Quand le Hamas tue ses rivaux palestiniens

Si vous croyez qu’en donnant le pouvoir au Hamas vous aurez résolu le problème palestinien, c’est que vous ne connaissez pas l’Histoire. Que vous ne connaissez pas ces organisations. Que vous ne savez pas comment elles travaillent : par le crime. Tout simplement parce que la partie des Palestiniens qui a quitté le pays en 1948, c’est la partie djihadiste, ou sympathisante des djihadistes, celle qui voulait tuer du juif et du Palestinien pro-juif (ou pas anti-juif), ou simplement, qui a accepté de répondre à l’appel des Arabes à partir dans cette guerre de 1948. Elle était en effet menée par des armées dont trois au moins étaient djihadistes : les Frères Musulmans, les Saoudiens et les Palestiniens du mufti. Les autres Palestiniens étaient restés dans le pays et y sont toujours.

Le djihad avait été proclamé par le mufti en 1936 dans la Palestine mandataire, et dans la guerre qui s’ensuivit, davantage de Palestiniens non-juifs furent tués que de Palestiniens juifs ou d’Anglais. Or cette guerre de djihad n’a jamais été révoquée. Elle a temporairement eu une coloration gauchiste dans les années 1970-1980, quand les Palestiniens se sont alliés à l’URSS et se sont dits de gauche. Mais quand ils attaquaient les quartiers chrétiens du Liban, ils lançaient tout de même le cri du djihad : “Allahou Akbar!”

Dans ces guerres, il y a beaucoup d’organisations et beaucoup de chefs. Et chacun d’eux a l’ambition de dominer les autres. Il y a donc des bagarres et des morts. Il y a donc tous les jours des morts entre ces organisations dans les camps palestiniens au Liban où vous trouvez de tout : le Fatah bien sûr, mais aussi, et surtout, le Hamas, le djihad islamique, les brigades des martyrs d’Aqsa, le Fatah al-Islam, al-Qaïda, al-Nusra, Daesh, et j’en passe.

Des morts entre organisations palestiniennes rivales, il y en a davantage encore en Palestine, même si on ne signale pas les soi-disant traîtres.

Ainsi, le Hamas a assassiné le 29 mai à Gaza, Mahmoud Nashabat, chef des “Brigades des Martyrs d’al-Aqsa” à Gaza. D’après l’annonce que lui consacre la page du Fatah sur X (Twitter), Nashabat fut responsable du bombardement de la première Merkava israélienne, toujours à Gaza.

Demain, ce sera au tour de l’Autorité palestinienne de tuer des gens du Hamas par représailles.

Et après-demain, encore d’autres tueront.

Ce sont là les chouchou du monde aujourd’hui. Comme ils l’étaient au temps où ils massacraient les Libanais et commettaient des génocides de civils comme à Damour, dont tous les habitants restés sur place ont été tués.

Lina Murr Nehmé

Anjem Choudary et la démocratie

Anjem Choudary, imam britannique dont l’origine pakistanaise est indéfinissable tant son accent est bon, est : « La charia régnera au Royaume-Uni et en Europe, et dans le monde. »

Avec des variantes. Dans la vidéo tweetée ci-dessous, il déclare : « La démocratie sera très probablement remplacée par la charia islamique au Royaume-Uni, en Belgique et en France d’ici 15 à 20 ans. »

Je veux bien reconnaître qu’un nombre très grand de musulmans londoniens veulent la charia, mais tout de même, choisir Anjem Choudary comme exemple, et l’appeler « chercheur» en plus, c’est insulter tout musulman qui n’est pas un assassin, et il y en a beaucoup.

Anjem Choudary était à Londres l’acolyte de Omar Bakri (Fustok), le Syrien qui a plus ou moins « fait » le Londonistan, et après avoir quitté l’Angleterre, n’a plus pu y revenir. Alors Bakri s’est installé au Liban où il s’est mis à appeler, comme toujours, au califat.

Comme Bakri violait la loi, le gouvernement libanais a fait ce que le gouvernement britannique n’a pas fait : le mettre en prison.

Quant à Choudary, et après avoir été emprisonné en 2014 pour apologie de Daesh, il a été libéré six mois plus tard, avec interdiction de parler en public et dans les médias. En 2021, l’interdiction a été levée. C’est pourquoi on entend de nouveau sa voix.

Lina Murr Nehmé

Les vêtements terroristes

Manahel al-Otaibi, citoyenne saoudienne, s’est filmée dansant en fuseau et faisant de la gymnastique en blouse courte.

Vous vous dites que le ventre n’étant pas la partie la plus belle du corps d’une femme, et qu’elle ne portait aucun décolleté, ni rien de ce qu’on voit de nos jours en France. Et que l’Arabie Saoudite s’est émancipée en reniant certains hadiths, etc. Et que la police des mœurs a été abolie, cette sinistre institution qui fouettait les femmes si elles sortaient sans abaya. Comme si l’homme était incapable de se contrôler en voyant sur les réseaux sociaux une jolie fille dansant ou faisant du sport en tenue de sport, ou marchant dans la rue sans abaya. Plus encore : Manahel eut l’outrecuidance de passer à la télévision en déclarant qu’elle s’habillerait comme elle voulait et refusait l’abaya saoudienne noire et informe, et que c’était très important pour elle, surtout dans son pays.

Tout cela, apparemment, c’était une agression contre l’ego masculin, une provocation fournie au mâle humain à tort et à travers, et de façon inadmissible.

Et dites le mot – oui, oui, dites-le ! – de façon terroriste.

Vous ne croyez pas ? C’est que vous ignorez qu’il y a des mollahs dans ce pays, et qu’ils descendent du vieil Abdel-Wahhab qui fonda le wahhabisme, et dont le pacte avec l’ancêtre de MBS reposait sur le partage du pouvoir arabe entre eux, puis leurs descendants. Ibn Saoud prenait le pouvoir temporel, et Abdel-Wahhab, le pouvoir religieux. Une sorte de califat divisé en deux si vous voulez.

C’est pourquoi MBS ne peut pas vraiment faire des réformes, et l’acte de Manahel était du terrorisme.

S’étant rincés les yeux, donc, les mollahs se révoltèrent et poussèrent des cris d’orfraie. La jeune fille fut jetée en prison, confinée et isolée comme une bête contagieuse.

Ce qui n’empêcha pas ses geôliers – ou ses bourreaux, ou les deux – de lui faire des violences, jusqu’à lui briser un os.

On lui refusa les soins médicaux, et pour finir, on la jugea et on la condamna à 11 ans de prison pour terrorisme.

Personne n’en parlera. Tout comme personne n’a parlé des princesses saoudiennes séquestrées et condamnées par leur père à mourir de faim.

Car l’Arabie Saoudite achète des avions et des armes de toute sorte. Et elle a la main sur le robinet du pétrole.

Si elle a dit que ses prisonniers d’opinion sont coupables de terrorisme, c’est qu’ils sont coupables de terrorisme. Quand on contrôle les médias, quand on les paie, on peut lancer toutes les accusations, ça marchera toujours.

Lina Murr Nehmé

Un milliard pour vendre le Liban

Hier, Ursula Van der Leyen est venue informer les Libanais qu’elle donnerait un milliard d’euros sur quatre ans, pour que les migrants syriens soient empêchés d’aller en Europe. Ceci, sachant qu’en même temps, tout est fait par elle et les puissances occidentales, pour empêcher ces migrants de rentrer en Syrie.

Les migrants syriens coûtent au Liban 4,5 milliards par an, mais Najib Mikati, ex-Premier ministre dont le mandat est expiré en octobre 2022 – et qui donc, exerce le pouvoir de façon illégale – s’est aplati devant Ursula en disant : « Oui, Führer. Le Syrien qui voudra partir partira, et celui qui devra rester au Liban restera. »

Voilà le dernier coup de boutoir donné au Liban par les nations amies. En quelques décennies, elles ont détruit cette nation qui avait résisté 1400 ans à l’arabisme, au turquisme, à l’islamisme. Elles ont tout fait pour qu’elle perde son identité, soutenant la spoliation des chrétiens de leur pouvoir politique, soutenant les hommes de paille imposés par l’ennemi, et qui modifiaient la démographie libanaise par des naturalisations illégales, jusqu’à ce qu’il soit possible d’appeler le Liban « pays arabe » et « pays musulman ». Pour la première fois de l’histoire.

Maintenant vient la condamnation ultime qui consiste à imposer au Liban comme citoyens, 2,2 millions de migrants syriens musulmans sunnites et plus de 400.000 réfugiés palestiniens également sunnites, alors que les Libanais résidant sur le territoire sont 4 millions. Les autres, vous l’avez deviné, ont été chassés. Vous les voyez à Paris, à Londres, aux États-Unis, au Canada, en Amérique latine, en Afrique, dans les pays du Golfe, bref, partout ailleurs que dans leur pays.

Donc, voici un milliard d’euros pour changer à jamais la démographie libanaise et briser toute possibilité de redresser ce pays économiquement.

Un milliard ? Mais vous vous moquez de nous ! Selon la Banque Mondiale, la présence des Syriens coûte au Liban 4,5 milliards de dollars par an, dont un milliard directement, et 3,5 milliards indirectement. Si l’on fait le calcul, cela fait 63 milliards de dollars depuis 2011.

Étant donné que la dette publique libanaise s’élevait à 102,7 milliards de dollars fin septembre 2022, il est facile de comprendre pourquoi le Liban s’est trouvé en défaut de paiement et pourquoi son économie s’est effondrée comme celle du Venezuela. Chargez l’âne toujours plus, faites-lui porter quatre fois son poids, frappez-le, tirez à hue et à dia autant que vous le voudrez, il finira bien par mourir.

Quand le Cèdre s’écroulera, sa chute entraînera avec elle l’ensemble de l’édifice mondial. Car les paix de Munich ont un défaut, c’est que leurs conséquences reviennent comme un boomerang frapper ceux qui les ont concoctées.

Le Liban n’est pas tombé par faiblesse, mais par trahison. Sa chute progressive a apporté au monde l’islamisme de façon tout aussi progressive. La trahison, c’était le prix payé sous la table pour un pétrole bon marché, et pour chaque contrat mirifique d’armement. Mettez-vous à la place de ces puissances du pétrole qui, depuis 1400 ans, convoitent le Liban et n’ont pu le vaincre ni militairement, ni moralement, alors qu’elles l’ont toujours considéré comme le joyau du Moyen-Orient sinon du monde. Pourquoi se seraient-elles privées de conditionner leurs contrats d’armement à ces clauses secrètes qui leur ont procuré, concession après concession, la souveraineté de fait sur ce bout de terre toujours désiré et jamais obtenu ?

Le Liban est formé des restes combattants et résistants des nations détruites par les califats. Ensemble, ces restes formaient au Liban un barrage, un rempart, une tour de garde qui protégeait l’e monde l’Occident de l’islamisme, de ses armées et de son terrorisme. Le Liban recevait tous les coups en premier, et en absorbait l’essentiel. Et toujours, ce pays se relevait, même si une mauvaise information – ou une désinformation payée à prix d’or – donnait l’impression du contraire.

Le Liban a eu une longévité étonnante : il a résisté à des centaines de massacres, parfois de génocides, sans perdre son identité dans un océan d’islam, et sans cesser de recevoir les réfugiés par vagues, rendant le bien pour le mal aux citoyens des pays qui l’avaient combattu.

Le Liban peut absorber de vrais réfugiés, mais non des communautés qui, dans leurs pays d’origine, ont mené durant des décennies des guerres de djihad contre des minorités. Tel est le cas des réfugiés palestiniens et syriens qui se sont installés au Liban.

En Palestine, une guerre de djihad a été décrétée par le Grand Mufti depuis 1936. La guerre de 1947 était part de ce djihad, qui n’a jamais été révoqué, et que dirigeaient les sunnites palestiniens.

Quand ces derniers vinrent au Liban, ils ne tardèrent pas à reprendre le même genre de guerre, mais contre les chrétiens et contre les autorités libanaises. Même dans les années 1970, quand ils se disaient de gauche, ils utilisaient le cri du djihad – « Allahou Akbar ! » – quand ils combattaient les quartiers chrétiens ou l’armée libanaise.

Quant aux Syriens, ils vécurent, depuis 1963, dans un état permanent de guerre de djihad, menée par les islamistes sunnites sous la bannière des Frères Musulmans. Au plus fort de cette guerre, des centaines de personnes appartenant aux minorités, surtout alaouite, étaient assassinées, soit de façon individuelle, soit dans des attentats collectifs. Le régime baassiste répliqua par une énorme répression que la propagande des Frères Musulmans syriens utilisa par la suite dans ses appels à appliquer la charia et à exterminer les alaouites. Au début de la guerre syrienne, il y eut même sur al-Jazeera une émission positive sur ce sujet.

En 2011, lorsque la guerre éclata en Syrie, l’opposition n’était pas seulement islamiste : elle comprenait aussi d’importantes personnalités intellectuelles et laïques. Cependant, les djihadistes ne tardèrent pas à prendre les rênes, grâce à l’argent provenant du Golfe arabe et à la guerre de djihad qui faisait déjà rage en Syrie depuis des décennies, et ils se débarrassèrent des laïques. L’opposition syrienne devint alors islamiste, avec l’ASL, puis al-Nosra et Daesh comme porte-drapeaux.

Beaucoup de sunnites syriens sont patriotes et fidèles, mais ceux-là sont demeurés en Syrie. Ceux qui sont dans les camps de migrants au Liban appartiennent en majorité à l’opposition syrienne. Il existait en 2011 une opposition intellectuelle au régime en Syrie, mais grâce à l’argent du Golfe, les djihadistes ont rapidement pris le contrôle de la situation, écartant les intellectuels et les rendant inefficaces. L’opposition syrienne est aujourd’hui presque exclusivement islamiste, avec pour ténors al-Nosra (al-Qaïda) et Daesh, et dans une moindre mesure, l’ASL (Armée Syrienne Libre).

Ces organisations sont encore présentes sur le terrain. Elles commettent des attentats et recrutent. Et al-Qaïda et Daesh recrutent aussi au Liban, en offrant beaucoup d’argent aux plus pauvres. L’une d’elles – ou toute autre organisation djihadiste syrienne ou palestinienne disposant d’autant de prestige et d’argent – pourrait, le jour où elle recevrait l’argent et les armes, recruter une armée islamiste sunnite plus grande que l’armée libanaise, rien que dans les camps de migrants syriens. En effet, au moins 100 000 à 200 000 de ces migrants ont reçu un entraînement militaire en Syrie, soit en tant que conscrits, soit dans les organisations djihadistes. Et d’ailleurs, il est facile d’entraîner une nouvelle recrue, comme l’a prouvé la guerre syrienne.

Mais au lieu de regarder ce danger en face, la communauté internationale a simplement décrété la mort du Liban : les islamistes ne rentreront pas chez eux, et n’émigreront pas en Europe (alors que ce n’est pas le Liban qui a bombardé leur pays, mais les puissances occidentales). Et le Liban ne vend pas les migrants comme esclaves, comme il en a été en Libye.

Mais maintenant, apparemment, c’est fini. Comme disait l’Osservatore Romano au début de la guerre : « Si le Liban meurt, il mourra assassiné. »

Les conséquences en seront effrayantes. Car si l’islamisme frappe si fort l’Occident en s’engouffrant dans les brèches de la digue libanaise, que fera-t-il quand cette digue se rompra et que le flot se déchaînera dans toute sa vigueur ?

Lina Murr Nehmé

La Charia au lycée

Photo Uli Engers – Bild

Dans une école du centre de l’Allemagne, à Neuss, les lycéens musulmans exigent le respect des règles islamiques les plus strictes. Ils se sont même institués « police de la charia », rejetant la démocratie et faisant pression sur leurs camarades de classe, jusqu’à en pousser quelques-uns à se convertir à l’islam.

Cela a commencé il y a environ un an. Sous l’égide d’un meneur de 19 ans, plusieurs élèves ont pris l’habitude de se rassembler aux heures dites, pour faire la prière dans l’enceinte de l’école.

Des jeunes gens du groupe quittaient même les cours le vendredi pour assister à la prière dans une mosquée, sans tenir compte du fait que « les enseignants leur ont clairement dit qu’ils n’étaient pas autorisés à faire cela », affirme un lycéen.

Des enseignants musulmans ont alors expliqué aux élèves qu’ils pouvaient reporter leurs prières du vendredi, et que leur religion le leur permettait. Sans effet.

Peu de temps après, ces lycéens ont réclamé une salle de prière, et se sont mis à faire pression sur leurs camarades pour les obliger à suivre la charia et ses règles. Le nombre de filles voilées et en tenue islamique s’est mis à augmenter. Plusieurs lycéens ont obéi, apparemment par peur. Certains étudiants non musulmans se sont même convertis à l’islam.

Le groupe a ensuite appelé à la séparation des sexes à l’école durant certains événements comme la natation. « Pendant les cours, on pouvait voir la disposition des sièges dans les classes changer », a déclaré un lycéen. « Les élèves sont assis en classe séparément selon leur sexe, les garçons devant et les filles au fond. Lorsque les enseignants leur parlent, les élèves ne les regardent plus en face. » Lorsque la direction de cette école polyvalente de Neuss a tenté de sévir, les membres du groupe islamiste ont rejeté le système juridique allemand.

Le quotidien allemand Bild, qui rapporte cela, ajoute que selon le magazine Focus, les jeunes auraient parlé de lapidation comme punition pour les violations de la charia, et que le gouvernement du district de Düsseldorf contredit cette affirmation.

Les autorités ont évidemment intérêt à éviter les polémiques qui pourraient provoquer des problèmes et étendre la contagion à d’autres lycées. En fait, il est logique que des lycéens islamistes qui font pression pour obliger leurs collègues à respecter la charia en ce qui concerne la prière, la prière et sermon du vendredi à la mosquée, ainsi que le voile et la séparation des sexes – et qui imitent même Mahomet en ne regardant pas les gens dans les yeux –, parlent de l’application des châtiments de la charia aussi.

La lapidation peut être infligée aux adultères des deux sexes s’ils sont mariés, ainsi qu’aux homosexuels et aux musulmans qui rejettent l’islam ou une seule partie de la charia.

Affaire à suivre, et tout de même inquiétante.

Lina Murr Nehmé

Prière retransmise par la chaîne Bayerischer Rundfunk

Comme tu es laide !

En 1973, alors que j’avais 18 ans, un pilote français en visite au Liban nous disait : « Les plus belles femmes du monde sont les Libanaises et les juives ».

Les islamistes ne sont pas de cet avis.

En 2014, en effet, des militants de Daesh ont mis sur les réseaux sociaux la photo qui me montrait brûlant le drapeau de Daesh, et ils se sont mis à me lapider à coups d’injures pour défendre l’État islamique qu’ils appelaient gentiment « L’État ».

L’un d’eux écrivit sur la page Facebook d’Ersal, le 31 août 2014 : « Comme tu es laide ! » Un autre répondit : « J’espère que Daesh arrivera jusqu’à toi, ô Seigneur ! et qu’ils te prendront comme captive de guerre. Mais le problème est qu’ils vendent la captive de guerre pour 1000$. Mais toi, tu ne vaux qu’une piastre libanaise. »

Une piastre en 2014, c’était très très peu : une livre fait cent piastres, et il fallait alors 1500 livres pour faire un dollar. C’est que pour eux, le cerveau de la femme n’a pas de valeur. Pour eux, la femme ne sert que physiquement : à servir, faire des enfants et être une esclave sexuelle. Ces gens en sont encore à peser les femmes pour voir à quel prix ils vont les payer avant de les épouser. Daesh publia en novembre 2014 une liste de prix de vente de chaque « esclave chrétienne/yazidie » selon son âge. Je mets juste une photo de petites dimensions, car cela crève vraiment le cœur de lire ces instructions en détail.

Un autre internaute islamiste, qui ne pensait visiblement pas que j’étais répugnante à ce point, écrit sentencieusement : « Tu deviendras l’esclave des moudjahidine. »

Visiblement, en matière de beauté féminine, les islamistes n’ont pas changé de goûts en l’espace de dix ans. Une militante du Hamas qui a un certain âge lance en effet cette semaine : « Les femmes juives sont trop laides pour être violées, sauf peut-être avec un préservatif ».

Que je sache, le préservatif ne se met pas devant les yeux pour prémunir contre la laideur d’une femme. Mais peut-être cette dame insultait-elle ainsi parce qu’elle-même n’était pas spécialement belle ?

Ainsi le renard de la fable accusait-il les beaux raisins d’être du verjus parce qu’ils étaient trop hauts pour qu’il puisse les atteindre.

Lina Murr Nehmé

Affaire Théo : la justice des médias

Quelle est la différence entre les gens civilisés et les sauvages, sinon le fait que les premiers ont des tribunaux qui jugent et condamnent selon des lois, alors que les seconds lynchent comme ça, sur des sentiments ou sur ouï-dire ?

« L’omission, dit Orwell, est la forme de mensonge la plus puissante qui soit. » Ainsi, il suffit de supprimer un seul élément de l’histoire pour faire de la victime un bourreau. Et c’est très courant. En France, c’est systématique : vous serez accusés selon votre couleur de peau, votre nationalité, et votre profession. Que vous soyez une personne ou une nation.

Quand elle a éclaté, l’affaire Théo m’a impressionnée par sa violence et par le déluge d’accusations qui remplissait à la fois la rue, les médias et les réseaux sociaux. J’étais prête à me passionner pour cette cause qui semblait si grande, mais je ne pouvais pas me fier à des mouvements de foule. La foule peut être facilement influencée, dirigée, retournée par quelqu’un qui sait parler, parce que les gens s’imitent les uns les autres. Les enfants connaissent bien ce phénomène, et certains d’entre eux ont mis fin à leurs jours pour en avoir été victimes.

Ainsi, on accusait les policiers d’avoir violé Théo. Mais c’était dans un cadre de dealers. Pourquoi croirait-on des dealers sans preuves ? Il fallait voir la vidéo de la caméra de surveillance. Mais on refusait de la divulguer. Bon. Avait-on demandé à l’accusé ce qu’il avait à dire pour sa défense ? Non. Il n’avait pas droit à la parole. Ni au secret de l’instruction: son nom avait été divulgué. Il passait pour un violeur. Sa vie et celles de sa femme et de ses enfants étaient ruinées, car même si la justice le déclarait innocent, il ne pourrait jamais, dans un tel climat, être réhabilité. La justice interdit de traiter ainsi les criminels les plus endurcis. Elle leur donne droit à un procès équitable. Mais quand les journalistes, les célébrités et les internautes accusent, ils s’érigent en juges qui n’admettent pas de contradicteurs. Leurs procès se font à chaud. Ils sont passionnels et ne peuvent pas être équitables.

Le président François Hollande donna le signal de l’hallali. Il se rendit au chevet de Théo et déclara :

« Je tenais à venir voir Théo ainsi que sa famille. Il a réagi avec dignité et responsabilité. La justice est saisie et va aller jusqu’au bout. J’ai une pensée pour Théo qui a un comportement exemplaire.»

En quoi un jeune homme mêlé à des dealers a-t-il un comportement exemplaire quand il résiste aux forces de l’ordre avec violence et les oblige à le frapper? « Les policiers sur le terrain, raconte Jean-Marie Godard, étaient les premiers à considérer que s’il y avait eu un geste impardonnable, le coupable devait être sanctionné. Le réflexe n’a pas été de couvrir leurs collègues. En revanche, ils ont été ulcérés par la présomption de culpabilité systématique qui pèse sur eux dans ce genre d’affaires. La mise en cause de l’ensemble de l’institution dans des tribunes signées par des personnalités de premier plan les a profondément blessés. Un officier m’a dit: “S’il y a un non-lieu, vous croyez que ces gens vont s’excuser? Le geste de François Hollande, qui est allé au chevet de Théo sans qu’aucune preuve n’ait été faite de la culpabilité des policiers, a été une véritable gifle pour les policiers.»

Emmanuel Macron emboîta rapidement le pas à François Hollande. Il le dépassa même. Il accusa la police en usant de ce ton sentencieux de Jupiter suprême jugeant la piétaille, comme si, venant de lui, un air convaincu suffisait pour prouver une culpabilité.

Et les innocents attaqués par la foule des émeutiers pro-Théo ? Et la gare attaquée aux cris d’« Allahou Akbar » ? Et les policiers incendiés par des cocktails Molotov et moqués, traités de « poulet grillé » ? Tout cela ne pesait pas en période électorale : ce n’était pas un atout électoral.

CRS incendié pendant le défilé du 1er mai à Paris 2017. Photo AFP

Quand, enfin, la vidéo de la caméra de surveillance fut publiée – des mois plus tard –, elle prouva que Théo avait menti. Il n’avait pas eu le pantalon arraché par le policier : son pantalon était trop lâche et avait glissé dans la bagarre. Il n’avait pas non plus eu le caleçon baissé. Et aucun policier ne l’avait maintenu pour que son collègue puisse le violer tranquillement avec sa matraque. En fait, aucun acte à connotation sexuelle n’aurait été possible durant une empoignade aussi violente et serrée.

L’avocat de Théo, le futur ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, dévoila un secret : non seulement il n’y avait pas eu viol, mais il n’y avait même pas eu pénétration par l’anus, puisque la matraque avait frappé la chair de la fesse et l’avait percée jusqu’à l’intestin.

On peut voir la vidéo de la caméra de surveillance dans cette vidéo publiée en mai 2021, commentée par Bruno Attal, alors policier, et avec le témoignage de Dupond-Moretti.

Lina Murr Nehmé, 2024

Daesh a-t-il commis l’attentat du Crocus City Hall?

L’attentat terroriste du vendredi dernier au Crocus City Hall à Moscou, a finalement tué 133 personnes et blessé des dizaines d’autres.

Daesh l’a revendiqué en publiant un communiqué sur ses sites. Malgré cela, beaucoup doutent que cet attentat ait été commis par des islamistes, car il a eu lieu durant le mois sacré du ramadan, et durant le jour sacré du vendredi. Et aussi, parce qu’il y a eu paiement.

C’est ignorer que le ramadan est le mois du djihad – lequel, pour les islamistes, est armé. Il y a donc chaque année des appels au djihad lancés au début de ce mois par des oulémas dans les mosquées. Cette année, ils ont été encore plus audibles que d’habitude, puisque des organisations comme le Hamas ont vu les leurs répercutés un peu partout dans le monde.

Quant au vendredi, c’est précisément le jour où les imams poussent les foules à faire le djihad, puisque c’est le seul où ils ont l’occasion de leur parler. C’est pourquoi tant de guerres, tant d’émeutes ont commencé le vendredi après-midi.

Quant à l’argent, il est normal aussi que les tueurs de Moscou en aient reçu. Selon un hadith authentique, le djihadiste a pour récompense le paradis s’il meurt, et une part de butin s’il revient. La récompense est tellement légale que, pour la lui assurer au cas où il n’y a pas de butin, le Coran commande de prélever sur les aumônes le financement du djihad et des cadeaux « pour ceux dont les cœurs sont à rallier ». Il aurait été illogique que les djihadistes de Moscou ne soient pas payés.

On a gardé l’image du djihadiste quittant la France ou la Belgique pour aller s’installer en Syrie par pur amour d’Allah. C’est faux. Daesh lui donnait une somme fixe qui aurait, d’après Haaretz, été de 800 dollars fixes, plus 100 par femme, et 50 par enfant. S’il avait une famille de 4 femmes et plusieurs enfants, il gagnait donc, sans travailler, plus que le smic en France. Et quand il allait s’amuser à faire la chasse à l’homme, il gagnait du butin en plus. Butin qui comprenait, non seulement les richesses, les animaux et les terres des vaincus, mais aussi leurs femmes et enfants qu’il pouvait utiliser comme serviteurs gratuits le jour et prostituées la nuit. Ou en tirer de l’argent en les vendant.

Ce recrutement prodigieux dura tant que Daesh put payer ses armes, ses bakchichs et ses djihadistes avec le pétrole de Mossoul et les riches donations venant du Golfe. Quand il ne put plus le faire, la plupart de ces djihadistes se débandèrent. Les autres furent emprisonnés ou devinrent des cellules dormantes.

L’effondrement de Daesh en Irak et au Levant n’a pas signifié sa fin, car l’organisation terroriste existe encore sur place où, dans le souterrain ou dans les prisons, elle possède encore 40 à 45.000 membres. Et elle recrute encore. Le jour où elle s’estimera assez forte, elle forcera les portes des prisons, et reprendra la conquête en s’emparant de ressources pour financer son djihad et payer de nouvelles recrues. En plus des mobilisations forcées, puisqu’elle oblige chaque ville à lui fournir un certain pourcentage de djihadistes.

En attendant, Daesh considère la Russie comme sa principale ennemie parmi les puissances étrangères au Levant. Sans les bombardements russes, en effet, appuyés par l’action du Hezbollah libanais, et du Hachd ech-Chaabi sur le terrain, Daesh aurait conquis tout l’Orient et serait en Europe aujourd’hui. Les batailles persistent, puisque la Russie se trouve encore en Syrie, où elle possède sa plus grande base hors de Russie.

Une attaque en Russie était donc à prévoir depuis des années. Et elle ne pouvait venir que d’Ukraine, puisque c’est là que sont allés les Frères Musulmans et tous les islamistes chassés par Poutine.

En Ukraine, ils sont bien reçus. C’est donc en Ukraine que sont venus s’installer une partie des djihadistes de Daesh chassés du Levant. Une très petite fraction combat même dans les rangs des milices ukrainiennes contre les Russes, mais ce sont souvent des groupes d’origine russe, tchéchéniens notamment. Pour le reste, Daesh ne se bat pas en Ukraine, selon la consigne donnée par le calife début 2022, quand a commencé la guerre : laisser les deux camps mécréants s’affaiblir mutuellement, afin de pouvoir en profiter par la suite.

Dès lors que la guerre d’Ukraine se termine par une victoire écrasante de la Russie, il était logique que Daesh entre en scène contre la Russie. Et ses méthodes ont toujours consisté à briser le moral de l’adversaire qu’elle affaiblit en lui infligeant des attentats aussi spectaculaires que possible, pour ne passer à l’attaque que beaucoup plus tard.

Il est faux de dire, comme le font certains, que ces attentats ont été organisés en collaboration avec les Ukrainiens et des services secrets britanniques ou américains. D’abord parce que les organisations terroristes de ce niveau veulent être les seules à commander, et obligent les autres à être des vassales. Sinon, elles les combattent. A fortiori refuseront-elles de travailler avec des services aussi corrompus que ceux d’Ukraine, ou encore, la CIA ou le M16 qui font parfois fuiter des informations. Un attentat de cette envergure demande des semaines de préparation dans le secret le plus total, et pour cela, l’organisation terroriste, par principe, travaille seule.

Lina Murr Nehmé

Quelle peine de mort pour les terroristes?

Je lis que trois des quatre ravisseurs de Shani Louk, 23 ans, ont été tués par l’armée israélienne.

Shani Louk participait à la rave de Nova en Israël à l’occasion de la fête de Kippour, quand elle a été enlevée, et apparemment violée, ses jambes tellement écartées par ses ravisseurs, qu’ils lui ont rompu les ligaments du bassin ou brisé le col du fémur. Ils l’ont ensuite paradée quasi nue dans les rues de Gaza aux cris d’ “Allahou Akbar!”, l’un la piétinant, d’autres lui crachant dessus. Tels sont du moins les outrages subis par son corps durant les vingt secondes de la vidéo publiée par le Hamas, presque en temps réel. Le reste n’a pas été documenté.

Le viol au regard de la société est comme le meurtre. Il doit être puni. Tous les crimes contre l’humanité doivent être punis. Mais il aurait été préférable, moins hypocrite et infiniment moins traumatisant et meurtrier pour les civils, de rétablir la peine de mort et d’arrêter et de juger les criminels du 7 octobre 2023, que de laisser leur assassinat à la discrétion des militaires. Je rappelle en effet que si le soldat a l’obligation d’obéir au pouvoir politique, c’est justement pour qu’il ne puisse pas obéir aux impulsions que peut lui causer l’horreur de la guerre. Et que s’il y a des lois martiales, c’est bien parce que les soldats, sur le champ de bataille, ne voient pas les choses sous le même angle, car ils sont témoins de tellement d’horreurs que certains peuvent ne pas pouvoir contrôler leurs émotions.

Comment contrôleriez-vous les vôtres après avoir vu un ami tomber à vos côtés, mort ou gravement blessé ? Comment les contrôleriez-vous après avoir vu la vidéo des outrages infligés à Shani Touk ? Ou celle de l’enlèvement du bébé de 7 mois Kfir Bibas et de son frère Ariel, 3 ans, dans les bras de leur mère ? Ou celle de leur père, pleurant devant la caméra des gens de Hamas, après qu’ils lui aient annoncé la mort de sa femme et de ses enfants ? Ou les dizaines d’autres vidéos publiées par le Hamas et les autres organisations qui ont participé au carnage du 7 octobre ? Sur le champ de bataille, des dizaines, peut-être des centaines d’images de ce genre peuvent venir à l’esprit et provoquer un bouillonnement de passions. Tout homme sait qu’à de tels moments, on préfère ne pas avoir une arme à la main, ou ne pas avoir le droit de décider de son usage.

Et si le soldat peut être victime de ses émotions, le juge, lui, est limité sur ce plan. Il est obligé d’écouter les deux versions, les témoins, et de ne trancher qu’en fonction d’un code de lois établi par d’autres, et l’exprimer en usant d’un charabia juridique qui prend assez de temps à écrire et à lire pour doucher ses passions, s’il en a encore. La justice a donc été instituée comme indépendante du pouvoir exécutif, et donc de l’armée, pour être neutre, froide, justement. Contrairement au soldat sur le champ de bataille, le juge derrière son bureau n’est pas exposé à subir le syndrome du chasseur passionné à l’idée de tuer une proie qu’il voit de l’autre côté de son fusil. Et le juge sait que son jugement peut être cassé. Il ne peut pas le faire à la légère.

Il a donc été criminel, l’homme qui, après les massacres du 7 octobre, a annoncé aux soldats israéliens qu’il n’y aurait pas devant eux de limites, et même, qu’ “Il n’y aura pas de cour martiale.”

Comment ? Pas de cour martiale ? Rien pour protéger ces pauvres jeunes gens envoyés face au feu de ceux qui ont tué les leurs et gardent des bébés prisonniers sous terre ?

C’est là qu’on voit comme il est aberrant de se vanter d’avoir aboli la peine de mort, comme font les États français et israélien qui, ensuite, envoient des tueurs l’appliquer en catimini ou sur le champ de bataille sous prétexte qu’il faut punir des terroristes ou les empêcher de tuer davantage. Ça, c’est inadmissible. Introduisez plutôt dans la loi une peine de mort pour les terroristes. Car vous n’avez pas le droit de déclencher une guerre et de tuer les civils ou, en tout cas, de détruire leurs propriétés et de les jeter à la rue en plein hiver, parce que vous avez eu pitié de terroristes qui sont leurs compatriotes, leurs parents ou leurs enfants. De tous temps, la peine de mort a été appliquée pour éviter les guerres. Car en laissant en prison de grands criminels appartenant à des bandes, on donne à celles-ci la possibilité de prendre des otages pour les libérer, et une fois dehors, les assassins sont plus virulentes, et ces bandes plus puissantes et plus hardies à combattre la société. Vous, pour éviter de laisser la justice préserver la paix en appliquant la peine de mort envers ceux qui ont tué… vous déclenchez des guerres, et vous tuez autant que vous voulez.

C’est ça que vous appelez justice et civilisation ? Pas moi. La civilisation, c’est de tuer le criminel et de préserver la vie des civils. Pas de tuer les civils parce qu’on a préservé la vie des criminels et qu’on les a libérés parce que leurs copains ont enlevé vos citoyens. Dans un monde civilisé, c’est le coupable qui paie. Pas l’innocent. Pas les civils. pas les mères, les filles, les bébés.

Tout être humain, même tueur, a le droit de ne pas être considéré comme un irresponsable, un malade mental ou un animal. Il a le droit de subir la peine qu’il a infligée à autrui. D’abord, parce que la responsabilité est ce qui le distingue de l’animal. Ensuite parce qu’il vaut mieux que le terroriste paie pour ses crimes, plutôt que de faire payer sa communauté alors que lui, tapi dans ses tunnels souterrain, ne manque de rien et emprisonne des femmes et des enfants, eux aussi innocents.

Tuez les criminels par voie judiciaire pour ne pas avoir, un jour, à punir toute la société palestinienne à sa place. Faites plutôt pour elle un genre de plan Marshall, pour qu’elle oublie la guerre et la haine, comme l’Allemagne et le Japon les ont oubliées, et que votre société elle-même puisse survivre.

Lina Murr Nehmé

Les avions israéliens qui font du tourisme au Liban

Gilad Erdan, ambassadeur israélien à l’ONU, annonce pour bientôt une guerre au Liban, disant que son pays veut appliquer la résolution 1701 du Conseil de Sécurité. Il oublie qu’Israël viole tous les jours l’espace aérien libanais.

J’ai appris l’ampleur du phénomène en 2011, quand j’ai passé une nuit au Liban-Sud parce que je devais faire une conférence matinale au contingent français de la FINUL. Il y a eu ce dialogue ubuesque entre un des employés de la FINUL et moi :

– Il peut y avoir du bruit. N’aie pas peur. Ce sera un avion israélien.

– Ils viennent souvent ?

– Une fois par jour, parfois deux.

– Et que fait la Finul ?

– Elle compte les avions.

Gentil.


* * *

Malgré ces violations quotidiennes de l’espace aérien libanais depuis 18 ans que la résolution 1701 existe, Gilad Erdan a déclaré, le 21 février 2024 :

« J’ai alerté le Conseil sur la situation à notre frontière nord. Pendant des années, nous avons appelé l’ONU à appliquer la résolution 1701 du Conseil de sécurité et à éliminer le Hezbollah, mais l’ONU s’est comportée comme une autruche et n’a rien fait. Le temps presse, et d’ici quelques semaines, Israël sera contraint de mettre en œuvre lui-même la résolution 1701. Nous ne tolérerons ni le terrorisme ni la menace contre nos citoyens. »

Gentil. Je suppose que pour lui, si les avions israéliens viennent tous les jours au Liban, c’est pour y faire du tourisme. Je reconnais que ce pays est beau et mérite d’être visité, même par les avions et leurs pilotes. Mais enfin, ces incursions quotidiennes constituent des violations prolongées et répétées de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité, depuis 18 ans que cette résolution a été adoptée.

Ces avions poussent parfois la promenade jusqu’à Beyrouth où, pour ne pas être canardés, ils brisent le mur du son et font voler nos vitres en éclats.

Un jour, c’est arrivé pendant que je donnais un cours à l’Université. Le bâtiment était un ancien asile de vieillards construit dans l’entre-deux guerres, avec une hauteur sous plafond de 4m., à l’ancienne. Ma salle ne recevant pas assez de lumière par la fenêtre donnant sur le couloir, elle avait été dotée de vitres au sommet du mur qui donnait sur la salle voisine – laquelle était très ensoleillée. J’enseignais debout au-dessous de ces vitres, quand a eu lieu la déflagration. Heureusement, j’ai eu le réflexe de me pousser rapidement, évitant de justesse les grands éclats de verre tombés du haut du mur. C’était la panique chez les étudiants : ils croyaient à des bombardements. Je leur ai interdit de sortir, je les ai calmés et envoyés au fond de la salle, et je me suis moi-même éloignée du mur où des éclats restaient encore accrochés au bâti et pouvaient tomber. Et nous avons continué le cours.

Que pense M. Erdan de ces violations quotidiennes de l’espace aérien libanais alors que l’armée libanaise n’a jamais violé la résolution 1701 de l’ONU, et que durant les premières années suivant son adoption, le Hezbollah ne la violait pas non plus ?

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Les vitres brisées, ce sont des broutilles quand on pense aux destructions de 2006 : des centaines de ponts et de routes, la centrale électrique de Jiyeh bombardée – elle était remplie de mazout qui s’est écoulé dans la Méditerranée et y a formé une marée noire, tuant les animaux, ruinant le gagne-pain des pêcheurs et abîmant les rivages libanais.

Certes, les immeubles des régions chiites ont été reconstruits avec l’argent de l’Iran ; d’autres donateurs ont financé d’autres chantiers. Mais la grosse facture, celle de la réparation des ponts, des routes, des pistes et installations d’aéroport bombardés, des installations électriques, des canalisations d’eau et d’égouts détruites, c’est l’État libanais au bord de la faillite qui l’a payée, alors qu’il était privé des revenus d’une saison touristique perdue. L’argent que lui ont coûté ces réparations n’a jamais été compensé par Israël, et il se l’est procuré en demandant de l’argent à M. Riad Salamé, qui l’obtenait en se livrant à son lamentable schéma de Ponzi. La guerre de 2006 ne fut pas le seul des malheurs qui ont abouti au défaut de paiement de 2020, mais ce fut un des principaux.

L’économie libanaise aussi ne s’est pas rétablie de la perte de son gagne-pain cette année-là. Le pays vit en effet du tourisme : hôtels, restaurateurs, marchands, etc. La saison touristique perdue a frappé tout ce monde. Et bien des PME libanaises qui s’étaient endettées pour acheter des machines et fonder des fermes modèles, des imprimeries ultra modernes, etc., ont fait faillite parce qu’elles n’ont pas eu de commandes durant les 33 jours de cette guerre, tout en devant payer le service de la dette et les salaires des employés. Et d’innombrables transporteurs et chauffeurs de taxi pauvres ont perdu leurs camions ou voitures. Certes, les Israéliens frappaient un petit coup sur la route avant de bombarder. Averti, le conducteur avait le temps de sauter… avant de voir son engin exploser avec sa cargaison.

Tout en disant ne pas en avoir contre le peuple libanais, Israël n’a jamais songé à dédommager ceux qu’il a lésés au Liban. Il ne doit donc pas s’étonner de l’hostilité qu’il suscite. Il envoie des bombes et détruit des maisons, tue des civils ; et les organisations qu’il combat, reçoivent de l’argent étranger et procurent aux pauvres des aides sociales, des aumônes, des écoles et des services médicaux gratuits.

Si Israël ne met pas en œuvre une sorte de plan Marshall à Gaza comme ont fait les Américains en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, il n’y aura pas d’issue possible à ce conflit, et l’endoctrinement continuera à être dispensé par la même voie que les aumônes, les soins de santé et le système scolaire régis par le Hamas et l’Autorité palestinienne, tandis que des tunnels souterrains de plus en plus profonds et impossibles à déceler, seront construits.

Certes, le coût de la reconstruction sera astronomique. Mais la paix, les vies humaines, l’existence d’une nation ont une valeur bien plus grande. L’argent qui était collecté pour la guerre peut être collecté pour la paix. Et la paix est encore possible : beaucoup de Palestiniens détestent le Hamas et l’Autorité palestinienne qui leur ont été imposés, longtemps avant qu’il y ait des élections. S’ils cessaient de leur devoir les services médicaux, les aumônes et la réparation des dégâts etc., ils les quitteraient, car ils ont fait leur malheur.

Aucun pays ne peut vivre en état de guerre perpétuelle. Si les Israéliens ne font pas tout leur possible pour arranger la situation entre eux et les Palestiniens de façon à contrer la propagande, et à faire revivre l’amitié et la coopération qui, avant la partition, existaient entre les juifs et la plupart des Palestiniens, je leur garantis qu’aucun barrage, aucun mur ne pourra endiguer le flot de haine qui s’apprête, au moment où j’écris, à se déverser sur eux par le biais de djihadistes armés venus du monde entier, et qui n’ont qu’une chose en tête : les tuer tous et supprimer leur pays de la carte.

Lina Murr Nehmé