Category Archives: Syrie

Enfants assassins et enfants d’assassins

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Ce que j’ai vraiment dit.

J’ai beaucoup hésité à publier mon précédent article, où je citais le cas de trois enfants tueurs. J’ai commencé par l’enfant de la photo, un Asiatique qui venait de tuer. Il est originaire d’Extrême-Orient. Il n’a pas intérêt à être rapatrié en Chine, il y serait exécuté immédiatement.

J’ai cité le cas d’un autre enfant tueur, français celui-là: le neveu de Sabri Essid, le demi-frère de Mohamed Merah, qui a tué un Palestinien devant la caméra.

J’ai également cité le cas des enfants tueurs du théâtre de Palmyre. Presque des adolescents.

J’ai rappelé que les victimes de ces enfants avaient elles-mêmes des enfants, et qu’étant pauvres, elles ont laissé des veuves et des orphelins mourant de faim. Mourant de faim, surtout à cause du blocus imposé à la Syrie, par cet Occident qui tient tellement au confort de ses citoyens, même quand ils sont allés tuer en Syrie.

Et j’ai posé la question de savoir si l’enfant tueur avait plus de droits que les enfants qu’il a rendus orphelins. Je parlais sur le plan strictement matériel et alimentaire: si ces enfants sont rapatriés, ils bénéficieront de confort. Pendant ce temps, les autres enfants, ceux dont ils ont tué les pères, auront de plus en plus faim en raison du blocus, et sans que les Etats qui veulent sauver leurs ressortissants djihadistes, pensent à réparer le tort fait par ces derniers.

C’est une question qu’on ne peut pas comprendre en Occident, où il n’y a pas eu d’enfants djihadistes tuant, avec conviction, des pères de famille pauvres dont les enfants ont ensuite crevé de faim parce qu’ils étaient devenus orphelins. C’est le cas de la plupart des victimes de ces enfants.

Une personne a traité mes propos de vision “de l’angle du ressentiment, voire de la vengeance dans ce qu’elle a d’aveugle, de non raisonné, de barbare… Comment pouvez-vous oser, en France, poser le problème d’un criminel, meurtrier ou assassin, mineur, en fonction de la situation de ses victimes ou des enfants de ses victimes?”

J’ai répondu que “si je devais avoir du ressentiment, j’en aurais envers les Palestiniens et les Syriens, car ils ont détruit mon pays et tué mes amis, ils ont ruiné ma vie, ils m’ont volé ma jeunesse. Il n’y a pas, au monde, un peuple qui pour moi représente le malheur de mon pays d’origine, autant que les Palestiniens et les Syriens, et pourtant je défends des victimes palestiniennes ou syriennes. Si je devais prendre les choses du point de vue du ressentiment, je dirais: ‘Bien fait pour eux, voyez ce que leurs pères ont fait aux enfants du Liban’. Mais je le fais sous l’angle purement humain, en considérant des enfants palestiniens ou syriens comme égalant des enfants français, et non comme leur étant inférieurs.
“Est-il acceptable que des enfants meurent de faim parce que leur père a été tué par un enfant occidental, et que ce dernier, lui, vive bien mieux qu’eux? Ma question étant: un enfant est-il supérieur à l’autre selon sa nationalité?
“Et si on pourvoit l’enfant tueur des mollesses de la vie occidentale, est-il juste qu’on laisse ses victimes avoir faim? Si vous appelez cela ressentiment, libre à vous. Moi, j’appelle cela humanité.

Elle répond (sans avoir lu) que je verrais éventuellement bien les enfants des djihadistes, Français par filiation, exécutés.

Je réponds qu’elle me faisait “dire ce que je n’ai pas dit. Relisez mon texte. Je parle de l’injustice de traitement entre enfants, je ne parle pas d’exécuter les enfants tueurs. Je commence seulement le post en parlant de l’enfant du sud-est asiatique qui est sur la photo et qui serait tué s’il était rendu à son pays d’origine, le sud-est asiatique, où on a moins de scrupules en la matière.”

Sa réponse: “… Il faudrait peut-être construire des taudis plein de rats pour les mineurs criminels auxquels on ne servira qu’un crouton de pain nageant dans l’eau chaude… pour plus de justice ?”

Moi: “Personne, en Occident, ne parle des enfants victimes, personne ne propose de leur donner au moins le même niveau qu’aux enfants assassins; au contraire, on inflige à leur camp des sanctions qui les affament. Si déjà un seul politicien français disait: “Nous voulons rapatrier les enfants tueurs en considérant qu’ils ont eu le cerveau lavé, et que la République, en les adoptant, décide aussi de réparer leurs torts en donnant aux enfants de leurs victimes au moins une vie décente,” au moins, alors, les enfants seraient égaux. Mais ce n’est même pas le cas: les sanctions continuent de plus belle, et madame, il y a des enfants syriens qui en meurent chaque jour, et ce sont souvent des orphelins. Je n’ai jamais parlé de tuer personne. Si quelqu’un venait me tuer, je ne le tuerais pas pour sauver ma vie, alors vous voulez que dans ce post je parle de tuer? Déduisez ce que vous voulez, j’ai écrit ce que j’ai écrit en pensant aux victimes, et les premières des victimes ne sont pas les tueurs (même si ceux-ci à mon avis sont des victimes aussi”

Elle: “A l’évidence nous n’avons pas la même conception du droit français, ni le même respect pour les lois républicaines de la France… que je sépare totalement de la politique menée par la France.”

Mais à ma connaissance, le droit français dit qu’en cas de meurtre, il doit y avoir réparations envers la victime. Des ressortissants français ont tué à l’étranger. Un crime est jugé dans le pays où il est commis, et des réparations sont imposées au bénéfice des victimes. Est-ce que les tribunaux français vont imposer des répérations aux victimes? A ma connaissance, il n’en a jamais été question. La vérité est que c’est au nom de la loi du plus fort que se fait le débat, et non au nom de la loi tout court.

Je rappelle que Daech a été engendré par les sanctions économiques inhumaines imposées à l’Irak. Or aujourd’hui, les mêmes sanctions sont imposées à la Syrie. C’est ce que j’avais écrit dans ce post qui semble avoir été si mal lu. En commentaire, j’ai également écrit:

“Il faudrait apprendre les leçons du passé pour ne pas créer des situations similaires. Or la politique qui a créé ces tragédies se poursuit, tant en Orient, où on aide objectivement les djihadistes, qu’en Occident, où on fournit une propagande déshumanisante, misogyne, raciste, qui est interdite par la loi française, sans que personne ne daigne appliquer la loi.”

Et dans un autre commentaire:

“Ces enfants ont subi un lavage de cerveaux. On sait ce que c’est pour avoir entendu parler des lavages de cerveaux des sectes: Moon, scientologie, etc. Les vicitmes de ce lavage de cerveaux ont pu être réhabilitées, mais parfois au prix d’un traitement très dur. Je ne rends pas ces enfants responsables. J’exige seulement qu’ils ne soient pas mieux traités que les enfants de leurs victimes. Ici je parle des enfants tueurs. Les enfants qui n’ont pas tué n’ont pas un problème psychologique aussi grave. Si on veut les réhabiliter, on doit aussi penser aux victimes.”

Lina Murr Nehmé, 20 mars 2019

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A ceux qui nous font pleurer sur les malheurs des djihadistes

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A ceux qui nous font pleurer sur les malheurs des djihadistes en Syrie et non sur le sort de leurs victimes.

Journalistes, revoyez vos anciens reportages, ceux où vous aviez
glorifié ces djihadistes, où vous avez refusé de reconnaître que Daech
était un Etat combattant un autre Etat, la Syrie. Vous l’avez toujours
appelé “Organisation Etat islamique”. Ce faisant, vous avez encouragé le
djihadisme en Occident, en présentant les guerres d’invasion des
djihadistes comme des “guerres civiles”.

Et vous, politiciens, vous avez aidé Daech, non seulement en donnant
des mots d’ordres aux médias, mais aussi, militairement, en entraînant
Daech, puis Nosra et d’autres organisations djihadistes pour les
fortifier contre leurs victimes, ces minorités que vous prétendez
défendre lorsque cela vous donne un prestige moral.

Et qui
étaient leurs victimes? Qui soutenait et soutient Bachar el-Assad? Ne
sont-ce pas les minorités, toutes les minorités? En présentant les
guerres de Daech comme des guerres menées par des opprimés contre des
oppresseurs, des guerres civiles, vous avez aidé l’Etat islamique à
perpétrer son génocide des minorités. Vous avez ainsi présenté les
minorités (qui, toutes, défendaient le régime syrien ou se battent dans
le même camp), comme des fascistes, ce qui a préparé leur massacre. Cela
a commencé par les chiites irakiens, dont on n’a pas parlé, comme s’ils
n’existaient pas. Vous avez également tu le sort des sunnites irakiens
ou syriens qui résistaient. Et cela a continué avec le massacre des
mêmes dans les régions syriennes occupées par Daech.

Alors, le
monde occidental, qui avait ignoré le génocide des communautés
musulmanes non islamistes, s’est ému avec le génocide des yézidis. Des
yézidis et non des Kurdes, car des villages kurdes chrétiens ont été
tout aussi victimes que les yézidis, pour avoir résisté par les armes et
refusé de se convertir à l’islam. On n’en a pas parlé. Il a fallu que
Daech publie lui-même le cours des esclaves vendues sur les marchés
(voir le fac-similé et la traduction dans mon livre L’islamisme et les Femmes), pour que le public réalise que ces esclaves pouvaient être aussi bien chrétiennes que yézidies.

Et de nouveau, on nous fait pleurer sur les agresseurs et sur leur camp
; de nouveau, on nous les présente comme des combattants de la liberté.
Quand cette désinformation cessera-t-elle? Je le sais: comme pour le
Liban, une fois que le pays sera soumis à un sunnite choisi par l’Arabie
Saoudite, lorsque la constitution aura été modifiée par volonté
internationale, pour donner tous les pouvoirs présidentiels aux
sunnites.

Il se trouve qu’en Syrie, les sunnites sont la
majorité. Mais au Liban, quand la communauté internationale a imposé une
constitution, les sunnites étaient minoritaires.

En histoire, il faut toujours comparer des situations semblables pour y voir clair malgré la désinformation.

Lina Murr Nehmé, 14 mars 2019

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Plus on tue, mieux on est traité

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Cet enfant vient de tuer. Si lui ou un des siens était expatrié, il
serait probablement sous la juridiction d’un pays du sud-est asiatique,
qui n’aurait aucun scrupule à l’éliminer.

Mais il y a des
enfants ressortissants français, anglais ou belges (ou autres) qui ont
tué. Ils ont été entraînés à tuer. L’État islamique a diffusé des vidéos
terribles montrant le lavage de cerveaux dont ont été victimes ces
enfants. Rappelez-vous les enfants d’Hitler, qui voulait créer la race
supérieure en faisant élever à sa manière les enfants blonds aux yeux
bleus. Cela a, paraît-il, donné des monstres.

On se dispute en
France au sujet des enfants des djihadistes. Evidemment, quand on dit le
mot “enfant”, on pense à l’innocence et non au meurtre ou à la guerre.

Pourtant, qui a oublié la vidéo dans laquelle le neveu de Sabri Essid,
demi-frère de Mohamed Merah, tuait un Palestinien musulman agenouillé?
Seule compte l’opinion du téléspectateur occidental que les journalistes
font larmoyer à longueur de reportages? L’opinion de la famille de ce
Palestinien assassiné n’a aucune valeur concernant son fils qu’un enfant
franco-tunisien a tué? Même si c’est dans un centre de détention, cet
enfant tueur, s’il était encore en vie, coulerait, aux frais du
contribuable français, une vie bien plus douce que celle des enfants ou
des frères de sa victime, et qui sont des pauvres.

Et qui a
oublié la vjdéo des enfants assassins dans le théâtre de Palmyre? Il y
avait certainement des Occidentaux parmi eux. On a mis à leurs pieds, à
genoux dans un théâtre, une file de soldats syriens aux visages
ensanglantés, qui avaient été tellement torturés durant les jours et les
nuits préalables, que certains d’entre eux ne parvenaient pas à rester
debout ou à genoux.

Si l’un de ces enfants ou adolescents est un
ressortissant français, aura-t-il droit d’aller se couler la vie douce
en France dans une cellule de luxe avec nourriture à satiété, sachant
qu’en Syrie, les enfants des hommes qu’il a assassinés, meurent
littéralement de faim? Car, quand on vous fait larmoyer sur le sort des
djihadistes, on ne vous dit pas que les familles syriennes sont
nombreuses et pauvres, qu’une femme dont le mari est mort, n’a pas
nécessairement de quoi nourrir ses enfants. L’assassinat du père
signifie la faim pour sa femme et ses enfants. Les victimes des enfants
de Daech n’étaient pas des richards. C’étaient des pères de famille de
la classe plutôt pauvre. Leur disparition a laissé des orphelins sans
ressources qui, aujourd’hui, meurent parfois littéralement de faim parce
que les sanctions occidentales ont rendu exorbitant le prix des denrées
alimentaires.

Est-il juste que ces enfants meurent de faim, et
que les enfants djihadistes occidentaux qui ont égorgé leurs pères,
parfois devant caméra, se coulent la vie douce dans des prisons de luxe,
loin du blocus imposé par l’Occident à la Syrie? Est-il possible aux
assassins et à leurs enfants de gagner sur tous les plans, tuer en
France, tuer en Syrie, puis, une fois perdants, rentrer en France,
laissant les enfants de ceux qu’ils ont tué et dont ils ont ruiné le
pays, perdre sur tous les plans?

Non, non, ce monde est trop injuste. Il y a quelque part, quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. On m’avait dit qu’un homme égale un homme, qu’un enfant égale un enfant. Mais je m’aperçois que plus on tue, mieux on est traité, et plus on est gagnant.

Lina Murr Nehmé, 20 mars 2019

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Daech : Etat ou organisation ?

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Un tribunal daechi.

Un lecteur m’écrit avoir lu que l’Etat islamique n’était pas un véritable Etat, mais une organisation, un proto-État. Depuis des années, en effet, les journaux et les politiques ont colporté l’expression “organisation Etat islamique”. Comment l’histoire, avec le recul des années, pourra-t-elle appréhender cet objet politique ? Voici quelques éléments de réponse.

Cette affirmation selon laquelle Daech ne
serait pas un Etat est une contre-vérité. Les autorités qui produisent
cet élément de langage savent parfaitement que Daech, “Etat islamique en
Irak”, puis “Etat islamique en Irak et à Cham (Liban, Syrie, Israël,
Jordanie)”, avant de s’appeler “Etat islamique” tout court, a tout d’un
Etat. Contentons-nous d’une définition classique et reconnue de l’Etat:
un être artificiel puissant, un Léviathan, capable d’assurer la paix et
la sécurité des individus qui lui ont prêté allégeance ou qu’il a
soumis (Hobbes).

Rappelons simplement que Daech :

– perçoit des impôts
– édicte et fait respecter ses lois
– entretient des tribunaux et des juges (photo)
– gère une administration et toute une infrastructure (routes,
hôpitaux, importations et exportations, production et raffinage de
pétrole)
– bat sa monnaie
– dispose de journaux et de chaînes de télévision
– rémunère ses fonctionnaires, ses écoles, sa police, son armée
– produit une idéologie structurée fondée sur un droit dont elle se réclame.

Si, dans ces conditions, Daech n’est pas un Etat, alors qu’est-ce qu’un
Etat ? (sachant qu’en reconnaissant à Daech ce statut d’Etat ne revient
pas à le louer.)

Pourquoi nier une telle évidence ?

Si
les puissances occidentales ont répandu ce mensonge, c’est que cela leur
permet de soutenir Daech contre l’Etat syrien, et de faire passer le
conflit qui a ravagé la Syrie pour une guerre civile, alors qu’il s’agit
d’une guerre d’invasion. Cette invasion, ces puissances occidentales
l’ont observée sans intervenir, quand elles ne l’ont pas aidée
financièrement, matériellement, diplomatiquement. Elles ont ainsi laissé
tranquillement Daech l’Irakien traverser le désert, passer la frontière
et commencer les massacres en Syrie.

Il en est de même de
Nosra, issue de Daech, implantée en Syrie par la volonté et avec
l’argent de Daech. A ce titre — et même si elle s’est coupée de son
organisation mère dans le but de s’enrichir et de fonder un jour son
propre califat — Nosra, elle aussi, est un envahisseur étranger, envoyé
par Daech pour préparer en Syrie un terrain favorable à une annexion par
Daech.

L’article que l’on me cite dit que Daech ne peut pas
battre monnaie. C’est faux: il bat monnaie. Délivre-t-il des papiers
d’identité ? Bien sûr: pourquoi ces jeunes djihadistes brûlent-ils leurs
papiers français, sinon parce qu’on leur a donné ceux du califat ? Eux
ne disent pas “Etat islamique”, ils disent tout simplement “l’État”.

Quant aux frontières internationalement reconnues, elles sont tacites: quand les grandes puissances interviennent contre la Syrie si elle dépasse une certaine ligne dans sa guerre contre Daech, il est évident qu’il s’agit de faire respecter une frontière dont on a convenu par un travail diplomatique, un peu comme les limites décidées lors des discussions entre Roosevelt et Staline à Yalta, ou comme la partition du Liban décidée en 1973-1974 (le plan Kissinger), qui a fini par échouer, parce que le peuple libanais ne s’est pas laissé faire.

Lina Murr Nehmé, 11 mars 2019

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Les accords de TaëF

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En 1989, le traité de Taef fut imposé au Liban au mépris de la population
qui, dans son écrasante majorité, n’en voulait pas. Rappelez-vous, diplomates,
agents et médias: le réduit libanais qui était encore libre et soumis à l’Etat
libanais manifestait tous les jours contre ce traité imposé par l’Arabie. Il
manifestait parce que ce traité légalisait l’occupation d’une partie du Liban
par l’armée syrienne.

Les manifestations durèrent plus d’un an. Puis vint la guerre du Golfe. Obtenir l’accord de la Syrie de l’époque était une étape
cruciale. Pour obtenir la participation de Hafez el-Assad contre l’Irak, il
fallait une contrepartie alléchante. Ainsi, toute la communauté internationale,
y compris le Vatican, imposa au Liban l’occupation d’une partie de son pays par
les troupes syriennes.

Ce traité commença le 30 septembre, date anniversaire des Accords de Munich
de 1938. C’est en effet à cette date que l’Arabie Saoudite réunit les députés
libanais chez elle, à Taef, et non à la Mecque, car certains d’entre eux, étant
chrétiens, auraient souillé les lieux, selon elle. Après leur avoir confisqué
leur passeport, elle leur expliqua au cours des jours suivants qu’ils ne partiraient
qu’à condition de signer ce traité fait par elle, qui dépouillait les chrétiens
de tout pouvoir dans leur propre pays.

Toute la communauté internationale s’inclina, un peu comme dans l’Apocalypse, toute la terre s’incline et dit: “Qui est comme la Bête?”

Le traité était saoudien, puisque Hariri l’avait écrit et imposé en tant que sujet du roi d’Arabie. Et Hafez Assad avait imposé sa clause, car un tel traité ne pouvait exister sans son accord. Quant au parrainage du traité, il fut assuré par les Américains, car sans eux cet accord n’aurait pu être imposé au Liban. Rappelons que George Bush était l’ami personnel du roi d’Arabie.

La Syrie avait déjà tenté d’imposer un tel traité quelques années plus tôt, elle avait échoué. C’est Rafic Hariri, travaillant pour les Saoudiens avec l’aide américaine, qui l’imposa grâce à l’argent saoudien et aux pressions des Américains, devenus la seule superpuissance.

Pourquoi ce parallèle avec les Accords de Munich ? Parce que de la même manière, on permit à une puissance militaire agressive, la Syrie, d’envahir un territoire qu’elle réclamait, et que l’une des conséquences de ce traité fut la chute du régime irakien, et l’apparition de Daech.

Lina Murr Nehmé, 5 mars 2019

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Mort de Fabien Clain

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Fabien
Clain, un des deux frères qui avaient été des inspirateurs, des mentors
de Mohamed Merah, n’est pas devenu un des hommes de Daech en France par
hasard. Dès le début des années 2000, il travaillait pour al-Qaïda, et
après les attentats de septembre 2001, “al-Qaïda en Irak”,
l’organisation de Zarqawi, qui est par la suite devenue Daech. En fait,
il avait toujours travaillé pour les mêmes: les gens de Ben Laden et de
Zarqawi. Quand ces derniers ont changé de nom et se sont coupés
d’al-Qaïda, il est resté avec eux.

Son expérience djihadiste en
France depuis le début des années 2000, lui a permis d’organiser le
massacre du Bataclan, des cafés avoisinants, et le massacre avorté du
stade de France où était supposé mourir François Hollande.

Il
n’était pas le seul à s’être rangé du côté de Daech contre al-Qaïda: son
ami Sabri Essid, le demi-frère de Mohamed Merah, avait fait de même, et
il avait même fait assassiner un Palestinien en Syrie par un enfant
toulousain, en direct devant la caméra, qu’il avait fait diffuser à
temps pour qu’elle passe aux infos le jour de la commémoration de
l’assassinat, par Mohamed Merah, du soldat français Imad ben Ziaten.

Pour plus de détails concernant cette histoire et ses racines, lire le chap. 25 de mon livre Fatwas et caricatures (Salvator, 2015).

Lina Murr Nehmé, 23 février 2019

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DAECH est-il fini ?

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On vient d’annoncer que Daech ne contrôle plus qu’1% du territoire syro-irakien.

Cela n’est pas tout à fait exact. Car si Daech ne se bat plus que dans
un petit réduit près de la frontière irakienne, cela ne veut pas dire
qu’il soit fini, loin de là. Encore moins, que l’Etat islamique le soit.
Car cet Etat, le califat, étant à vocation mondiale, peut avoir
n’importe quelle organisation, n’importe quelle tribu à sa tête. Il peut
être dirigé de n’importe quelle capitale. Même si Daech était fini,
l’Etat islamique ne le serait pas. Il ne peut pas l’être tant que les
passions actuelles dans le monde seront aussi violentes.

D’ailleurs, Daesh n’est pas du tout fini, il a juste fait un
redéploiement. Il s’est retiré du Proche-Orient pour envoyer ses forces
conquérir du terrain ailleurs, en Asie orientale et en Afrique. Partout,
il fait des alliances avec les terroristes locaux, comme il avait
autrefois fait en Irak et en Syrie. Il reconstitue ainsi ses forces, il
remplace ses morts et ses déserteurs syriens et irakiens, par des
Asiatiques et des Africains. Tant lui que les chefs d’Etat occidentaux
ont intérêt à ne pas mettre ceci en lumière. Lui y a intérêt parce qu’il
a besoin de travailler dans le secret avant de se dévoiler soudain dans
sa puissance. Et eux y ont intérêt parce qu’ils ne veulent pas passer
pour des perdants, ils perdraient les élections, après tout ce qu’ils
ont fait payer au contribuable pour mener la guerre en Syrie et en Irak.
Obnubilés par les approvisionnements en pétrole, ils laissent Daech
gagner des territoires aux Philippines, au Myanmar, au Nigéria, au Tchad
et ailleurs. Comme si ces pays, leurs citoyens et leur souffrance,
n’avaient pas de valeur. Pour le califat, d’ailleurs, ils représentent
des conquêtes plus importantes que les territoires que Daech a perdus en
Irak et en Syrie. À partir de ces pays, il compte reprendre l’offensive
mondiale une fois que les Américains se seront retirés du
Proche-Orient. Ce qui arrivera tôt ou tard.

Cette carte montre la
situation de Daech en Syrie fin 2018, c’est-à-dire il y a quelques
semaines. Cela n’a pas beaucoup changé: plus que d’une présence sur le
terrain, Daech dispose de régions amies en Syrie ou en Irak. Ce sont
essentiellement celles dont l’EI a “nettoyé” la population, et où il a
distribué du bakchich aux chefs, et des vivres aux habitants.

Ces régions amies se rabattront sur Nosra si le califat de Daech venait à
disparaître. Ce n’est pas le cas, nous l’avons dit : Daech, existe
encore. Vous pourrez dire que Daech est fini le jour où Nosra se donnera
le nom de califat. Tant qu’elle ne l’aura pas fait, c’est que Daech
sera encore le plus fort, et il ne peut y avoir deux califats au monde.
Les médias occidentaux peuvent raconter ce qu’ils veulent. Les
habitants, les terroristes, les islamistes savent ce qu’il en est
réellement.

Il faut se rappeler qu’à terme, le but du fondateur
d’al-Qaïda Oussama Ben Laden — tout comme celui d’Hassan al-Banna et de
Saïd Ramadan (respectivement grand-père et père de Tariq Ramadan) — a
toujours été l’établissement du califat pour une invasion mondiale. Le
différend entre Ben Laden et Zarqawi, chef de la branche “al-Qaïda en
Irak”, reposait sur un problème de “timing”. Ben Laden voulait ne
proclamer le califat qu’une fois devenu très fort, alors que Zarqawi
voulait le proclamer immédiatement. Finalement, Zarqawi est mort avant
Ben Laden, et c’est le successeur de Zarqawi, Baghdadi, qui proclama le
califat en donnant ce nom à “al-Qaïda-Irak”.

Auparavant,
al-Qaïda-Irak avait obligé les organisations sunnites irakiennes à
s’allier avec elle, et elle a donné à l’ensemble le nom d'”Etat
islamique-Irak”.

Puis elle s’est donné le nom de Daech, acronyme d'”Etat islamique en Irak et à Cham”.

(“Cham”, c’est l’ensemble formé par le Liban, la Syrie, la Jordanie, Israël et la bande de Gaza.)

Daech a pris ce nom parce que la branche qu’elle avait envoyée fonder
un Etat islamique à Cham, s’était révoltée contre Baghdadi. Cette
organisation s’est révélée au public en se donnant deux noms:
“al-Qaïda-Cham”, et “Jabhat Nusrat ech-Cham”, c’est-à-dire “Front d’aide
aux gens de Cham”. Elle s’est donné plusieurs noms par la suite, mais
le peuple continue à l’appeler “Nosra”.

Daech demeure la plus
puissante des branches d’al-Qaïda, si l’on tient compte de ses conquêtes
orientales et africaines — et Daech sait qu’en se dispersant ainsi,
elle entraîne l’Occident à se battre sur un terrain sur lequel il ne
peut pas le suivre. Ce qui le prouve, c’est l’effacement de Nosra, la
rivale qui, au Levant, fait le nécessaire pour remplacer Daech. Son but
est le califat et l’invasion mondiale. Car Nosra, comme Daech, demeure
une branche d’al-Qaïda. Toutes deux ont porté le nom d'”al-Qaïda” durant
des années, et ne se sont coupées de l’organisation mère que pour des
raisons stratégiques.

Tant que le chef de Nosra ne se sera pas fait plébisciter calife comme avait fait celui de Daech avant lui, c’est que le califat de Daech est encore assez puissant pour ne pas pouvoir être supplanté.

Lina Murr Nehmé, 7 février 2019

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Les 130 djihadistes sont-ils français ?

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Dans cette vidéo diffusée par Daesh (voir en fin d’article), des djihadistes français brûlent leur passeport devant la caméra et appellent les musulmans de France à renier la nationalité française et à rejoindre l’Etat islamique en Syrie… pour combattre les Syriens, les Libanais, et plus tard, les Israéliens. Ils appellent à commettre des attentats en France. (C’était en 2014, un ou deux mois avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher en janvier 2015, comme par hasard.)

L’un des djihadistes français a été reconnu comme ayant participé au massacre de 18 Syriens et d’un Américain (Analyse Euronews).

Parmi eux se trouve Quentin Le Brun, originaire de la région d’Albi :

“[Il] apparaît dans une vidéo de sept minutes diffusée par le forum djihadiste Al-Hayat en novembre 2014, en compagnie de deux autres Français, Kevin Chassin (mort dans un attentat-suicide à Mossoul en 2015) et Romain Garnier (prisonnier des forces kurdes depuis décembre 2017). Romain Garnier appelait les musulmans français à venir rejoindre l’Etat islamique ou bien à tuer les Français « par les armes, les voitures, le poison ».”

(Paris Match, 01/02/2019)

Malgré tout, la Syrie, et notamment les parties kurdes de ce pays, ont reçu des menaces diplomatiques très claires: ils ne doivent pas toucher aux citoyens français. C’est pourquoi ils n’y touchent pas en effet, mais évidemment, ils ne diront pas ce qui s’est passé dans les coulisses, qui les a poussés à préserver leurs assassins et à vouloir leur procurer les douceurs françaises.

Il est bien étrange d’interdire ainsi aux Kurdes et aux Syriens de juger ceux qui ont commis des crimes chez eux. D’après le droit international, un criminel est jugé d’après les lois du pays dans lequel il a tué. C’est pourquoi quand la France met la main sur un assassin syrien, elle le juge selon ses propres lois, elle ne l’extrade pas vers la Syrie. Si elle exige l’extradition de ces djihadistes, c’est au nom de la loi du plus fort. La France ayant déclaré que ces djihadistes étaient des citoyens français, ils lui sont à ce titre plus précieux que les citoyens syriens qu’ils ont assassinés.

Mais sont-ils français? Un djihadiste est citoyen de l’Etat islamique qui, comme son nom l’indique, est un Etat. Et la double nationalité ne peut être cumulée, puisque cet Etat, le califat, est l’ennemi de la France. Le gouvernement français l’a d’ailleurs signalé après les massacres en 2015: il y a “une guerre” entre la France et Daech, et ce n’est pas la France qui a déclaré cette guerre à Daech. Dans ce cas, comment concevoir que des citoyens français, ayant renié leur citoyenneté pour adopter celle de l’ennemi, puissent être considérés comme des citoyens français? Ils ont quitté la France pour aller en Irak ou en Syrie aider le califat à envahir le monde. L’idée était de faire flotter le drapeau noir sur l’Elysée, Matignon, Downing Street, Windsor et… surtout, Saint-Pierre de Rome. L’un de ces djihadistes occidentaux, Emwazi, dit “Jihadi John”, l’a dit dans la vidéo de l’assassinat des coptes.

Si le gouvernement français l’a oublié, il n’en est pas de même des djihadistes concernés. Ils savent qu’en cas d’amnésie, leurs compagnons, citoyens du califat, les tueraient.

Lina Murr Nehmé, 1er février 2019

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A Paris, un slogan du “Printemps arabe”

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Apparition, sur les murs de Paris, des slogans du “Printemps arabe” Traduction: “Le peuple veut la chute de régime. L’Etat a vite réagi au karcher, mais entre-temps, plusieurs personnes avaient eu le temps de prendre des photos et de les publier.

Un graffiti n’engage à rien: il suffit d’un seul pour en mettre. Mais un graffiti est une publicité, il se voit, il se lit, il se raconte, il se répète. Avant que les foules tunisiennes ne scandent ce slogan, il a bien fallu que quelqu’un l’invente et l’enseigne aux autres.

On nous a servi ce slogan au Liban, durant les manifestations réclamant le ramassage des ordures. Mais au Liban, ça n’a pas marché : on ne voulait pas de la chute du régime, c’est-à-dire du système démocratique. On avait entendu ce slogan en Tunisie, en Egypte, en Syrie, et partout, il avait été suivi des pires malheurs, le soi-disant “Printemps arabe”.

L’apparition de tels slogans n’est jamais à sous-estimer, car ce ne sont pas les Français qui les importent. Déjà, le slogan “Dégage” (qui est la mauvaise traduction de “Irhal“, qui veut dire “Pars”), a été importé en France, et certainement pas par les petits retraités français qui voyaient les foules tunisiennes, égyptiennes ou syriennes le scander sous les balcons de Ben Ali, de Moubarak et de Bachar Assad. Avant le Printemps arabe, les manifestants scandaient en France : “Démission”, ils ne disaient pas “Dégage”. Le mot “Dégage” ne peut pas s’appliquer à la France, où un Président ne s’incruste pas vingt ans comme Moubarak en Egypte. Il n’est pas besoin de lui dire de partir, il suffit qu’il démissionne.

Ces deux slogans sont extrêmements contagieux : ils ont commencé en Tunisie (1), puis en Egypte, puis en Libye, en Syrie, au Bahreïn, au Yémen. On a même tenté de nous servir le second au Liban, comme je l’ai dit.

Ce qui m’inquiète, c’est que la télévision satellitaire al-Jazeera, financée par le Qatar, s’y intéresse et bourre la tête des musulmans français et surtout non-français qui la regardent. Elle ose parler d’un “Printemps parisien”. Or c’est elle qui a fabriqué les “printemps arabes” en Tunisie, en Egypte, en Syrie. Elle s’est livrée à un battage, à un pilonnage médiatique qui frisait le lavage de cerveaux. Elle avait serré un tel étau autour de ses journalistes que les chefs, Ghassan Ben Jeddou et Michel Kik, ont démissionné. Alors il n’y a plus eu de frein à Al-Jazeera.

Addendum : En tout cas, certains sont ravis de cette photo.

 

Lina Murr Nehmé, 2 décembre 2018

 

(1) Pour les détails concernant l’origine des émeutes en Tunisie, voir le chapitre consacré à ce sujet dans L’Islamisme et les femmes.