Category Archives: Etat Islamique

Conquête par la violence ou par la démographie?

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Mon précédent article a été critiqué parce qu’il parlait d’une conquête violente de l’Occident, envisagée par Daech, Mon interlocuteur disait que cette conquête se ferait par la démographie.

C’est faire une grave erreur que de ne pas réaliser que les islamistes ont le même but, mais pas la même stratégie.

Qaradawi parle ainsi d’une invasion douce de l’Occident, qui serait islamisé par le biais de la prédication et de la démographie. Dans ce but, il appelle les musulmans à émigrer en Europe, et surtout en France, à y avoir des enfants, à demander la nationalité et à voter pour les candidats qui serviront le plus la charia.

En revanche, Daesh, ne dit dans aucun texte qu’il conquerrait l’Europe par la démographie. Il a toujours dit le contraire: qu’il la conquerrait par la violence. Et il a annoncé son rétablissement de l’esclavage, en publiant une photo de la basilique Saint-Pierre, retouchée, de manière à paraître privée de ses statues et transformée en mosquée, avec un drapeau noir flottant dans sa cour.

Montage publié par Daesh en 2014, montrant la basilique Saint-Pierre dépouillée de ses statues, et le drapeau de l’islam flottant sur son obélisque. (Je ne montre pas tout par peur que l’article ne soit censuré en cas de partage sur les réseaux sociaux.)

L’esclavage et le massacrene sont pas des moyens pacifiques et démographiques de conquérir un pays. Il ne faut pas oublier que Daech, c’est al-Qaïda-Irak, et qu’il applique les méthodes de Ben Laden, qui n’a jamais jamais parlé de démographie et de pacifisme. Il a toujours prôné les méthodes de conquête rapide utilisées par Mahomet.

C’est Qaradawi qui parle de démographie, pas Daech. Je suggère de lire “Fatwas et Caricatures“. Il contient de nombreux textes publiés par ces gens pour expliquer leurs idées et leur stratégie de conquête. Il y a, entre autres, un texte dans lequel Daech annonce le sang dans les rues de Paris et Londres, et promet d’islamiser ces villes. Par la rapide conquête armée et non par la démographie.

Daech, il faut aussi se le rappeler, est un califat, ou se donne ce nom. Le califat n’a jamais parlé de conquérir les autres nations par la démographie, mais toujours par la violence.

Lina Murr Nehmé, 30 juillet 2019

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Les 130 djihadistes sont-ils français ?

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Dans cette vidéo diffusée par Daesh (voir en fin d’article), des djihadistes français brûlent leur passeport devant la caméra et appellent les musulmans de France à renier la nationalité française et à rejoindre l’Etat islamique en Syrie… pour combattre les Syriens, les Libanais, et plus tard, les Israéliens. Ils appellent à commettre des attentats en France. (C’était en 2014, un ou deux mois avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher en janvier 2015, comme par hasard.)

L’un des djihadistes français a été reconnu comme ayant participé au massacre de 18 Syriens et d’un Américain (Analyse Euronews).

Parmi eux se trouve Quentin Le Brun, originaire de la région d’Albi :

“[Il] apparaît dans une vidéo de sept minutes diffusée par le forum djihadiste Al-Hayat en novembre 2014, en compagnie de deux autres Français, Kevin Chassin (mort dans un attentat-suicide à Mossoul en 2015) et Romain Garnier (prisonnier des forces kurdes depuis décembre 2017). Romain Garnier appelait les musulmans français à venir rejoindre l’Etat islamique ou bien à tuer les Français « par les armes, les voitures, le poison ».”

(Paris Match, 01/02/2019)

Malgré tout, la Syrie, et notamment les parties kurdes de ce pays, ont reçu des menaces diplomatiques très claires: ils ne doivent pas toucher aux citoyens français. C’est pourquoi ils n’y touchent pas en effet, mais évidemment, ils ne diront pas ce qui s’est passé dans les coulisses, qui les a poussés à préserver leurs assassins et à vouloir leur procurer les douceurs françaises.

Il est bien étrange d’interdire ainsi aux Kurdes et aux Syriens de juger ceux qui ont commis des crimes chez eux. D’après le droit international, un criminel est jugé d’après les lois du pays dans lequel il a tué. C’est pourquoi quand la France met la main sur un assassin syrien, elle le juge selon ses propres lois, elle ne l’extrade pas vers la Syrie. Si elle exige l’extradition de ces djihadistes, c’est au nom de la loi du plus fort. La France ayant déclaré que ces djihadistes étaient des citoyens français, ils lui sont à ce titre plus précieux que les citoyens syriens qu’ils ont assassinés.

Mais sont-ils français? Un djihadiste est citoyen de l’Etat islamique qui, comme son nom l’indique, est un Etat. Et la double nationalité ne peut être cumulée, puisque cet Etat, le califat, est l’ennemi de la France. Le gouvernement français l’a d’ailleurs signalé après les massacres en 2015: il y a “une guerre” entre la France et Daech, et ce n’est pas la France qui a déclaré cette guerre à Daech. Dans ce cas, comment concevoir que des citoyens français, ayant renié leur citoyenneté pour adopter celle de l’ennemi, puissent être considérés comme des citoyens français? Ils ont quitté la France pour aller en Irak ou en Syrie aider le califat à envahir le monde. L’idée était de faire flotter le drapeau noir sur l’Elysée, Matignon, Downing Street, Windsor et… surtout, Saint-Pierre de Rome. L’un de ces djihadistes occidentaux, Emwazi, dit “Jihadi John”, l’a dit dans la vidéo de l’assassinat des coptes.

Si le gouvernement français l’a oublié, il n’en est pas de même des djihadistes concernés. Ils savent qu’en cas d’amnésie, leurs compagnons, citoyens du califat, les tueraient.

Lina Murr Nehmé, 1er février 2019

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1917 : la “paix honorable” de Charles Ier d’Autriche

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La Grande Guerre. On aurait pu l’arrêter avant son terme, et éviter ainsi un million de morts. En 1917, l’Autriche eut un nouvel empereur, Charles, jeune homme révolutionnaire, qui estimait que sa couronne ne méritait pas ces massacres. Il proposa donc “une paix honorable”. Son offre convenait à la France, qui commença par s’y intéresser. Mais l’Italie s’y opposa, car une paix trop précoce lui aurait fait perdre la possibilité d’agrandir ses territoires aux dépens de l’Autriche, justement. Et l’Angleterre voulait le Levant.

 

Pour résultat, l’Autriche-Hongrie, la seule qui eût voulu la paix, la seule dont le monarque était populaire parce qu’il était humain, fut aussi la plus mal traitée. Démembrée, elle vit son souverain chassé malgré la volonté du peuple, au moins en Hongrie, et privé de ses biens personnels en dépit du droit. Il mourut en exil, d’une pneumonie, parce qu’il n’avait pas les moyens de chauffer correctement la maison froide et humide qu’un ami lui avait prêtée. On ne trouva rien de convenable parmi ses vêtements, et on lui fit porter une tenue qu’il avait autrefois donnée à l’un de ses serviteurs. Pendant ce temps, le kaiser allemand, qui avait provoqué la guerre, se prélassait dans le luxe d’un château.

Le peuple de Vienne pleura dans les rues en apprenant la mort de son empereur. Charles était le premier chef d’Etat d’Europe à avoir fondé un ministère pour résoudre les problèmes sociaux. Des pauvres étant morts de froid à Vienne, l’Empereur commanda d’utiliser ses propres voitures à transporter les vivres et le charbon pour empêcher d’autres de mourir. Il lutta contre la corruption, notamment celle de la presse, combattit le principe de la guerre sous-marine, qui faisait périt des civils en mer . Et contrairement à ce qu’on prétendit, il refusa aussi l’usage des gaz; mais c’étaient les Allemands qui commandaient. Charles, voyant qu’ils utilisaient ses ports pour mener la guerre sous-marine malgré son opposition, prit l’initiative de proposer la paix aux Alliés. Il était donc très populaire en France, où Anatole France, bien qu’il fût antimonarchiste, disait qu’il était “le seul homme honnête” dans cette guerre.

Le plus regrettable ne fut cependant pas la déchéance et la mort de l’homme d’État le plus populaire de son temps, mais les trois catastrophes engendrées par son échec, et dont le monde a payé très chèrement le prix.

La première de ces catastrophes fut la vocation d’Hitler, alors un des sujets de Charles. Son succès fut rendu possible par l’unification de l’Allemagne. Car les Alliés reconnurent à la Prusse ses annexions, sauf celle de l’Alsace-Lorraine. Injustice suprême, que de faire payer aux victimes les dettes de guerre des bourreaux. Mais si on les traitait comme les Alsaciens et les Lorrains, c’est-à-dire comme des victimes de la Prusse (ce qu’ils étaient), celle-ci ne pourrait pas payer la dette de guerre que voulaient lui imposer les Alliés. En unifiant l’Allemagne tout en démantelant l’Autriche, en imposant aux Allemands exsangues une dette de guerre qu’ils ne pourraient pas honorer, on a rendu la Deuxième Guerre mondiale inévitable.

La seconde catastrophe, ce fut la série de massacres commis par Lénine et Staline. Pour se maintenir au pouvoir, Lénine fut obligé de tuer des millions de civils. Si Charles avait réussi auprès des Alliés, la guerre se serait arrêtée au printemps 1917. Sa lutte avec les Allemands au sujet de la guerre sous-marine eut lieu le 20 janvier. Il passa les jours suivants — cela fait 102 ans exactement — à élaborer un projet de paix séparée, et à étudier la proposition qu’il ferait aux Alliés.

La troisième catastrophe est l’islamisme que l’Autriche-Hongrie, au centre de l’Europe, aurait réussi à canaliser: tant Belgrade que Vienne furent des capitales qui résistèrent à l’Etat islamique de leur temps et le vainquirent. Cela arriverait-il encore aujourd’hui ?

J’avoue avoir été très négative quand Charles Ier a été béatifié. J’ai pensé: “Ils nous cassent les pieds avec leur blabla sur la paix, et ils veulent nous béatifier des politiciens, maintenant.”

Pendant que je travaillais à mon livre sur la Première Guerre mondiale, Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique, je suis tombée sur un personnage qu’on ne pouvait pas ne pas admirer. En rédigeant sa biographie, indispensable à la compréhension de la politique britannique au Levant, je me suis sentie toute petite devant un homme qui osa braver ses ennemis pour arrêter un massacre, et qui, ensuite, sut rester digne jusqu’au bout. Je me suis dit: “Est-ce que par hasard c’est celui qui a été béatifié?”

C’était lui. J’étais bien attrapée: être l’admiratrice d’un homme que j’avais qualifié de “politicien”. Mais il faut m’excuser: pour moi qui travaille sur les guerres et sur les morts, les discours lénifiants que le clergé nous sert sur la paix m’enquiquinent, à dire la vérité, car les paix qu’ils proposent sont celles des plus forts, celles des cimetières. Excepté celle de Charles d’Autriche. Mais avez-vous entendu parler de lui dans votre église paroissiale?

En Autriche, j’ai demandé à un employé de musée pourquoi je ne trouvais rien sur Charles Ier dans les églises autrichiennes, alors qu’il venait d’être béatifié. Il me dit: “Nous n’aimons pas mélanger la religion et la politique.” Je lui dis: “Pourquoi? Vous n’aimez pas que vos politiciens vous aiment?” Il s’est planté, ne sachant pas que répondre, car dans le cas de Charles, ce sont ses convictions religieuses qui ont motivé sa conduite.

Ce qui ne veut pas dire qu’un non-catholique ne l’aimera pas. Après tout, je suis descendante d’une farouche famille montagnarde orthodoxe ; mon arrière grand-père était pope, et mon grand-père apprenait à ses enfants (ma mère) dans les années 1930 à réciter : “Vive Staline, le défenseur du tsar Nicolas!”

D’ailleurs, une des premières personnes que j’aie affrontées après la parution de mon livre fut une dame autrichienne protestante qui m’a chanté les louanges de Charles. Il est vrai qu’un Autrichien ne peut pas être à la fois avec Hitler et avec Charles d’Autriche.

Le film le plus célèbre de l’histoire du cinéma, “The Sound of Music” (La Mélodie du Bonheur), basé sur une histoire vraie, est indirectement lié à Charles Ier. Il s’agit de l’Anschluss imposé par Hitler et accepté de bon cœur par la haute société autrichienne, sauf par les partisans de Charles Ier, dont faisait partie Georg von Trapp, le héros du film. Von Trapp, qui avait été officier de Charles Ier, refusa de hisser le drapeau nazi sur sa demeure à Salzbourg, refusa un poste d’officier dans la marine nazie, refusa de chanter avec sa famille devant Hitler. Il préféra même prendre sa famille en exil plutôt que de faire subir à ses enfants la propagande nazie.

Lina Murr Nehmé, 24 janvier 2019

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Propagande des islamistes turcs sur Mirmar Sinan et les Ottomans

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Que les Turcs et les islamistes me pardonnent, mais Mirmar Sinan n’était certainement pas le plus grand architecte de tous les temps.

D’abord, il n’était pas turc: c’était un architecte chrétien, éduqué chez les chrétiens byzantins qui lui avaient appris leur science. Et il avait été enlevé alors qu’il était totalement formé, à 18 ans, en tant que janissaire. Et il avait été islamisé.

Comme architecte, toute sa vie, il n’a fait que copier Sainte-Sophie ou Aya Sophia de Constantinople. Il l’a fait avec talent, avec des variantes, utilisant notamment la céramique d’Izmir (encore une production d’origine et de technologie chrétienne) pour les intérieurs de ses mosquées (car il ne pouvait pas, comme les chrétiens, peindre des fresques et concevoir des mosaïques représentant des personnages).

Sa hantise était de faire plus haut que les architectes de Sainte-Sophie. Sur sa tombe, il est écrit qu’il y a réussi, et que sa mosquée Sélimiyé à Edirne est plus haute. Mais ils ont fait un mauvais calcul: elle est plus basse, sans compter le fait qu’elle est beaucoup moins belle sur le plan de l’architecture intérieure. Or c’est son architecture intérieure qui fait que Sainte-Sophie est si spéciale. Car dans l’architecture byzantine, l’extérieur est modeste, et toute la beauté est à l’intérieur.

Il y avait en tout cas beaucoup plus de mérite à Anthémius à construire Sainte-Sophie au VIe siècle en innovant et en inventant… qu’à Sinan à copier Sainte-Sophie au XVIe siècle en disposant des connaissances d’Anthémius.

Dans le cadre de la désinformation, un site de propagande islamique dit avec euphémisme que l’architecte Sinan avait

“été recruté dans le cadre du devchirmé destiné aux jeunes gens chrétiens convertis à l’Islam”.

On croit rêver: le devchirmé était l’enlèvement des enfants chrétiens pour les islamiser. Chaque village voyait, tous les cinq ans, les collecteurs venir prendre la marchandise humaine: les plus beaux enfants, pour être réduits en esclavage. Certains parents mutilaient leurs enfants pour qu’on ne les leur prenne pas. Dans cette miniature ottomane, on voit la levée d’enfant, ou devchirmé, avec, au fond, les familles et le prêtre qui supplient l’envoyé du calife de ne pas les prendre.

La force était utilisée, on frappait, on tuait des parents pour prendre ces enfants. Car quel père, quelle mère laissera prendre son enfant sans le défendre? C’était un rapt qui mettait tout le village en deuil, et dont certains enfants ne se remettaient jamais!

Assez de mensonges ! L’histoire est ce qu’elle est, cessez, États islamiques, de l’embellir pour faire croire que vous êtes beaux !

Je m’adresse surtout à Erdogan qui, depuis quelques années, tente de ramener la Turquie au temps des Ottomans.

Lina Murr Nehmé, 9 septembre 2018

Commander 1453 : Mahomet II impose le schisme orthodoxe

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Attentat de Soueida : pourquoi Daech s’en prend aux druzes

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Parlant de ce massacre de Soueida, qui a fait un grand nombre de victimes druzes, certains ont dit: “Bah! les druzes tuent les chrétiens”. Il faut mettre quelques points sur les i.

Le massacre des chrétiens de Damas, en 1860, a été commis par des sunnites. Il a commencé après le massacre des chrétiens du Liban par les druzes, mais ceux-ci étaient des mercenaires à la solde des autorités ottomanes, comme l’ont reconnu les grandes puissances (voir mon livre: Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique). Et une partie des druzes n’avait pas participé au massacre des chrétiens du Liban.

La communauté druze au Liban est divisée en deux partis fortement opposés, qui s’entretuent à l’occasion (voir les révélations que j’ai traduites dans le même livre). Les Joumblatt, d’origine sunnite, ne sont pas reconnus par la communauté druze, qui les considère comme des intrus.

Enfin, il y a quelques années, Joumblatt a décrété à la télévision la mort de tous les druzes de Syrie parce qu’ils soutiennent le régime (j’ai la vidéo.) Donc il n’est pas possible de dire, au sujet des druzes syriens, qu’ils tuent les chrétiens syriens, puisqu’ils sont dans le même camp.

Non: ce massacre de Soueida frappe toutes les minorités de Syrie, et à terme, vise toutes les minorités du Levant. Le but de Daech et de Nosra est en effet d’unifier la Syrie, le Liban, Israël, la Jordanie et les territoires palestiniens sous sa houlette et sous le nom de “Cham” que leur donnaient les califes. Nosra a le même but, comme le prouve son nom actuel, Fatah el-Cham (“Conquête de Cham”).

Lina Murr Nehmé, 30 juillet 2018

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Ce que dit Médine dans “Don’t laïk”

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Dans cette vidéo, j’explique les paroles ésotériques de la chanson “Don’t laïk” du rappeur Médine. Notamment ce que veut dire “crucifier les laïcards comme à Golgotha”, et “pas de signes ostentatoires, pas même la croix de Jésus”.

Le lundi 1er janvier 2015, le rappeur Médine inaugure l’année en lançant la chanson Don’t laïk, dans laquelle il dit :

« j’mets des fatwas sur la tête des cons »

Le mot « fatwa », en France (et dans le langage parlé par opposition aux livres spécialisés) signifie une condamnation à mort. De fait, le rappeur parle bien de tuer les partisans de la laïcité :

« Porte le voile t’es dans de beaux draps
Crucifions les laïcards comme à Golgotha »

Ce n’est pas du tout une plaisanterie. Pour les islamistes, en effet, ceux qui militent contre le port du voile sèment la corruption, et doivent donc être crucifiés. C’est le Coran qui le veut :

« Le châtiment de ceux qui font la guerre à Allah et son Apôtre et qui travaillent, sur terre, à semer la corruption, est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que leur soient coupés la main et le pied opposés, ou qu’ils soient bannis de la terre. Voilà pour eux la honte dans ce monde, et la torture dans l’autre. » Le Coran, 5.33

Ce verset est très connu du public auquel s’adresse le rappeur, parce qu’il définit un châtiment légal ou hadd, et constitue donc un des fondements de la charia. Il est également connu parce que Daech a crucifié beaucoup de monde à partir de l’été 2014, ce qui était peu connu auparavant. Et le rappeur confirme qu’il parle bien d’un châtiment légal quand il vante l’amputation du voleur et l’interdiction des crucifix en public :

« Si j’applique la charia les voleurs pourront plus faire de main courante
Ils connaissent la loi, on connait la juge [la charia]
Pas de signes ostentatoires, pas même la croix de Jésus »

La charia, en effet, interdit aux chrétiens de montrer leurs statues, icônes, médailles ou crucifix. Le calife Omar a même commandé de briser sur la tête des chrétiens tout crucifix visible dans l’espace public.

Mais le 7 janvier, une semaine après la sortie de la chanson Don’t laïk, deux terroristes encagoulés font irruption dans les locaux de Charlie Hebdo, et mitraillent aveuglément la rédaction qui est réunie. Croyant avoir tué tout le monde, ils sortent ensuite dans la rue, tirent et crient : « Allahou Akbar ! » et aussi : « Nous avons vengé le prophète Muhammad ! » Ils crient aussi : « Nous sommes al-Qaïda au Yémen. »

Puis ils tuent un policier, Ahmed Merabet, qui est musulman comme eux. La police les poursuit et les traque. Alors un djihadiste de Daech, Amedy Coulibaly, décide de faire diversion en tuant une policière et en prenant en otages des clients dans un hypercasher.

Tout ceci attire l’attention sur la chanson Don’t Laïk, sortie une semaine plus tôt, et semant la haine des partisans de la laïcité. 

Toute chanson bien faite provoque des sentiments puissants, et c’est le cas de celle-ci. Après les massacres de janvier, le rappeur Médine est critiqué, et il a peur. Il n’osera plus attaquer la France, le christianisme ou la laïcité de front, mais toujours par allusions, à la façon insaisissable de Tariq Ramadan… dont il se réclame d’ailleurs. Comme lui, il prétend œuvrer pour le vivre-ensemble. Mais comme lui, il a pour fruits la hargne et non l’amour.

Lina Murr Nehmé, 14 juin 2018

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Quels seraient les résultats d’une intervention occidentale en Syrie ?

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La guerre contre l’Irak en 2003 avait donné naissance à Daech. Une guerre semblable contre la Syrie pourrait créer un monstre plus terrible encore.

Aussitôt après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush décida d’envahir l’Irak. La CIA fut chargée de prouver que Saddam Hussein avait trempé dans ces attentats, qu’il avait des armes chimiques, bref, qu’il fallait l’attaquer. Il y eut alors un matraquage médiatique inouï, qui finit par convaincre le peuple américain et une partie de la communauté internationale, de la nécessité d’en finir avec le régime irakien.

Le 5 février 2003, le ministre Colin Powell, secrétaire d’État américain, fit un long discours à l’ONU pour obtenir son accord. Il prétendit que Saddam Hussein avait des armes chimiques et nucléaires, qu’il avait des relations avec Al-Qaïda par le biais de Zarqawi, et qu’il fallait l’attaquer pour toutes ces raisons.

Zarqawi était un repris de justice jordanien qui s’était radicalisé sous l’influence du mouvement Tabligh. Il s’était présenté à Ben Laden et lui avait proposé de le déléguer pour fonder al-Qaïda en Irak. Mais Ben Laden avait refusé. Pour lui, Zarqawi était un voyou, doublé d’un criminel, car il voulait massacrer les chiites et provoquer une guerre civile entre sunnites et chiites en Irak. Cette guerre civile, en brisant le peuple irakien, permettrait à al-Qaïda d’émerger et de prendre le pouvoir. Loin de vouloir tuer les chiites, Ben Laden avait réussi à s’entendre avec Khomeiny, et il œuvrait pour une alliance de tous les musulmans contre les “mécréants” qu’il appelait “les croisés”.

Al-Qaïda n’existait pas en Irak, parce que Saddam avait toujours refusé ses avances. Il combattait al-Qaïda et cherchait à arrêter Zarqawi. Mais ce dernier se cachait en territoire kurde, fabriquant des munitions et des armes chimiques, notamment de la ricine, poison violent contre lequel il n’y avait pas d’antidote.

Colin Powell parla de ce petit bandit fabriquant de poisons, comme s’il était l’égal de Ben Laden. Cela suffit à faire de Zarqawi un monstre de stature internationale. Ben Laden ne pouvait plus l’ignorer. Il consentit à ce qu’il installe al-Qaïda en Irak. Zarqawi prêta serment à Ben Laden et disparut pendant quelque temps. Il voulait rester en vie et attendre que les Américains brisent Saddam Hussein, pour que lui, Zarqawi, prenne sa place comme chef sunnite du pays.

Le deuxième décret que prirent les Américains en Irak fut la dissolution de l’armée irakienne. Ils jetèrent ainsi à la rue les 350 000 personnes qui y travaillaient. Ils eurent la mesquinerie de leur refuser non seulement des primes de licenciement, mais aussi, les paies auxquelles ils avaient droit. Réduits au chômage, personne ne leur donnant d’emploi, ces militaires mouraient de faim, et leurs familles aussi. Zarqawi recruta parmi eux un grand nombre de combattants et de cadres entraînés et aguerris. Ces sont eux qui constitueront l’essentiel de l’armée de Daech et lui vaudront ses victoires foudroyantes. Et des djihadistes venaient du monde entier s’offrir pour commettre des attentats-suicides. Un millier d’Irakiens, presque tous chiites, mouraient ainsi chaque mois. Ceci finit par provoquer la guerre civile que voulait Zarqawi. La division du peuple irakien ne faisait que le fortifier lui-même.

En juin 2006, Zarqawi fut tué par des frappes américaines. Son lieutenant Abou Bakr Baghdadi lui succéda et réussit à rassembler toutes les organisations islamistes sunnites d’Irak. Et il donna à cet ensemble dominé par al-Qaïda, le nom d’Etat Islamique en Irak.

En 2011, voyant la guerre éclater en Syrie, Baghdadi décida d’en profiter pour y installer al-Qaïda. Pour cela, il délégua en Syrie son lieutenant Joulani. Il lui donnait la moitié de son argent, de ses armes et de ses meilleurs lieutenants. Et Joulani fonda une organisation qu’il appela “al-Nosra”, et aussi “al-Qaïda-Cham”. Cham est le nom donné par les Arabes à l’ensemble formé par la Syrie, le Liban, Israël, les territoires palestiniens et la Jordanie).
Al-Nosra put ainsi avoir un essor foudroyant, notamment en débauchant les éléments de l’ASL (Armée Syrienne Libre). C’était la même stratégie qu’en Irak, puisque la plupart des membres de l’ASL étaient d’anciens militaires syriens.

Et Joulani prit ses distances avec Baghdadi et cessa de lui obéir. Ce dernier décida de l’attaquer et de le remplacer en Syrie. “L’Etat Islamique en Irak” devint “l’Etat Islamique en Irak et à Cham”, plus généralement appelé par son acronyme : DAECH.

Et Daech prit Raqqa et combattit al-Nosra et ses alliés syriens.

L’Arabie Saoudite avait longtemps financé Ben Laden et permis la création d’al-Qaïda. Par la suite, elle avait financé Zarqawi, Baghdadi et Daech. Plus tard, elle cessa de financer Daech et s’intéressa davantage à Nosra et à l’ASL, favorites de l’Occident qui les prétendait “modérées”. Pourtant, les djihadistes de l’ASL avaient été les premiers à couper des têtes et à en diffuser les vidéos. Et ils avaient été les seuls à se vanter, devant caméra et aux cris d’ “Allahou Akbar”, de ce qu’un de leurs chefs mangeait le cœur d’un soldat loyaliste.

Les Américains fournirent ainsi aux terroristes en Syrie un entraînement de qualité, et des armes pour abattre le régime laïque de Bachar el-Assad. Cela, contre la volonté de la majorité syrienne, qui le préfère, et de loin, aux mouvements djihadistes.

Les Américains parlent maintenant d’attaquer Bachar el-Assad comme ils avaient attaqué Saddam Hussein. Et sous le même prétexte: l’usage d’armes chimiques qu’aucune enquête internationale n’a prouvé à ce jour. En droit international, une telle action est appelée “agression contre un État souverain”. Et à supposer qu’elle ait lieu, qui sera mis à la place de Bachar ? Les seuls à avoir une force comparable la sienne sont les chefs des mouvements terroristes. Les personnes de valeur que comptait l’opposition avant la guerre, comme Michel Kilo, ont été écartées par les islamistes et sont parties, parce qu’elles refusaient de servir de caution aux organisations djihadistes.

Si cette guerre qu’annonce Trump a lieu, il est donc à craindre qu’elle ne laisse en Syrie un vide institutionnel comme celui que les Américains ont installé en Irak en remplaçant un gouvernement qui tenait le pays, par un gouvernement faible, corrompu, qui leur était obéissant, et était haï du peuple. La stratégie habituelle du conquérant qui se fait représenter par des hommes de paille.

Si cela arrivait, nous aurions un monstre plus terrible que Daech, et alors, l’Occident pourrait ne pas lui échapper. Joulani et son ancien maître, Baghdadi, ont la même idéologie, les mêmes ambitions et les mêmes méthodes l’un que l’autre. La destruction de Daech a débarrassé Joulani et ses lieutenants d’un rival. Sur la voie du pouvoir, il ne lui reste plus qu’un seul obstacle : Bachar el-Assad.

La disparition de Daech et de son plus puissant adversaire en Syrie poussera les djihadistes survivants et désemparés à se tourner vers al-Nosra, et alors, c’est le chef de celle-ci qui sera le calife et reprendra le programme d’invasion mondiale de Baghdadi. Les cadres d’al-Nosra attendent donc leur heure en silence.

Lina Murr Nehmé, 11 avril 2018

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Strasbourg: Des apprentis djihadistes s’entraînent dans un parc public

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Rassurez-vous, la photo ci-dessous n’a pas été prise en France mais en Syrie. Mais il y a tout de même eu, paraît-il, six “barbus en djellaba” qui s’entraînaient à faire le djihad dans un parc public à Strasbourg, poussant des cris de guerre et brandissant des armes factices. Des adultes et non des enfants jouant.

Les habitants du quartier ont appelé la police qui a appris que ces djihadistes amateurs voulaient “venger leurs frères musulmans morts sous les balles”. Ça ne vous rappelle rien?

Moi ça me rappelle l’assassinat de Sarah Halimi. C’est exactement ce qu’a dit Kobili Traoré. Après avoir tué cette retraitée qui ne lui avait rien fait, il avait dit qu’il avait “vengé ses frères”. Comme Kobili Traoré n’avait pas de frère à venger, il fallait comprendre qu’il s’agissait de ses frères en islam. Sarah Halimi était juive, donc sœur des Israéliens. Cette phrase et le cri d’Allahou Akbar m’ont fait penser à un attentat antisémite et m’ont poussée à enquêter dans ce sens, jusqu’à écrire L’islamisme et les Femmes. L’enseignement qu’avait reçu Kobili Traoré à la mosquée voisine, le poussait à faire ce genre de raisonnements. La publicité médiatique faite à des attentats près de lui, les appels des djihadistes et des islamistes à tuer les Français, l’y poussaient aussi.

Dans le parc de Strasbourg, donc, les apprentis djihadistes s’entraînaient apparemment à venger “leurs frères” à la manière dont Kobili Traoré a vengé les siens sur Sarah Halimi. Ils ont accueilli les policiers en leur disant qu’ils allaient “brûler en enfer”. (1)

Mais comme, en France, il n’est pas interdit de jouer, même à la faire le djihad pour venger ses frères musulmans (ce qui implique le meurtre de mécréants), aucune charge n’a été retenue contre ces “barbus en djellabas”.

Que se passera-t-il ensuite? Seront-ils fichés “S”? Surveillés? Ou oubliés comme Mohamed Merah et comme l’assassin de l’héroïque Beltrame ?

L’État pourrait estimer n’avoir pas de conseils à recevoir de ma part. Mais j’ai une demande, et je suis en droit de la faire après avoir annoncé ces tragédies dans des livres qui demeurent actuels. C’est que ces hommes soient surveillés, car ce genre de paroles fait peur, connaissant la littérature dont ils sont nourris et le sens des paroles qu’ils ont dites.

La suite des événements pourrait en effet se révéler bien plus sanglante et douloureuse qu’un simple entraînement d’hommes adultes jouant à la guerre dans un parc public. Car il y a beaucoup de femmes vivant seules comme Sarah Halimi en France, beaucoup de prêtres célébrant leur messe sans surveillance policière, comme le P. Hamel, beaucoup de danseurs allant veiller comme ceux du Bataclan, beaucoup de clients de supermarchés, beaucoup d’écoliers dans des écoles juives comme les enfants tués par Merah.

Un jour, ces six hommes pourraient avoir envie de cesser de jouer à la guerre contre les mécréants, pour commencer à la faire pour de bon. Et alors, il pourrait être trop tard.

Lina Murr Nehmé, 7 avril 2018

Source : https://www.ladepeche.fr/article/2014/10/14/1971980-straasbourg-des-apprentis-jihadistes-s-entrainent-dans-un-parc-public.html

 

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Le site de Brad bombardé par les Turcs

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Pour illustrer mon livre Si Beyrouth parlait…, j’avais pris cette photo des ruines de la ville morte syrienne de Brad, trois mois avant le début de la guerre syrienne.

Tout récemment, l’aviation turque aurait endommagé ce site de première importance archéologique et religieuse, où se trouve également le tombeau de saint Maron, patron des maronites.

On parle peu des villes mortes de Syrie, dont certaines ont été endommagées par les bombardements. Ceux des Turcs aujourd’hui, et ceuxde leurs alliés depuis 2011. Ces alliés sont essentiellement des djihadistes, notamment l’ASL (Armée syrienne libre), rebuts de l’armée syrienne, et les premiers à avoir procédé à des égorgements devant caméra, et même, à avoir diffusé un acte de cannibalisme filmé.

L’ASL a constitué l’essentiel des effectifs d’al-Qaïda quand celle-ci est venue d’Irak en Syrie pour fonder la branche syrienne d’al-Qaïda appelée Nosra. Nosra est ainsi la fille de Daech.

L’ASL, Nosra, Daech et plusieurs autres organisations terroristes se sont battues entre elles ou contre l’armée syrienne (et souvent aussi contre les habitants) de la région des villes mortes, qui se situe en Syrie, à la frontière entre la Syrie et la Turquie.

On attend cependant la fin de la guerre pour savoir ce qu’il reste vraiment de ce précieux patrimoine archéologique datant des débuts du christianisme.

Lina Murr Nehmé, 26 mars 2018

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