Category Archives: Daech

Politique illogique à l’égard des chiites

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Dans mon article d’hier, j’ai parlé de la bombe nucléaire pakistanaise qui existe depuis les années 1990, et dont les Américains n’ont pas tenu compte, puisqu’ils ont alors collaboré avec les Pakistanais pour aider al-Qaïda et les talibans. Le régime pakistanais utilisait une partie de cet argent américain à ses recherches nucléaires et à la construction de madrassas radicales déobandies, qui enseignaient la haine du mécréant, du chiite, du juif, du chrétien, le meurtre du blasphémateur, etc.
 
Un lecteur m’a reproché de n’avoir pas parlé d’Israël ni des chiites. Voici ce que je lui ai répondu :
 
“Revenez quelques années en arrière. Le Pakistan est devenu un Etat islamique deux ans avant l’Iran. Il a instauré la charia dès 1977, et il a représenté un danger pour l’Iran et pour Israël, non? Puis quand la révolution iranienne a eu lieu, n’est-ce pas qu’Israël a aidé Khomeiny en achetant son pétrole, et s’est justifié en disant que les Iraniens étaient les plus éloignés géographiquement par rapport à Israël? Les Israéliens n’ont-ils pas bombardé la centrale nucléaire irakienne le 7 juin 1981 ? N’ont-ils pas ensuite aidé l’Iran en lui vendant des armes pour qu’il ne s’effondre pas face à l’Irak? (L’affaire des Contras, appelée “affaire Iran-Contra” ou encore “Irangate”.)
 
A tort ou à raison, autrefois, Israël pratiquait l’alliance avec les minorités, ce qui était stratégiquement logique: les chiites représentent 10% des musulmans du monde; en les aidant, ils diminuaient la force des autres. En outre, ils pensaient, à raison, que les plus dangereux sont ceux qui tuent le plus.
 
Maintenant, ils pratiquent une politique illogique: en attaquant les chiites, ils augmentent la force des sunnites et laissent face à eux un bloc qui fait plus d’un milliard de personnes, alors qu’eux-mêmes ne sont que quelques millions. En notant qu’en 1982, les chiites libanais ont accueilli les Israéliens en leur jetant des fleurs et du riz.
 
Je veux bien critiquer les mollahs. Mais je voudrais aussi rappeler que ceux qui ont commis, en France, tous les attentats djihadistes depuis quelques années, n’étaient pas chiites, mais sunnites :
 
2012:
– Toulouse, meurtre de soldats français
– Montauban, meurtre d’un rabbin et de ses deux petits enfants, et d’une petite fille dans une école juive
 
2015:
– Charlie Hebdo,
– L’hypercasher,
– Dammartin-en-Goële
– Saint-Quentin-Fallavier
– Train Thalys le 21 août 2015
– Massacres du Bataclan et des autres cafés + la tentative de massacre au stade de France
 
2016:
– Double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville
– Attentat du 14 juillet 2016 à Nice, un camion écrase et tue des dizaines de personnes
– Attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray et égorgement d’un prêtre qui avait aidé les musulmans à construire une mosquée sur un terrain d’Eglise.
 
2017 :
– Attaque contre des militaires au Carrousel du Louvre
– Attentat du 20 avril 2017 sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris et mort d’un policier
– Assassinat de Sarah Halimi
– Attaque contre des militaires à Levallois-Perret
– Attaque par arme blanche à la gare Saint-Charles de Marseille, qui a tué deux jeunes filles au cri d'”Allahou Akbar”
 
2018
– Attaques du 23 mars 2018 à Carcassonne et Trèbes et égorgement du lieutenant-colonel Beltrame
– Attaque du 12 mai 2018 à Paris
– Assassinat du professeur d’anglais dans son université à Courbevoie
– Attaque du 11 décembre 2018 au marché à Strasbourg
 
2019
A suivre
 
Tous ces attentats, rien qu’en France, sont sunnites, et je ne cite pas les attentats en Amérique, en Afrique, en Angleterre, en Belgique, à Bali, en Allemagne, en Afrique du Nord, au Levant. Je ne cite pas non plus toutes les manifestations contre les caricatures de Mahomet qui ont tué et qui — à une ou deux exceptions près — étaient sunnites et non chiites. Elles ont tué plus de cent Nigérians, ce n’est pas rien !
 
J’ajoute qu’al-Qaïda, Daech, Nosra, Boko Haram, Shabab, les Talibans, les partis pakistanais que nous avons vu défiler contre Asia Bibi, sont tous sunnites.
 
Et que tous les attentats dont a souffert Israël depuis des décennies, sont sunnites. Seul le Hezbollah est chiite, et combien d’attentats a-t-il commis en Israël? Combien l’OLP et le Hamas en ont-ils commis?
 
Non, cette politique n’est pas logique, c’est une politique dictée par d’autres, car elle vise à affaiblir une minorité, la juive, en fortifiant la majorité sunnite, en éliminant les minorités armées qui peuvent se dresser face au projet de l’Etat islamique sunnite. Lisez les textes officiels saoudiens. Lisez mes livres. Je n’ai pas épargné l’Iran quand j’en parlais. Mais aussi, gardons les proportions et les chiffres en tête et cessons de raisonner en fonction de ce que dit le journal télévisé dicté par une certaine politique !
 
Je conclus que la manifestation palestinienne, à Paris, dont voici la photo, est sunnite et non chiite.”
Lina Murr Nehmé, 12 janvier 2019
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Iran et Pakistan : deux poids, deux mesures

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En 2002, les Américains ont déclenché contre l’Irak une guerre terrible en accusant Saddam Hussein de se livrer à des recherches nucléaires. L’Irak fut détruit, Daech en jaillit, et l’histoire de l’armement atomique de Saddam se révéla fausse.

Deux poids, deux mesures: les Américains savaient très bien que leurs alliés pakistanais, eux, avaient l’arme atomique. Ils avaient fait des essais nucléaires réussis quatre ans plus tôt: en 1998. Depuis, ils ont construit plusieurs missiles pouvant porter des ogives nucléaires.

La photo montre le missile balistique pakistanais sol-sol de moyenne portée Ghouri-1, pouvant être armé d’ogives nucléaires. Ce n’est qu’un des missiles balistiques pakistanais de ce genre. Il y en a plusieurs autres, de différentes portées.

Cet armement pourrait tomber aux mains d’al-Qaïda et des talibans, lesquels sont plus forts que jamais, ayant des avatars un peu partout dans le monde. Car au lieu de combattre le gouvernement pakistanais de Zia qui imposait la charia, torturait les Pakistanais et les mettait en prison pour un mot, les Américains ont travaillé avec lui, ils l’ont financé, ils l’ont fortifié, et pour finir, il a obtenu la bombe, et le monde a eu al-Qaïda et les talibans, payés avec l’argent américain et saoudien. L’argent récolté a servi à construire plus de madrassas radicales.

Et quand, le 11 septembre, al-Qaïda a frappé les Américains qui l’avaient financée, ce n’est pas le Pakistan qui a été attaqué parce qu’il avait la bombe et parce qu’il finançait al-Qaïda: c’est l’Irak qui combattait al-Qaïda, qui l’a été.

Des décennies de madrassas déobandies ou barelvies au Pakistan, et nous avons le résultat sous nos yeux: les émeutes meurtrières paralysant le pays après l’acquittement d’Asia Bibi, les appels au meurtre, et le gouvernement qui cède aux islamistes et accepte qu’Asia Bibi et sa famille ne quittent pas le Pakistan et que le jugement de la Cour Suprême puisse être un jour revu.

Deux millions de personnes de ce genre qui pourraient avoir la bombe, et on veut attaquer l’Iran qui ne l’a pas?

Le comble est que la technologie nucléaire iranienne est pakistanaise aussi: le père de la bombe pakistanaise, Abdel-Kadeer Khan, a déclaré en 2004, qu’il avait vendu à l’Iran et à la Libye les secrets de la technologie de la fabrication de l’arme nucléaire, notamment en matière d’enrichissement de l’uranium (sur ordre de son gouvernement bien sûr).

Attaquer et détruire l’Irak, puis parler d’attaquer l’Iran pour une bombe qui n’existe pas encore, et dont les secrets ont été vendus par le Pakistan, qui possède la bombe, et qui n’a jamais été attaqué, vous trouvez ça logique ? 

Lina Murr Nehmé, 11 janvier 2019

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Charlie Hebdo : a-t-on pris conscience du danger ?

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Après quelques livres parisiens, j’avais fait le choix de publier au Liban: c’était plus facile. Je faisais tout, y compris les photos, la maquette, la traduction, les contacts, et j’allais dormir à l’imprimerie pour vérifier l’encrage avant l’impression de chaque planche.

Mais après les massacres du 7 janvier 2015, je me suis dit qu’une guerre civile menaçait, et j’ai décidé d’écrire sur ce sujet pour expliquer aux Français ce qu’ils ne savaient pas des fatwas appelant au meurtre de l’insulteur de Mahomet, et de ce que peut penser un terroriste qui les applique et vient tuer en plein Paris. Car ces prescriptions et cette propagande programment un cerveau humain comme un robot.

Les djihadistes sont littéralement robotisés. Je sais que je risque d’être mal comprise, ça ne manque jamais quand je dis ces mots: “ce sont de pauvres types, la faute est à l’idéologie.” On abat, on expulse ou on emprisonne des hommes, mais l’idéologie reste intacte, parce que personne n’ose la nommer, et encore moins la combattre. Pourtant, qu’est-ce qui compte vraiment? L’idée? Ou l’être humain?

Malgré cela, j’hésitais à parler franchement de tout. De ma vie, je n’avais jamais signé de livre parlant hardiment d’islamisme, car après tout, je tiens à ma précieuse vie, contrairement aux islamistes, à qui on a appris à désirer la mort.

C’est mon éditeur, Yves Briend, qui m’a écrit en corrigeant le manuscrit: “Pourriez-vous introduire le califat ? Pourriez-vous introduire Tariq Ramadan ?” Deux sujets que j’avais contournés comme on contourne une montagne. Alors j’ai réalisé qu’à force de contourner les épines, on ne fabrique pas des perles, mais des huitres vides. On n’allait rien comprendre si je ne prenais pas l’animal à bras-le-corps. Si je voulais vraiment un résultat, il ne fallait pas être lâche. J’ai donc décidé d’ajouter des chapitres, qui sont les plus explosifs du livre.

Explosifs ? Vous avez dit explosifs ?

Pendant que nous parlions du manuscrit, Yves Briend me dit, pensif et le cou plié sur le papier :

“Et moi, on va me mettre une bombe.
— Si vous voulez, ne l’éditez pas, dis-je sèchement.
— Si, si, dit-il catégoriquement, on va le faire !”

On ne peut pas ne pas estimer un homme pareil, même si nos disputes étaient mémorables.

Trois mois plus tard, il me dit, irrité: “Vous avez montré des choses évidentes mais qu’on n’avait pas remarquées. C’est ça, la valeur de votre livre. Maintenant, je vois les émissions télévisées, je vois les rangées de livres dans les librairies, je lis les journaux et les magazines, ils disent la même chose que vous, et ils ne le disaient pas avant votre livre. Mais ils ne vous citent pas. C’est inacceptable!”

Dois-je être vexée parce que certains me pillent sans me citer ? Ou dois-je au contraire me réjouir d’avoir contribué à un mouvement de vérité et de hardiesse ? Mais qu’est-ce que le médecin cherche ? les bravos, ou l’efficacité ?

Avant “Fatwas et Caricatures”, on ne pouvait pas parler franchement de ces sujets sans se faire traiter de facho. Et beaucoup de gens, qui partageaient les analyses de ce livre en privé, avaient honte de leurs opinions en public.

Maintenant, on peut en traiter de façon humaine, rationnelle, scientifique, sans passion, mais aussi, sans fard: comme un médecin qui dit qu’un patient a le cancer. Il n’a rien contre le patient, mais il en a contre le cancer.

“Fatwas et Caricatures”, c’est le diagnostic du médecin qui aime trop le malade pour le tuer en lui disant qu’il va bien alors qu’il est cancéreux.

Oui, il y a un problème. Et je m’adresse à tous ceux, parmi les politiciens, journalistes, lecteurs ou curés qui ne m’adressent plus la parole depuis qu’il ont feuilleté (et non lu) ce livre. Il vous dérange parce qu’il introduit le scalpel de l’analyse là où les commentateurs maquillent sciemment les faits ou se répandent en flagorneries.

L’amour ne consiste pas à flatter un cancéreux. Il consiste à lui dire la vérité qui frappe comme un bistouri et qui dérange tellement qu’il a envie de se débarrasser de la tumeur en l’ôtant de son corps. Sachant que cela fait mal et qu’il lui faut du courage pour accepter cette douleur.

 

Lina Murr Nehmé, 6 janvier 2019

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Faut-il souhaiter “joyeux Noël” aux chrétiens ?

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Faut-il dire “Joyeux Noël” aux chrétiens?

Les imams financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite (wahhabites), les talibans, Daech, al-Qaïda, etc., disent que c’est de la mécréance de souhaiter aux chrétiens “Joyeux Noël”, et que le musulman qui fait cela va en enfer.

Mais nous remarquons que ce sont les musulmans qui font le plus de bonnes actions qui traitent bien les chrétiens et les juifs. Ce sont ceux qui ont pitié des pauvres, ce sont ceux qui cherchent à ne pas envenimer les choses, ce sont ceux qui aiment la vérité, ce sont ceux qui ne jugent pas sur les apparences. Qu’ils ne soient pas d’accord avec nous sur le plan religieux ne change rien à leur bonté intrinsèque. Si nous avons la même bonté, nous finirons bien par nous rejoindre.

Le Dar el Ifta au Caire a promulgué une fatwa louable, exprimée sous la forme d’une animation dans laquelle les bonnes relations avec les chrétiens et les juifs sont recommandées. Les fidèles sont également appelés à ne pas imiter les gens de l’Etat islamique qui traitent de “Kafir” ou mécréant, le musulman qui ne hait pas les chrétiens et les juifs.

Memri a sous-titré en anglais la vidéo qu’on peut aussi voir en arabe en suivant ce lien : https://www.memri.org/tv/egyptian-fatwa-institute-encourages-holiday-greetings-non-muslims-peaceful-coexistencefbclid=IwAR1JUjP1pnvKex2G1yOqYtAMZjMXKHy85EZj5ClGwjHY3-Tqo9zdV4-sYvg?fbclid=IwAR1JUjP1pnvKex2G1yOqYtAMZjMXKHy85EZj5ClGwjHY3-Tqo9zdV4-sYvg

Lina Murr Nehmé, 26 décembre 2018

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George Bush a tué le Liban pour pouvoir tuer l’Irak

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Je suis une historienne, je refuse de mentir au sujet des morts.

George Bush père a tué le Liban pour pouvoir tuer l’Irak. Il a autorisé l’invasion de la région libre du Liban, celle qui avait résisté 17 ans parce qu’elle ne voulait pas se livrer à l’ennemi. Et pour la première fois dans l’histoire, le réduit chrétien a été envahi. La photo montre l’honorable spectacle des troupes syriennes, occupant Baabda, le palais présidentiel libanais, sur les ordres de deux hommes : Abdel-Halim Khaddam, vice-Président syrien, ministre des Affaires Etrangères et responsable de tout le dossier libanais, et Moustapha Tlass, ministre syrien de la Défense.

Cette occupation a eu lieu parce que Bush tenait à rallier Hafez Assad contre Saddam Hussein. Mais le plus criminel des deux était Hafez et non Saddam ! C’est Hafez qui avait sur les mains le sang du Liban, alors que Saddam n’avait presque pas combattu au Koweït. Car les Koweïtiens ne voulaient pas de cet émir, comme le prouve le fait qu’il ait dissous le parlement, aboli le système parlementaire et privé les Koweïtiens d’élections. Si les Koweïtiens l’avaient aimé, ils l’auraient défendu comme les Libanais ont défendu leur gouvernement à l’époque.

Crime mis à part, Saddam et Hafez étaient des frères jumeaux, et régnaient au nom du même parti Baas, chacun représentant une minorité qui régnait sur la majorité et exerçait une dictature féroce. Et Hafez avait déjà occupé une partie du Liban à l’époque. Si Bush avait vraiment voulu rétablir la justice, il aurait ordonné aux troupes de Hafez de sortir du Liban avant de dire à celles de Saddam de sortir du Koweït. Surtout que, comme je l’ai dit, les Koweïtiens ne voulaient pas de cet émir, et qu’ils ne sont pas allés le recevoir dans la rue quand il est revenu.

M. Macron a l’âge de mon fils, mais contrairement à ce dernier, il ne connaît pas l’histoire récente. Il ne sait pas quel criminel George Bush père était, ni ce qu’il a fait au Liban et à l’Irak, ni la famine qu’il a imposée à ce pays, ni les bombardements de civils. Moi, je connais tout ça parce que j’ai écrit des livres sur la guerre du Liban et sur cette période en particulier. Et parce que j’écris en ce moment un livre sur la guerre d’Irak. Si deux hommes sont responsables de la montée de Daech, ce sont bien les deux Bush, père et fils.

George Bush, père et fils, ainsi que leurs proches, notamment James Baker, étaient téléguidés par la soif du pétrole. Ils travaillaient dans le pétrole. Du moins le père, qui avait une société de pétrole, ce qui l’avait amené à être l’ami du roi d’Arabie. Je ne sais pas ce qu’il a fait de sa société de pétrole après être devenu Président. Mais c’est par elle qu’il s’était enrichi. Son milieu et celui de son fils au Texas, celui de leurs amis, est celui des sociétés de pétrole. L’invasion de l’Irak était due au pétrole et à rien d’autre : Bush voulait contrôler les cours du pétrole, et Saddam était le seul qui refusât de plier. Ce dernier avait besoin d’argent pour restaurer le pays après la terrible guerre menée contre l’Iran, guerre dont les Américains n’ont pas hâté la fin (ce qui augmenta le nombre de victimes, et maintint Khomeiny et les mollahs au pouvoir), parce qu’ils ne voulaient pas voir Saddam gagner, justement.

George Bush père a condamné l’Irak à la plus horrible des guerres, et c’est des malheurs de l’Irak qu’est né Daech. Car l’Irak était un pays laïque, où les chrétiens étaient très bien traités. Les grands massacres de Saddam ont surtout eu lieu après cette guerre américaine, parce que George Bush avait appelé les chiites et les Kurdes à la guerre civile. Ils ont répondu à ces appels, mais Bush ne les a pas aidés, et ils ont été massacrés.

Sachant tout cela (mais ce n’est pas le millionnième de ce que je pourrais dire), je trouve ridicule ce tweet d’Emmanuel Macron:

Un grand dirigeant ? En matière d’envergure, oui. Il a été l’homme le plus puissant de l’histoire, et le seul à donner des ordres à toute l’humanité : il n’y avait alors plus qu’un seul bloc, et tout le monde s’est soumis à lui.

Mais parler de soutien de l’alliance avec l’Europe ? Alliance unilatérale : il a obligé les chefs d’Etat d’Europe à entrer dans une guerre que leurs peuples refusaient — ou auraient refusée si on leur avait dit la vérité.

Pour connaître les dessous des relations entre la famille Bush et la famille Saoud, ainsi que les affaires de pétrole des Bush, lire : House of Bush, House of Saud de Craig Unger.

Concernant la guerre d’Irak, je recommande les rapports des organisations humanitaires.

Concernant l’occupation syrienne du Liban en relation avec la guerre d’Irak, je recommande la lecture de Chronique du Liban rebelle (Grasset, 1991) de Daniel Rondeau.

On pourra aussi trouver des documents dans mes livres Le Liban assassiné, Du règne de la Pègre au réveil du Lion, et Les Otages libanais dans les prisons syriennes.

 

Je signale que les deux premiers de ces livres étaient des “lettres ouvertes à monsieur Sarkozy”. J’avais compilé ces documents pour convaincre le gouvernement français de changer de politique au moment de l’avènement de M. Sarkozy, et j’ai expédié par bateau des exemplaires des deux premiers à tous les députés français ; j’ai même payé pour que des gens, en France, les mettent dans les boîtes aux lettres de ces députés. Maintenant, je me dis que j’ai perdu mon temps et mon argent. Je note que la première députée à m’avoir répondu — aussitôt que le livre était arrivé — était madame Taubira. Elle avait répondu si vite, en trois lignes stéréotypées, que je me suis dit qu’elle n’avait même pas eu le temps de le feuilleter, a plus forte raison de le lire.

Mais lit-elle seulement ?

Lina Murr Nehmé, 2 décembre 2018

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Assia Bibi, CEDH: la censure, symptôme d’une passation de pouvoirs ?

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Au Pakistan, les islamistes deviennent fous parce qu’une femme, Asia Bibi, n’a pas été tuée alors qu’on l’accuse d’avoir attaqué l’islam (et réciproquement, on avait attaqué le Christ devant elle, mais c’est permis au Pakistan apparemment). Et en Europe, au contraire, on tend à punir de simples citations.

Ainsi, Georges Bensoussan a été traîné en justice pour avoir simplement cité un auteur maghrébin parlant d’antisémitisme au Maghreb; Facebook censure des pages qui en disent cent fois moins que les pages islamistes qui sont autorisées en arabe (et je lis les deux).

En Autriche, et aussi à la Cour européenne des droits de l’homme, on tire dans le même sens exactement, pénalisant ce que l’islam appelle blasphème, et non ce à quoi le christianisme ou le judaïsme donnent ce nom.

On assiste à une sorte de passation de pouvoirs. Au Pakistan, quand les Anglais régnaient, et même après que les Pakistanais eurent pris le pouvoir (et cela dura jusqu’au temps de la dictature dans les années 1980), on ne tuait pas une femme pour avoir répondu à une autre, même si l’échange concernait les religions.

Maintenant, en Autriche, on punit une femme d’avoir simplement traité un concept religieux pakistanais avec des critères légaux autrichiens. L’affaire, présentée à la Cour Européenne des droits de l’Homme, eut le même jugement.

Dans les trois cas, en Autriche comme au Pakistan, ou devant la Cour européenne des droits de l’homme, on en arrive au même jugement, à la même conclusion, qui est aussi la même qu’en Arabie Saoudite, qui est aussi la même que chez Daech: une seule religion au monde est reine, elle est sacrée, elle l’est sous tous les cieux, même là où elle est minoritaire. Au nom du respect des sentiments d’autrui, il est interdit, non seulement de la caricaturer, mais même de la citer en rapport avec les standards européens. Quant aux autres, au nom de la liberté d’expression, elles peuvent être insultées ou caricaturées, même là où elles sont majoritaires.

Le rêve du cheikh Qaradawi, d’une invasion calme et douce de l’Europe, du style euthanasie, une invasion différente de la précédente… se réalise peu à peu. Le cheikh Qaradawi avait promis une invasion de Rome. Il fallait le voir en parler sur la télévision al-Jazeera, et de quel un air rêveur. C’est bien lui qui a légalisé les attentats-suicides, à condition qu’ils visent certaines catégories de population: les juifs ou les alaouites, par exemple. C’est lui qui, d’un seul cri, orchestra les manifestations violentes dans le monde entier, contre les chrétiens à cause des caricatures de Mahomet de 2005, manifestations-émeutes qui aboutirent à des pogroms avec incendies de maisons et d’églises, coups et blessures et assassinats au Pakistan, et surtout au Nigéria, où plus de cent personnes furent tuées pour des caricatures dont elles ne savaient rien.

Ne voyez-vous pas, dirait le Frère Qaradawi s’il nous lisait, ne voyez-vous pas le Vatican devenir une mosquée, Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Chartres devenir des mosquées, et la cour européenne de justice, une cour régie par la charia?

Je ne comprends pas comment mon père a pu, après la Deuxième Guerre mondiale, dénigrer l’héritage que leur avait laissé la génération précédente. Un jour qu’il énumérait à mon grand-père tous les maux que sa génération avait créés, guerres et autres, mon grand-père lui dit: “Ecoute, mon fils, j’ai été condamné à mort deux fois, et banni une fois. Je ne pouvais pas faire plus.”

Du moins n’a-t-il été condamné à mort par contumace que par les Jeunes Turcs en 1916 et par les nazis en 1944, puis banni par les Libanais en 1948. De nos jours, les condamnations des régimes criminels (Daech, al-Qaïda, Nosra, etc.) par contumace se font au grand jour, par le biais des réseaux sociaux.

J’en ai trop vu, et je ne m’accroche à la vie que pour servir, avec le désespoir de l’enfant qui bouchait les trous du barrage avec ses doigts, et qui, à la fin, n’avait plus assez de doigts pour pallier à toutes les fissures. Mon temps finira, j’espère, avant que le drapeau de Daech ne flotte sur Beyrouth ou sur l’Europe, car voir cela, pour moi, serait bien pire que de mourir.

C’est là la différence entre moi, et le cheikh Qaradawi. Vous remarquerez que j’ai mis mon nom avant. C’est exprès, parce que je suis femme et parce qu’il est lui.

Lina Murr Nehmé, 2 novembre 2018

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Import-export : des armes contre des réfugiés

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On ne voit pas les choses comme ça quand on applaudit aux contrats de ventes d’armes. Ou quand Fabius disait: “Daech fait du bon travail”.

J’ai récemment rencontré un Syrien ayant fui de l’est de la Syrie en me disant: “Je suis chrétien, je ne peux pas rester là-bas.” En fait, vu son nom, il était un musulman converti.

Comment résoudra-t-on l’équation “vente d’armes à des puissances comme l’Arabie Saoudite = guerre contre les minorités = réfugiés ?

Au Liban, pays qui ne vend pas d’armes et n’a pas les moyens d’en acheter pour faire face à ses ennemis, la réalité est bien plus tragique: un habitant du pays sur trois est un réfugié syrien ou palestinien. Et ils sont “sunnites”, pour bien changer la démographie du pays. Car les réfugiés chrétiens, on ne nous les envoie généralement pas: l’Australie les veut bien; la Suède demande des syriaques. Et le Liban sert de dépotoir international. On nous a imposé les pires chefs de bandes comme ministres dans les années 1980, et maintenant, ils bloquent le pays pour empêcher les chrétiens électoralement forts d’arriver ou de faire représenter la communauté chrétienne au Conseil des ministres. Et ils se bagarrent pour des affaires de contrats concernant les ordures, au lieu d’entreprendre un projet de recyclage.

Lina Murr Nehmé, 15 octobre 2018

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Sur la nudité de l’esclave

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Un lecteur m’a demandé sur quoi je me fondais pour dire que le costume de l’esclave était la nudité.

Je me fonde sur les textes historiques, les prescriptions religieuses et les images anciennes, y compris cartes postales. Vous trouverez dans mon livre Fatwas et Caricatures les références, images, textes qui le prouvent: la femme esclave devait soit avoir le même costume que l’homme, soit être nue jusqu’au nombril. Vous ne trouvez pas que ça suffit, comme nudité?

Il y a davantage de textes sur la capture et le traitement des esclaves dans L’islamisme et les Femmes, mais ils portent surtout sur le viol et l’esclavage en soi: le costume a été traité dans le livre précédent.

Certains profitaient de ce spectacle, comme les califes. L’un d’eux frappait sur la tête l’esclave qui osait se voiler, lui demandant de quel droit elle prétendait s’habiller comme une femme libre.

Les Saoudiens et Daech ne profitent pas de cette nudité, à cause des textes qu’ils révèrent, et que j’ai traduits. Mais cela existe bel et bien.

Notez que les esclaves sont examinées et palpées nues au marché. Et qu’une fois achetées on fait ce qu’on veut d’elles et on les revend. Cela, ce n’est pas de l’histoire ancienne, Daech et Boko Haram l’ont fait.

L’image ci-dessous est un tableau peint à la main, mais il reflète exactement les descriptions d’innombrables témoins oculaires.

Un des biens que la colonisation française a faits aux femmes du Maroc a été d’avoir aboli l’esclavage… et donc la nudité comme costume infamant pour la femme “possédée”, en arabe “melk el-yamin”.

Lina Murr Nehmé, 11 octobre 2018

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Les Etats sont des remparts

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“Regarder comme un temps de paix, le temps où par la prise de toutes les places qui nous environnent, il s’aplanit un chemin pour venir à nous, c’est folie” disait Démosthène aux Athéniens (1) qui, selon lui, avaient été vendus par leurs politiciens pour de l’argent.

Que dirait-il aux Américains, aux Français, aux Anglais, qui cèdent (vendre n’est pas joli) des pays, des nations, des populations pour du pétrole qui pue, ou pour des contrats ?

Si les peuples de ces démocraties étaient informés des véritables enjeux, s’ils connaissaient le rapport entre les souffrances des populations dont ils voient les cadavres à la télévision, et ces marchés juteux, est-ce qu’ils accepteraient les plaisirs de la vie moderne… à ce prix ?

Ceci en sachant que la chute des pays, ce sont des remparts qui tombent. La chute de l’Irak a amené la montée de Daech. Qu’amènerait la chute de la Syrie ou du Liban aux mains des islamistes ?

 

Lina Murr Nehmé, 1er octobre 2018

(1) Démosthène, Philippiques, III, traduction par l’abbé d’Olivet, Lyon, Amable Leroy, 1812.

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Le silence autour de la tragédie du Bataclan

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En écrivant le livre qui a été publié il y a un an (1), j’ai travaillé sur les atrocités qui ont eu lieu au BATACLAN, le 13 novembre 2015, égorgements, éviscérations et autres.

Ces atrocités ont été très peu répercutées par la presse, parce que c’était gênant et que ce n’était pas politiquement correct. Il y a pourtant eu assez de témoignages cités tout de même, pour que je puisse reconstituer la vérité dans ce livre. Et le pire se trouve dans le rapport parlementaire. Quand j’ai donné le manuscrit à mon éditeur, j’ai cru qu’il me dirait comme tout le monde: “Ce n’est pas vrai”, et qu’il insisterait pour que j’enlève le passage, qui pourtant était très important.

Au contraire, il a abondé dans mon sens et il m’a dit que c’était arrivé au fils de quelqu’un qu’il connaissait. Ce jeune avait été tellement mutilé et éviscéré, qu’on n’a pas pu montrer le cadavre à son père. Quand j’ai demandé à l’interviewer, mon éditeur a refusé de nous mettre en relation, disant que le sujet était “extrêmement sensible” et qu’il en avait beaucoup souffert. Je comprends cela, et je n’ai pas insisté.

Oui pour respecter la douleur des familles. Non pour diminuer l’horreur de ce qui est arrivé, et donc, diminuer la peur de voir cela se répéter. Car vous remarquez bien que tout est oublié maintenant, au point que Médine ait pu, non seulement exiger de chanter là-bas (et ses désirs sont des ordres vu l’argent qu’il apporte) et passer pour une victime.

Je ne parle pas d’un repliement égoïste sur soi. Je l’ai toujours dit et je ne change pas de langage: seul l’amour peut résoudre les problèmes. Ils nous haïssent. Si nous les haïssons en retour, nous leur aurons donné une victoire double. Car ils cherchent à nous pousser à devenir comme eux, et notre salut ne se trouvera que dans un comportement totalement opposé au leur.

Je voudrais entendre un seul de ces politiciens dire cette vérité qui peut être impopulaire à cause de la surenchère. Je voudrais entendre un seul prêtre (ou disons, beaucoup de prêtres) dire qu’on ne peut pas aimer ses ennemis si on leur passe n’importe quoi, et que si nous sommes exigeants envers nous-mêmes, nous devons aussi être exigeants envers ceux qui n’ont pas la même religion, la même nationalité, la même couleur. Nous le devons par respect pour l’être humain qui est en eux et qui doit être notre égal.

La justice n’est pas censée châtier pour venger, mais simplement, parce que le crime est contagieux et que le devoir de la société est de protéger l’être humain contre ses propres instincts. La loi et ses châtiments sont des barrières qu’on dresse entre l’être humain (qui peut être nous-mêmes quand nous sommes dans la même situation) et le fleuve de la tentation.

Finissons avec ce verbiage moralisateur qu’on entend d’église en église. On n’aime pas celui que l’on méprise au point de refuser de le tenir pour responsable et de haïr ses victimes parce qu’elles souffrent. La tuerie du Bataclan a été connue et a donné de la jouissance, au moral sinon au physique, à un certain nombre de personnes en France, parce qu’on leur a appris que c’était quelque chose de saint. C’est là la racine de la tragédie. Car avant d’être la tragédie de ceux qui sont tués et éviscérés au couteau, elle est la tragédie de ceux qu’on a convaincus que s’ils faisaient cela, ils iraient coucher avec de belles femmes, à l’instant même où ils mourraient.

Et je rappelle que les victimes, ce ne sont pas seulement ceux qui sont morts au Bataclan (ou ailleurs), ce sont surtout leurs familles qui vivent avec le souvenir. Au lieu d’en vouloir à celles-ci parce qu’elles n’arrivent pas à oublier ou pardonner, il serait bon de ne pas les pousser dans leurs retranchements en les traitant de nazis, comme si le premier nazi n’était pas celui qui tue sur la base de la race, ou de la religion.

1 Le livre dont je parle est L’islamisme et les Femmes. Je n’ai pas voulu mettre son nom en tête de l’article pour ne pas me faire de publicité sur le dos des victimes.

Lina Murr Nehmé

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Ci-dessous extrait tiré d’un article du “Monde” dont on parle beaucoup en ce moment, sur le père d’une des victimes du Bataclan

“Ce vendredi soir-là, il regardait le match de football France-Allemagne chez lui, à Lille, lorsque ont résonné les premières détonations des attentats parisiens. Il sait alors que son aînée, Nathalie, régisseuse lumière, assiste à un concert au Bataclan avec des amis. Il appelle. Rien. Prend sa voiture, avale en trombe les 200 kilomètres d’autoroute qui le séparent de la capitale. Il n’apprendra que quarante-huit heures plus tard que sa fille est morte, mais ne pourra la voir qu’à travers la vitre de l’Institut médico-légal de Paris. Sans même pouvoir « lui faire un bisou ».
“Depuis, Patrick Jardin ne peut plus suivre un match sans appréhension, lui le passionné de foot, un temps arbitre de haut niveau amateur. Il ne quitte plus la région lilloise sans faire un détour par le cimetière. Ne passe plus par Paris sans se recueillir devant « la toute petite plaque » d’hommage aux victimes, installée dans le square situé en face du Bataclan. Même lorsqu’il évoque des souvenirs heureux, comme le récent mariage de son fils, c’est pour insister, avant tout, sur l’absence de Nathalie. Trois ans après les attentats, il paie d’ailleurs toujours le forfait téléphonique de la jeune femme, pour pouvoir l’appeler quand il ressent le besoin d’entendre sa voix sur le répondeur. Il est allé jusqu’à récupérer les photographies prises par les médecins légistes lors des constatations judiciaires. « Là. Vous voyez ? » Il lui arrive de les sortir de son téléphone, sans prévenir, puis de souligner avec son doigt ce qu’il pense être les stigmates d’un égorgement. « Je ne dis pas qu’elle a été égorgée, mais je ne pourrai jamais être sûr. On nous cache tellement de choses », avance-t-il. Est-ce qu’il les observe souvent, ces photos ? « Ça m’arrive », murmure-t-il.
“La quête du moindre détail sur la mort de sa fille est devenue son obsession. « Je passe ma vie à ça », confie-t-il d’une voix ferme. Refaire l’enquête, coûte que coûte, malgré les évidences. D’après le rapport d’autopsie, le corps de Nathalie était criblé d’éclats de balle. Un élément presque oublié par son père, qui retient surtout qu’elle a succombé à un « traumatisme thoracique », ce que les experts désignent par le terme « pneumothorax », un décollement du poumon. Un choc bien connu de la médecine militaire, qui a conduit Patrick Jardin à se persuader que Nathalie aurait pu être sauvée si les secours étaient intervenus plus tôt…
Mais n’allez pas lui coller « une étiquette de facho dans le dos », comme il dit. Il refuse d’être qualifié de « raciste ». Lui préfère se dire « gaulliste », « nationaliste » et « patriote », comme toute la mouvance d’ultradroite. D’ailleurs, s’il a voté Marine Le Pen à la présidentielle, c’était surtout « par dépit » et parce que « surtout pas Macron » : « Il va laisser entrer encore plus de migrants en France, il faut mettre le holà. » Etait-il déjà si radical, avant les attentats ? Il a bien « un petit antécédent », une histoire de foot dans laquelle il avait « traité quelqu’un de sale Nègre », qui lui a valu six matchs de suspension et trois mois de prison avec sursis. Il raconte aussi les vols de voitures et de pièces d’outillage à répétition, dans son ancienne concession automobile de Tourcoing (Nord), et l’impuissance du commissariat voisin à coincer les coupables. C’est de là, à l’entendre, que daterait son sentiment grandissant d’un Etat bien trop faible.”

(par Elise Vincent et Lucie Soullier)

Lina Murr Nehmé, 29 septembre 2018

Source : https://www.lemonde.fr/long-format/article/2018/09/28/apres-le-bataclan-un-pere-sur-le-chemin-de-la-haine_5361248_5345421.html

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