Category Archives: George Bush

George Bush a tué le Liban pour pouvoir tuer l’Irak

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Je suis une historienne, je refuse de mentir au sujet des morts.

George Bush père a tué le Liban pour pouvoir tuer l’Irak. Il a autorisé l’invasion de la région libre du Liban, celle qui avait résisté 17 ans parce qu’elle ne voulait pas se livrer à l’ennemi. Et pour la première fois dans l’histoire, le réduit chrétien a été envahi. La photo montre l’honorable spectacle des troupes syriennes, occupant Baabda, le palais présidentiel libanais, sur les ordres de deux hommes : Abdel-Halim Khaddam, vice-Président syrien, ministre des Affaires Etrangères et responsable de tout le dossier libanais, et Moustapha Tlass, ministre syrien de la Défense.

Cette occupation a eu lieu parce que Bush tenait à rallier Hafez Assad contre Saddam Hussein. Mais le plus criminel des deux était Hafez et non Saddam ! C’est Hafez qui avait sur les mains le sang du Liban, alors que Saddam n’avait presque pas combattu au Koweït. Car les Koweïtiens ne voulaient pas de cet émir, comme le prouve le fait qu’il ait dissous le parlement, aboli le système parlementaire et privé les Koweïtiens d’élections. Si les Koweïtiens l’avaient aimé, ils l’auraient défendu comme les Libanais ont défendu leur gouvernement à l’époque.

Crime mis à part, Saddam et Hafez étaient des frères jumeaux, et régnaient au nom du même parti Baas, chacun représentant une minorité qui régnait sur la majorité et exerçait une dictature féroce. Et Hafez avait déjà occupé une partie du Liban à l’époque. Si Bush avait vraiment voulu rétablir la justice, il aurait ordonné aux troupes de Hafez de sortir du Liban avant de dire à celles de Saddam de sortir du Koweït. Surtout que, comme je l’ai dit, les Koweïtiens ne voulaient pas de cet émir, et qu’ils ne sont pas allés le recevoir dans la rue quand il est revenu.

M. Macron a l’âge de mon fils, mais contrairement à ce dernier, il ne connaît pas l’histoire récente. Il ne sait pas quel criminel George Bush père était, ni ce qu’il a fait au Liban et à l’Irak, ni la famine qu’il a imposée à ce pays, ni les bombardements de civils. Moi, je connais tout ça parce que j’ai écrit des livres sur la guerre du Liban et sur cette période en particulier. Et parce que j’écris en ce moment un livre sur la guerre d’Irak. Si deux hommes sont responsables de la montée de Daech, ce sont bien les deux Bush, père et fils.

George Bush, père et fils, ainsi que leurs proches, notamment James Baker, étaient téléguidés par la soif du pétrole. Ils travaillaient dans le pétrole. Du moins le père, qui avait une société de pétrole, ce qui l’avait amené à être l’ami du roi d’Arabie. Je ne sais pas ce qu’il a fait de sa société de pétrole après être devenu Président. Mais c’est par elle qu’il s’était enrichi. Son milieu et celui de son fils au Texas, celui de leurs amis, est celui des sociétés de pétrole. L’invasion de l’Irak était due au pétrole et à rien d’autre : Bush voulait contrôler les cours du pétrole, et Saddam était le seul qui refusât de plier. Ce dernier avait besoin d’argent pour restaurer le pays après la terrible guerre menée contre l’Iran, guerre dont les Américains n’ont pas hâté la fin (ce qui augmenta le nombre de victimes, et maintint Khomeiny et les mollahs au pouvoir), parce qu’ils ne voulaient pas voir Saddam gagner, justement.

George Bush père a condamné l’Irak à la plus horrible des guerres, et c’est des malheurs de l’Irak qu’est né Daech. Car l’Irak était un pays laïque, où les chrétiens étaient très bien traités. Les grands massacres de Saddam ont surtout eu lieu après cette guerre américaine, parce que George Bush avait appelé les chiites et les Kurdes à la guerre civile. Ils ont répondu à ces appels, mais Bush ne les a pas aidés, et ils ont été massacrés.

Sachant tout cela (mais ce n’est pas le millionnième de ce que je pourrais dire), je trouve ridicule ce tweet d’Emmanuel Macron:

Un grand dirigeant ? En matière d’envergure, oui. Il a été l’homme le plus puissant de l’histoire, et le seul à donner des ordres à toute l’humanité : il n’y avait alors plus qu’un seul bloc, et tout le monde s’est soumis à lui.

Mais parler de soutien de l’alliance avec l’Europe ? Alliance unilatérale : il a obligé les chefs d’Etat d’Europe à entrer dans une guerre que leurs peuples refusaient — ou auraient refusée si on leur avait dit la vérité.

Pour connaître les dessous des relations entre la famille Bush et la famille Saoud, ainsi que les affaires de pétrole des Bush, lire : House of Bush, House of Saud de Craig Unger.

Concernant la guerre d’Irak, je recommande les rapports des organisations humanitaires.

Concernant l’occupation syrienne du Liban en relation avec la guerre d’Irak, je recommande la lecture de Chronique du Liban rebelle (Grasset, 1991) de Daniel Rondeau.

On pourra aussi trouver des documents dans mes livres Le Liban assassiné, Du règne de la Pègre au réveil du Lion, et Les Otages libanais dans les prisons syriennes.

 

Je signale que les deux premiers de ces livres étaient des “lettres ouvertes à monsieur Sarkozy”. J’avais compilé ces documents pour convaincre le gouvernement français de changer de politique au moment de l’avènement de M. Sarkozy, et j’ai expédié par bateau des exemplaires des deux premiers à tous les députés français ; j’ai même payé pour que des gens, en France, les mettent dans les boîtes aux lettres de ces députés. Maintenant, je me dis que j’ai perdu mon temps et mon argent. Je note que la première députée à m’avoir répondu — aussitôt que le livre était arrivé — était madame Taubira. Elle avait répondu si vite, en trois lignes stéréotypées, que je me suis dit qu’elle n’avait même pas eu le temps de le feuilleter, a plus forte raison de le lire.

Mais lit-elle seulement ?

Lina Murr Nehmé, 2 décembre 2018

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La guerre du Liban n’est pas une guerre civile

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Une chaîne de télévision française a diffusé une série télévisée montrant les Libanais repentants. Je ne l’ai pas vue, j’ai trop de travail à faire, mais une amie m’a appelée hier la nuit, toute émue, pour m’en parler.

Je lui ai rappelé que la guerre du Liban a été décidée par les grandes puissances, et que cela, elle le savait depuis le début pour avoir été au Liban au début de la guerre. Les grandes puissances qui voulaient plaire à l’Arabie Saoudite pour cause de pétrole. Elle a reconnu que oui, c’était vrai, et que dans la série cela n’avait pas été mentionné.

Je lui ai rappelé que ces grandes puissances ont acheté les puissances locales (OLP, Syrie), en leur promettant des petits bouts de Liban. Cela aussi, elle le savait: tout le monde l’a su à un moment ou à un autre de la guerre. Il suffisait de suivre l’actualité (voir Lina Murr Nehmé, Le Liban assassiné et Du Règne de la pègre au réveil du Lion, Aleph et Taw, 2009 / 2011).

Ensuite, ces petites puissances ont acheté les petits ambitieux libanais qui, n’étant pas populaires de façon naturelle, avaient besoin d’argent pour s’acheter des partisans et leur rendre les services sociaux que l’Etat ne leur rendait pas: Joumblatt, Berri, Geagea…

Tant qu’aucun de tous ceux-là, qui sont les plus connus, n’a été mentionné, dites-vous qu’il y a mensonge par omission, et que ce mensonge fausse tout, car il donne l’impression que les miliciens se sont rués les uns sur les autres de leur propre volonté. C’est comme si on vous montrait un spectacle de marionnettes et qu’on vous disait de croire qu’elles agissent toutes seules et que personne n’en tire les ficelles par-derrière.

Ou comme si on vous montrait des quatrièmes violons de la pègre sicilienne ou newyorkaise pleurant leurs crimes, sans vous dire qu’ils ont été payés par quelqu’un qui ne pleurait nullement et qui était payé par un parrain qui payait et décidait de tout, et qui, lui, se marrait.

Lina Murr Nehmé, 28 août 2018

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L’islamisme mondial a flambé sur le cadavre du Liban

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Ionesco faisait remarquer qu’il valait mieux avoir été de gauche durant la Deuxième guerre mondiale, et de droite dans les années 1970, soit la guerre du Liban. Mais la plupart des gens ont été de droite sous Hitler, et de gauche sous Khrouchtchev.

Hier, un curé a fait lire parmi les intentions de prière (je cite de mémoire): “Prions pour les chrétiens de terre sainte: ceux de Palestine, de Jérusalem, de Syrie, d’Irak, les premiers où sont allés les Apôtres”.

Drôle de notion d’histoire et de géographie que de mettre dans une même terre la Palestine-Israël et l’Irak, et en soustraire le Liban.

Mais “Pour beaucoup de personnes, dit Léon Blum, il y a deux sortes de sang.” Et Emmanuel Berl d’ajouter: “Faut-il admettre que la terre boit en silence celui [le sang] qui est répandu par les personnes qui vous plaisent, au nom des doctrines qu’on préfère, et que l’autre rejaillit vers le ciel, pour lui réclamer en retour le sang des rouges au temps de la terreur blanche, le sang des blancs au temps de la terreur rouge ?”

C’est parce que le sang des chrétiens du Liban n’a pas la même valeur que celui de ceux qui les tuaient, qu’on n’a pas connu les chiffres à ce sujet en Occident. Qu’on n’a pas n’a su que le Liban a été vendu pour que la Syrie accepte de participer à la guerre du Golfe, afin qu’on puisse dire qu’il y avait une “unanimité arabe” contre l’Irak.

La photo (ci-dessus) montre les soldats syriens occupant le palais présidentiel libanais en 1990. C’était à l’époque Hafez Assad. Le monde était avec lui, et contre le Liban, il y eut la seule unanimité mondiale de l’histoire. Car ce fut la seule fois où il y avait une seule superpuissance. C’est à cette occasion que le cardinal Lustiger a dit à la télévision: “Je demande pardon aux chrétiens du Liban au nom des chrétiens de France.”

Et moi, je disais : “Ne pleurez pas sur nous, pleurez sur vous et sur vos enfants, car s’ils nous ont ainsi traités, nous qui leur avons fait du bien, comment vous traiteront-ils dans vingt ans, vous qui les avez massacrés en Irak ?”

Aucun chrétien de tout le Moyen-Orient ne serait massacré aujourd’hui si les chrétiens du Liban n’avaient pas été vendus pour du pétrole. Car c’est sur le cadavre du Liban qu’a flambé l’islamisme mondial.

Les chrétiens de tout l’Orient le savent. Lors du voyage en Syrie de M. Mitterrand, le patriarche grec-orthodoxe Hazim, Syrien dont le siège était à Damas, lui dit: “Votre rôle, monsieur le Président de la République française, c’est d’aider à sauver le Liban. Le sort des
chrétiens de tout l’Orient est lié au sort des chrétiens du Liban.”

M. Mitterrand lui répondit: “En ce qui concerne le Liban, vous avez la Syrie.”

(Entrefilet tiré de mon livre Du Règne de la Pègre au Réveil du Lion, Beyrouth, éd. Aleph et Taw, 2008. Photo Sipa.)

Lina Murr Nehmé, 26 août 2018

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Retour sur les bombardements américains en Irak (1990-1991)

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J’écris en ce moment un roman qui m’oblige à faire des recherches sur la guerre contre l’Irak en 1990-1991. Je croyais avoir atteint le fond de l’horreur durant mes recherches pour mes livres passés. Mais je me trompais.
 
Quand on se plonge dans les documents d’époque, on est terrifié de la facilité avec laquelle les civils irakiens ont été affamés durant cinq mois et demi avant la guerre en dépit de toutes les lois de la guerre que reconnaissaient les Etats-Unis, et qui interdisent le blocus d’un pays quand cela affame les civils.
 
L’Irak importait 70 % de sa nourriture. Au bout de quelques mois de blocus, les civils irakiens ne mangeaient plus que le tiers de leurs rations d’avant la guerre. Dans le cas des pauvres, ils n’avaient même pas ce tiers, car le prix des aliments était monté de façon vertigineuse, à cause du bombardement, par les Américains, des principaux silos à grain et des camions qui pouvaient apporter des vivres de Jordanie ou même d’Iran.
 
Ceci, sans parler du nombre de personnes brûlées vives dans le bombardement de leurs demeures. Car contrairement à la propagande qui a sévi à l’époque, ce n’était pas “une guerre propre”, et ce n’étaient pas des “bombes intelligentes”. La plupart des bombes manquaient leur but et tuaient à côté. Les coûteuses “bombes intelligentes” étaient très peu nombreuses et réservées à Bagdad, car c’est là qu’était basée la presse mondiale, et il ne fallait pas montrer une ville trop ruinée. Bassora, n’étant pas une ville très visitée par les journalistes, a subi n’importe quel genre de bombes et a été ruinée de façon terrible.
 
Un rapport de l’Unicef a décrit la situation de l’Irak après les bombardements comme étant “quasi apocalyptique”. Pourtant, le blocus n’a pas été levé. Il a fallu, des années plus tard, que l’Unicef produise un autre rapport disant que la mortalité des enfants était très largement supérieure à ce qu’elle avait été avant la guerre — au point que 500.000 enfants irakiens étaient morts, et ne seraient pas morts s’il n’y avait pas eu cette guerre — pour qu’on accepte d’autoriser l’Irak à vendre du pétrole pour acheter de la nourriture.
 
Il y avait la faim, certes, qui tuait ces enfants. Mais il y avait aussi le cancer, à cause de l’usage, par les Américains, de bombes à l’uranium appauvri, qui ont rendu les régions où elles ont été utilisées radioactives et ont produit une quantité inexplicable de leucémies par la suite. On attribue aussi le “syndrome du Golfe” à cette arme, car la poudre radioactive produite par les explosions frappait évidemment les Américains et autres alliés avant de frapper les Irakiens.
 
Les objectifs civils bombardés volontairement étaient innombrables: on bombardait partout où il y avait un risque de tuer des militaires, alors que les lois de la guerre commandent l’inverse.
 
Ainsi furent bombardées durant cette guerre des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises, 83 ponts (cela fauchait parfois des maisons entières et brûlait vives les familles), deux barrages hydroélectriques (qui, s’ils se brisaient, pouvaient noyer des villages entiers), des usines qui fabriquaient du ciment, des vêtements, des ustensiles d’aluminium, des câbles électriques, du lait maternisé, et j’en passe.
 
Des bombes guidées ont été utilisées pour frapper un abri réservé aux civils à Amiriyyah en banlieue de Bagdad, faisant 400 morts civils. Comme le fit remarquer un journaliste de la BBC, et aussi les organisations humanitaires, il n’y avait pas traces d’utilisation de cet abri par les militaires.
 
La photo ci-dessous montre le bombardement, par l’armée américaine, des restes de l’armée irakienne qui rentrait chez elle après avoir quitté le Koweït. Comme on le voit, une grande partie des véhicules bombardés sont civils. Il s’agissait de réfugiés qui avaient à craindre la colère de l’émir du Koweït: des Irakiens, des Jordaniens, des Palestiniens, des Yéménites qui travaillaient au Koweït et fuyaient avec leurs familles et leurs biens. Pour expliquer leur présence, les Américains les ont accusés d’être des soldats qui avaient pillé le Koweït. Un simple examen de cette photo montre le contraire.
 
Le convoi moitié militaire, moitié civil, faisait 100 km de long. Les pilotes américains reçurent l’ordre de frapper le véhicule en tête et le véhicule à la queue du convoi, créant un embouteillage terrible. Ensuite, ils jetèrent des tapis de bombes durant des heures, du début du convoi à la fin.
 
Cette autoroute qui reliait Koweït-ville à Bassora en Irak, a depuis été appelée “l’Autoroute de la Mort” à cause de ce massacre qui a tué des dizaines de milliers de personnes et a traumatisé certains des pilotes qui ont aidé à le commettre.
 
Il y avait de quoi.
 
Les photos de “l’Autoroute de la Mort” ont tellement scandalisé les Américains qui les ont vues que George Bush a hâtivement mis fin à la guerre. C’est pourquoi Saddam Hussein est resté au pouvoir.
 
Cette photo est l’une des rares qui montrent des gens encore vivants après ce bombardement. Elle semble avoir été prise au début du bombardement, et on y voit clairement des hommes civils, et même des femmes. La plupart des autres photos, notamment celles publiées par l’Armée Américaine, ne donnent pas l’impression qu’il y ait eu des rescapés. Elles sont bien trop horribles pour être montrées ici.
 
Lina Murr Nehmé, 22 mai 2018
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