Category Archives: Liban

Vidéo sur le génocide des Libanais

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Cette vidéo est malheureusement en arabe, elle concerne le génocide des Libanais durant la Première Guerre mondiale.

Contrairement à ce qu’on pense ou à ce qu’on laisse entendre, ce génocide a eu lieu en même temps que celui des Arméniens, il a même commencé quelques jours avant, comme le montrent les textes que je cite dans mon livre Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique.

C’est pour une raison politique bien précise qu’on a tué le tiers des Libanais par la famine alors qu’en Arménie, en Turquie, en Syrie, en Irak, on a tué les chrétiens par des massacres. C’est parce que là-bas, on voulait tuer des communautés. Au Liban, ils voulaient tuer un peuple. C’est ainsi que moururent dans la montagne les druzes avec les chrétiens, formant 20% des morts. Il ne faut pas oublier que la majorité écrasante était alors chrétienne au Liban, et même maronite. A Beyrouth moururent des personnes de toutes les confessions: surtout chrétiennes, puisque la majorité écrasante des Beyrouthins était chrétienne comme à la montagne. Mais aussi, des musulmans, des druzes, des juifs.

Lina Murr Nehmé, 20 novembre 2018

الإبادة الجماعية في لبنان في الحرب العالمية الاولى
شكرا للذين قاموا بهذا التوثيق. وجدت فيه بعد الأخطاء إنما هي صغيرة نسبة الى أهمية هذا العمل. فقد أثبت في أحد كتبي الأسباب التي كانت ترغم العثمانيين الى إبادة اللبنانيين، وهذه فرصة كانوا ينتظرونها منذ عقود. أما مجزرة الأرمن، فلم تنته قط قبل إبادة اللبنانيين، لأن هذه الإبادة بدأت قبل إبادة الأرمن بأيلم. وقد جرت إبادة جميع الشعوب المحكوم عليها بالقتل، في الوقت نفسه. كذلك، أبيد اللبنانيين بواسطة الجوع لأنهم ــ عكس الشعوب المسيحية التي أبيدت في أرمينيا وتركيا وسوريا والعراق ــ كان يراد إبادتهم مسيحيين ومسلمين ودروز. في البلدان الأخرى أبيدت طوائف. في لبنان أبيد شعب.

الابادة الجماعية للشعب اللبناني سنة ١٩١٥-١٩١٨

Cette vidéo est malheureusement en arabe, elle concerne le génocide des Libanais durant la Première Guerre mondiale. Contrairement à ce qu'on pense ou à ce qu'on laisse entendre, ce génocide a eu lieu en même temps que celui des Arméniens, il a même commencé quelques jours avant, comme le montrent les textes que je cite dans mon livre "Quand les Anglais livraient le Levant à l'Etat islamique". C'est pour une raison politique bien précise qu'on a tué le tiers des Libanais par la famine alors qu'en Arménie, en Turquie, en Syrie, en Irak, on a tué les chrétiens par des massacres. C'est parce que là-bas, on voulait tuer des communautés. Au Liban, ils voulaient tuer un peuple. C'est ainsi que moururent dans la montagne les druzes avec les chrétiens, formant 20% des morts. Il ne faut pas oublier que la majorité écrasante était alors chrétienne au Liban, et même maronite. A Beyrouth moururent des personnes de toutes les confessions: surtout chrétiennes, puisque la majorité écrasante des Beyrouthins était chrétienne comme à la montagne. Mais aussi, des musulmans, des druzes, des juifs. Lina Murr Nehméالإبادة الجماعية في لبنان في الحرب العالمية الاولى شكرا للذين قاموا بهذا التوثيق. وجدت فيه بعد الأخطاء إنما هي صغيرة نسبة الى أهمية هذا العمل. فقد أثبت في أحد كتبي الأسباب التي كانت ترغم العثمانيين الى إبادة اللبنانيين، وهذه فرصة كانوا ينتظرونها منذ عقود. أما مجزرة الأرمن، فلم تنته قط قبل إبادة اللبنانيين، لأن هذه الإبادة بدأت قبل إبادة الأرمن بأيلم. وقد جرت إبادة جميع الشعوب المحكوم عليها بالقتل، في الوقت نفسه. كذلك، أبيد اللبنانيين بواسطة الجوع لأنهم ــ عكس الشعوب المسيحية التي أبيدت في أرمينيا وتركيا وسوريا والعراق ــ كان يراد إبادتهم مسيحيين ومسلمين ودروز. في البلدان الأخرى أبيدت طوائف. في لبنان أبيد شعب.Christian Taoutel merci

Geplaatst door Lina Murr Nehme op Dinsdag 20 november 2018

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L’Ecole de Droit de Beyrouth

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Beyrouth, durant les premiers siècles de l’occupation romaine, était une ville d’étudiants. Dans son École de Droit, les étudiants affluaient de tout l’Orient. Dans les rues de Beyrouth, les étudiants discutaient beaucoup de métaphysique en-dehors des cours. Un texte datant d’avant la destruction de cette école, montre que l’ambiance dans cette ville était très pro-chrétienne, puisqu’une affaire de paganisme (et donc de sacrifices d’innocents) fut arrêtée par un mouvement populaire. En même temps, un étudiant pouvait, avec des discussions, en faire changer un autre d’avis.

Cette école devait avoir déjà son renom avant l’occupation romaine. Sinon Beyrouth, qui avait le meilleur port du Levant et aurait plutôt eu vocation à être une ville commerçante, n’aurait pas été choisie par les Romains pour être dépositaire de leurs lois pour tout l’Orient. D’où son surnom de « mère des lois ».

L’importance de l’École de Droit de Beyrouth a considérablement augmenté quand l’empire romain s’est transporté en Orient. Peu à peu, elle est devenue la plus importante école de Droit du monde.

C’est en effet à cette École que l’empereur Justinien demanda de réformer les lois et édits de ses prédécesseurs, dont beaucoup n’étaient plus à jour.

Il demanda plus spécifiquement à dix de ses professeurs de faire ce tri et d’opérer la compilation. C’est donc à Beyrouth que fut écrit le Code Justinien, qui devait, après le premier millénaire, devenir la base de tous les codes de lois en Occident.

La plus grande partie de ce Code est fondé sur les travaux d’Ulpien de Tyr, donc un Phénicien.

À l’idée raciste de la supériorité romaine, Ulpien opposait celle des droits innés que possède tout homme à la naissance, et de l’égalité de tous les hommes devant la loi. C’était alors révolutionnaire si l’on se rappelle que la plupart des codes de lois — dont le grec — donnaient la supériorité à une race ou à une caste.

Ainsi, quand Ulpien parle de l’esclavage, il écrit que l’institution est contraire à la nature, et issue de l’asservissement de nations par d’autres :

« Quant au droit naturel, tous sont égaux. Par le droit naturel, tous les hommes naissent libres. »

C’est la plus ancienne formulation de droits humains que nous possédions, en l’état actuel de nos connaissances.

Ulpien a aussi une vision un peu spéciale du statut de juriste, qui ne semble pas lui avoir survécu. Selon lui, la justice ne doit pas seulement punir, elle doit aussi récompenser celui qui fait le bien, et contribuer ainsi à l’amélioration de la société.

Un rêve pieux, qui demeura un rêve : nous ne connaissons de la justice que son côté pénal. Mais au temps où cette École était encore en activité, elle devait enseigner ce côté de la loi. Nonnos, Égyptien d’expression grecque, écrit en effet :

« La discorde, qui ravage les États, ne cessera de troubler la paix que lorsque Berite [Beyrouth], protectrice des lois, jugera la terre et les mers, fortifiera les villes de l’indestructible boulevard des lois, enfin, lorsque cette ville régira toutes les cités du monde. »

Il est vrai que nous sommes dans un monde de loups, que les vestiges de l’École de Droit ont été rasés et jetés dans la mer, et beaucoup d’autres précieux vestiges aussi. Mais il est tout aussi vrai que nous sommes une nation captive, et que l’Histoire du Liban en a vu bien d’autres. À moyen terme, nous pourrions voir un bouleversement dans le sens de la vie, tel que nous en avons si souvent vu dans l’Histoire.

Attendons-le.

 

Lina Murr Nehmé

Codex of Justinian

Page de manuscrit médiéval du Code de Justinien (Librije, Zutphen).

www.livius.org/pictures/a/other-pictures/codex-of-justinian/

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Le général Aoun et l’histoire du Liban

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Photo : Denis ALLARD/AFP

Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit le général Aoun. Mais il est indiscutable que lorsqu’il met Daech et Nosra sur la balance, comme il a fait dans l’interview du Figaro (23/09/2018), il montre le vrai fond du problème.

 

Dans la même interview, il signale qu’il a changé le haut-commandement de l’armée libanaise. Le lecteur occidental peut ne pas réaliser ce que cela signifie : c’est en effet la première fois depuis l’occupation syrienne (1990) que le haut-commandement de l’armée libanaise n’est pas nommé par les puissances étrangères. Dans un entretien avec les enquêteurs internationaux dont l’enregistrement a été publié par la chaîne de télévision NTV, le ministre de la Défense Elias Murr, ignorant qu’il y aurait des fuites, s’était laissé aller jusqu’à dire au sujet de Michel Sleimane: “Vous croyez qu’ils l’ont choisi parce qu’il était le meilleur choix pour l’armée? Non, ils l’ont choisi parce qu’il était le pire.”

 

Après lui, Kahwaji, espérant devenir Président parce que maronite, et n’ayant pas la puissance populaire qui lui permettrait de le devenir par “ses propres muscles” comme on dit au Liban, a littéralement livré les soldats libanais à Daech en 2014, en acceptant de retirer l’armée libanaise d’Ersal et de laisser les terroristes partir “avec” les dizaines d’otages de l’armée libanaise et des forces de sécurité intérieure qu’ils détenaient.

 

D’où l’égorgement du soldat sunnite Ali Sayyed, dont l’horrible martyre, diffusé par vidéo, a poussé des jeunes à brûler le drapeau de Daech sur une place de Beyrouth. Suite à quoi le ministre islamiste Achraf Rifi a demandé pour eux “la prison et les peines les plus sévères”. Ce qui m’a poussée ce jour-là à brûler le drapeau de Daech par défi envers cette décision de Rifi: qu’il me mette en prison avec les jeunes ou qu’il les laisse tranquilles. L’opinion publique libanaise était tellement dégoûtée que mon geste était attendu et a provoqué une vague mondiale de brûlage du drapeau de Daech. Les musulmans m’ayant défendue (sauf les islamistes, bien sûr), je suis restée en vie, je ne suis pas allée en prison, les jeunes non plus, et c’est Achraf Rifi qui n’a plus eu d’existence politique à l’échelle nationale. Et il n’en aura qu’en cas d’invasion du Liban.

 

C’est en connaissant ce climat et en sachant comment les soldats libanais ont été trahis qu’il faut voir l’importance du changement du haut-commandement militaire au Liban. Car aussitôt Aoun arrivé au pouvoir et le commandant en chef changé, l’opération contre Daech a pu être faite et menée très rapidement à bout. Je rappelle que dans cette affaire l’initiative était à l’armée libanaise et pas du tout au Hezbollah comme on l’a prétendu. Ce dernier n’a fait qu’être l’intermédiaire entre le gouvernement libanais et le gouvernement syrien afin d’obtenir le retour des otages… qui étaient morts: ce sont des cercueils qui sont revenus.

 

J’ai donc tenu à mettre ce post pour signaler que les choses ne sont pas aussi simples que le présente à peu près tout le monde. Surtout quand un habitant du Liban sur trois est un réfugié sunnite, syrien ou palestinien, et que les grandes puissances cherchent depuis 1973 à faire éclater le Liban pour pouvoir résoudre le problème palestinien en leur donnant un Etat aux dépens du seul pays qui n’est pas “intéressant” pour l’Occident, je me demande bien pourquoi: moi, je trouve la formule libanaise très intéressante dans son essence et non dans le soi-disant “pacte” de 1943 qui est anticonstitutionnel. Qu’il se soit trouvé une majorité de musulmans au Liban pour défendre une femme seule qui a brûlé le drapeau de Daech alors que Daech se trouve à quelques dizaines de kilomètres seulement, et faire que cette femme soit encore en vie trois ans plus tard, prouve le succès de l’existence de l’entité libanaise. Et l’Occident peut se féliciter de ce que nous existons encore et que nous refusons de mourir en tant qu’entité multiconfessionnelle. Car c’est sur notre cadavre que passeront les islamistes sur leur route pour envahir l’Occident.

 

Rappel: Quand François Hollande est venu au Liban pour la première fois, il a dit qu’il venait pour visiter un camp de réfugiés syriens et voir comment faire pour que les réfugiés syriens y restent…

 

Face à ce genre de politique que subit le Liban depuis 1973 (cf. mes deux livres Le Liban assassiné et Du règne de la Pègre au réveil du Lion, nous sommes encore debout, nous ne haïssons personne, et nous ne voulons de mal à personne. C’est peut-être en cela que nous sommes debout.


Et un message à MM. Zemmour et autres. S’il vous plaît, cessez d’utiliser le mot “libanisation” dans le sens où vous l’entendez, car c’est faux. Il n’y a pas un endroit au Liban où il n’y ait pas des chrétiens et des musulmans qui vivent ensemble, qui s’aiment. Et on ne sait pas toujours qui est chrétien et qui est musulman.

 

Si les Libanais étaient le genre à être en guerre civile, ils n’auraient pas pu vivre un siècle sans émeutes et sans guerre ou massacres (entre 1861 et 1958). Et le Liban était le seul pays du Moyen-Orient à avoir cette stabilité.

 

Cela a changé à partir de 1958, non parce que les Libanais seraient soudain devenus des fous furieux, mais parce que l’or étranger a commencé (ou recommencé) à acheter les traîtres. Heureusement, il y a eu bien des révélations à ce sujet. Il y en a au sujet de toutes les guerres prétendues civiles au Liban. Ce sera le thème d’une partie de mon prochain livre.

 

Lina Murr Nehmé, 24 septembre 2018

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La tradition libanaise du moghli

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Je ne sais pas si la tradition du moghli pour fêter la venue des bébés remonte à la nuit des temps phéniciens. Quelqu’un peut-il me renseigner ? Car il est indiscutable que les bébés, à cet âge, ne mangent pas de moghli. Ils en mangent encore moins la garniture. Mais… bon… j’ai fait ceci pour les adultes, bien évidemment.

Une chose qui m’a étonnée: l’hôpital en prévoit six ou sept qu’il offre aux jeunes mamans pour leurs visiteurs des deux premiers jours. Même aux jeunes mamans musulmanes, qui sont très contentes d’en offrir quand elles ne sont pas salafistes.

Car pour les islamistes, il en est de la tradition du moghli comme il en est de celle de l’arbre de Noël. Une tradition des mécréants que nous sommes, qui leur fait pousser des cris d’orfraie si par hasard ils ont appris qu’une musulmane en a fait et offert à la naissance d’un bébé dans sa famille.

Je crois qu’ils seraient encore plus effarouchés s’ils savaient que cette tradition remonte aux Phéniciens dont ils cherchent à effacer la mémoire en prétendant que le Liban est arabe, comme s’il n’avait pas été peuplé de Phéniciens lors de l’invasion arabe.

Si le moghli est une tradition aussi ancienne (ce dont je doute vu les ingrédients), je ne demanderai pas mieux que de le leur faire savoir. Je crois qu’ils sont des fans de mes écrits et de mes apparitions télévisées, qu’ils épient avec passion.

 

Lina Murr Nehmé, 21 septembre 2018

P. S. : Voici une recette de moghli proposée par une lectrice:

Ingrédients:

1 verre de riz en poudre
8 verres d’eau
1 verre et demi de sucre
1 petite cuiller de cannelle en poudre

1 grande cuillère de carum en poudre

1/2 cuiller d’anis moulu .

Mettre le tout à froid ensemble. Laisser reposer deux heures ensuite au feu. Remuer jusqu’à ce que le mélange soit crémeux.

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Liban : un charnier découvert ?

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N.B. : Cet article a été publié sur Libnanews le 24 juillet 2011. Lien vers l’archive.

Lina Murr Nehmé, 24 juillet 2011, Beyrouth – On a découvert une fosse commune dans un terrain appartenant à un couvent à Chebaniyeh. Puis on nous a dit que ce ne sont que des os animaux jetés par un boucher. 

D’abord, les os animaux ne sont pas jetés (les bouchers les donnent ou les vendent pour la soupe et le bouillon).

Quelle que soit la nature de ces ossements, il est inacceptable qu’une partie de la presse n’ait pas le droit de les approcher pour les examiner.

Et de toute façon, il est inadmissible que quiconque se mêle d’affaires de ce genre avant le procureur et les ministères concernés, le premier étant le ministère de la Justice. Où est le ministère de la Justice en ce moment?

Et le témoin a parlé de 27 sacs d’ossements. Or 26 n’ont pas été trouvés. Où sont-ils?

Ceci nous rappelle la tragédie de la fosse commune de Halate. On nous avait dit qu’il n’y avait pas d’ossements, car ceux qui avaient creusé la terre avaient refusé de tenir compte des indications des témoins, et ils avaient creusé là où il était impossible de trouver quelque chose.

En 2000, lors de l’enquête faite par l’Etat libanais, Joumblatt et Berri ont reconnu qu’ils avaient tué tous les otages qu’ils avaient enlevés. Dans ce cas, ils doivent être dans une (ou des) fosses communes. Si la fosse comune de Chebaniyeh n’est pas un endroit où sont enterrés des hommes, où sont les fosses communes contenant les cadavres des Libanais tués par Joumblatt, Geagea ou Berri durant la guerre?

La légèreté et la vitesse, le manque de professionnalisme avec lesquels l’affaire est menée, sont inquiétants pour le futur. Car le jour où il y aura une vraie fosse commune d’ossements humains, il y aura de fortes chances pour qu’on la bouche avant que le ministère de la Justice s’en soit mêlé.

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Silence occidental sur le massacre et l’esclavage des chrétiens d’Orient

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© Lina Murr Nehmé, L’Islamisme et les femmes, Salvator, 2017

En Orient, Daech a commis ses massacres et ses viols en plein jour, tuant tantôt des chiites ou des sunnites (et en diffusant les vidéos), tantôt des alaouites, tantôt des chrétiens et des yazidis.

litiqueur une raison ou pour une autre, l’Occident n’a pas entendu parler de toutes ces catégories humaines massacrées. Il n’a entendu parler que des yazidis. Et quand Irbil était encerclé, puis ravagé, personne n’a raconté, en Occident, qu’il y avait des villages chrétiens et pas seulement des villages yazidis ou musulmans. Seuls le savaient ceux qui étaient en contact avec ces villages.

Et les femmes et les enfants des victimes, tant chrétiennes que yazidies, ont été vendus ou prostituées.

Mais il y a un racisme dans l’information à destination du public occidental, information qui doit avoir aussi ses raisons politiques, car cela dure depuis le début de la guerre du Liban. Est-ce que les chrétiens sont d’une race inférieure, qu’on ne les mentionne pas quand ce sont eux qui sont victimes ?

Ainsi, l’Occident politique et médiatique n’a parlé que des yazidis, ignorant de façon presque systématiquement les massacres et l’esclavage qui frappaient les chrétiens.

Il faut revenir à la propagande de Daech et à sa liste des prix minimum auquel un moudjahid a droit de vendre une esclave “chrétienne” ou “yazidi” (voir photo supra) pour savoir que les chrétiens étaient également massacrés en cas de résistance — car eux aussi résistaient, ils n’étaient pas des fuyards — et que leurs femmes étaient également violées et vendues.

Lina Murr Nehmé, 7 septembre 2018

 

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Le Jourdain prend sa source au Liban

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Le Jourdain s’appelle au Liban “Hasbani” car il jaillit des sources près du village de Hasbaya. Et il s’appelle “Jourdain” quand il passe la frontière.

La deuxième source du Jourdan, le Dan ou Ledden, était au Liban d’après la carte de 1862. (Photo tirée de mon livre Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique, où on peut lire, dans les encadrés, les noms des localités et l’emplacement des sources concernées.)

Les Anglais avaient exigé d’avoir le Dan, parce que cela faisait partie de la Déclaration Balfour: “De Dan à Bersabée.” Mais cela impliquait tout le Liban-Sud depuis Tyr. Ils l’ont donc réclamé aux Français, qui ont refusé de le leur donner.

Ils ont fini par s’entendre pour leur donner un doigt rentrant dans les terres libanaise de Marjeyoun (nom signifiant “la prairie des sources”, car elle est remplies de sources se jetant dans les affluents du Jourdain).

Cette bande de terre rentrant dans Marjeyoun est ce qu’on appelle “le doigt de Galilée”. Elle contient la ville antique de Dan (aujourd’hui appelé Tell el-Qadi” ou la colline du Juge, traduction littérale de “Dan”), et le fleuve Ledden ou Dan, affluent du Jourdain.

Lina Murr Nehmé, 6 septembre 2018

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Liban : une vraie nation n’a pas besoin du “vivre-ensemble”

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En France, le voile pose problème — et me pose problème — parce qu’il s’est imposé comme une forme de rejet, de haine, pour des raisons politiques, et comme une forme de propagande religieuse. Alors qu’au Liban, où de toute façon chacun a sa religion et accepte que l’autre pense différemment, il n’y a pas de ce genre de prosélytisme: on peut avoir deux sœurs dont l’une est voilée et l’autre a ôté son voile sans que sa famille dise quoi que ce soit.

Voici Mme Hayat Shour (photo ci-dessus) qui était si ostentatoire avec son bonnet et l’énorme drapeau libanais qu’elle brandissait à bouts de bras, quand je l’ai remarquée au milieu de la foule et que j’ai couru prendre d’elle plusieurs photos.

Il faut signaler que cette manif était une protestation pour faire libérer des officier et soldats emprisonnés à la demande des islamistes.

Si je me souviens bien, c’est parce qu’ils avaient tiré sur des terroristes islamistes et tué un cheikh réputé pour sa violence verbale et ses connexions terroristes. Le climat était extrêmement tendu: une dizaine de membres (musulmans) d’un parti politique avaient été lynchés par les islamistes dans cette région. L’armée libanaise avait dressé ce barrage sur la route, à l’occasion d’une commémoration faite par ce même parti politique, pour empêcher un nouveau lynchage. Ce cheikh avait refusé de faire stopper sa voiture au barrage, et un de ses hommes avait même tiré sur les soldats. L’officier et les soldats n’avaient fait que leur devoir en tirant, et leur emprisonnement était injuste. Le fait que le coffre la voiture du cheikh se soit révélé bourrée d’armes et d’explosifs alors qu’elle prenait la route qui menait vers la manifestation politique, prouve qu’il y avait eu de quoi s’inquiéter.

Hommage, donc, à tous les musulmans de l’armée libanaise, tant ceux qui ont été égorgés par Daech parce qu’ils ont combattu Daech, que ceux qui, aux côtés des chrétiens, ont vaincu Daech, faisant de la minuscule armée libanaise, la seule armée à avoir vaincu Daech et à l’avoir chassé de son pays toute seule, sans aide russe ou occidentale. Et je rappelle que sans l’armée libanaise, Daech aurait pris son essor en 2007, à partir de Nahr-el-Bared au Liban, au lieu de le prendre en 2014 à partir de l’Irak.

Hommage à tous les musulmans auxquels le Liban doit son existence en tant que pays de la liberté de pensée, pays de la liberté d’expression, pays de la liberté tout court, pays où on est capable de défendre la justice. Car, je le montrerai dans le prochain livre que je publierai à Paris — et qui devra son existence à un juif libanais — tout ce qui a été appelé guerre civile au Liban au XXe siècle, c’était en fait des guerres d’occupation déguisées. J’ai déjà prouvé cela quand aux massacres de 1860, dans mon livre “Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique”.

C’est à des musulmans ou à des druzes que l’Etat libanais doit d’exister, car sans eux, nous, chrétiens, nous n’aurions pas pu prouver que nous étions innocents des accusations que lançaient contre nous les islamistes et les Etats qui convoitaient notre terre. Notamment aux heures les plus critiques: au XVIIIe siècle, où le druze Fakhreddine a fait de notre pays un Etat fort, et celle où Nasser a voulu faire un Anschluss, en 1958, quand l’ONU et les grandes puissances prétendaient qu’il y avait une guerre civile au Liban, parce qu’ils croyaient avoir plus intérêt à plaire à Nasser qu’à ses victimes.

Dans ce second cas, le Premier ministre Sami Solh est resté debout à son poste et non à genoux devant l’argent (et dans mon livre je donnerai les noms et les sommes reçues par les soi-disant insurgés). Sami Solh a déclaré que les musulmans n’avaient rien contre les chrétiens et que le conflit était une guerre étrangère et non une guerre civile. Il a été combattu comme le sont les gens debout quand les autres sont à plat ventre. Il y a perdu son poste et ses biens, mais il y a gagné l’existence du Liban, ce qui est le plus beau des mécénats.

Et pour tous les musulmans, druzes et juifs qui, avec nous, ont été les soldats inconnus, non pas de ce stupide, hypocrite et détestable “vivre-ensemble”, mais du “s’aimer mutuellement en se respectant mutuellement” qui, seul, fait une nation.

Lina Murr Nehmé, 3 septembre 2018

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Nicolas Hulot, Liban et pétrole

 

Depuis plusieurs jours je m’étonne de cette effervescence autour de la démission du ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, pour la seule raison qu’on refusait de mettre une limite aux exploitations de pétrole en France.

Tous ceux qui me connaissent savent ce que je pense de cette matière immonde et savent combien je me suis vantée, durant des décennies, de ce que le Liban était le seul pays du Moyen-Orient à ne pas avoir de pétrole, à ne pas avoir de désert, et à avoir de l’eau en abondance, ce qui en faisait un paradis suscitant les convoitises de beaucoup de monde. Quand on va voir ce que l’eau du Liban, qui s’appelle Jourdain, devient quand elle quitte la frontière libanaise alors qu’elle est encore claire, limpide et bleue quand le ciel est bleu, et comment elle devient rare, sale et brune en arrivant au lieu du baptême du Christ, qui est maintenant desséché — on comprend la valeur du Liban en tant que fournisseur d’eau claire et pure aux pays voisins. Car le Liban fournit l’essentiel de l’eau d’Israël, de la Jordanie et de la Syrie, ainsi qu’une partie de l’eau de la Turquie. Et ce, par le biais du Hasbani qui jaillit des sources près du village de Hasbaya, et qui s’appelle « Jourdain » quand il passe la frontière.

Le Liban pourvoyant en vie les pays voisins, il allait de soi que je n’allais pas me réjouir d’apprendre qu’il possédait ce liquide de mort, le pétrole, qui se fabrique, dit-on, par la décomposition des cadavres sous certaines conditions. Il paraît — démentez-moi si je me trompe — que le pétrole sans plomb résulterait de la décomposition des cadavres végétaux, et que le pétrole avec plomb résulterait de la décomposition de cadavres animaux. Et comme le pétrole finit respiré par nos poumons, il est assimilé d’une façon ou d’une autre. Est-ce que le pétrole qui traverse les alvéoles de nos poumons sous sa forme gazeuse est entièrement fait de la décomposition d’animaux halal ou casher? Ou bien est-ce que tout devient halal ou casher quand c’est commode?

Je hais d’autant plus le pétrole que le Liban a été vendu pour ce liquide. Cela fait des décennies que je réfléchis, que j’écris, que j’amasse des informations à ce sujet, donc je suis vraiment dans le bain si l’on peut dire. Dans le bain poisseux.

On me dira: “Mais le pétrole est nécessaire pour faire vivre — ou marcher (cela revient au même) — les machines, l’industrie, etc.” Je le sais. Je constate que les écolos européens sont très satisfaits d’eux-mêmes parce qu’ils crient très fort, mais je ne les vois pas parler de consommer moins. Ils veulent seulement changer de type d’énergies pour pouvoir consommer autant. Ils parlent ainsi des énergies renouvelables. Oui pour les éoliennes. Sauf que la plupart du temps elles ne peuvent pas marcher, soit faute de vent, soit parce que le vent est trop fort et pourrait les briser. En outre, le bruit que font les plus grandes d’entre elles rend la vie impossible à côté, et c’est de la pollution sonore. Sans compter qu’elles déparent le paysage, n’ayant pas l’élégance des vieux moulins à vent. Quant aux barrages hydrauliques, ils brisent l’écologie en détruisant des faunes et des flores, et ils détruisent des paysages magnifiques. Il est vrai qu’un lac est beau. Mais voyez ce qu’il y avait avant.

La question de Nicolas Hulot n’était pas de renoncer à l’énergie fossile, puisqu’il a neuf véhicules dont six voitures. Elle est de renoncer à la prospection en France et au renouvellement des permis d’exploitation.

Car il est indiscutable que la prospection et l’exploitation du pétrole, cela défigure le paysage, et cela pollue.

Mais songez qu’en même temps, l’Occident pousse le Liban à prospecter pour pouvoir payer ses dettes ! (Ces dettes infligées par Rafic Hariri, que l’Occident et l’Arabie Saoudite nous ont imposé en prétendant que le gouvernement constitutionnel d’Aoun, défendu par la majorité des Libanais, était illégitime parce qu’il était présidé par un chrétien — et ça, ce sont des pays qui se disent laïques et démocratiques !)

L’Occident, donc, pousse le Liban à prospecter pour pouvoir épargner la beauté de son propre paysage — alors que le Liban est grand comme un département français, que sa seule richesse est sa beauté, et que, grâce aux réfugiés que nous ont refilés les Arabes en refusant de les prendre, nous avons un des plus hauts taux de densité au kilomètre au monde et la moitié des paysages magnifiques du Liban ont disparu pour laisser place à des immeubles horribles —, on se demande combien il est écologique sur le plan mondial, de détruire ce pays sur le plan de son paysage, de sa faune et de sa flore, après l’avoir détruit politiquement et humainement, et après y avoir entreposé la dioxine de Seveso, dont aucun pays européen ne voulait.

Faire du Liban le dépotoir du monde après en avoir fait son bouc émissaire, cela revient au même. Le bouc émissaire, c’est celui qui prend la saleté des autres et qui est accusé d’être sale et laid.

Toutes choses que Nicolas Hulot n’explique pas au public français quand il parle de son “dégoût”. Car il est indiscutable que la France qui voudra protéger son paysage, même là où ne vit personne, ne s’intéressera pas au paysage libanais, là où vit tout le monde. Elle achètera le pétrole du Liban, si le Liban le lui propose.

Peu importe à Nicolas Hulot que Nabih Berri, chef de bande promu ministre par les puissances étrangères, soit le premier à en profiter pour se remplir les poches.

Peu importe à Nicolas Hulot que cette extraction du pétrole se fasse au Liban-Sud (la nappe maritime étant partagée avec Israël), et donc que cela pollue une partie des ruisseaux qui vont se jeter dans le Jourdain dont vivent deux pays. Car si le pétrole se trouve en mer, son transport, stockage et raffineries se feront sur le sol libanais, et les marées noires se feront sur la côte libanaise, à l’endroit où elle est encore belle et non défigurée par les détritus et les promoteurs: le Liban-Sud.

Lina Murr Nehmé, 31 août 2018
Photo de Nicolas Hulot : AFP

La guerre du Liban n’est pas une guerre civile

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Une chaîne de télévision française a diffusé une série télévisée montrant les Libanais repentants. Je ne l’ai pas vue, j’ai trop de travail à faire, mais une amie m’a appelée hier la nuit, toute émue, pour m’en parler.

Je lui ai rappelé que la guerre du Liban a été décidée par les grandes puissances, et que cela, elle le savait depuis le début pour avoir été au Liban au début de la guerre. Les grandes puissances qui voulaient plaire à l’Arabie Saoudite pour cause de pétrole. Elle a reconnu que oui, c’était vrai, et que dans la série cela n’avait pas été mentionné.

Je lui ai rappelé que ces grandes puissances ont acheté les puissances locales (OLP, Syrie), en leur promettant des petits bouts de Liban. Cela aussi, elle le savait: tout le monde l’a su à un moment ou à un autre de la guerre. Il suffisait de suivre l’actualité (voir Lina Murr Nehmé, Le Liban assassiné et Du Règne de la pègre au réveil du Lion, Aleph et Taw, 2009 / 2011).

Ensuite, ces petites puissances ont acheté les petits ambitieux libanais qui, n’étant pas populaires de façon naturelle, avaient besoin d’argent pour s’acheter des partisans et leur rendre les services sociaux que l’Etat ne leur rendait pas: Joumblatt, Berri, Geagea…

Tant qu’aucun de tous ceux-là, qui sont les plus connus, n’a été mentionné, dites-vous qu’il y a mensonge par omission, et que ce mensonge fausse tout, car il donne l’impression que les miliciens se sont rués les uns sur les autres de leur propre volonté. C’est comme si on vous montrait un spectacle de marionnettes et qu’on vous disait de croire qu’elles agissent toutes seules et que personne n’en tire les ficelles par-derrière.

Ou comme si on vous montrait des quatrièmes violons de la pègre sicilienne ou newyorkaise pleurant leurs crimes, sans vous dire qu’ils ont été payés par quelqu’un qui ne pleurait nullement et qui était payé par un parrain qui payait et décidait de tout, et qui, lui, se marrait.

Lina Murr Nehmé, 28 août 2018

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