Category Archives: Turquie

Affaire Khashoggi: l’arbre qui cache la forêt

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On a parlé de l’assassinat de Khashoggi parce que c’était en Turquie. Mais en Arabie Saoudite, qui sait combien de médecins tronçonnent les indésirables, en musique ou non ? Qui sait ce qui se passe dans le secret ? Qui sait ce que deviennent les disparus ? Et les princesses, filles du roi Abdallah, où sont-elles ?

Contrairement à Khashoggi, elles n’étaient ni des islamistes, ni des activistes cherchant le règne des Frères Musulmans, ni des journalistes d’un très grand journal occidental leur permettant d’imposer ces idées… mais de simples filles voulant vivre et faire le bien. C’est ce qui les a perdues: le fait d’avoir défendu des prisonniers politiques qui étaient traités comme des malades mentaux. 

Et qu’on ne dise pas que c’était avant l’avènement de M. Ben Salman. Elles ont disparu avec l’avènement du père de ce dernier, mais les témoins affirment que Ben Salman le dirigeait déjà…

Israa al-Ghomgam pourrait être décapitée pour avoir, entre autres, défendu les prisonniers chiites dont le jeune Ali Nimr (ci-dessous, 17 ans), condamné à être tué et crucifié pour avoir usé d’un portable durant une manifestation.

Mine de rien, s’il n’y avait pas eu cette affaire de vente d’armes rapportant gros, et s’il n’y avait pas eu un silence complet de la part de l’Occident quand les princesses saoudiennes ont été condamnées à mourir de faim avant de disparaître, s’il n’y avait pas eu ce silence face aux horreurs commises au Yémen (avec un armement occidental), est-ce que Khashoggi aurait été tué et tronçonné dans un consultat saoudien en Turquie ?

Et Khashoggi qui a aidé Ben Laden, qui l’a glorifié, qui a lancé les Frères Musulmans partout où il le pouvait, a-t-il la valeur humaine de tous ces innocents ?

Pourquoi est-ce de lui qu’on parle tant alors qu’on se tait à leur sujet ?

Lina Murr Nehmé, 27 octobre 2018

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Les massacreurs magnifiques

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“Le siècle magnifique” : un feuilleton qui présente l’histoire comme on aimerait la voir, avec le sultan massacreur montré comme un homme juste, qui prêche la morale de la justice, qui parle même d’égalité et de fraternité, qui couchait toujours seul, sauf parfois une de deux esclaves (et encore, pas en même temps), alors que le personnage historique en a eu des centaines au cours des ans.

Un harem avec des esclaves toutes appelées “sitt” ou “hanem” (“madame”, titre qu’on ne donnait alors qu’aux dames les plus importantes de la société). Et toutes sont vêtues de pied en cap avec des robes de luxe à traînes, au palais, dans le jardin, etc. Merveilleusement, ces traînes ne se salissent jamais. Et ces esclaves qui font le gros ménage dans un palais gigantesque, sont toujours sur leur trente-et-un. Elles reçoivent régulièrement des cadeaux, des pièces d’or, des soieries venues de Chine, extra coûteuses (avec quel argent ont-elles été payées) ?

En réalité, le costume était la nudité forcée. (Voir les explications dans Fatwas et caricatures). Mais dans ce film, c’est tout juste si ces esclaves montrent le haut, assez pour détourner l’attention du spectateur de leur visage. On n’entend jamais le mot de flagellation, c’est tabou ! Pourtant, c’était encore appliqué avant Atatürk. Et on ne voit quasiment jamais de décapitations. Comment se fait-il donc que tout ce monde baisse toujours la tête? Cela, on le sait, ne peut être obtenu que par une peur permanente due à la connaissance d’actes de violence. Ainsi, M. Macron ne pourrait pas voir tous les gardes de l’Elysée garder la tête baissée, car il n’a jamais procédé à une flagellation, ni à une décapitation pour un mot mal placé ou parce qu’une esclave s’est retrouvée enceinte. Et aussi, parce qu’il n’a jamais donné l’ordre que les gardes aient toujours la nuque baissée. Mais ces pauvres gardes n’attrapent-ils pas un disque ?

Et ni les dames libres ni les esclaves affranchies ne se montrent en niqab ou burqa, au contraire: elles affichent des décolletés.

Et le sultan recommande à son fils de bien traiter ses frères lors de son accession au pouvoir. Encore un gros mensonge: le sultan Mahomet II avait institué une loi stipulant que tout nouveau sultan doit tuer ses frères pour éviter les guerres de succession. Lui-même avait fait égorger son frère, un bébé d’un an et demi, dans son bain.

Le même feuilleton ne montre jamais comment sont venus tous ces esclaves. Il ne signale pas qu’Ibrahim pacha, l’assassin du père de Fakhreddine et de milliers de druzes libanais, était un janissaire recruté dans le cadre du devchirmé dont j’ai déjà parlé.

Et l’article ci-dessous prétend que c’est dans sa vérité que l’Empire ottoman est montré !

Concernant ce feuilleton, je suis totalement d’accord avec M. Erdogan, même si nos opinions divergent sur le plan du jugement de valeur.

C’est vrai: le sultan Suleiman ne passait pas son temps à sa table en train de fabriquer des bijoux pour ses femmes, ou à faire des entretiens amoureux avec Roxelane sur sa terrasse, ou à parler des amours des autres et des disputes entre ses exclaves. Il les passait plutôt à se battre, et ensuite, à massacrer les hommes des villes qui avaient été vaincues par les armes, à enlever leurs femmes et enfants pour en faire ces esclaves qui peuplaient le harem, et ces janissaires, dont Ibrahim pacha.

A propos, dans la version arabe, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre que “Char Kan”, c’était “Charles Quint”.

Enfin, ce feuilleton fait de la publicité à la conquête islamique, il médit des chrétiens et présente leur défaite, notamment celle des Hongrois et des Autrichiens, comme un bienfait pour l’humanité.

Lina Murr Nehmé, 7 octobre 2018
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Lien de l’article AFP et extraits:

teleobs.nouvelobs.com/…/le-siecle-magnifique-la-serie-qui-d…

“Le siècle magnifique” : la série qui défrise le gouvernement turc
Où Soliman le Magnifique apparaît comme un buveur et un coureur de jupons.
Par TéléObs
Publié le 28 novembre 2012 à 15h45
“C’est l’une des séries les plus populaires de la télé turque mais elle n’a pas échappé aux foudres du Premier ministre. Réputé pour ses sorties tonitruantes, Recep Tayyip Erdogan s’en est pris cette fois à un feuilleton qui décrit les turpitudes de Soliman le Magnifique, le jugeant contraire à l’Histoire et aux bonnes moeurs musulmanes.
“L’objet de l’ire du chef du gouvernement s’appelle “Le siècle magnifique”. Depuis maintenant un an, cette série dépeint sans fard le règne du plus fameux sultan de l’empire ottoman (1520-1566), entre conquêtes militaires, intrigues de palais et rivalités de harem. Des millions de téléspectateurs s’en régalent chaque semaine, en Turquie comme dans les pays du Maghreb ou d’Europe de l’Est où elle a été vendue.
“Mais apparemment, cette chronique romancée et décadente, qui montre Soliman un verre d’alcool à la main ou en plein ébats avec ses promises, n’est pas du goût du chef du gouvernement turc, qui l’a fait savoir dimanche au détour d’une pique adressée à ceux qui critiquent sa politique étrangère. “Ils demandent pourquoi nous nous occupons de ce qui se passe en Irak, en Syrie ou à Gaza. Mais nous nous intéressons à tout ce qui est lié à nos ancêtres. Ils ne connaissent nos pères et nos ancêtres que par ‘Le siècle magnifique’ mais ce n’est pas le Soliman que nous connaissons”, s’est exclamé Recep Tayyip Erdogan
“ ‘Il a passé trente ans de sa vie à dos de cheval et non dans des palais comme on nous le montre à la télé’, a-t-il poursuivi. “Je maudis et condamne les réalisateurs de ces séries et les propriétaires de cette chaîne de télévision”, a menacé Erdogan avant d’ajouter : “ceux qui jouent avec les valeurs du peuple doivent recevoir une leçon”. Le chef du gouvernement n’est pas le premier à critiquer “Le siècle magnifique”. Dès ses premiers épisodes, la fiction a créé de nombreux remous, dans les milieux religieux mais également politiques – parfois très liés entre eux.
“La semaine dernière encore, un des vice-Premiers ministres du gouvernement islamo-conservateur est monté au créneau lors du débat parlementaire consacré au budget de l’audiovisuel. “Ceux qui veulent humilier nos ancêtres et nos valeurs sur les écrans de télévision doivent d’une manière ou d’une autre être punis”, s’est emporté Bülent Arinç. Dès le début de l’année, l’organisme de supervision de l’audiovisuel a adressé un avertissement à Star TV pour “atteinte à la vie privée du Sultan” sur la base de dizaines de milliers de plaintes de simples citoyens.
“Les producteurs de la série se sont défendus en soulignant que leur fiction décrivait “l’une des facettes d’un sultan et la grandeur qu’il incarne”. Et ils ont rappelé que le goût de Soliman pour le vin était historiquement avéré. Sans surprise, les critiques du Premier ministre ne sont pas passées inaperçues dans les rangs de l’opposition, qui y a vu un nouveau coup de canif contre l’héritage laïc du fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk. “Nous ne savions pas que le Premier ministre comptait dans ses fonctions la supervision des émissions de télé”, a raillé le vice-président du principal parti d’opposition (CHP), Umut Oran. (AFP/TéléObs, 28 novembre 2012)


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Origine des janissaires et du devchirmé ottomans

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Un des sultans ottomans, en admiration devant la qualité combattive et militaire des chrétiens, s’était dit qu’il ne pourrait défaire les armées chrétiennes d’Europe Centrale que s’il employait des enfants éduqués chrétiens, mais islamisés.

Ce fut l’origine du devchirmé (voir notre post sur le sujet). Une fois que les Ottomans avaient enlevé le cinquième des enfants chrétiens, les petites filles étaient gardées pour la prostitution, et les petits garçons étaient gardés pour servir de soldats.

On appelait ces enfants islamisés et envoyés à l’armée “janissaires” (jeunes recrues). Evidemment, ceux qui résistaient à ce traitement mouraient. Les autres devenaient de farouches soldats, l’élite de l’armée ottomane.

Lina Murr Nehmé, 19 septembre 2018

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Propagande des islamistes turcs sur Mirmar Sinan et les Ottomans

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Que les Turcs et les islamistes me pardonnent, mais Mirmar Sinan n’était certainement pas le plus grand architecte de tous les temps.

D’abord, il n’était pas turc: c’était un architecte chrétien, éduqué chez les chrétiens byzantins qui lui avaient appris leur science. Et il avait été enlevé alors qu’il était totalement formé, à 18 ans, en tant que janissaire. Et il avait été islamisé.

Comme architecte, toute sa vie, il n’a fait que copier Sainte-Sophie ou Aya Sophia de Constantinople. Il l’a fait avec talent, avec des variantes, utilisant notamment la céramique d’Izmir (encore une production d’origine et de technologie chrétienne) pour les intérieurs de ses mosquées (car il ne pouvait pas, comme les chrétiens, peindre des fresques et concevoir des mosaïques représentant des personnages).

Sa hantise était de faire plus haut que les architectes de Sainte-Sophie. Sur sa tombe, il est écrit qu’il y a réussi, et que sa mosquée Sélimiyé à Edirne est plus haute. Mais ils ont fait un mauvais calcul: elle est plus basse, sans compter le fait qu’elle est beaucoup moins belle sur le plan de l’architecture intérieure. Or c’est son architecture intérieure qui fait que Sainte-Sophie est si spéciale. Car dans l’architecture byzantine, l’extérieur est modeste, et toute la beauté est à l’intérieur.

Il y avait en tout cas beaucoup plus de mérite à Anthémius à construire Sainte-Sophie au VIe siècle en innovant et en inventant… qu’à Sinan à copier Sainte-Sophie au XVIe siècle en disposant des connaissances d’Anthémius.

Dans le cadre de la désinformation, un site de propagande islamique dit avec euphémisme que l’architecte Sinan avait

“été recruté dans le cadre du devchirmé destiné aux jeunes gens chrétiens convertis à l’Islam”.

On croit rêver: le devchirmé était l’enlèvement des enfants chrétiens pour les islamiser. Chaque village voyait, tous les cinq ans, les collecteurs venir prendre la marchandise humaine: les plus beaux enfants, pour être réduits en esclavage. Certains parents mutilaient leurs enfants pour qu’on ne les leur prenne pas. Dans cette miniature ottomane, on voit la levée d’enfant, ou devchirmé, avec, au fond, les familles et le prêtre qui supplient l’envoyé du calife de ne pas les prendre.

La force était utilisée, on frappait, on tuait des parents pour prendre ces enfants. Car quel père, quelle mère laissera prendre son enfant sans le défendre? C’était un rapt qui mettait tout le village en deuil, et dont certains enfants ne se remettaient jamais!

Assez de mensonges ! L’histoire est ce qu’elle est, cessez, États islamiques, de l’embellir pour faire croire que vous êtes beaux !

Je m’adresse surtout à Erdogan qui, depuis quelques années, tente de ramener la Turquie au temps des Ottomans.

Lina Murr Nehmé, 9 septembre 2018

Commander 1453 : Mahomet II impose le schisme orthodoxe

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29 mai 1453 : Chute de Constantinople et persécutions

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29 mai 1453: chute de Constantinople dans des flots de sang, qui soumet les chrétiens et les juifs de la capitale de la chrétienté à la dhimmitude. Et qui impose le schisme orthodoxe de par la volonté du sultan. (Ce schisme avait été supprimé par un concile œcuménique, celui de Florence.)

29 mai 1942, les juifs de France sont obligés de porter l’étoile jaune.

29 mai 2014: Proclamation de l’Etat Islamique ou califat, qui impose de nouveau la dhimmitude aux chrétiens et aux juifs, et le massacre aux autres.

J’ai plusieurs autres coïncidences historiques à citer, mais celles-ci suffisent, je pense, pour être, chacune, un rappel des autres. Les juifs devraient savoir qu’ils ne sont pas seuls à être persécutés, les chrétiens le sont aussi.

De même, les chrétiens devraient savoir qu’ils ne sont pas les seuls à être persécutés, les juifs le sont aussi.

Les ressorts de la persécution qui frappe un groupe humain sont subtils, et la persécution se fait quand l’esprit de la personne, matraqué à outrance, est trop fatigué pour résister par des arguments, et il se laisse faire. C’est là la base du lavage de cerveaux.

Il faut refuser ce genre de comportement, quel que soit le groupe humain auquel il s’adresse. Mais d’abord, pour le refuser, il faudrait que chacun de nous voie les ressorts de la persécution en lui-même, et les combatte en lui-même. Sinon, il n’y aura pas de justice. Les juifs continueront à ne voie que la souffrance des juifs, les chrétiens continueront à ne voir que la souffrance des chrétiens, les Palestiniens continueront à ne pas voir ce qu’eux ou leurs ancêtres ont fait aux uns et aux autres.

Et les islamistes continueront à exploiter ce refus de voir la réalité pour soulever les musulmans en particulier, les Occidentaux en général, contre les juifs, comme ils ont fait en 1920. À ceci près qu’en 1920, ils les ont massacrés gratuitement. Lire à ce sujet mon livre Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat Islamique, Salvator, 2016.

Commander 1453, Chute de Constantinople: Mahomet II impose le schisme orthodoxe.

Lina Murr Nehmé, 29 mai 2018

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Pillage d’Afrin par l’ASL et la Turquie

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Le pillage d’Afrin par les alliés d’al-Qaïda et de la Turquie: l’ASL (Armée Syrienne Libre). L’ASL, ce sont les déserteurs sunnites et islamistes qui refusaient le gouvernement alaouite. Ce sont eux qui, les premiers, ont diffusé des vidéos d’égorgements (de policiers syriens en l’occurrence) , et même, une vidéo dans laquelle un de leurs chefs pratiquait le cannibalisme, mangeant le cœur d’un soldat syrien en faisant crier “Allahou Akbar!” par ses hommes. Ce sont eux que l’Occident appelle “opposition modérée” et a financés et armés contre l’armée nationale qu’ils avaient désertée.

 

Quelques mois plus tard, ils obtenaient une fatwa leur ordonnant de faire le djihad, fatwa qu’ils exhibent toujours. Leur sincérité quand ils prétendaient avoir déserté par patriotisme, a été vite prouvée par le fait que la plupart d’entre eux ont déserté l’ASL parce qu’al-Qaïda, venue d’Irak fonder la branche syrienne al-Nosra, leur offrait davantage d’argent.

Les reporters occidentaux et orientaux ayant rapporté l’existence de ce pillage généralisé de la malheureuse ville syrienne tombée aux mains des Turcs, la direction de l’ASL s’est dépêchée de publier un communiqué interdisant le pillage……… mais le djihad n’implique-t-il pas le pillage des vaincus ? C’est la charia qui le stipule, ajoutant que les femmes et les enfants font partie du butin.

En l’occurrence, l’armée turque, qui donne tout de même les ordres, n’en est pas revenue au stade de barbarie de l’ancienne Turquie ottomane d’avant les Tanzimat, où le butin était la loi officielle, qu’on faisait sans se cacher — et qui est la loi de l’ASL, puisqu’elle a reçu une fatwa de faire le djihad, dans lequel le djihadiste sait que sa récompense sera soit le paradis, soit le butin.

Afrin, comme je l’ai expliqué précédemment, est une ville syrienne frontalière. En l’occupant, la Turquie en fait le clou qui empêche le raccordement des Kurdes de Turquie et de Syrie, la réalisation du Kurdistan, et qui auraient pu se réfugier en Syrie.

Contrairement à une légende répandue, les Kurdes, traditionnellement dans l’opposition, combattent avec le gouvernement syrien parce qu’ils ont, dès le début de la guerre de 2011, demandé et obtenu un nombre substantiel d’avantages, dont des promesses d’autonomie partielle. Les Kurdes d’Irak soutiennent leurs frères kurdes de Syrie, et le risque de voir les Kurdes raccorder le Kurdistan turc au Kurdistan syrien, était pour Erdogan un danger qui a justifié, à ses yeux, des massacres de Kurdes, non seulement près de la Syrie, mais dans d’autres régions de Turquie également. Et, plutôt que de perdre la partie kurde de Turquie, il a préféré envahir une ville syrienne.

(Photo publiée sur Twitter par la journaliste Jenan Moussa, célèbre pour ses reportages du côté des rebelles libyens et syriens.)

Lina Murr Nehmé, 21 mars 2018

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Afrin : Erdogan massacre les Kurdes, silence mondial

La guerre d’Erdogan contre les Kurdes, qu’il massacre dans son pays dans le silence mondial, semble se terminer avec la chute de l’enclave d’Afrin aux mains d’Erdogan. Cette chute empêche la jonction entre le Kurdistan turc et le Kurdistan syrien et permet à Erdogan d’isoler les Kurdes turcs et de les empêcher de fuir en Syrie, ou d’en recevoir de l’assistance.

Les médias parlent pudiquement des “alliés syriens d’Erdogan” pour minimiser l’impact de cette perte, par l’Etat syrien, d’une partie de son territoire. Comme nous sommes beaucoup moins diplomates qu’eux, nous allons nommer ces alliés: les plus forts d’entre eux ne sont pas du tout les milices financées par Erdogan, mais bien al-Qaïda, et dérivés, Daech et surtout, en l’occurrence, Nosra.

Les islamistes n’aiment aucun régime sunnite, et surtout pas celui d’Erdogan, qui se réclame officiellement d’Atatürk, tout en détruisant son héritage en ramenant celui du sultan ottoman. Mais face à une même victime, les bêtes de proie s’allient. Après, elles se disputeront. Nous devons donc nous attendre à ce qu’al-Qaïda provoque une seconde bataille pour arracher Afrin à Erdogan. Le choix, en somme, entre la peste et le choléra.

 

Lina Murr Nehmé, 18 mars 2018

L’armée turque encercle Afrin (13 mars 2018)

L’armée turque annonce qu’elle a totalement encerclé Afrin, c’est-à-dire qu’elle a opéré la jonction avec le Hayat Tahrir Cham (al-Qaïda) pour couper cette localité syrienne du nord d’Alep, de son gouvernement.

Afrin est une petite ville de moins de 40 000 habitants, mais le district d’Afrin, qui est concerné, en compte 172 095. Il est surtout peuplé de Kurdes (alliés, comme toutes les minorités en Syrie, avec l’actuel gouvernement syrien). J’ai été frappée de voir que dans la littérature de Daech (al-Qaïda), les PKK, Peshmergas et autres, sont autant salis que le gouvernement syrien, et les statistiques où Daesh se vante de ses massacres, citent le PKK, les Peshmergas et Assad ensemble. Ce n’est pas du tout cela qu’on voit en Occident, où les PKK et Peshmergas sont montrés comme les “bons”, et Assad, comme le “mauvais”. Ils se battent pourtant côte à côte et pour la même cause. Mais il est vrai que les Kurdes, n’étant pas au pouvoir, ne sont pas responsable du fait qu’en matière de pétrole, Assad n’a pas accepté de privilégier l’Arabie Saoudite à l’Iran. L’alliance des minorités. Ainsi, la tragédie des Kurdes est bel et bien racontée, mais non des autres Syriens, alors qu’elle est strictement identique.
Or pour les sociétés pétrolières d’Occident, qui influent sur les gouvernements et sur les médias d’Occident, c’est essentiel, car la différence de prix que peut représenter le transport, peut se chiffrer par millions de dollars. Or la guerre contre Assad a pour but d’obtenir pour le gaz du Golfe, par la force, le passage à travers la Syrie qui lui a été refusé par la diplomatie. Le chaos en Syrie, ne l’oublions pas, est financé surtout par ces pays dont le pétrole et le gaz est concerné.

 

Lina Murr Nehmé, 13 mars 2018

Mevlut Cavusoglu: “Nous ne sommes pas la France…”

Le ministre turc des Affaires Etrangères Mevlut Cavusoglu a dit : “Nous ne sommes pas la France, qui occupa l’Afrique.”
Il dit vrai. La Turquie a occupé le Moyen-Orient, Constantinople, l’Europe de l’Est, une grande partie de l’Asie et de l’Afrique, et a tué des millions de chrétiens et de non-chrétiens en Asie, en Europe, en Afrique.

وزير الخارجية التركية قال: “نحن لسنا فرنسا التي احتلي افريقيا”. هذا صحيح، فقد احتلت تركيا اكثر من ذلك بكثير. احتلت الشرق الأوسط، والقسطنطينية، وأوروبا الشرقية، وقسما كبيرا من آسيا، وقتلت الملايين من المسيحيين وغير المسيحيين في آسيا، وأوروبا، وأفريقيا.

The Turkish Foreign Minister Mevlut Cavusoglu said: “We are not France, which occupied Africa.”
He is right. Turkey occupied the Middle East, Constantinople, Eastern Europe, a large part of Asia and Africa, and killed millions of Christians and non-Christians.