes pourtant bien moindres, en quantité, que celles que reçoivent les hommes les populaires de la communauté chrétienne), en détruisant les tentes où se tiennent les organisateurs des manifestations de Beyrouth. 

Des tentes chères, mais payées par l’Arabie Saoudite: c’était écrit dessus. Elles ne furent donc pas difficiles à remplacer. Reste à savoir pourquoi l’Arabie paie des tentes à des manifestants au Liban, alors qu’elle était hostile aux manifestants de 1989-1990. Et qui paie l’Internet haut débit gratuit à des dizaines de milliers de personnes, et qui leur a payé la sono, l’électricité et le reste ? L’électricité, surtout, me pose problème. De même que cette fête de l’Indépendance qui a été faite au nez et à la barbe de l’armée libanaise qui a été empêchée de le faire par les manifestations. Une fête qui a coûté en matériel et surtout en feu d’artifice, plus de 100.000 dollars américains. Qui paie cela? Certainement pas les pauvres affamés et les chômeurs.

Le blocage des routes a forcément entraîné la fermeture des écoles et des universités. D’où la jeunesse de la foule, devant laquelle se sont extasiés les médias d’Occident. Il n’y a rien d’étonnant à voir les jeunes là où ils ont une kermesse gratuite tout le jour, et une boîte de nuit gratuite au coucher du soleil.

La destruction des tentes a davantage choqué les médias d’Occident, que le fait de voir un avocat recevoir des coups de hache au crâne, parce qu’il était venu critiquer le discours des chefs qui parlent au centre-ville. Ou de voir les gens interdits d’aller au travail ou à l’hôpital ou à l’école, par des barrages établis par des miliciens en civil. Appelez cela un parti-pris, si vous le voulez. Le fait est que l’information est rapportée en Occident comme s’il y avait des races spérieures et des races inférieures. Les races supérieures sont bichonnées: tout ce qu’elles font est admirable, et il faut occulter leurs aspects négatifs. Quant aux races inférieures, elles peuvent avoir des blessés à la hache pour délit d’expression (et un coup de hache au crâne, ça peut tuer!), on n’en parlera pas.

Jeffrey Feltman ne sait-il pas tout cela, après toutes ces années passées comme ambassadeur américain au Liban? Non, visiblement puisqu’il est un adepte de la race supérieure. Il l’a prouvé tout au long de son mandat. Il a écrit, dans son rapport au Congrès, que Nasrallah avait ordonné aux chiites de quitter les manifestations. Qu’il aime ou n’aime pas Nasrallah, son discours peut apporter au Liban une guerre dont le pays se passerait volontiers. Dans ce cas, un ancien ambassadeur américain au Liban devrait prendre la peine de se faire traduire les discours de Nasrallah: s’il l’avait fait, il aurait su qu’il a, à plusieurs reprises, appelé les manifestants à rester sur les places et à faire de la pression, mais à laisser les routes ouvertes. Et je le répète: aimer ou ne pas aimer Nasrallah n’est pas censé influer sur le travestissement ou non, de son discours. Quand on attribue une parole à Nasrallah, il faut qu’il l’ait dite. S’il a dit le contraire à plusieurs reprises, on produit une très grave désinformation.

Mais ce n’est pas la seule bêtise qu’ait dite Feltman et que la presse occidentale ait reproduite aveuglément, sous prétexte qu’il a été ambassadeur omnipotent, au point de décider de la composition du parlement libanais, en interdisant au Liban, en 2005, le mois de délai demandé pour modifier la loi électorale imposée par l’occupant… après la fin de l’occupation. C’est pourquoi la corruption imposée sous les Syriens, se poursuit aujourd’hui. Car une loi électorale honnête, non imposée par Abdel-Halim Khaddam et Ghazi Kanaan aurait amené au pouvoir des députés non corrompus, un Premier ministre non corrompu, et tout ce monde aurait refusé l’argent de la corruption versé par les chancelleries. Ça, ça n’arrange pas les Américains! Comment pourraient-ils faire faire ce qu’ils veulent à des gens qui n’acceptent pas de se vendre? Mais c’est toujours la faute des autres, du tiers-monde, s’il est corrompu. Jamais la faute des grandes sociétés qui financent les campagnes électorales américaines, ouvertement ou en secret. Celui qui jette ainsi des millions, veut avoir sa contrepartie.

Voyez cette bêtise écrite par Feltman dans son rapport: “Russian mercenaries enabling General Haftar’s assault on Tripoli in Lebanon gives Moscow a toehold on the southern Mediterranean”.

https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2019/11/FP_20191119_lebanon_feltman.pdf
(Capture d’écran prise le 24 novembre 2019)

Quel idiot! Il a confondu Tripoli de Libye (où le général libyen Khalifa Haftar a lancé un assaut, et qui se trouve effectivement au sud de la Méditerranée), et Tripoli du Liban, sur laquelle aucun général n’a lancé un assaut, et qui se trouve à l’est de la Méditerranée ! (1) 

C’est ça, la littérature sur laquelle l’Occident, et même une partie de l’intelligentsia libanaise s’appuient pour s’informer au sujet de ce qui se passe au Liban! Je ne les félicite pas.

Lina Murr Nehmé, 24 novembre 2019

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Pakistan : Exploitation de la loi anti-blasphème

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Au Pakistan, la loi antiblasphème est souvent utilisés pour vider des contentieux personnels ou se débarrasser de gens dont on convoite la propriété, ou qu’on déteste, tout simplement.

Tel fut le cas de Shahzad Masih, 28 ans, et de sa femme, Shama, 25 ans, tués à Lahore, en 2014. Tous deux étaient chrétiens. Ils avaient quatre enfants et en attendaient un cinquième.

Le couple avait déménagé en 2010 dans le village de Chak, parce que Shahzad y avait trouvé du travail dans la briqueterie du musulman Gujjar Yousaf.

Shahzad Massih contracta une dette envers son employeur Youssaf Gujjar. Il se trouva incapable de la rembourser, la maladie l’ayant empêché de travailler à temps plein. Le samedi 1er novembre 2014, Youssaf Gujjar, accompagné d’un petit groupe d’amis, pénétra par effraction dans sa maison et le battit brutalement.

Le dimanche 2 novembre, Shama brûla du matériel ayant appartenu à son défunt père, y compris des morceaux de papier. L’un des ouvriers l’accusa d’avoir brûlé des pages du Coran, alors qu’en réalité il ne s’agissait que de papiers et d’amulettes.

Le mari et la femme furent enlevés et enfermés dans une pièce près de la briqueterie. Le matin du 4 novembre, Yousaf Gujjar annonça dans la mosquée locale que le couple chrétien avait commis le crime de blasphème.

Les deux jeunes gens furent traînés par une foule d’au moins 350 à 400 personnes en colère, qu’un ouléma local souleva sur la base de la prétendue affaire de désécration du Coran. Ils furent lapidés avec des briques, puis brûlés vifs. L’événement se déroula dans une briqueterie du district de Kasur, à environ 60 km de Lahore, dans la province pakistanaise du Pendjab.

“Nous avons vu dans le passé des foules faire pression et s’arroger le droit d’exécuter la loi de leur propre initiative, dit Mgr. Rufin Anthony, évêque d’Islamabad-Rawalpindi. De tels incidents n’ont pas été condamnés par les chefs religieux, ce qui a encouragé la populace à exécuter sa propre justice. Si des mesures concrètes avaient été prises dans le passé [à l’encontre des foules meurtrières], cet incident barbare aurait pu être évité. Attaquer et brûler deux innocents sur la base de simples allégations est une parodie du système judiciaire”.

Avec une population de plus de 180 millions d’habitants (dont 97% de Musulmans), le Pakistan est le sixième pays le plus peuplé du monde, le deuxième plus grand pays musulman après l’Indonésie.

Environ 80% des musulmans sont sunnites, tandis que les chiites représentent 20%, les hindous 1,85%, les chrétiens 1,6%, et les sikhs 0,04%. Lors de la création du Pakistan, ces minorités étaient beaucoup plus nombreuses: elles sont représentées par la bande verticale blanche qui figure sur le drapeau national.

Des dizaines d’incidents violents se sont produits entre 2009 contre des communautés entières (Gojra en 2009 et Joseph Colony , Lahore, en mars 2013), des lieux de culte (Peshawar, septembre 2014) et des personnes (Sawan Masih, Asia Bibi, Rimsha Masih et Robert Fanish Masih, décédé en prison), souvent perpétrés au nom de la loi antiblasphème au Pakistan.

Info rapportée par Asianews, 2014

Lina Murr Nehmé, 21 novembre 2019

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Misère de Ladj Ly

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Victor Hugo a appelé “Les Misérables”, un livre parlant des Français qui ont du mal à joindre les deux bouts. 

Ces mêmes Français, aujourd’hui, se recrutent parmi les chômeurs, les retraités, les soldats, les policiers, et parfois, le hasard des ordres du Président et de son préfet les placent les uns contre les autres. Comme au temps d’Hugo. 

La mondialisation les a privés, non seulement de travail, mais aussi du droit de se plaindre. Car pour intéresser le public avec un roman, avec un film de cinéma, il faut de la publicité, et la publicité, qui est-ce qui la donne? 

Ne me faites pas de baratin au sujet de la qualité. La qualité, on en voit tous les jours. Mais elle ne perce pas parce que c’est de la qualité, elle perce s’il y a de l’argent. Que d’œuvres d’une qualité très supérieure, dorment parce qu’elles sont du mauvais côté de la bienpensance !

La liberté et la vertu de la presse ont leurs limites très strictes et très étroites, surtout en ces temps de dèche. Vous aurez certainement plus de publicité si vous êtes un ami de MBS — ce qui est le cas des gens qui, comme Ladj Ly, font des long-métrages favorables aux émeutes des banlieues en 2005 et qui feront pleurer dans les quartiers — que si vous êtes un ami du “populo” français, du public dont parlent les “Misérables” d’Hugo et des orateurs qu’applaudit ce public.

Zineb El Rhazoui, Patrice Quarteron et Eric Zemmour se sont-ils jamais permis de qualifier les défenseurs du camp adverse de “conne”, de “conasse” et de “fils de pute”? Ici, on ne peut pas parler de racisme, puisque tous trois sont issus de l’immigration ou ont de la couleur: par définition, on ne peut pas être raciste contre ses propres origines. Et quoi qu’en disent leurs ennemis, quand est-ce qu’ils ont attisé la haine autant que Ladj Ly (fac-similé), Yassine Belattar, Médine et les autres? Car il y a eu, rien qu’en France, près d’un mort et un ou plusieurs blessés tous les trois jours pour cause de terrorisme islamiste. (Si on veut parler du reste de l’Europe, il y en a bien davantage.) Combien de ceux qui ont écouté Zineb, Zemmour et Quarteron ont tué? Moi, je trouve que ces trois sont très courageux, car il est très difficile de se faire traiter de tous les noms par des gens qui ont la même origine que soi. Il aurait été tellement plus rentable pour eux de défendre l’autre bord, celui que défendent les riches. Ils auraient entendu bien plus de miel et bien moins de fiel. 

Il y a les gens qui plaisent à ceux qui ont de l’argent, et il y a les vrais misérables, qui se font même voler leur titre de misérables. Les vrais misérables, ce sont ceux qui, de nos jours, ne peuvent pas être défendus. Il n’y a pas de misère pire que celle-là. J’ai vécu cela depuis le début de la guerre du Liban. Nous avions avec nous la vérité, les preuves, mais personne ne voulait entendre, car les puissances du pétrole finançaient les autres. Et elles continuent. Si vous voulez savoir qui défend des innocents et qui défend des coupables, cherchez dans quel camp se trouvent les puissances du pétrole. Vous trouverez que c’est toujours ce camp qui bénéficie de la bonne publicité. C’est lui qui est sympathique, et ce sont ses ennemis qui sont antipathiques. Il attaque? La presse, les politiciens et l’intelligentsia ignorent ou excusent. Il subit des représailles? La presse, les politiciens et l’intelligentsia crient au scandale et aux violations des droits de l’homme. 

Lina Murr Nehmé, 22 novembre 2019

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En France, Les vrais pauvres ne sont pas criminels

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D’après une étude citée par Xavier Raufer, la pauvreté n’est pas dans les banlieues mais dans la France rurale, là où on ne vole pas de voitures, où on n’en brûle pas non plus, où il n’y a pas de violences, ou très peu. Donc la violence des banlieues, notamment en 2005, ne s’explique pas par la pauvreté, contrairement à ce que prétendent ses défenseurs.

Je l’ai d’ailleurs expliqué dans Fatwas et Caricatures​ en citant les textes d’al-Qaïda qui appelle à nuire aux “mécréants” en brûlant leurs voitures comme un genre de djihad (ci-dessous, fac-similé d’une page de Fatwas et Caricatures).

Xavier Raufer ajoute que les cinq département les plus pauvres de France, ceux où les gens ont des maisons qui croûlent, où les prestations sociales ne sont pas reçues parce qu’elles sont inconnues, sont des départements de la France rurale comme le Cantal.

Il en conclut que la justification que fait Victor Hugo de la violence dans “Les Misérables”, en l’expliquant par la pauvreté, n’est pas vraie.

C’est déjà ce qu’avait prouvé René Girard dans “Mensonge romantique et vérité romanesque”: Hugo et les romantiques sont de grands menteurs, contrairement à Dostoïevski, Shakespeare et même Flaubert, qui dissèquent les tréfonds de l’âme humaine, et montrent ce que l’homme a de moins beau.

Je sais que bien des mouvements sociaux justifient leur violence à la Victor Hugo, par la pauvreté, ou par leur prétention à jouer les Robin des Bois. C’est bien à ce titre qu’al-Qaïda et les caïds des quartiers appellent à frapper, à casser, à tuer du Blanc. Mais ce n’est pas vrai. La pauvreté n’a rien à voir avec le crime, comme le montre le fait que la violence, chez les enfants d’une même famille, ne soit jamais justifiée par la nécessité, mais par la jalousie. Il en est de même à l’école: c’est la jalousie ou le mépris — et non la différence de richesse — qui pousse des enfants à être agressifs. Il y a aussi l’idée qu’en étant violent, on sera grand et admiré. Et c’est vrai que les plus violents sont souvent les caïds de la classe. C’est cet instinct sur lequel cherche à jouer al-Qaïda quand elle appelle à frapper les mécréants, et qu’elle fait une publicité glorieuse aux assassins.

Mais cela n’est nullement justifié par la pauvreté. Les victimes de Daech et d’al-Qaïda n’ont pas été triées en fonction de leur richesse. Elles sont toujours plus pauvres que leurs bourreaux. C’est notamment le cas avec les coptes tués au bord de la mer: des ouvriers tués par des gens plus riches qu’eux, souvent instruits et venus d’Occident, comme l’Anglais Emwazi. En Orient, ce sont les riches qui sont instruits. Les familles d’ouvriers, en Egypte, n’ont généralement pas de quoi instruire leurs enfants.

De même, Oussama Ben Laden et la plupart des terroristes du 11 septembre étaient des riches, souvent instruits. Et s’ils ne sont pas nés riches, les terroristes le deviennent en s’appropriant les biens de leurs victimes. Les veuves et les orphelins de leurs victimes, qu’ils vendent comme esclaves, contribuent à cette richesse. En tout cas, ils sont nettement plus riches que leurs victimes. Ce ne sont que des brigands: les prétextes sociaux n’ont rien à voir avec le véritable mobile de leurs crimes. C’est pourquoi al-Qaïda recrute surtout dans les prisons.

De même, les victimes françaises de la haine des islamistes ne sont pas les riches “bobos” qui les font travailler — et qui d’ailleurs leur obtiennent tous ces avantages sociaux dont sont dépourvus les Français de la France profonde. Ceux que les islamistes accusent sont plutôt les pauvres, si pauvres qu’ils ne peuvent pas déménager de quartiers d’où les autres non-musulmans sont partis.

Et quand les islamistes haïssent les Français moyens, ne s’agit-il pas de ces Français qui vivent à la campagne et n’ont pas accès aux transports en commun dont sont pourvus les immigrés des banlieues? (Les transports en commun sont un grand facteur de richesse, quand vous calculez ce que cela coûte de se déplacer, surtout quand il n’y a pas de commerce à proximité.)

Ces pauvres de la France profonde n’ont même pas accès aux prestations sociales réservées aux plus démunis, car l’Etat n’a pas pris la peine de les informer de leur existence… alors que dans les quartiers, les islamistes se chargent d’informer les leurs.

Lina Murr Nehmé​

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Le voile de la servante et celui de la maîtresse

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Les islamistes et leurs défenseurs citent le voile des religieuses pour justifier celui des musulmanes en France. Je crois qu’ils auraient intérêt à s’informer d’abord au sujet du sens de chacun de ces voiles.

Quand on regarde la peinture ou la sculpture médiévales, on s’aperçoit que les religieuses catholiques étaient vêtues comme les servantes du Moyen Age: jupe longue, manches longues, coiffe ou voile pour s’abriter du soleil. Les femmes du peuple aussi s’habillaient de cette façon très simple. Le joli costume folklorique était plus compliqué, et donc beaucoup plus coûteux, à une époque où la filature, le tissage et la couture se faisaient entièrement à la main. Pour l’économiser, on ne le portait que le dimanche et aux fêtes, et il se transmettait de mère en fille. Seules les riches possédaient plusieurs tenues et des coiffes en étoffe fine, très chère.

Au XVIIIe siècle, les Sœurs de la Charité étaient littéramment vêtues comme les servantes et les paysannes, les couleurs en moins, un grand tablier blanc en plus.

On retrouve la même coiffe et la même robe paysanne, avec des variantes — forme de la coiffe, couleurs… — dans plusieurs tableaux de peinture, notamment chez Millet.

Bécassine, personnage de bande dessinée, porte une coiffe plus ou moins similaire.

Coiffe de commodité: contrairement aux femmes riches, celles du peuple passaient leur journée au soleil, et c’était un petit chapeau-foulard en coton bon marché, que les femmes cousaient elles-mêmes. Il était lavable et, s’attachant avec des rubans, il ne s’envolait pas au vent.

Plus tard, la coiffe des Sœurs de la Charité est devenue un chapeau amidonné dont les larges pans leur assuraient une plus grande visibilité. On pourait les reconnaître à travers champs, et ceux qui avaient besoin de services médicaux, ou connaissaient des personnes démunies, pouvaient aller les avertir avant qu’elles n’aillent au village voisin. Cette cornette était tellement identifiée aux soins rendus aux malades et aux orphelins, qu’à ses débuts, Picasso a représenté la charité sous la forme d’une religieuse portant un bébé, et servant un malade au chevet duquel se trouve un médecin qui prend son pouls.

Pablo Picasso, “Science et Charité”. Barcelone, 1897 Huile sur toile 197 x 249,5 cm Musée Picasso, Barcelone Donation Pablo Picasso, 1970 110.046 © Gassul Fotografia S.L./Succession Picasso 2018

Avec l’exode rural et l’avènement de la voiture et du téléphone, ces immenses coiffes n’ont plus été utiles. Elles étaient même très gênantes pour les religieuses se déplaçant en voiture. Elles ont été remplacées par un voile simple, qui leur procure aujourd’hui où les femmes ne se voilent plus, la visibilité que la cornette leur procurait au temps où toutes les paysannes portaient une coiffe.

C’est justement cette visibilité qu’on reproche au voile. Et c’est vrai qu’en France où les coiffes de paysannes ont disparu, on remarque une religieuse voilée. Beaucoup sont donc en civil. Quant aux religieuses soignantes, leur voile a la même utilité que la coiffe des infirmières durant la Grande Guerre: il distingue la femme qui le porte pour indiquer qu’elle est là pour servir, de la femme que l’on ne peut pas déranger.

Le voile islamique, lui, ne désigne pas la servante, mais la maîtresse : en islam, c’est la prisonnière de guerre chrétienne ou juive esclave qui est nue. Quand cette prisonnière se voile la tête (le voile était le costume des chrétiennes et des juives avant d’être celui des musulmanes), le calife Omar la frappait sur la tête, en lui disant: “Tu prétends ressembler aux croyantes, mauvaise femme?”

Les maîtres musulmans ont ainsi le droit de voir la prisonnière de guerre chrétienne ou juive marcher en montrant une partie de ses seins, ou leur totalité. Quand il fait très froid, cela peut être un supplice pour la prisonnière transformée en esclave. Ainsi, les prisonnières de guerre hindoues étaient traînées dans la neige, la poitrine dévêtue, et mouraient en si grands nombres, que les montagnes de ce passage entre le Pakistan et l’Afghanistan, ont été appelées “Hindou Kouch” (Massacre des Hindous).

Quant à la musulmane, sa supériorité sur la non-musulmane (et sur la musulmane non pratiquante) est considérée plus ou moins raciale, puisque le Coran dit : “Les pires des animaux sont les mécréants, car ils ne croient pas”. Si une musulmane ne se voile pas parce qu’elle ne croit pas à la Sunna, elle est considérée comme une mécréante, et à ce titre, comme étant pire que les animaux.

Des citations venant des textes sacrés de l’islam sont servies à la musulmane pour la convaincre de se voiler en lui prouvant que le voile est le signe de sa supériorité sur les autres femmes. Ainsi, on ne voit pas la naissance de ses seins, encore moins leur totalité. Elle est si précieuse par rapport aux autres, que ses cheveux eux-mêmes ne sont pas visibles pour les hommes. Sauf pour le seigneur et maître, le mari… et bien sûr, le père, le frère, le fils ou le petit-fils parmi lesquels se trouve son tuteur. Eh! oui, le tuteur peut être le petit-fils, et le tuteur a le droit de battre la femme qui ne se voile pas ou qui sort sans la permission de ce tuteur, même si elle est sa grand-mère

C’est en tenant le voile islamique pour un signe de supériorité, et la nudité des seins, pour un signe d’infériorité, que le calife Omar frappait à la tête, avec son bâton, les femmes chrétiennes ou juives prisonnières qui osaient se mettre un voile sur la tête. En tant que calife, il voulait qu’on les distingue comme des inférieures, par le fait que n’importe qui pouvait voir leur visage et leur corps.

Ceci vous explique l’hostilité avec laquelle vous regardent, en France, certaines femmes qu’on a convaincues de se voiler en usant de tels arguments… alors que dans les pays musulmans, elles ne vous regardent pas avec hostilité, parce que le voile n’y est pas un signe distinctif.

Ceci explique également pourquoi les musulmanes non voilées sont battues dans les quartiers. Le Coran explique que le voile, pour les musulmanes, a pour but de les faire reconnaître comme musulmanes, et d’empêcher qu’elles soient “offensées”. En d’autres termes, la femme non-musulmane peut être offensée de façon naturelle, acceptable. Ainsi, il n’est pas commandé de ne pas offenser les femmes, mais seulement, de ne pas offenser les femmes voilées.

Dans la vidéo ci-dessous, j’ai mis des passages de discours de Tariq Ramadan qui parle par sous-entendus, de façon à ne pas être compris des non initiés, ceux qui n’ont jamais lu ou entendu ces informations:

https://www.youtube.com/watch?v=1NrnjZ78LEE

Lina Murr Nehmé

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Parlez-moi de corruption!

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Juste pour raconter ce qui s’est passé à tous ces journalistes qui répètent ce qu’on leur a dit d’écrire, et qui ne prennent peut-être pas la peine d’aller au fond des choses.

Peu après le début des manifestations, Saad Hariri a déclaré, après avoir vu le Président Aoun, qu’il allait satisfaire les demandes des manifestants, qu’il allait lever le secret bancaire, qu’il allait faire juger les corrompus. C’est alors que je l’ai applaudi en lui disant qu’il était admirable. Ce que je n’ai jamais fait pour un Premier ministre depuis Taëf.

Parce que, comme je le répète depuis 30 ans oralement et par écrit, Hariri ne peut juger la corruption sans commencer par sa propre personne, par ses amis, et par la mémoire de son père, qui est arrivé au Liban avec 1 milliard et est morts avec 17 milliards. Le Liban n’était pas endetté et avait un énorme dépôt en or et devises fortes quand Rafic Hariri est arrivé. Quand il est mort, le Liban avait des milliards de dettes. Mais parce que c’était le copain de certains, on a obligé le Liban à subir son ombre, comme si son fossoyeur avait été son sauveur. En rappelant que le traité de Taef qui prive les chrétiens de tout pouvoir, a été écrit par lui. Tout le chantage exercé sur les députés à cette époque, c’est lui.

C’était bien par bonne volonté et par désir de tout pardonner pourvu que les choses changent, que j’ai écrit ce compliment à Saad Hariri. Mais il n’a pas tenu parole, et il a refusé la levée du secret de ses comptes bancaires, et il a refusé de rendre des comptes. Et il a démissionné pour fuir.

En même temps, il a chargé sa rue de réclamer son retour. Vous savez avec quelle facilité, avec 500 dollars, on peut obtenir une manifestation. Que de gens ont faim et sont prêts à aller lancer des slogans en échange de 10, voire même de 5 dollars. Je me rappelle comment le père de Saad Hariri, ayant loué un parking à Achrafié il y a 15 ou 20 ans, et n’ayant pas réussi à le remplir avec les chrétiens du quartier, a envoyé remplir des bus avec des ouvriers syriens. Ils sont arrivés, les Syriens ont crié le nom d’Hariri, et ils sont repartis.

Ces cris permettent à Saad de minauder, exigeant la dictature: un cabinet de technocrates, c’est-à-dire lui seul représentant politique du pays, tous les autres obéissant à ses ordres parce qu’ils ne sont pas nommés par les partis, mais seulement par lui… et son parti.

Car lui n’est ni un apolitique ni un technocrate.

Il y a beaucoup, beaucoup de sunnites intègres au Liban, qui feraient de parfaits Premier ministres. Mais l’Arabie Saoudite les refuserait. Donc il n’est pas question de penser à eux. Il faut les punir d’être intègres. il faut punir toute personne intègre dans ce pays ou dans ce monde. Comme dit la chanson que Guy Béart imagina au Liban apparemment: “Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté”.

Mais même en excluant la candidature de sunnites propres, intègres et dignes de s’appeler libanais, il n’en reste pas moins que Saad Hariri n’est pas le seul corrompu au Liban. Il y en a d’autres. Et puisque la rue réclame le changement, on devra nécessairement penser à une figure nouvelle parmi ce monde de corrompus. Parmi les rivaux et égaux de Saad Hariri en corruption, il y en a un qui n’a pas encore été Premier ministre, c’est Safadi.

Pour se débarrasser de ce rival, Saad Hariri décide de le griller. Il lui annonce qu’il va charger son bloc parlementaire et ses amis de le nommer Premier ministre. Les amis de Saad Hariri font la même promesse à Safadi. La chose semble assurée, et Mohamed Safadi, tout content, monte chez le Président pour discuter des consultations parlementaires.

Mais quand vient leur tour, les trois ex-Premiers ministres (qui, comme vous le savez, sont purs et sentent bon comme des enfants qui viennent de naître et ont pris leur bain) contredisent Safadi.

Ces trois dont aucun n’est à vendre pour un poste ou pour des millions. Ces trois surgissent donc, et nomment Hariri, alors que, de notoriété publique, ils le détestent. Et Hariri, qui ne se déteste pas soi-même, se fera évidemment nommer par ses propres députés. Et le tour de prestigitation est joué. Merveilleux!

Il est vrai que ces trois ex- auront besoin de soutien, et Saad Hariri aussi a besoin de soutien. Puisqu’on parle de corruption… Ainsi, la juge Ghada Aoun s’est portée partie civile contre Mikati, son frère et son fils, pour une affaire de vol des biens publics, en l’occurence, de crédits fonciers que l’Etat avait consacré aux jeunes ménages incapables de se payer un logement pour se marier. Particulièrement criminel de la part d’un multimilliardaire comme lui, qui s’est enrichi, entre autres, sur le dos des pauvres.

Et que croyez-vous qu’il soit arrivé? A-t-on jugé Mikati? Non. On a fait des scènes à la juge en lui demandant de quel droit elle sortait le dossier maintenant. On l’a attaquée pour masquer le dossier. Le procureur Oueidate a demandé aux juges du Mont-Liban de la boycotter. Et donc, l’affaire Mikati dort dans un tiroir, et c’est la juge qui est accusée. Comme elle a répondu: “Si j’ai fait quelque chose, portez plainte contre moi.” Ils n’ont pas porté plainte contre elle, ils ont juste rangé le dossier de Mikati. Combien celui-ci a payé pour cette subtilisation?

Vous comprenez qu’il ait besoin d’un puissant protecteur et qu’il ait intérêt à nommer Saad Hariri, si celui-ci, comme il semble, arrive soutenu par les Saoudiens et les Américains! (Contrairement à ce qu’il en était quand il ne combattait pas le Président)

Et que dit Fouad Siniora, l’autre compère? Siniora aussi a besoin d’aide, car il a volé 11 milliards à l’Etat libanais. Quand il a été question de le juger (quelques semaines avant les manifestations), le mufti a dit: “Ligne rouge”. Le juge a répondu: “Pour la justice, il n’y a pas de lignes rouges”. Siniora a fini par comparaître pour la première fois il y a quelques jours. Donc vous comprenez combien il a, lui aussi, besoin d’avoir un Premier ministre plus puissant que Safadi pour le couvrir de son ombre protectrice et faire taire la justice. Car ces 11 milliards, d’où les sortira-t-il? Comment les a-t-il utilisés?

C’est donc la journée des dupes. Retournement de situation: “Non, ce n’est pas Safadi, c’est Saad Hariri que les trois ex-Premiers ont nommé.” Safadi n’en peut plus de honte. Ses gens annoncent qu’il y a eu maldonne, et qu’on a voulu le couler en prétendant qu’il avait présenté sa candidature, qu’il n’aurait pas pu accepter d’être nommé car il a une maladie grave, une maladie qui empêche son cerveau de se fixer longuement sur un sujet.

Son ex-femme, scandalisée, diffuse un audio dans lequel elle explique qu’on a joué un sale coup à son ex, et que, aussi mauvais qu’il soit, il ne mérite pas cela.

Puis on apprend que non, Safadi n’est pas malade. Lui-même tient à sortir de l’ombre et à exiger qu’on le juge pour les affaires de corruption qu’on lui impute. (Si vous vous en souvenez, j’avais écrit que je ne l’attaquerais pas s’il combattait la corruption, en d’autres termes, s’il commençait par rendre lui-même des comptes.) On attend que Siniora, Hariri, Mikati, Berri et les autres lèvent aussi le secret.

Et les surprises s’amoncèlent sur le pays. Vous savez que Berri et le Hezbollah ont été les premiers à exiger l’amnistie. L’amnistie pour des trafiquants de drogue! En échange, ils ont accepté l’amnistie de mille islamistes sunnites qui font partie d’al-Qaïda ou d’autres organisations tout aussi sympathiques!

J’ai expliqué dans un article précédent que le projet de loi comporte tellement de clauses restrictives, qu’en définitive, ni les trafiquants de drogue, ni les terroristes ne peuvent être libérés. Mais comme je l’ai dit aussi, il y aura des pressions, et on trouvera moyen……… (Notez bien que je n’emploie pas le conditionnel, mais le futur.)

Moi, comme toutes les honnêtes gens, je suis pour le refus de cette amnistie. Je l’étais quand il s’agissait de Samir Geagea, amnistié en 2005 parce que Saad Hariri voulait faire libérer les islamistes assassins de Denniyé et de Majdal Anjar! Certains ont défendu Geagea parce qu’il était chrétien. Mais pour moi, un musulman honnête vaut mieux qu’un chrétien assassin, et si Geagea s’était repenti, comme sa propagande nous l’avait un moment fait croire, il aurait lui-même refusé de sortir de prison alors que d’autres, pour des crimes bien moindres, ne sortaient pas. Et surtout, il aurait refusé de sortir si, en contrepartie, on libérait les éventreurs de chrétiennes enceintes, et les décapiteurs de soldats aux noms chrétiens.

Il ne faut pas oublier cela, messieurs les journalistes français! L’autre jour, la prof française de mon adolescence, apprenant que Geagea avait été interviewé dans la presse française, m’a dit: “Mais ils ne savent pas que c’est un assassin? C’est de notoriété publique!” Je lui ai dit que la propagande ayant coulé sous les ponts, visiblement, on ne savait plus que Geagea est officiellement un criminel jugé et condamné pour au moins quatre meurtres, et qu’il a été, non pas innocenté, mais simplement amnistié!

Des députés ont campé près du Parlement pour être sûrs de ne pas être empêchés par les manifestants, de se réunir. D’autres ont boycotté la séance. Parmi eux, ironiquement, les députés de Geagea, qui ne pourrait pas leur donner des ordres ni avoir un bloc au Parlement, s’il n’avait été lui-même amnistié en échange de l’amnistie des terroristes islamistes!

Et, mes chers, il n’était pas besoin de boycotter la séance pour empêcher cette amnistie! Il suffisait de voter contre!

En revanche, l’absence de ces députés a fait sauter le quorum. Du coup, plus de loi sur la levée du secret bancaire des comptes de ces messieurs, Saad Hariri, Safadi, Mikati et Geagea compris!!!!! Ni sur la provenance de leurs biens faramineux! Ils ne risquent plus de se présenter à leur électorat comme étant ceux qui ont refusé que la corruption soit jugée, que les biens pillés soient rendus au peuple, puisque la séance n’a simplement pas eu lieu!

Parlez-moi de corruption! Cela fait deux décennies que Siniora vole l’Etat libanais, comment se fait-il qu’il ne soit jugé que maintenant, sous le régime Aoun? Sans doute parce que, comme ils le disent, Aoun est tellement corrompu qu’il faut absolument le faire sauter avant qu’il ait fait sauter le secret bancaire…

Lina Murr Nehmé, 19 novembre 2019

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Samir Geagea bouche le tunnel de Nahr-el-kalb

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En bas, le tunnel de Nahr-el-Kalb, bouché par Samir Geagea pour couper la route principale du Liban durant sa guerre contre le pouvoir en 1990. 

En haut, le tunnel de Nahr-el-Kalb maintenant. Il a été bouché par Samir Geagea ou ses alliés avec des travaux de béton à l’intérieur du tunnel… — qui ont fini par être démantelés après avoir scandalisé tout le pays. 

Le responsable des relations extérieures du parti de Geagea a reconnu sur la chaîne al-Hadass que ce sont les gens de son parti qui ferment toutes les routes des régions chrétiennes. Il a dit aussi: “Nous sommes à l’origine de la révolution”. C’est peut-être pourquoi Macron le soutient… tout comme il soutenait Bouteflika en Algérie, contre le peuple.

Et quelle est l’utilité d’emprisonner les gens chez eux en fermant toutes les routes des régions chrétiennes? Mauvais, mauvais souvenir.

Lina Murr Nehmé, 18 novembre 2019

PS : Les Occidentaux traitent avec Samir Geagea, oubliant qu’il est condamné à mort pour meurtre, et qu’il a été amnistié pour que puissent être amnistiés les assassins islamistes de Denniyé et de Majdal Anjar.

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