Category Archives: Fatwas et caricatures

Causeur : Il y a 27 ans, le régime des mollahs tuait Chapour Bakhtiar en France

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Le 6 août 1991, l’assassinat en France de l’ancien Premier ministre du chah Chapour Bakhtiar enterrait l’opposition iranienne. Depuis qu’il a sapé toute opposition crédible, le régime des mollahs survit aux différentes crises qu’il traverse. Rappel des faits. 


L’islamisation massive des Iraniens commença à Paris, le 6 octobre 1978, quand l’ayatollah Khomeyni s’installa à Neauphle-le-Château. On l’a reproché au président Giscard d’Estaing. À tort : il a reçu l’ayatollah en accord avec le chah d’Iran, qui négociait alors avec son opposition. Mais en autorisant l’installation de Khomeyni si près de Paris, l’État français facilitait ses contacts avec la presse et lui procurait ainsi une tribune de premier plan. Et la proximité de l’aéroport d’Orly permettait à Khomeyni de recevoir des agents et de leur distribuer les consignes, les bakchichs et la littérature incendiaire qui étaient propagés dans les mosquées.

Khomeyni chouchou des médias tricolores

Plus grave, la couverture que les médias publics français procurèrent à Khomeyni fut si démesurément favorable et contraire à la réalité du terrain qu’elle s’apparentait à de la propagande. Ils lui consacrèrent une large portion de leurs journaux, même aux heures de grande écoute. Ils le présentèrent comme un héros romantique représentant le peuple iranien face à un chah dictatorial. L’effet de cette propagande était si fort que la plupart des étudiants qui défendaient le chah en arrivant d’Iran, se mettaient à défendre Khomeyni après avoir passé quelques semaines à Paris.

En Iran, en tout cas, Khomeyni était très minoritaire : lui et les communistes rassemblaient quelques centaines de manifestants sur 37 millions d’Iraniens. Et malgré toute la publicité mondiale dont il bénéficia durant des semaines (notamment de la part de la BBC qu’on captait en Iran), son retour au pays rassembla un million de personnes — badauds et communistes compris. Un événement historique et politique de cette envergure aurait pu attirer bien plus de monde : Téhéran, le bastion de l’opposition, comptait alors 8 millions d’habitants.

Bakhtiar et Bazargan, destins croisés

Khomeyni bénéficia aussi des trahisons de personnalités iraniennes qu’il acheta pour des prix divers. Il réussit même à faire tomber Mehdi Bazargan qui, avec Chapour Bakhtiar, était un des piliers de l’opposition laïque. Les deux hommes avaient fait leurs études en France : Bazargan était centralien, et Bakhtiar, titulaire de plusieurs doctorats de la Sorbonne. Tous deux avaient, durant la Seconde Guerre mondiale, milité dans les rangs de la Résistance française contre les nazis. Ils avaient ensuite servi le gouvernement de Mossadegh, et tenu tête au chah Mohamed Reza Pahlavi. Tous deux avaient été plusieurs fois emprisonnés par ce dernier, et ils pensaient le plus grand mal de Khomeyni, que Bazargan qualifiait d’« animal féroce ». Ce dernier passa pourtant dans le camp de Khomeyni, auquel il fournit un brevet en droits de l’homme.

Le chah demanda à Chapour Bakhtiar, fin 1978, d’être son Premier ministre. Celui-ci exigea une liberté de gouvernement totale. Le chah accepta et quitta le pays. Bakhtiar tira des dossiers des oubliettes et fit voter un grand cycle de réformes par le Parlement. Il donna liberté aux journalistes d’écrire ce qu’ils voulaient et de refuser l’entrée de leurs locaux à tout policier qui voudrait contrôler leurs publications. Il fit dissoudre la terrible police secrète (Savak) et libéra les 900 prisonniers politiques.

Le retour de Khomeyni

Mais l’ampleur des manifestations ne diminua pas. Les islamistes s’étaient alliés aux nombreux hommes politiques et marchands corrompus auxquels nuisaient les réformes. Tout ce monde avait des moyens de propagande formidables, notamment les mosquées et le bazar de Téhéran, par le biais desquels ils pouvaient propager des rumeurs… et distribuer des pourboires. Bakhtiar fut ainsi renvoyé de son parti pour avoir accepté de participer au gouvernement — alors qu’il appliquait les réformes réclamées par ledit parti.

Après le départ du chah, Khomeyni annonça qu’il allait revenir en Iran. Bakhtiar ne pouvait matériellement pas s’y opposer, à moins de provoquer un carnage. En outre, Khomeyni était citoyen iranien, et à ce titre, il avait droit à résider dans le pays : « S’il se conduit mal, il sera jugé par un tribunal compétent… [et] subira sa peine comme tout autre citoyen », dit Bakhtiar, qui affirme avoir seulement « sous-estimé sa férocité ».

Khomeyni revint le 1er février 1979, et une foule en délire l’accueillit à l’aéroport. Mais quand on lui demanda quelle impression cela lui faisait de revenir au pays après tant d’années d’exil, il répondit : « Rien. »

Deux gouvernements iraniens en même temps!

Le 5 février, il nomma Mehdi Bazargan Premier ministre du gouvernement islamique qui accepta de lui servir de caution contre son le gouvernement laïque dirigé par son ami Bakhtiar. Cela faisait deux Premier ministres, et chacun des deux était hors-la-loi pour une partie de la population. Et les intrigues se poursuivaient dans les coulisses : le 10 février, le commandement de l’armée informa Bakhtiar que l’armée resterait neutre face à une tentative de coup d’État de Khomeyni. Donc la grande manifestation que celui-ci avait organisée pour ce jour serait aussi celle de l’avènement de l’État islamique.

« Je suis convaincu, écrit Bakhtiar dans son livre Ma fidélité, qu’avec deux ou trois semaines d’appui de l’armée, Khomeyni aurait été prêt à transiger et j’en ai une preuve : mes amis décidèrent d’organiser des contre-manifestations. La première fois, il vint 5 000 personnes ; la semaine d’après, malgré les voyous de Khomeyni, les Palestiniens et les Libyens qu’il avait introduits, malgré les assassins qui infestaient les rues, il y en avait 20 000. La troisième contre-manifestation rassemblait 50 000 personnes. Ce sont des faits que tout le monde a pu vérifier. »

L’exfiltration de Bakhtiar

Bakhtiar céda la place et quitta le palais gouvernemental. Mais Bazargan ne put pas y arriver dans le calme : la populace prit le palais d’assaut, tua les domestiques et jeta les automobiles dans la piscine. Bakhtiar demeura caché pendant six mois chez des amis. Pendant ce temps, Khomeyni faisait arrêter tous les officiers supérieurs qui lui avaient livré leur pays, et il les tua presque tous. Bazargan couvrit tous les assassinats de Khomeyni, mais s’arrêta à la prise d’assaut de l’ambassade des États-Unis. N’ayant pu libérer les otages américains, il démissionna le 6 novembre 1979.

De sa cachette, Bakhtiar avait entre-temps pris contact avec le gouvernement français, qui accepta de l’aider. Il quitta l’Iran sous un déguisement et s’installa à Paris, où des policiers furent chargés de sa protection. Il voulait organiser une résistance à partir de la France, comme l’avait fait Khomeyni. Mais l’ayatollah avait réussi grâce aux bakchichs, à la propagande dans les mosquées, à la complicité de la presse et du monde politique en Occident, et aux trahisons. Bakhtiar ne disposait de rien de tout cela. Il ne disposait même pas de l’appui de l’ensemble de l’opposition à Khomeyni. Les partisans du chah salissaient sa réputation en prétendant qu’il était à la solde des Anglais et que Khomeyni l’était aussi. Si Bakhtiar avait été à la solde des Anglais, la BBC l’aurait aussi bien traité que Khomeyni…

Deux tueurs à Suresnes

Les partisans du chah prétendent aussi que Bakhtiar a permis la Révolution islamique en autorisant le retour de Khomeyni et en libérant les prisonniers politiques. C’est un moyen de cacher la responsabilité que le chah, durant des décennies, a eue dans la montée de Khomeyni. Enfin, c’est le chah et non Bakhtiar qui a autorisé l’installation de l’ayatollah en France où il pouvait être interviewé directement par la BBC que captaient les Iraniens. Auparavant, Khomeyni ne pouvait atteindre ces derniers que par le biais d’enregistrements ou d’imprimés. Et à partir du moment où Khomeyni pénétrait ainsi dans des millions de foyers iraniens, les 900 opposants politiques libérés par Bakhtiar ne pesaient plus très lourd. Surtout que nombre d’entre eux étaient des laïques et non des islamistes. Et il était impensable d’arrêter Khomeyni au milieu d’une foule d’un million de personnes.

Bakhtiar s’installa à Suresnes, dans une villa dont l’État français assura la protection. Mais Khomeyni avait acheté l’Iranien qui avait installé le réseau électrique de la demeure — et qui, après une semaine de travail, connaissait la villa par cœur. Il accepta de collaborer avec la police secrète de Khomeyni, et elle lui envoya deux tueurs pour lesquels il obtint un rendez-vous avec l’ancien Premier ministre.

Mort par strangulation

Le 6 août 1991, les deux agents furent fouillés par les policiers qui gardaient Bakhtiar. S’étant assurés qu’ils n’étaient pas armés, les policiers téléphonèrent pour avertir de leur venue. Bakhtiar déclara qu’il les attendait.

Les deux agents traversèrent quelques mètres et pénétrèrent dans la propriété. Quand ils furent reçus dans le salon de l’ancien Premier ministre iranien, ils l’étranglèrent et tuèrent aussi son secrétaire. Puis l’un des assassins alla chercher des couteaux à la cuisine. Avec un couteau à viande, il larda le corps de Bakhtiar de 13 coups. Puis il lui coupa la gorge et le poignet avec le couteau à pain. Ensuite, les meurtriers s’emparèrent de la main coupée, et s’en allèrent après avoir décroché le téléphone.

Ils passèrent devant les policiers français qui ne remarquèrent pas leurs vêtements pleins de sang. Puis ils allèrent se changer derrière les arbres au bois de Boulogne, et jetèrent leurs vêtements ensanglantés dans une poubelle.

Pendant 36 heures, il n’y eut aucun signe de vie dans la demeure de Bakhtiar. L’écran géant de sa télévision ne s’éclaira pas aux heures du journal télévisé, dont il poussait habituellement le son très fort. Aucun repas ne fut livré chez lui, et aucune lumière ne s’alluma. Il y eut un orage la nuit, et la porte battit au vent, mais personne ne la ferma.

Inquiète de ne pas l’avoir au bout du fil, la famille vint frapper à sa porte de la victime, mais personne ne lui ouvrit. Elle exigea de faire forcer la porte, et c’est alors qu’on découvrit l’horrible spectacle.

Petits arrangements diplomatiques

Remonter au commanditaire de l’assassinat n’arrangeait pas le gouvernement français, qui avait reconnu la République islamique. Il ne le fit donc pas. Pourtant, fait remarquer le petit-fils de Bakhtiar, « le ministre [iranien] des Renseignements Ali Fallahian… ne cache pas la politique de liquidation menée à l’égard des membres de l’opposition par la Vevak [police secrète ayant remplacé la Savak] qu’il dirige. Lors d’une interview à la télévision d’État iranienne le 30 août 1992, il se vante : “Nous les traquons également à l’extérieur du pays. Nous les maintenons sous surveillance. L’année dernière, nous sommes parvenus à infliger des coups fondamentaux à leurs plus hauts dirigeants”. »

Ainsi disparaissait dans la violence et le sang, le dernier espoir d’une opposition iranienne laïque libre, pour trente ans au moins.

Les années 2010 ont vu le tchador laisser place au voile en Iran, le voile tomber peu à peu, et les femmes dévoilées parler à visage découvert devant caméra. La police sévit parfois, arrêtant des dizaines de personnes. Mais le mouvement d’opposition est large et populaire. Le jeûne du ramadan lui-même est de moins en moins bien observé. Le pouvoir préfère souvent laisser faire pour ne pas avoir une nouvelle révolution sur les bras.

Voyant tout cela, on reste rêveur quand on imagine ce qu’aurait été l’Iran si Chapour Bakhtiar était resté au pouvoir, ou si, réfugié en France, il avait réussi son come-back à la manière de Khomeyni, au lieu d’être assassiné par ce dernier à Paris, le 6 août 1991, dans un silence général.

Lina Murr Nehmé, 6 août 2018

Commander Fatwas et caricatures – la stratégie de l’islamisme.

Source :

Il y a vingt-sept ans, le régime des mollahs tuait Chapour Bakhtiar en France

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La “Main noire”: addendum

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Pour ceux que mon article paru dans Causeur a déconcertés ou qui ne l’ont pas compris, ou n’ont pas compris pourquoi je l’ai écrit.

Des lettres de menaces signées “La Main Noire” ont été envoyées à sept organisations représentant la communauté juive en France. J’ai écrit cet article parce que l’information, répercutée par Lepoint.fr , a été assez largement occultée ailleurs comme il en avait été de la mort de Sarah Halimi il y a un an.

Toute injustice me choque. Surtout une injustice concernant une communauté, car cela crée un fossé entre elle et les autres, et on n’a pas besoin de cela par ces temps de pré-guerre civile. Je suis profondément choquée de remarquer à quel point la médiatisation parvient à faire oublier qu’une communauté est composée d’individus, et que si elle souffre en se sentant isolée, ce sont tous ces individus qui souffrent.

Il ne s’agit pas de donner de l’importance à l’association qui a envoyé ces lettres car, comme je le dis à la fin de l’article, il peut s’agir d’une ou deux personnes seulement, car les organisations importantes publient des communiqués, elles n’envoient pas de lettres. Ces lettres ne sont donc pas à prendre au sérieux: elles peuvent avoir été envoyées par une ou deux personnes seulement.

Ce qui est grave, en revanche, c’est que la presse nationale ne répercute pas sept plaintes simultanées émanant d’organisations juives aussi actives à l’échelle nationale (même si certaines d’entre elles sont contestées par une partie de la communauté juive elle-même).

Il est vrai que si des associations chrétiennes de la même importance avaient reçu des menaces de ce genre, cela n’aurait pas été répercuté. Mais je n’ai jamais trouvé cela normal, et c’est bien pourquoi j’ai écrit des livres allant tellement à contre-courant. Car on peut imaginer le tollé qu’il y aurait eu à l’échelle nationale et internationale, si des lettres de ce genre avaient été simultanément envoyées à sept associations de la communauté musulmane en France comme l’UOIF, Les Imams de France, les Jeunes Musulmans de France, etc.

S’il y a ou s’il n’y a pas de tollé selon la religion ou l’ethnie de la victime, c’est grave, car cela signifie que nous en sommes revenus au concept de race supérieure imposé par les nazis. C’est pourquoi j’ai écrit cet article, que je n’aurais pas écrit s’il n’y avait pas eu cette injustice.

Ce qui me fait d’autant plus peur, c’est que beaucoup d’intellectuels en France savent ce qu’est la “Main Noire” serbe qui a déclenché la Première Guerre mondiale. Elle agissait en effet dans un but raciste: la suprématie slave, et le désir d’annexer à la Serbie les pays voisins.

Tout aussi raciste était la “Main Noire” palestinienne, fondée par Izzeddine al-Qassam pour assassiner les juifs et les Palestiniens non-juifs qui avaient le malheur de leur vendre des terres ou de commercer avec eux. (Main Noire, car la main du tueur était trempée dans le sang et l’encre, et imprimée sur le visage de la victime.)

Ceux qui n’ont pas compris l’article ci-dessous et qui m’ont adressé toutes sortes de critiques devraient le relire lentement pour ne pas perdre les transitions qui en relient les diverses parties l’une à l’autre et les rendent explicites. Il convient de comprendre aussi ce qu’était autrefois la Main Noire, quand on voit brandir des drapeaux avec une main noire, comme signe de ralliement dans les manifestations. Même si le public qui s’en réclame ne le sait pas, ceux qui ont dessiné ce logo ne doivent pas l’avoir fait innocemment.

Lina Murr Nehmé, 22 juillet 2018

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La Main noire : une menace qui dit bien son nom (Causeur)

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Sept organisations juives en France ont reçu, fin juin, une lettre de menaces, signée de « La Main noire », contenant notamment la phrase suivante : « Mesdames et Messieurs les juifs, vous pleurez amèrement le décès d’une vieille juive assassinée pour son argent, nous pensons que vous payez peu par rapport au nombre de crimes que vous commettez tous les jours. Profitez-en bien, car le jour du châtiment va arriver. »

En attendant l’enquête, on peut essayer de comprendre le choix de ce nom, La Main noire, en remontant à deux organisations secrètes : La Main noire serbe et La Main noire palestinienne.

De la Grande Serbie…

La première avait pour but la réalisation de la Grande Serbie par l’annexion des pays voisins1. Fondée en 1911 par le chef des services secrets serbes, elle achetait des responsables politiques, organisait des attentats et répandait des rumeurs. Chargée en 1912-1913 de « serbiser » la Macédoine, elle massacra ou tortura les paysans de la majorité bulgare, et assassina leurs prêtres. « Les pires des crimes furent commis par cette organisation secrète, connue dans le monde entier et bénéficiant d’une protection puissante, lit-on dans le rapport de la commission internationale d’enquête sur la guerre des Balkans. Cela présente un grand avantage, pour un gouvernement régulier, d’avoir sous la main un pouvoir qui n’a pas de comptes à rendre, qui devient vite tout-puissant, et qu’il est toujours possible de désavouer au besoin. »

Les appels à l’unification des Slaves que lançait le Premier ministre Pachitch, étaient des appels à la guerre civile dans les autres pays ; et La Main noire commettait les crimes qui servaient ce but. Le 28 juin 1914, elle tua l’héritier de l’empire austro-hongrois. Ce meurtre aboutit à la Première Guerre mondiale, dont l’issue permit à la Serbie d’annexer la Croatie, la Bosnie et l’Herzégovine.

…à la Grande Syrie

On en entendit parler en Palestine, où le sultan Abdul-Hamid avait opposé à la colonisation juive une colonisation musulmane sunnite : il avait installé dans la région d’Haïfa des milliers de familles slaves de Bosnie-Herzégovine.

C’est précisément dans cette région qu’on entendit, dans les années 1930, parler d’une organisation terroriste appelée La Main noire (al-Qaff al-Assouad). Elle pratiquait le crime politique, comme La Main noire serbe, terrorisant les populations si elles ne se soumettaient pas à ses idées. Son but était de réaliser la Grande Syrie (Cham) en unifiant la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. Mais il n’est pas possible de réaliser une entité politique unique à partir de peuples différents par la violence, sans nettoyage ethnique : il y en a eu en Palestine à l’encontre des juifs ; au Liban à l’encontre des chrétiens ; en Syrie à l’encontre des alaouites, des ismaélites et des yazidis.

La Main noire palestinienne a été fondée par Izzeddine al-Qassam. Ce Syrien s’était défait de ses biens pour aller se battre en Palestine au nom de la Grande Syrie. Son ascétisme, sa pureté idéologique, le radicalisme de ses idées le faisaient vénérer par ses hommes. L’un de ses biographes, Husni Jarar, affirme qu’il disait, parlant des juifs : « Ils veulent vous exterminer, ô musulmans, pour occuper votre terre de l’Euphrate au Nil, et prendre Jérusalem, et s’emparer de Médine, et brûler le tombeau du Prophète. Ils veulent s’amuser avec les corps de vos femmes et de vos filles et de vos sœurs, et faire d’elles leurs servantes et leurs esclaves ! Malheur à vous, vous ne comprenez pas ? L’Apôtre d’Allah dit : ‘Si un empan de la terre des musulmans est piétiné par un pied [étranger], la femme doit partir à la guerre sans l’autorisation de son mari, et l’homme doit aller au djihad sans l’autorisation de son père’. Musulmans, vous ne comprenez pas ?… [Allah] a dit, exalté soit-il : ‘Combattez les mécréants qui sont près de vous, et qu’ils vous trouvent durs.’ Les juifs ont rempli votre pays, ils ont volé votre terre. » Et dans un autre discours : « Les immigrants juifs sont comme une nuée de sauterelles venues d’Occident sur les bateaux et les automobiles des Anglais. Vous devez les pourchasser en utilisant tous les moyens d’extermination possibles. »

Une Main noire indélébile

Izzeddine al-Qassam fut tué par les Anglais en 1936. Sa mort fut répercutée dans les mosquées, et il devint une sorte de légende, le Ben Laden de son temps. Sa réputation dépassa même les frontières de la Palestine. Il inspira des générations de terroristes palestiniens, et il inspire maintenant des terroristes dans le monde entier.

Comme toutes les sociétés secrètes, La Main noire palestinienne est entourée de mystère, et ses crimes sont revendiqués par plusieurs groupes armés. Parlant de l’un d’eux, Achraf Faleh Youssef Zoghbi, juriste jordanien, écrit : « Et si un soldat ou un officier juif était tué, on trempait la main dans le sang et dans l’encre, et on l’imprimait sur son visage, afin de semer la terreur sur le visage de tous les sionistes et qu’ils quittent le pays. L’ennemi sioniste appela cette compagnie militante la ‘bande de La Main noire’. La terreur s’implanta en effet dans le cœur des sionistes, car un grand nombre de juifs, soldats, officiers et personnalités, furent ainsi exécutés, et l’ennemi se mit à rechercher le chef de la ‘bande de La Main noire’, comme il l’appelait. Et le monde arabe palestinien entendit dire que la bande de La Main noire était le défenseur de la terre de Palestine et de ses habitants, et que l’appartenance à cette bande était un devoir national. »

La Main noire palestinienne n’a pas fini de faire rêver les islamistes. C’est son action que tentent de perpétuer les mouvements terroristes comme l’organisation Septembre noir, mais aussi les terroristes de Daech et al-Qaïda. Tous ont pour premier but la libération de la Palestine et de la Grande Syrie, exactement comme Izzeddine al-Qassam et selon ses vues. Comme lui, ils voient l’arabité comme un corps dont l’âme est l’islam. C’est d’ailleurs aussi l’opinion des Frères musulmans, et l’on peut se demander si le signe de rabia, leur signe de ralliement, une main noire sur fond jaune, ne s’inspire pas de la main noire qu’imprimaient les assassins sur le visage de leurs victimes.

Envoyer une lettre de menaces à des organisations juives en France, c’est un moyen d’imiter les méthodes de La Main noire durant la guerre de djihad déclarée par le mufti de Jérusalem en 1936 après la mort d’Izzeddine al-Qassam.

Derrière ce nom, il est pourtant probable qu’il y ait une ou deux personnes seulement : les vrais groupes terroristes n’envoient plus de lettres de menaces. Ils ont les moyens de publier des communiqués. Il n’empêche que cette lettre de menaces produira le même effet grâce à la publicité qu’elle a reçue. Les terroristes désirent-ils autre chose que cette publicité gratuite qui leur permet de paraître plus grands et plus forts qu’ils ne sont ?

Lina Murr Nehmé, 19 juillet 2018

Commander Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique

« La Main noire », une menace qui dit bien son nom

 

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Pourquoi on brûle des voitures en France ?

 

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J’ai entendu beaucoup de choses étranges au sujet de cette nouvelle tradition des voitures brûlées “pour la joie”, et j’ai même entendu des gens la défendre.

On oublie que si pour certains, c’est un feu de joie, un gentil amusement, pour d’autres, c’est la ruine, la perte de leur emploi et d’années de dettes et de traites.

On ignore aussi que cette mode a été spécifiquement lancée par al-Qaïda dans les années 1990. Auparavant, on ne célébrait pas le Nouvel An en brûlant des voitures dans certains quartiers.

Voici une conversation qu’il y a eu dans les lignes de cette page :

Lina Murr Nehmé : “Ces voitures représentent pourtant des dettes et des traites… Al-Qaïda appelle avec acharnement à procéder à ces destructions pour faire du tort aux mécréants, en recommandant de ne pas brûler les voitures dans les quartiers peuplés de musulmans.”

Une lectrice : “Oui tout à fait , ce sont les “mécréants” à qui on brûle ou détruit les voitures, je l ‘ai assez vu par chez moi, pas plus tard que la semaine dernière, mon pauvre voisin de palier en a fait les frais… j’espère chaque jour que ce ne sera pas mon tour, et en effet [il y a] des dettes et des traites, mais ils n’en ont strictement rien à faire évidemment…
Il ne reste plus que les yeux pour pleurer, parce qu’évidemment de vieilles voitures ne valent plus rien à l’argus, donc l ‘assurance ne rembourse presque rien….et souvent elles ne sont même pas finies de payer. Si cela m’arrive, plus de voiture et aucun moyen de m’en payer une autre, donc plus de travail.”

Ci-dessous, traduction d’une de ces incitations d’al-Qaïda. Détails d’une page de Fatwas et Caricatures.

Lina Murr Nehmé, 16 juillet 2018

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