“Fumer est Haram!”

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Souheil Hammoud, surnommé Abou Taou, était l’un des principaux artilleurs de l’opposition syrienne à Bachar el-Assad, et il tua beaucoup de soldats loyalistes. Il appartenait à l’armée djihadiste de l’ASL, mais il aimait fumer, et il décida de défier al-Qaïda/Nosra, qui se donne aujourd’hui le nom de Fatah-ech-Cham.

Il pensait que les services qu’il avait rendus à l’opposition, et sa propre réputation de tueur de soldats syriens, lui procureraient l’impunité. Il se fit ainsi photographier fumant devant un des panneaux placés par al-Nosra sur les routes: “Fumer est haram. Le narguilé est haram”, et signés “Vos frères moudjahidine”. Et il publia cette photo sur les réseaux sociaux.

Souheil Hammoud, de l’ASL, fume devant un panneau placé par al-Qaïda/Nosra, disant que fumer est haram.

Punition: il fut enlevé et traîné devant le tribunal selon la charia établi par al-Nosra, et qui était semblable à ceux de Daech. Ce tribunal le condamna à deux semaines de prison pour “manque de respect à l’islam”. Il publia ensuite sa photo avec un baillon devant un autre panneau. Je la publierai dans un autre article avec un commentaire spécifique.

Cette révolte personnelle contre la cigarette traduit la rivalité entre l’ASL et al-Nosra. La plupart des membres syriens de l’ASL ont été débauchés par al-Nosra qui, envoyée par Baghdadi former une branche syrienne de Daesh, proposa à ces djihadistes des paies plus importantes que celles qu’ils percevaient dans l’ASL. Al-Nosra fut ainsi formée au début, de ces dissidents de l’armée syrienne qui avaient accepté, au début de la révolution, de passer à al-Qaïda pour des soldes plus consistantes, payées par les pays du Golfe.

Souheil Hammoud faisait partie de ceux de l’ASL qui ne se sont pas laissés débaucher par al-Nosra durant toutes ces années. Il croyait que ses hauts faits militaires lui vaudraient l’impunité, pensant que l’opposition ne pouvait se passer de lui.

www.akhbaralaan.net/news/arab-world/2017/05/04/سهيل-أبو-التاو-من-صائد-دبابات-الأسد-إلى-سجون-هيئة-تحرير-الشام

Dans l’affaire du tabac, al-Nosra a poursuivi la même politique que Daech qui, non seulement interdisit le tabac, mais assembla tout ce qu’elle avait pu confisquer dans les commerces et les maisons, et… le brûla dans un grand feu… infligeant aux gens de fumer une énorme quantité de tabac à la fois, et… malgré eux.

Attention. Ce n’est pas parce que le tabac est nocif pour la santé qu’al-Nosra, dans ce panneau, le juge haram: al-Qaïda, dont elle fait partie, ne donne pas un sou pour l’opinion des médecins mécréants.

Mais Ibn Abdel-Wahhab, le cofondateur du royaume saoudien et le père du wahhabisme, l’avait dit. Et il fouettait ou tuait les délinquants.

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Il y a général et général…

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Les commandants en chef de l’armée libanaise espèrent souvent, en favorisant les agresseurs de la légalité libanaise, que les Arabes feront pression pour les faire élire Présidents de la République.

Il y a eu ce cas en 1958, et Fouad Chehab est devenu Président parce qu’il n’avait pas accepté de faire intervenir l’armée pour défendre la légalité. Si le Premier ministre musulman Sami Solh n’avait pas agi en sens contraire au risque de sa vie, de son portefeuille et de son avenir politique, il n’y aurait plus de Liban.

L’injustice de ce monde a donné le pouvoir à l’homme qui avait prétendu que le Liban était en état de guerre civile. Et comme Fouad Chehab savait qu’il n’en était rien, il fit le nécessaire, une fois Président, pour renforcer les services secrets de façon tentaculaire.

Le général Michel Aoun, ayant refusé d’admettre que ce conflit était une guerre civile et dit qu’il “ne prenait pas parti”, fut écarté et exilé en 1990-1991, par la volonté internationale, alors que la majorité libanaise était avec lui.

Le général Kahwaji connaissait ces précédents, et il préférait, comme Fouad Chehab, ne pas trop résister aux puissances qui soutenaient l’ennemi. Quand Daech et Nosra occupèrent une partie du territoire libanais à Ersal, il envoya naturellement l’armée libanaise se battre contre eux. Elle fut victorieuse, mais eut beaucoup de martyrs, dont certains furent tués avec l’approbation du maire d’Ersal (photo).

Mais l’échéance présidentielle approchait. Tout changea donc à Ersal quand Kahwaji rencontra Hariri, qui revenait d’Arabie Saoudite, pays dont il est citoyen. Après cette rencontre, Kahwaji ordonna à l’armée d’arrêter les opérations alors qu’elle était victorieuse. Puis il lui ordonna de laisser les djihadistes partir. Et dans sa précipitation, il omit d’exiger la libération des otages libanais que détenaient les djihadistes de Daech et Nosra. C’est à ce sujet que je lui ai adressé ce message, qui scandalisa beaucoup de monde, parce que toute personne attachée au Liban défend l’armée libanaise, seule institution restée laïque, et servant tout le monde sans distinction de religion. En pleine guerre, ils ne concevaient donc pas que je puisse en critiquer le commandant en chef.


Je ne crois pas que mon post choque encore, cinq ans après. Car, quelques jours avant le départ des terroristes avec leurs otages, Daech et Nosra annoncèrent qu’elles égorgeraient les otages un à un, si le Liban ne libérait pas les terroristes islamistes détenus dans ses prisons.

Pour commencer, le soldat sunnite Ali Sayyed fut égorgé par Daech. Les djihadistes avait d’abord pris soin, comme ils firent plus tard avec les otages occidentaux, de lui extorquer un reniement filmé, de façon à le tuer aussi dans sa réputation. La vidéo de sa décapitation circula, et l’armée n’annonça pas sa mort, considérant qu’il était un déserteur passé à Daech. Ceci révolta le pays, qui considérait que Daech ne pouvait tuer un soldat libanais déserteur.

Des jeunes brûlèrent les drapeaux de Daech et Nosra, de façon quasi anonyme, et les firent circuler sur les réseaux sociaux. Mais le 30 août, le ministre de la justice, Achraf Rifi, un ami des djihadistes de Tripoli, et notamment de Omar Bakri Fustok, réclama pour eux la prison “et les peines les plus sévères”.

Personne n’osa réagir ou manifester, alors que tout le pays était électrifié. Deux personnes seulement réagirent, toutes deux sur les réseaux sociaux: Charbel Khalil et moi. Lui écrivit sur son compte Twitter: “Bon, ce drapeau, on ne peut pas le brûler, mais est-ce qu’on peut se torcher avec?” Et moi, je me fis photographier brûlant ce drapeau et je mis ma photo sur les réseaux sociaux.

Lina Murr Nehmé, le 17 août 2018

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Benoît Hamon et Wadih al-Asmar

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En juin 2018, Wadih al Asmar est devenu le président d’EuroMed-Droits, qui rassemble plus de 80 organisations de droits de l’homme des deux côtés de la Méditerranée. Quelques jours plus tard, il est ingénieur informaticien en chef de Malomatia Qatar, et il réside au Qatar. Il traîne le Liban dans la boue, mais il ne critique pas le Qatar.

Cela veut dire qu’à ses yeux, le Qatar respecte les droits de l’homme quand il coupe les têtes, fouette les homosexuels et les musulmans qui ont bu une goutte de vin, condamne les apostats à mort, emprisonne à vie les poètes qui ont osé critiquer le régime, fouette les gens qui ont eu des relations sexuelles extra maritales, et interdit aux chrétiens de sonner les cloches, d’avoir des croix, des images saintes ou tout autre signe chrétien à l’extérieur de leur église.

Eglise catholique Sainte-Marie de Doha: tout ce qui peut faire penser à une église (clocher, croix, icônes, statues de saints) est interdit: la charia règne au Qatar. Photo Wikipedia

Le Liban en revanche, ne respecte pas les droits de l’homme aux yeux de Wadih el Asmar, parce qu’il a un problème d’ordures, et parce que les gens de Byblos se sont plaints d’une soirée musicale.

Lina Murr Nehmé, 17 août 2018

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وديع الأسمر، رئيس شبكة أوروميد لحقوق الانسان التي تضم أكثر من ٨٠ منظمة من ضفتي المتوسط، ورئيس المركز اللبناني لحقوق الانسان، يعمل في مؤسسة “معلوماتية قطر” منذ ٢٠١٨ ويسكن في قطر. لكن وديع الأسمر لا ينتقد قطر. ما يعني أنه في نظره، قطر تحترم حقوق الانسان ــ وهي تقطع الرؤوس، وتجلد المثليين، وتجلد المسلمين إذا شربوا كأسا من الخمر، وتحكم على المرتدين بالقتل، وتسجن الشعراء إذا انتقدوا الأمير، وتجلد من يمارس الجنس خارج الزواج، وتمنع المسيحيين من إظهار صليب أو تمثال خارج كنيستهم، أو من قرع الأجراس. أما لبنان، فلا يحترم حقوق الانسان، لأنه يعاني من مشكلة النفايات، ولأن أهل جبيل تذمروا من إقامة سهرة

لسنا المر نعمة

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Un soulier d’enfant…

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Soulier d’enfant ramassé sur le lieu du mariage, à Kaboul, où un attentat-suicide a fait aujourd’hui plus de 63 morts et 182 blessés.

Daesh a fièrement revendiqué l’attentat, disant qu’elle avait “tué et blessé 400 rafidah mécréants et forces de l’ordre afghanes apostates”. Daech désigne sous le nom de “rafidah”, les “hérétiques” comme les chiites, les ibadites et autres, dont il a décrété l’extermination. Ici, il s’agit de chiites.

Lina Murr Nehmé​, le 18 août 2018

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Le 9 août

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Les nazis prônaient une religion païenne semblable à la mythologie des opéras de Wagner. Son inspirateur Alfred Rosenberg était ouvertement païen, et le ministre Himmler mit au point un rituel nazi ouvertement païen. Hitler lui-même méprisait le christianisme et vouait son admiration aux héros de Wagner, qui reflétaient son idée de la race supérieure.

Hitler en avait surtout contre l’Église catholique: le fait d’écouter Radio Vatican pouvait valoir à un Allemand la mort.

Mais surtout, il en avait contre les juifs, qu’il décrivait comme une race inférieure. Mais pour ne pas s’aliéner le public allemand, il se prétendait chrétien. Il devait avoir de gros problèmes en pensant que le Christ et sa mère dont se réclamaient les Allemands — ainsi que leur ancêtre David — étaient des juifs.

Parce qu’Hitler prétendait les juifs inférieurs en tant que race, il faisait arrêter à la fois les juifs et ceux d’entre eux qui s’étaient convertis au christianisme.

La religieuse Edith Stein se retrouva donc à Auschwitz, où elle fut martyrisée en 1942, le 9 août. La phrase sur cette photo d’Edith Stein est tirée d’une lettre écrite par elle au pape dès 1933 déjà, pour lui demander d’intervenir contre le nazisme… :

“Etant une enfant du peuple juif… et aussi une enfant de l’Eglise catholique, j’ose parler au Père de la chrétienté de ce qui opprime des millions d’Allemands.”

En ce jour qui est aussi l’anniversaire de la destruction des deux Temples de Jérusalem, par les Chaldéens (-586), et par les Romains en 70, solidarité avec les juifs.

Solidarité aussi avec les chrétiens persécutés, peut-être nulle part autant qu’au Japon, où ils furent pourchassés et exterminés dans des tortures horribles durant 400 ans, et où ils survécurent sans même avoir de prêtres, se fabriquant des statues du Christ et de la Vierge déguisés en Bouddha et en sa mère, et les appelant “le Bon Dieu du placard” car ils les cachaient dans des armoires.

Ces rescapés du génocide des chrétiens du Japon vivaient surtout à Nagasaki, où la bombe atomique les frappa un 9 août aussi, tuant 70.000 à 100.000 personnes.

Lina Murr Nehmé, le 9 août 2019.

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Les armes à l’uranium apauvri

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L’uranium apauvri est un déchet des centrales nucléaires. Il est donc quasi gratuit. Comme ce métal est très dense, un obus ayant un pénétrateur en uranium apauvri perce facilement le fer dont sont faits les blindés. L’idée de se débarrasser de déchets encombrants pour tuer l’ennemi a fait son chemin.


L’uranium apauvri n’est pas censé être radio-actif, et il a été classé parmi les armes conventionnelles. Mais quand il brûle (ce qui est le cas au moment de la mise à feu du projectile, et de son impact sur les cibles blindées), il produit des poudres hautement radioactives qui pénètrent dans le corps par inhalation, mais peuvent aussi polluer le sol.

Un épisode de la guerre du Golfe le prouve. Quand un char américain porteur de munitions à l’uranium apauvri a explosé en Irak en 1990, une commission américaine spécialisée a été rapidement dépêchée sur place pour l’étudier. Elle examiné le tank, et en a extrait les parties qui pouvaient être décontaminées. Elle a soigneusement emballé les parties irrémédiablement contaminées et les a envoyées aux Etats-Unis pour qu’elles y soit enterrées en tant que déchets radio-actifs. Elle a également examiné le sol, au-dessous du tank, et l’a trouvé radio-actif.

Malgré cette découverte, le gouvernement américain a utilisé cette arme alors inconnue dans la guerre contre l’Irak, sans en informer ses électeurs. Le rapport des spécialistes qui avaient examiné le tank, resta secret, et fut par la suite déclassifié.

Les Américains ont utilisé en Syrie contre l’Etat islamique en 2015, des obus à l’uranium appauvri.
Photo SAFIN HAMED – AFP



Après la guerre de 1991, on constata une augmentation foudroyante du nombre de cancers et de malformations congénitales chez les enfants en Irak, cancers attribués à l’usage de l’uranium apauvri, car, explique une résolution de l’Union Européenne, “depuis son utilisation par les forces alliées dans la première guerre contre l’Irak, de sérieuses inquiétudes se sont fait jour quant à la toxicité radiologique et chimique des fines particules d’uranium libérées au moment de l’impact des projectiles contre des cibles blindées”, et “des craintes ont également été exprimées quant à la contamination du sol et des nappes phréatiques par des projectiles ayant manqué leur cible, avec les conséquences qui en résultent pour les populations civiles… Il existe de nombreux témoignages sur les effets nocifs, et souvent mortels, tant sur les militaires que sur les civils… l’emploi d’uranium appauvri dans les conflits viole les règles et principes fondamentaux consacrés par le droit international humanitaire et environnemental, écrit et coutumier.”

Dans la guerre contre l’Etat islamique, les Etats-Unis ont utilisé en Syrie des armes à l’uranium apauvri. Il peut donc y avoir eu dans ce pays — comme autrefois en Irak, au Koweït et en Afghanistan — une pollution durable qui, en cas de pluie, peut s’être communiquée à la nappe phréatique des régions concernées. Et la pollution nucléaire ne disparaît pas de sitôt.

Lina Murr Nehmé, 7 août 2019

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Quand le régime des mollahs tua Chapour Bakhtiar en France

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Baktiar, Premier ministre iranien, et son ennemi Khomeiny

Le 6 août 1991, l’assassinat en France de l’ancien Premier ministre du chah Chapour Bakhtiar enterrait l’opposition iranienne. Depuis qu’il a sapé toute opposition crédible, le régime des mollahs survit aux différentes crises qu’il traverse. Rappel des faits. 


L’islamisation massive des Iraniens commença à Paris, le 6 octobre 1978, quand l’ayatollah Khomeyni s’installa à Neauphle-le-Château. On l’a reproché au président Giscard d’Estaing. À tort : il a reçu l’ayatollah en accord avec le chah d’Iran, qui négociait alors avec son opposition. Mais en autorisant l’installation de Khomeyni si près de Paris, l’État français facilitait ses contacts avec la presse et lui procurait ainsi une tribune de premier plan. Et la proximité de l’aéroport d’Orly permettait à Khomeyni de recevoir des agents et de leur distribuer les consignes, les bakchichs et la littérature incendiaire qui étaient propagés dans les mosquées.

Khomeyni chouchou des médias tricolores

Plus grave, la couverture que les médias publics français procurèrent à Khomeyni fut si démesurément favorable et contraire à la réalité du terrain qu’elle s’apparentait à de la propagande. Ils lui consacrèrent une large portion de leurs journaux, même aux heures de grande écoute. Ils le présentèrent comme un héros romantique représentant le peuple iranien face à un chah dictatorial. L’effet de cette propagande était si fort que la plupart des étudiants qui défendaient le chah en arrivant d’Iran, se mettaient à défendre Khomeyni après avoir passé quelques semaines à Paris.

En Iran, en tout cas, Khomeyni était très minoritaire : lui et les communistes rassemblaient quelques centaines de milliers de manifestants sur 37 millions d’Iraniens. Et malgré toute la publicité mondiale dont il bénéficia durant des semaines (notamment de la part de la BBC qu’on captait en Iran), son retour au pays rassembla un million de personnes — badauds et communistes compris. Un événement historique et politique de cette envergure aurait pu attirer bien plus de monde : Téhéran, le bastion de l’opposition, comptait alors 8 millions d’habitants.

Bakhtiar et Bazargan, destins croisés

Khomeyni bénéficia aussi des trahisons de personnalités iraniennes qu’il acheta pour des prix divers. Il réussit même à faire tomber Mehdi Bazargan qui, avec Chapour Bakhtiar, était un des piliers de l’opposition laïque. Les deux hommes avaient fait leurs études en France : Bazargan était centralien, et Bakhtiar, titulaire de plusieurs doctorats de la Sorbonne. Tous deux avaient, durant la Seconde Guerre mondiale, milité dans les rangs de la Résistance française contre les nazis. Ils avaient ensuite servi le gouvernement de Mossadegh, et tenu tête au chah Mohamed Reza Pahlavi. Tous deux avaient été plusieurs fois emprisonnés par ce dernier, et ils pensaient le plus grand mal de Khomeyni, que Bazargan qualifiait d’« animal féroce ». Ce dernier passa pourtant dans le camp de Khomeyni, auquel il fournit un brevet en droits de l’homme.

Le chah demanda à Chapour Bakhtiar, fin 1978, d’être son Premier ministre. Celui-ci exigea une liberté de gouvernement totale. Le chah accepta et quitta le pays. Bakhtiar tira des dossiers des oubliettes et fit voter un grand cycle de réformes par le Parlement. Il donna liberté aux journalistes d’écrire ce qu’ils voulaient et de refuser l’entrée de leurs locaux à tout policier qui voudrait contrôler leurs publications. Il fit dissoudre la terrible police secrète (Savak) et libéra les 900 prisonniers politiques.

Le retour de Khomeyni

Mais l’ampleur des manifestations ne diminua pas. Les islamistes s’étaient alliés aux nombreux hommes politiques et marchands corrompus auxquels nuisaient les réformes. Tout ce monde avait des moyens de propagande formidables, notamment les mosquées et le bazar de Téhéran, par le biais desquels ils pouvaient propager des rumeurs… et distribuer des pourboires. Bakhtiar fut ainsi renvoyé de son parti pour avoir accepté de participer au gouvernement — alors qu’il appliquait les réformes réclamées par ledit parti.

Après le départ du chah, Khomeyni annonça qu’il allait revenir en Iran. Bakhtiar ne pouvait matériellement pas s’y opposer, à moins de provoquer un carnage. En outre, Khomeyni était citoyen iranien, et à ce titre, il avait droit à résider dans le pays : « S’il se conduit mal, il sera jugé par un tribunal compétent… [et] subira sa peine comme tout autre citoyen », dit Bakhtiar, qui affirme avoir seulement « sous-estimé sa férocité ».

Khomeyni revint le 1er février 1979, et une foule en délire l’accueillit à l’aéroport. Mais quand on lui demanda quelle impression cela lui faisait de revenir au pays après tant d’années d’exil, il répondit : « Rien. »

Deux gouvernements iraniens en même temps!

Le 5 février, il nomma Mehdi Bazargan Premier ministre du gouvernement islamique qui accepta de lui servir de caution contre son le gouvernement laïque dirigé par son ami Bakhtiar. Cela faisait deux Premier ministres, et chacun des deux était hors-la-loi pour une partie de la population. Et les intrigues se poursuivaient dans les coulisses : le 10 février, le commandement de l’armée informa Bakhtiar que l’armée resterait neutre face à une tentative de coup d’État de Khomeyni. Donc la grande manifestation que celui-ci avait organisée pour ce jour serait aussi celle de l’avènement de l’État islamique.

« Je suis convaincu, écrit Bakhtiar dans son livre Ma fidélité, qu’avec deux ou trois semaines d’appui de l’armée, Khomeyni aurait été prêt à transiger et j’en ai une preuve : mes amis décidèrent d’organiser des contre-manifestations. La première fois, il vint 5 000 personnes ; la semaine d’après, malgré les voyous de Khomeyni, les Palestiniens et les Libyens qu’il avait introduits, malgré les assassins qui infestaient les rues, il y en avait 20 000. La troisième contre-manifestation rassemblait 50 000 personnes. Ce sont des faits que tout le monde a pu vérifier. »

L’exfiltration de Bakhtiar

Bakhtiar céda la place et quitta le palais gouvernemental. Mais Bazargan ne put pas y arriver dans le calme : la populace prit le palais d’assaut, tua les domestiques et jeta les automobiles dans la piscine. Bakhtiar demeura caché pendant six mois chez des amis. Pendant ce temps, Khomeyni faisait arrêter tous les officiers supérieurs qui lui avaient livré leur pays, et il les tua presque tous. Bazargan couvrit tous les assassinats de Khomeyni, mais s’arrêta à la prise d’assaut de l’ambassade des États-Unis. N’ayant pu libérer les otages américains, il démissionna le 6 novembre 1979.

De sa cachette, Bakhtiar avait entre-temps pris contact avec le gouvernement français, qui accepta de l’aider. Il quitta l’Iran sous un déguisement et s’installa à Paris, où des policiers furent chargés de sa protection. Il voulait organiser une résistance à partir de la France, comme l’avait fait Khomeyni. Mais l’ayatollah avait réussi grâce aux bakchichs, à la propagande dans les mosquées, à la complicité de la presse et du monde politique en Occident, et aux trahisons. Bakhtiar ne disposait de rien de tout cela. Il ne disposait même pas de l’appui de l’ensemble de l’opposition à Khomeyni. Les partisans du chah salissaient sa réputation en prétendant qu’il était à la solde des Anglais et que Khomeyni l’était aussi. Si Bakhtiar avait été à la solde des Anglais, la BBC l’aurait aussi bien traité que Khomeyni…

Deux tueurs à Suresnes

Les partisans du chah prétendent aussi que Bakhtiar a permis la Révolution islamique en autorisant le retour de Khomeyni et en libérant les prisonniers politiques. C’est un moyen de cacher la responsabilité que le chah, durant des décennies, a eue dans la montée de Khomeyni. Enfin, c’est le chah et non Bakhtiar qui a autorisé l’installation de l’ayatollah en France où il pouvait être interviewé directement par la BBC que captaient les Iraniens. Auparavant, Khomeyni ne pouvait atteindre ces derniers que par le biais d’enregistrements ou d’imprimés. Et à partir du moment où Khomeyni pénétrait ainsi dans des millions de foyers iraniens, les 900 opposants politiques libérés par Bakhtiar ne pesaient plus très lourd. Surtout que nombre d’entre eux étaient des laïques et non des islamistes. Et il était impensable d’arrêter Khomeyni au milieu d’une foule d’un million de personnes.

Bakhtiar s’installa à Suresnes, dans une villa dont l’État français assura la protection. Mais Khomeyni avait acheté l’Iranien qui avait installé le réseau électrique de la demeure — et qui, après une semaine de travail, connaissait la villa par cœur. Il accepta de collaborer avec la police secrète de Khomeyni, et elle lui envoya deux tueurs pour lesquels il obtint un rendez-vous avec l’ancien Premier ministre.

Mort par strangulation

Le 6 août 1991, les deux agents furent fouillés par les policiers qui gardaient Bakhtiar. S’étant assurés qu’ils n’étaient pas armés, les policiers téléphonèrent pour avertir de leur venue. Bakhtiar déclara qu’il les attendait.

Les deux agents traversèrent quelques mètres et pénétrèrent dans la propriété. Quand ils furent reçus dans le salon de l’ancien Premier ministre iranien, ils l’étranglèrent et tuèrent aussi son secrétaire. Puis l’un des assassins alla chercher des couteaux à la cuisine. Avec un couteau à viande, il larda le corps de Bakhtiar de 13 coups. Puis il lui coupa la gorge et le poignet avec le couteau à pain. Ensuite, les meurtriers s’emparèrent de la main coupée, et s’en allèrent après avoir décroché le téléphone.

Ils passèrent devant les policiers français qui ne remarquèrent pas leurs vêtements pleins de sang. Puis ils allèrent se changer derrière les arbres au bois de Boulogne, et jetèrent leurs vêtements ensanglantés dans une poubelle.

Pendant 36 heures, il n’y eut aucun signe de vie dans la demeure de Bakhtiar. L’écran géant de sa télévision ne s’éclaira pas aux heures du journal télévisé, dont il poussait habituellement le son très fort. Aucun repas ne fut livré chez lui, et aucune lumière ne s’alluma. Il y eut un orage la nuit, et la porte battit au vent, mais personne ne la ferma.

Inquiète de ne pas l’avoir au bout du fil, la famille vint frapper à sa porte de la victime, mais personne ne lui ouvrit. Elle exigea de faire forcer la porte, et c’est alors qu’on découvrit l’horrible spectacle.

Petits arrangements diplomatiques

Remonter au commanditaire de l’assassinat n’arrangeait pas le gouvernement français, qui avait reconnu la République islamique. Il ne le fit donc pas. Pourtant, fait remarquer le petit-fils de Bakhtiar, « le ministre [iranien] des Renseignements Ali Fallahian… ne cache pas la politique de liquidation menée à l’égard des membres de l’opposition par la Vevak [police secrète ayant remplacé la Savak] qu’il dirige. Lors d’une interview à la télévision d’État iranienne le 30 août 1992, il se vante : “Nous les traquons également à l’extérieur du pays. Nous les maintenons sous surveillance. L’année dernière, nous sommes parvenus à infliger des coups fondamentaux à leurs plus hauts dirigeants”. »

Ainsi disparaissait dans la violence et le sang, le dernier espoir d’une opposition iranienne laïque libre, pour trente ans au moins.

Les années 2010 ont vu le tchador laisser place au voile en Iran, le voile tomber peu à peu, et les femmes dévoilées parler à visage découvert devant caméra. La police sévit parfois, arrêtant des dizaines de personnes. Mais le mouvement d’opposition est large et populaire. Le jeûne du ramadan lui-même est de moins en moins bien observé. Le pouvoir préfère souvent laisser faire pour ne pas avoir une nouvelle révolution sur les bras.

Voyant tout cela, on reste rêveur quand on imagine ce qu’aurait été l’Iran si Chapour Bakhtiar était resté au pouvoir, ou si, réfugié en France, il avait réussi son come-back à la manière de Khomeyni, au lieu d’être assassiné par ce dernier à Paris, le 6 août 1991, dans un silence général.

Lina Murr Nehmé, 6 août 2018

Commander Fatwas et caricatures – la stratégie de l’islamisme.

Article publié par Causeur le 6 août 2018

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A propos de Chapour Bakhtiar

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Chapour Bakhtiar était l’Iranien que dans ma jugeote politique à 23
ans, j’admirais et estimais seul digne de respect en 1979, pendant ces
séances d’endoctrinement quotidiennes dont les médias français nous
abreuvaient chaque jour au sujet de Khomeiny. Ce dernier bénéficiait
d’une exposition médiatique inadmissible, qui donnait l’impression qu’il
était populaire et qu’il allait sauver l’Iran. Mais les mêmes
techniques de désinformation avaient été utilisées contre le Liban, ce
qui était normal puisque l’OLP avait aidé Khomeiny. Les foules qui
venaient l’acclamer représentaient un petit pourcentage des Iraniens. La
majorité silencieuse n’avait pas la permission de donner son avis.

Rien que de suivre ces reportages dont on nous abreuvait alors en
France au sujet de l’Iran, me permettait de prédire une catastrophe si
Khomeiny arrivait au pouvoir à la place de cet homme-là. C’est arrivé
exactement comme je l’avais prévu, et j’en étais désespérée pour les
Iraniens, car à 23 ans, on ressent les choses de façon extrême.

Le comble est qu’on utilise la période khomeinyste qu’on avait alors soutenue, pour justifier d’attaquer l’Iran maintenant, alors que, tout corrompu que soit le régime, il est loin d’être comparable à ceux qui l’entourent.

C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de Chapour Bakhtiar. Pour voir la différence, je suggère de lire ou relire le récit des événements, dans l’article que j’ai consacré au dernier Premier ministre du Chah ou, mieux, Fatwas et Caricatures, livre dans lequel je raconte aussi l’histoire de Mossadegh et du coup d’Etat du chah, celle de Rushdie, etc.,

Lina Murr Nehmé, 6 août 2019

Commander Fatwas et caricatures – la stratégie de l’islamisme.

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Les questions des années 1982

Dans les années 1982, un médecin m’a dit qu’à Strasbourg, on faisait des expériences pour s’assurer que le sperme de l’homme était fertile avant de procéder à une fécondation in vitro. On fécondait des guenons avec du sperme humain.

Au début des années 1980, un médecin m’a dit qu’à Strasbourg, on
faisait des expériences pour s’assurer que le sperme de l’homme était
fertile avant de procéder à une fécondation in vitro. On fécondait des
guenons avec du sperme humain.

Je me suis toujours posé la question de ce qu’il advenait de ces ovules de guenon fécondés avec du sperme humain — puisque, visiblement, ils existaient. Je pense qu’on devait les tuer, car on n’en a jamais entendu parler. C’est encore un côté Frankenstein et horrible de la science moderne.

Les années suivantes, on nous a dit que le sida venait des relations sexuelles de l’homme avec le singe, en Afrique. Visiblement, cela ne se faisait pas dans des éprouvettes.

Maintenant, on évoque toujours le singe et l’Afrique, mais non les relations sexuelles. Je suppose qu’un jour, je saurai toutes les réponses à ces questions que j’éludais à cette époque par pudeur, et que je pose pour la première fois.

Lina Murr Nehmé, 5 août 2019

Hassan al-Banna et le mufti de Jérusalem

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L’importance qu’a la Palestine pour les djihadistes ne date pas d’hier. Elle date du temps où le père de Tariq Ramadan, Saïd Ramadan, alla fonder en Palestine une branche des Frères Musulmans (qui gouverne aujourd’hui le pays à travers le Hamas).

Saïd Ramadan. Photo publiée dans Le Point

Solidarité de caste et d’organisation oblige, les Frères Musulmans ont toujours été solidaires de l’OLP, y compris dans ses massacres de chrétiens libanais au Liban, ou d’athlètes israéliens à Munich.

Une amitié liait Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans, et le mufti Hajj Amine Husseini, nommé par les Anglais mufti de Jérusalem. Cette solidarité se poursuit de nos jours. Les Frères Musulmans et le mufti de Jérusalem ont eu des disciples et des admirateurs de génération en génération. Yasser Arafat se réclamait de ce mufti, ce qui implique qu’il endossait ses massacres de juifs. A cette époque, il n’y avait pas Israël: tous étaient palestiniens. Le grand-père de Tariq Ramadan avait envoyé depuis les années 1940 de l’aide, et même des hommes égyptiens pour aider les musulmans palestiniens (ou la petite partie qui suivait le mufti) à massacrer des juifs palestiniens pour, soi-disant, aider l’islam en Palestine. Le résultat fut la création de l’Etat d’Israël et la trégédie de centaines de milliers de réfugiés palestiniens. Qui ont à leur tour fait la tragédie des Libanais quand ils ont voulu prendre leur pays.

Tout cela vous permettra de comprendre pourquoi aujourd’hui, l’antisémitisme grandit à mesure que l’islamisme s’étend, notamment en France.

Lina Murr Nehmé, 4 août 2019.

Pour en savoir davantage sur l’action du mufti de Jérusalem, lire: Lina Murr Nehmé, Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique, Salvator, 2016

Lina Murr Nehmé, Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique

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