Category Archives: Liban

Liban : un charnier découvert ?

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N.B. : Cet article a été publié sur Libnanews le 24 juillet 2011. Lien vers l’archive.

Lina Murr Nehmé, 24 juillet 2011, Beyrouth – On a découvert une fosse commune dans un terrain appartenant à un couvent à Chebaniyeh. Puis on nous a dit que ce ne sont que des os animaux jetés par un boucher. 

D’abord, les os animaux ne sont pas jetés (les bouchers les donnent ou les vendent pour la soupe et le bouillon).

Quelle que soit la nature de ces ossements, il est inacceptable qu’une partie de la presse n’ait pas le droit de les approcher pour les examiner.

Et de toute façon, il est inadmissible que quiconque se mêle d’affaires de ce genre avant le procureur et les ministères concernés, le premier étant le ministère de la Justice. Où est le ministère de la Justice en ce moment?

Et le témoin a parlé de 27 sacs d’ossements. Or 26 n’ont pas été trouvés. Où sont-ils?

Ceci nous rappelle la tragédie de la fosse commune de Halate. On nous avait dit qu’il n’y avait pas d’ossements, car ceux qui avaient creusé la terre avaient refusé de tenir compte des indications des témoins, et ils avaient creusé là où il était impossible de trouver quelque chose.

En 2000, lors de l’enquête faite par l’Etat libanais, Joumblatt et Berri ont reconnu qu’ils avaient tué tous les otages qu’ils avaient enlevés. Dans ce cas, ils doivent être dans une (ou des) fosses communes. Si la fosse comune de Chebaniyeh n’est pas un endroit où sont enterrés des hommes, où sont les fosses communes contenant les cadavres des Libanais tués par Joumblatt, Geagea ou Berri durant la guerre?

La légèreté et la vitesse, le manque de professionnalisme avec lesquels l’affaire est menée, sont inquiétants pour le futur. Car le jour où il y aura une vraie fosse commune d’ossements humains, il y aura de fortes chances pour qu’on la bouche avant que le ministère de la Justice s’en soit mêlé.

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Silence occidental sur le massacre et l’esclavage des chrétiens d’Orient

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© Lina Murr Nehmé, L’Islamisme et les femmes, Salvator, 2017

En Orient, Daech a commis ses massacres et ses viols en plein jour, tuant tantôt des chiites ou des sunnites (et en diffusant les vidéos), tantôt des alaouites, tantôt des chrétiens et des yazidis.

litiqueur une raison ou pour une autre, l’Occident n’a pas entendu parler de toutes ces catégories humaines massacrées. Il n’a entendu parler que des yazidis. Et quand Irbil était encerclé, puis ravagé, personne n’a raconté, en Occident, qu’il y avait des villages chrétiens et pas seulement des villages yazidis ou musulmans. Seuls le savaient ceux qui étaient en contact avec ces villages.

Et les femmes et les enfants des victimes, tant chrétiennes que yazidies, ont été vendus ou prostituées.

Mais il y a un racisme dans l’information à destination du public occidental, information qui doit avoir aussi ses raisons politiques, car cela dure depuis le début de la guerre du Liban. Est-ce que les chrétiens sont d’une race inférieure, qu’on ne les mentionne pas quand ce sont eux qui sont victimes ?

Ainsi, l’Occident politique et médiatique n’a parlé que des yazidis, ignorant de façon presque systématiquement les massacres et l’esclavage qui frappaient les chrétiens.

Il faut revenir à la propagande de Daech et à sa liste des prix minimum auquel un moudjahid a droit de vendre une esclave “chrétienne” ou “yazidi” (voir photo supra) pour savoir que les chrétiens étaient également massacrés en cas de résistance — car eux aussi résistaient, ils n’étaient pas des fuyards — et que leurs femmes étaient également violées et vendues.

Lina Murr Nehmé, 7 septembre 2018

 

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Le Jourdain prend sa source au Liban

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Le Jourdain s’appelle au Liban “Hasbani” car il jaillit des sources près du village de Hasbaya. Et il s’appelle “Jourdain” quand il passe la frontière.

La deuxième source du Jourdan, le Dan ou Ledden, était au Liban d’après la carte de 1862. (Photo tirée de mon livre Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique, où on peut lire, dans les encadrés, les noms des localités et l’emplacement des sources concernées.)

Les Anglais avaient exigé d’avoir le Dan, parce que cela faisait partie de la Déclaration Balfour: “De Dan à Bersabée.” Mais cela impliquait tout le Liban-Sud depuis Tyr. Ils l’ont donc réclamé aux Français, qui ont refusé de le leur donner.

Ils ont fini par s’entendre pour leur donner un doigt rentrant dans les terres libanaise de Marjeyoun (nom signifiant “la prairie des sources”, car elle est remplies de sources se jetant dans les affluents du Jourdain).

Cette bande de terre rentrant dans Marjeyoun est ce qu’on appelle “le doigt de Galilée”. Elle contient la ville antique de Dan (aujourd’hui appelé Tell el-Qadi” ou la colline du Juge, traduction littérale de “Dan”), et le fleuve Ledden ou Dan, affluent du Jourdain.

Lina Murr Nehmé, 6 septembre 2018

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Liban : une vraie nation n’a pas besoin du “vivre-ensemble”

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En France, le voile pose problème — et me pose problème — parce qu’il s’est imposé comme une forme de rejet, de haine, pour des raisons politiques, et comme une forme de propagande religieuse. Alors qu’au Liban, où de toute façon chacun a sa religion et accepte que l’autre pense différemment, il n’y a pas de ce genre de prosélytisme: on peut avoir deux sœurs dont l’une est voilée et l’autre a ôté son voile sans que sa famille dise quoi que ce soit.

Voici Mme Hayat Shour (photo ci-dessus) qui était si ostentatoire avec son bonnet et l’énorme drapeau libanais qu’elle brandissait à bouts de bras, quand je l’ai remarquée au milieu de la foule et que j’ai couru prendre d’elle plusieurs photos.

Il faut signaler que cette manif était une protestation pour faire libérer des officier et soldats emprisonnés à la demande des islamistes.

Si je me souviens bien, c’est parce qu’ils avaient tiré sur des terroristes islamistes et tué un cheikh réputé pour sa violence verbale et ses connexions terroristes. Le climat était extrêmement tendu: une dizaine de membres (musulmans) d’un parti politique avaient été lynchés par les islamistes dans cette région. L’armée libanaise avait dressé ce barrage sur la route, à l’occasion d’une commémoration faite par ce même parti politique, pour empêcher un nouveau lynchage. Ce cheikh avait refusé de faire stopper sa voiture au barrage, et un de ses hommes avait même tiré sur les soldats. L’officier et les soldats n’avaient fait que leur devoir en tirant, et leur emprisonnement était injuste. Le fait que le coffre la voiture du cheikh se soit révélé bourrée d’armes et d’explosifs alors qu’elle prenait la route qui menait vers la manifestation politique, prouve qu’il y avait eu de quoi s’inquiéter.

Hommage, donc, à tous les musulmans de l’armée libanaise, tant ceux qui ont été égorgés par Daech parce qu’ils ont combattu Daech, que ceux qui, aux côtés des chrétiens, ont vaincu Daech, faisant de la minuscule armée libanaise, la seule armée à avoir vaincu Daech et à l’avoir chassé de son pays toute seule, sans aide russe ou occidentale. Et je rappelle que sans l’armée libanaise, Daech aurait pris son essor en 2007, à partir de Nahr-el-Bared au Liban, au lieu de le prendre en 2014 à partir de l’Irak.

Hommage à tous les musulmans auxquels le Liban doit son existence en tant que pays de la liberté de pensée, pays de la liberté d’expression, pays de la liberté tout court, pays où on est capable de défendre la justice. Car, je le montrerai dans le prochain livre que je publierai à Paris — et qui devra son existence à un juif libanais — tout ce qui a été appelé guerre civile au Liban au XXe siècle, c’était en fait des guerres d’occupation déguisées. J’ai déjà prouvé cela quand aux massacres de 1860, dans mon livre “Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique”.

C’est à des musulmans ou à des druzes que l’Etat libanais doit d’exister, car sans eux, nous, chrétiens, nous n’aurions pas pu prouver que nous étions innocents des accusations que lançaient contre nous les islamistes et les Etats qui convoitaient notre terre. Notamment aux heures les plus critiques: au XVIIIe siècle, où le druze Fakhreddine a fait de notre pays un Etat fort, et celle où Nasser a voulu faire un Anschluss, en 1958, quand l’ONU et les grandes puissances prétendaient qu’il y avait une guerre civile au Liban, parce qu’ils croyaient avoir plus intérêt à plaire à Nasser qu’à ses victimes.

Dans ce second cas, le Premier ministre Sami Solh est resté debout à son poste et non à genoux devant l’argent (et dans mon livre je donnerai les noms et les sommes reçues par les soi-disant insurgés). Sami Solh a déclaré que les musulmans n’avaient rien contre les chrétiens et que le conflit était une guerre étrangère et non une guerre civile. Il a été combattu comme le sont les gens debout quand les autres sont à plat ventre. Il y a perdu son poste et ses biens, mais il y a gagné l’existence du Liban, ce qui est le plus beau des mécénats.

Et pour tous les musulmans, druzes et juifs qui, avec nous, ont été les soldats inconnus, non pas de ce stupide, hypocrite et détestable “vivre-ensemble”, mais du “s’aimer mutuellement en se respectant mutuellement” qui, seul, fait une nation.

Lina Murr Nehmé, 3 septembre 2018

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Nicolas Hulot, Liban et pétrole

 

Depuis plusieurs jours je m’étonne de cette effervescence autour de la démission du ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, pour la seule raison qu’on refusait de mettre une limite aux exploitations de pétrole en France.

Tous ceux qui me connaissent savent ce que je pense de cette matière immonde et savent combien je me suis vantée, durant des décennies, de ce que le Liban était le seul pays du Moyen-Orient à ne pas avoir de pétrole, à ne pas avoir de désert, et à avoir de l’eau en abondance, ce qui en faisait un paradis suscitant les convoitises de beaucoup de monde. Quand on va voir ce que l’eau du Liban, qui s’appelle Jourdain, devient quand elle quitte la frontière libanaise alors qu’elle est encore claire, limpide et bleue quand le ciel est bleu, et comment elle devient rare, sale et brune en arrivant au lieu du baptême du Christ, qui est maintenant desséché — on comprend la valeur du Liban en tant que fournisseur d’eau claire et pure aux pays voisins. Car le Liban fournit l’essentiel de l’eau d’Israël, de la Jordanie et de la Syrie, ainsi qu’une partie de l’eau de la Turquie. Et ce, par le biais du Hasbani qui jaillit des sources près du village de Hasbaya, et qui s’appelle « Jourdain » quand il passe la frontière.

Le Liban pourvoyant en vie les pays voisins, il allait de soi que je n’allais pas me réjouir d’apprendre qu’il possédait ce liquide de mort, le pétrole, qui se fabrique, dit-on, par la décomposition des cadavres sous certaines conditions. Il paraît — démentez-moi si je me trompe — que le pétrole sans plomb résulterait de la décomposition des cadavres végétaux, et que le pétrole avec plomb résulterait de la décomposition de cadavres animaux. Et comme le pétrole finit respiré par nos poumons, il est assimilé d’une façon ou d’une autre. Est-ce que le pétrole qui traverse les alvéoles de nos poumons sous sa forme gazeuse est entièrement fait de la décomposition d’animaux halal ou casher? Ou bien est-ce que tout devient halal ou casher quand c’est commode?

Je hais d’autant plus le pétrole que le Liban a été vendu pour ce liquide. Cela fait des décennies que je réfléchis, que j’écris, que j’amasse des informations à ce sujet, donc je suis vraiment dans le bain si l’on peut dire. Dans le bain poisseux.

On me dira: “Mais le pétrole est nécessaire pour faire vivre — ou marcher (cela revient au même) — les machines, l’industrie, etc.” Je le sais. Je constate que les écolos européens sont très satisfaits d’eux-mêmes parce qu’ils crient très fort, mais je ne les vois pas parler de consommer moins. Ils veulent seulement changer de type d’énergies pour pouvoir consommer autant. Ils parlent ainsi des énergies renouvelables. Oui pour les éoliennes. Sauf que la plupart du temps elles ne peuvent pas marcher, soit faute de vent, soit parce que le vent est trop fort et pourrait les briser. En outre, le bruit que font les plus grandes d’entre elles rend la vie impossible à côté, et c’est de la pollution sonore. Sans compter qu’elles déparent le paysage, n’ayant pas l’élégance des vieux moulins à vent. Quant aux barrages hydrauliques, ils brisent l’écologie en détruisant des faunes et des flores, et ils détruisent des paysages magnifiques. Il est vrai qu’un lac est beau. Mais voyez ce qu’il y avait avant.

La question de Nicolas Hulot n’était pas de renoncer à l’énergie fossile, puisqu’il a neuf véhicules dont six voitures. Elle est de renoncer à la prospection en France et au renouvellement des permis d’exploitation.

Car il est indiscutable que la prospection et l’exploitation du pétrole, cela défigure le paysage, et cela pollue.

Mais songez qu’en même temps, l’Occident pousse le Liban à prospecter pour pouvoir payer ses dettes ! (Ces dettes infligées par Rafic Hariri, que l’Occident et l’Arabie Saoudite nous ont imposé en prétendant que le gouvernement constitutionnel d’Aoun, défendu par la majorité des Libanais, était illégitime parce qu’il était présidé par un chrétien — et ça, ce sont des pays qui se disent laïques et démocratiques !)

L’Occident, donc, pousse le Liban à prospecter pour pouvoir épargner la beauté de son propre paysage — alors que le Liban est grand comme un département français, que sa seule richesse est sa beauté, et que, grâce aux réfugiés que nous ont refilés les Arabes en refusant de les prendre, nous avons un des plus hauts taux de densité au kilomètre au monde et la moitié des paysages magnifiques du Liban ont disparu pour laisser place à des immeubles horribles —, on se demande combien il est écologique sur le plan mondial, de détruire ce pays sur le plan de son paysage, de sa faune et de sa flore, après l’avoir détruit politiquement et humainement, et après y avoir entreposé la dioxine de Seveso, dont aucun pays européen ne voulait.

Faire du Liban le dépotoir du monde après en avoir fait son bouc émissaire, cela revient au même. Le bouc émissaire, c’est celui qui prend la saleté des autres et qui est accusé d’être sale et laid.

Toutes choses que Nicolas Hulot n’explique pas au public français quand il parle de son “dégoût”. Car il est indiscutable que la France qui voudra protéger son paysage, même là où ne vit personne, ne s’intéressera pas au paysage libanais, là où vit tout le monde. Elle achètera le pétrole du Liban, si le Liban le lui propose.

Peu importe à Nicolas Hulot que Nabih Berri, chef de bande promu ministre par les puissances étrangères, soit le premier à en profiter pour se remplir les poches.

Peu importe à Nicolas Hulot que cette extraction du pétrole se fasse au Liban-Sud (la nappe maritime étant partagée avec Israël), et donc que cela pollue une partie des ruisseaux qui vont se jeter dans le Jourdain dont vivent deux pays. Car si le pétrole se trouve en mer, son transport, stockage et raffineries se feront sur le sol libanais, et les marées noires se feront sur la côte libanaise, à l’endroit où elle est encore belle et non défigurée par les détritus et les promoteurs: le Liban-Sud.

Lina Murr Nehmé, 31 août 2018
Photo de Nicolas Hulot : AFP

La guerre du Liban n’est pas une guerre civile

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Une chaîne de télévision française a diffusé une série télévisée montrant les Libanais repentants. Je ne l’ai pas vue, j’ai trop de travail à faire, mais une amie m’a appelée hier la nuit, toute émue, pour m’en parler.

Je lui ai rappelé que la guerre du Liban a été décidée par les grandes puissances, et que cela, elle le savait depuis le début pour avoir été au Liban au début de la guerre. Les grandes puissances qui voulaient plaire à l’Arabie Saoudite pour cause de pétrole. Elle a reconnu que oui, c’était vrai, et que dans la série cela n’avait pas été mentionné.

Je lui ai rappelé que ces grandes puissances ont acheté les puissances locales (OLP, Syrie), en leur promettant des petits bouts de Liban. Cela aussi, elle le savait: tout le monde l’a su à un moment ou à un autre de la guerre. Il suffisait de suivre l’actualité (voir Lina Murr Nehmé, Le Liban assassiné et Du Règne de la pègre au réveil du Lion, Aleph et Taw, 2009 / 2011).

Ensuite, ces petites puissances ont acheté les petits ambitieux libanais qui, n’étant pas populaires de façon naturelle, avaient besoin d’argent pour s’acheter des partisans et leur rendre les services sociaux que l’Etat ne leur rendait pas: Joumblatt, Berri, Geagea…

Tant qu’aucun de tous ceux-là, qui sont les plus connus, n’a été mentionné, dites-vous qu’il y a mensonge par omission, et que ce mensonge fausse tout, car il donne l’impression que les miliciens se sont rués les uns sur les autres de leur propre volonté. C’est comme si on vous montrait un spectacle de marionnettes et qu’on vous disait de croire qu’elles agissent toutes seules et que personne n’en tire les ficelles par-derrière.

Ou comme si on vous montrait des quatrièmes violons de la pègre sicilienne ou newyorkaise pleurant leurs crimes, sans vous dire qu’ils ont été payés par quelqu’un qui ne pleurait nullement et qui était payé par un parrain qui payait et décidait de tout, et qui, lui, se marrait.

Lina Murr Nehmé, 28 août 2018

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L’islamisme mondial a flambé sur le cadavre du Liban

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Ionesco faisait remarquer qu’il valait mieux avoir été de gauche durant la Deuxième guerre mondiale, et de droite dans les années 1970, soit la guerre du Liban. Mais la plupart des gens ont été de droite sous Hitler, et de gauche sous Khrouchtchev.

Hier, un curé a fait lire parmi les intentions de prière (je cite de mémoire): “Prions pour les chrétiens de terre sainte: ceux de Palestine, de Jérusalem, de Syrie, d’Irak, les premiers où sont allés les Apôtres”.

Drôle de notion d’histoire et de géographie que de mettre dans une même terre la Palestine-Israël et l’Irak, et en soustraire le Liban.

Mais “Pour beaucoup de personnes, dit Léon Blum, il y a deux sortes de sang.” Et Emmanuel Berl d’ajouter: “Faut-il admettre que la terre boit en silence celui [le sang] qui est répandu par les personnes qui vous plaisent, au nom des doctrines qu’on préfère, et que l’autre rejaillit vers le ciel, pour lui réclamer en retour le sang des rouges au temps de la terreur blanche, le sang des blancs au temps de la terreur rouge ?”

C’est parce que le sang des chrétiens du Liban n’a pas la même valeur que celui de ceux qui les tuaient, qu’on n’a pas connu les chiffres à ce sujet en Occident. Qu’on n’a pas n’a su que le Liban a été vendu pour que la Syrie accepte de participer à la guerre du Golfe, afin qu’on puisse dire qu’il y avait une “unanimité arabe” contre l’Irak.

La photo (ci-dessus) montre les soldats syriens occupant le palais présidentiel libanais en 1990. C’était à l’époque Hafez Assad. Le monde était avec lui, et contre le Liban, il y eut la seule unanimité mondiale de l’histoire. Car ce fut la seule fois où il y avait une seule superpuissance. C’est à cette occasion que le cardinal Lustiger a dit à la télévision: “Je demande pardon aux chrétiens du Liban au nom des chrétiens de France.”

Et moi, je disais : “Ne pleurez pas sur nous, pleurez sur vous et sur vos enfants, car s’ils nous ont ainsi traités, nous qui leur avons fait du bien, comment vous traiteront-ils dans vingt ans, vous qui les avez massacrés en Irak ?”

Aucun chrétien de tout le Moyen-Orient ne serait massacré aujourd’hui si les chrétiens du Liban n’avaient pas été vendus pour du pétrole. Car c’est sur le cadavre du Liban qu’a flambé l’islamisme mondial.

Les chrétiens de tout l’Orient le savent. Lors du voyage en Syrie de M. Mitterrand, le patriarche grec-orthodoxe Hazim, Syrien dont le siège était à Damas, lui dit: “Votre rôle, monsieur le Président de la République française, c’est d’aider à sauver le Liban. Le sort des
chrétiens de tout l’Orient est lié au sort des chrétiens du Liban.”

M. Mitterrand lui répondit: “En ce qui concerne le Liban, vous avez la Syrie.”

(Entrefilet tiré de mon livre Du Règne de la Pègre au Réveil du Lion, Beyrouth, éd. Aleph et Taw, 2008. Photo Sipa.)

Lina Murr Nehmé, 26 août 2018

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Angleterre: un prédicateur appelle à l’islamisation totale du pays

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Sermon en Angleterre: je ne connais pas le nom du sympathique imam, que j’ai pourtant vu plusieurs fois dans les vidéos que je me suis infligé le supplice de regarder quand j’ai travaillé sur Omar Bakri, le gentil islamiste ami avec Achraf Rifi (pour qui j’ai brûlé le drapeau de Daech).

Omar Bakri s’est collé au Liban depuis que l’Angleterre ne veut plus de lui, et ce Syrien s’est fait, par faveur, naturaliser libanais. Oh horreur! Je crois que je vais brûler une deuxième fois le drapeau de Daech rien que pour lui.

En tout cas, le sympathique imam qui semble avoir poussé sur la foulée d’Omar Bakri dans le Londonistan, annonce à l’Angleterre (je traduis):

“Le cauchemar dans le 10 Downing Street (le Matignon anglais), c’est quand un musulman qui marche donne un coup de pied dans la porte du et le calife pénètre, et établit la charia.

— Criez “Allahou Akbar!” interrompt un homme.

— Allahou Akbar! crie l’asssemblée

— Le cauchemar dans le 10 Downing Street, c’est quand quelqu’un, un musulman, jette une corde sur l’horloge de Big Ben et qu’il y grimpe et qu’il y hisse le drapeau de “La Ilaha illallah“.

“Le cauchemar dans le 10 Downing Street, mes frères, c’est quand un musulman conduit avec un hélicoptère et arrive au sommet de Big Ben et qu’il y remplace les chiffres latins en chiffres arabes. Voici, mes frères, le cauchemar pour le 10 Downing Street.

“Et comme vous comprenez, nous, musulmans, nous ne sommes pas de ces musulmans modérés au chocolat, de ceux qui baissent la tête devant le gouvernement.

“Non, nous voulons plutôt travailler, inchallah, pour la cause d’Allah, pour établir l’islam, et faire en sorte que David Cameron vienne sur ses mains et sur ses genoux et nous paie la jizya (amende religieuse imposée aux chrétiens et aux juifs).

“Oui, c’est cela. Ensuite, nous couvrirons toutes les femmes, nous leur ferons mettre le niqab sur leur visage, y compris la reine Elizabeth, y compris Kate Middleton”.

On ne sait s’il faut rire ou s’il faut pleurer en regardant ce monsieur. Mais ceux qui disent qu’ils nous aiment alors qu’en même temps ils disent aux pauvres adolescents de suivre des livres qui parlent comme cet imam, est-ce qu’ils ne sont pas aussi coupables que lui ?

Lina Murr Nehmé, 25 août 2018

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Nous ne sommes pas des Arabes !

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Non, nous ne sommes pas des Arabes, car nous ne sommes pas des Bédouins !

Vous ne le saviez pas? “Arabes” veut dire “Bédouins”. Le mot concerne strictement les gens de la Péninsule, car ils étaient à l’origine des nomades chassés par la rudesse de leur climat, et obligés sans cesse de se déplacer d’oasis en oasis. Le mot vient donc de la racine “araba” qui veut dire “se déplacer”. D’où le mot “arabat” ou “arabiyya”, pour désigner la charrette ou la voiture. D’où, aussi, le mot “aroubat maaidatouhou” pour dire de quelqu’un qu’il a la diarrhée. Ci-dessous, extrait tiré d’un livre de grammaire arabe.

Ce n’est donc pas moi qui le dis, c’est la grammaire arabe. Je peux vous le prouver, livre en main, mais nous avons autre chose à faire, n’est-ce pas, vous et moi, que de nous plonger dans les dictionnaires vieux de mille trois cents ans. Il est plus intéressant d’aller de l’avant que de reculer.

Attention, je ne suis pas raciste. Il existe des Arabes qui sont formidables. Seulement, eux, c’est eux, et nous, c’est nous. Leurs dirigeants veulent que nous soyons des esclaves, et nous, nous ne sommes pas d’accord.

Et désirant ardemment le jour où je pourrai enfin lancer en toute sincérité le cri: “Pays arabes, je vous aime”!, je m’efforce pour le moment de les aimer dans mon cœur et dans mes actes, en leur disant la vérité qu’ils n’ont pas envie d’entendre.

Car celui qui aime l’autre lui dit la vérité. Surtout si elle est désagréable.

Lina Murr Nehmé, 18 août 2018

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Beyrouth, 10 juin 1976 : le FPLP enlève le journaliste belge Marc Thirion

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Durant la guerre du Liban, seuls des casse-cous comme Jean-Pierre Péroncel-Hugoz et le Belge Marc Thirion osaient résider dans la zone de Beyrouth qu’occupaient les Palestiniens et traverser la ligne de démarcation pour voir aussi ce qui se passait du côté chrétien.

Parlant de Marc Thirion, son ex-collègue Pierre Billen raconte au journaliste belge Michel Bouffioux :

« À l’époque, Marc couvrait la guerre civile du Liban pour plusieurs médias. Il connaissait parfaitement bien les enjeux locaux pour avoir passé une partie de son adolescence dans ce pays. Ex-para, c’était un homme de terrain qui aimait l’action. Pas question de rester planqué dans un hôtel, de se contenter des mêmes sources que tous les autres. Il allait chercher l’info, n’hésitant pas à passer d’un secteur de la ville à l’autre pour prendre la température dans les différents camps qui s’affrontaient. L’exercice était périlleux, bien sûr… En plus, il était réputé pour avoir des rapports francs et sans langue de bois avec des interlocuteurs comme des chefs de milice, qui n’étaient pas habitués à cela. Il écrivait et disait ce qu’il constatait sans faire de compromis, sans accepter de céder aux pressions de telle ou telle faction.”

Je me souviens de ces articles: quand Marc venait chez nous, il m’en offrait une photocopie — une primeur avant la parution de l’article dans la presse belge. Je lui ai plusieurs fois dire qu’il ne devait plus résider dans la zone occupée par les Palestiniens, alors qu’il disait aussi la vérité sur leur corruption.

Marc fut enlevé le 10 juin 1976 par le FPLP, une des organisations de l’OLP. Il aurait été tué, accusé d’être un agent israélien. Mais c’était l’accusation classique: ils donnaient ce nom à toute personne dont ils voulaient justifier le meurtre. Le journaliste Antoine Sfeir, enlevé vers la même époque, affirme l’avoir entendu hurler dans la chambre de torture.

Marc Thirion a disparu sans laisser trace, comme ceux dont je parle dans mon livre Les Otages libanais dans les prisons syriennes. La seule pensée de cette comparaison me fait frémir. C’est une chose de parler d’otages qu’on ne connaît pas — et dont le calvaire fut tout de même terrible à décrire —, c’en est une autre d’imaginer cela arrivant à un ami.

Lina Murr Nehmé, 14 août 2018

 

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