Category Archives: Terrorisme

Mort de Fabien Clain

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Fabien Clain, un des deux frères qui avaient été des inspirateurs, des mentors de Mohamed Merah, n’est pas devenu un des hommes de Daech en France par hasard. Dès le début des années 2000, il travaillait pour al-Qaïda, et après les attentats de septembre 2001, “al-Qaïda en Irak”, l’organisation de Zarqawi, qui est par la suite devenue Daech. En fait, il avait toujours travaillé pour les mêmes: les gens de Ben Laden et de Zarqawi. Quand ces derniers ont changé de nom et se sont coupés d’al-Qaïda, il est resté avec eux.

Son expérience djihadiste en France depuis le début des années 2000, lui a permis d’organiser le massacre du Bataclan, des cafés avoisinants, et le massacre avorté du stade de France où était supposé mourir François Hollande.

Il n’était pas le seul à s’être rangé du côté de Daech contre al-Qaïda: son ami Sabri Essid, le demi-frère de Mohamed Merah, avait fait de même, et il avait même fait assassiner un Palestinien en Syrie par un enfant toulousain, en direct devant la caméra, qu’il avait fait diffuser à temps pour qu’elle passe aux infos le jour de la commémoration de l’assassinat, par Mohamed Merah, du soldat français Imad ben Ziaten.

Pour plus de détails concernant cette histoire et ses racines, lire le chap. 25 de mon livre Fatwas et caricatures (Salvator, 2015).

Lina Murr Nehmé, 23 février 2019

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Du bon usage de la gifle

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Miliciens nassériens à Beyrouth, pendant les “Evénéments de 1958”, improprement appelés “guerre civile” par la propagande. Photo : Getty

J’ai raconté jeudi dernier (31 janvier) la scène que mon père m’avait faite parce que je m’étais exposée face à des miliciens armés.

Mais mon père avait fait pire en son temps. Durant la prétendue guerre civile de 1958, les étudiantes qui habitaient près de chez nous n’osèrent pas prendre les transports en commun pour rentrer de l’Ecole Normale, en région ouest, à Achrafié, Sin el-Fil, etc. Mes parents en bourrèrent la voiture. Les voitures de mes parents devaient être extensibles, quand je pense au nombre de passagers qu’ils réussissaient à y fourrer. Nous nous asseyions sur les genoux les uns des autres, ce qui fait que dans une VW coccinelle, nous pouvions être 6 ou 7, dépendant du nombre de bonnes ou de cousines qui montaient avec nous. Un jour, nous étions allés à Baalbek à 17 dans une voiture, il est vrai, américaine et décapotable, mais disposant de 5 places seulement. Il n’était évidemment pas question de ceintures de sécurité.

Ce jour-là, donc, où aucun de nous n’était avec eux, mes parents avaient fourré dans leur voiture toutes les étudiantes de l’Ecole Normale qui avaient demandé à ma mère de les prendre avec elle. Ils avaient été arrêtés à un barrage de gens de Nasser, qui comprenaient des Palestiniens et des Syriens. (Car durant cette prétendue guerre civile entre libanais, il y eut beaucoup plus de morts palestiniens et syriens que libanais.)

Les miliciens du barrage refusèrent de les laisser passer, je ne me souviens plus pourquoi, peut-être parce qu’il y avait des musulmanes parmi les filles et qu’ils ne voulaient pas qu’elles aillent en quartier chrétien.

Mon père cria des injures et dit: “Frère de p… ! Ce n’est pas vous qui m’empêcherez d’aller chez moi.” Il descendit à toute vitesse, gifla le milicien le plus proche de lui si fort qu’il le fit tomber, remonta en voiture, démarra à quadruple vitesse et força le barrage. Ils leur tirèrent dessus, mais ne réussirent à atteindre aucun d’eux. Tout ceci, sachant que ma mère était enceinte de mon frère Kamal, à son neuvième mois.

Les jours suivants, la famille appela mes parents en leur disant de fuir à la montagne : on pensait que le quartier chrétien allait être envahi par les gens de Nasser. Mes parents refusèrent, et pendant que les batailles faisaient rage, ils mettaient un 78 tours, la “Petite Musique de Nuit” de Mozart, assez haut pour couvrir le bruit des combats, et ils me faisaient danser. J’avais près de trois ans. Ils me firent tellement danser sur cette musique durant ces combats que le disque en fut tout rayé.

Quand, à l’âge de quatorze ans, je me mis à explorer la discothèque de mes parents, je tombai sur ce disque. Je le posai sur le tourne-disque, et au milieu des bruits de fond et des rayures, je reconnus une musique familière. Mais je n’appris l’histoire de la danse que des années plus tard.

Lina Murr Nehmé, 3 février 2019

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Les 130 djihadistes sont-ils français ?

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Dans cette vidéo diffusée par Daesh (voir en fin d’article), des djihadistes français brûlent leur passeport devant la caméra et appellent les musulmans de France à renier la nationalité française et à rejoindre l’Etat islamique en Syrie… pour combattre les Syriens, les Libanais, et plus tard, les Israéliens. Ils appellent à commettre des attentats en France. (C’était en 2014, un ou deux mois avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher en janvier 2015, comme par hasard.)

L’un des djihadistes français a été reconnu comme ayant participé au massacre de 18 Syriens et d’un Américain (Analyse Euronews).

Parmi eux se trouve Quentin Le Brun, originaire de la région d’Albi :

“[Il] apparaît dans une vidéo de sept minutes diffusée par le forum djihadiste Al-Hayat en novembre 2014, en compagnie de deux autres Français, Kevin Chassin (mort dans un attentat-suicide à Mossoul en 2015) et Romain Garnier (prisonnier des forces kurdes depuis décembre 2017). Romain Garnier appelait les musulmans français à venir rejoindre l’Etat islamique ou bien à tuer les Français « par les armes, les voitures, le poison ».”

(Paris Match, 01/02/2019)

Malgré tout, la Syrie, et notamment les parties kurdes de ce pays, ont reçu des menaces diplomatiques très claires: ils ne doivent pas toucher aux citoyens français. C’est pourquoi ils n’y touchent pas en effet, mais évidemment, ils ne diront pas ce qui s’est passé dans les coulisses, qui les a poussés à préserver leurs assassins et à vouloir leur procurer les douceurs françaises.

Il est bien étrange d’interdire ainsi aux Kurdes et aux Syriens de juger ceux qui ont commis des crimes chez eux. D’après le droit international, un criminel est jugé d’après les lois du pays dans lequel il a tué. C’est pourquoi quand la France met la main sur un assassin syrien, elle le juge selon ses propres lois, elle ne l’extrade pas vers la Syrie. Si elle exige l’extradition de ces djihadistes, c’est au nom de la loi du plus fort. La France ayant déclaré que ces djihadistes étaient des citoyens français, ils lui sont à ce titre plus précieux que les citoyens syriens qu’ils ont assassinés.

Mais sont-ils français? Un djihadiste est citoyen de l’Etat islamique qui, comme son nom l’indique, est un Etat. Et la double nationalité ne peut être cumulée, puisque cet Etat, le califat, est l’ennemi de la France. Le gouvernement français l’a d’ailleurs signalé après les massacres en 2015: il y a “une guerre” entre la France et Daech, et ce n’est pas la France qui a déclaré cette guerre à Daech. Dans ce cas, comment concevoir que des citoyens français, ayant renié leur citoyenneté pour adopter celle de l’ennemi, puissent être considérés comme des citoyens français? Ils ont quitté la France pour aller en Irak ou en Syrie aider le califat à envahir le monde. L’idée était de faire flotter le drapeau noir sur l’Elysée, Matignon, Downing Street, Windsor et… surtout, Saint-Pierre de Rome. L’un de ces djihadistes occidentaux, Emwazi, dit “Jihadi John”, l’a dit dans la vidéo de l’assassinat des coptes.

Si le gouvernement français l’a oublié, il n’en est pas de même des djihadistes concernés. Ils savent qu’en cas d’amnésie, leurs compagnons, citoyens du califat, les tueraient.

Lina Murr Nehmé, 1er février 2019

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Politique illogique à l’égard des chiites

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Dans mon article d’hier, j’ai parlé de la bombe nucléaire pakistanaise qui existe depuis les années 1990, et dont les Américains n’ont pas tenu compte, puisqu’ils ont alors collaboré avec les Pakistanais pour aider al-Qaïda et les talibans. Le régime pakistanais utilisait une partie de cet argent américain à ses recherches nucléaires et à la construction de madrassas radicales déobandies, qui enseignaient la haine du mécréant, du chiite, du juif, du chrétien, le meurtre du blasphémateur, etc.
 
Un lecteur m’a reproché de n’avoir pas parlé d’Israël ni des chiites. Voici ce que je lui ai répondu :
 
“Revenez quelques années en arrière. Le Pakistan est devenu un Etat islamique deux ans avant l’Iran. Il a instauré la charia dès 1977, et il a représenté un danger pour l’Iran et pour Israël, non? Puis quand la révolution iranienne a eu lieu, n’est-ce pas qu’Israël a aidé Khomeiny en achetant son pétrole, et s’est justifié en disant que les Iraniens étaient les plus éloignés géographiquement par rapport à Israël? Les Israéliens n’ont-ils pas bombardé la centrale nucléaire irakienne le 7 juin 1981 ? N’ont-ils pas ensuite aidé l’Iran en lui vendant des armes pour qu’il ne s’effondre pas face à l’Irak? (L’affaire des Contras, appelée “affaire Iran-Contra” ou encore “Irangate”.)
 
A tort ou à raison, autrefois, Israël pratiquait l’alliance avec les minorités, ce qui était stratégiquement logique: les chiites représentent 10% des musulmans du monde; en les aidant, ils diminuaient la force des autres. En outre, ils pensaient, à raison, que les plus dangereux sont ceux qui tuent le plus.
 
Maintenant, ils pratiquent une politique illogique: en attaquant les chiites, ils augmentent la force des sunnites et laissent face à eux un bloc qui fait plus d’un milliard de personnes, alors qu’eux-mêmes ne sont que quelques millions. En notant qu’en 1982, les chiites libanais ont accueilli les Israéliens en leur jetant des fleurs et du riz.
 
Je veux bien critiquer les mollahs. Mais je voudrais aussi rappeler que ceux qui ont commis, en France, tous les attentats djihadistes depuis quelques années, n’étaient pas chiites, mais sunnites :
 
2012:
– Toulouse, meurtre de soldats français
– Montauban, meurtre d’un rabbin et de ses deux petits enfants, et d’une petite fille dans une école juive
 
2015:
– Charlie Hebdo,
– L’hypercasher,
– Dammartin-en-Goële
– Saint-Quentin-Fallavier
– Train Thalys le 21 août 2015
– Massacres du Bataclan et des autres cafés + la tentative de massacre au stade de France
 
2016:
– Double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville
– Attentat du 14 juillet 2016 à Nice, un camion écrase et tue des dizaines de personnes
– Attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray et égorgement d’un prêtre qui avait aidé les musulmans à construire une mosquée sur un terrain d’Eglise.
 
2017 :
– Attaque contre des militaires au Carrousel du Louvre
– Attentat du 20 avril 2017 sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris et mort d’un policier
– Assassinat de Sarah Halimi
– Attaque contre des militaires à Levallois-Perret
– Attaque par arme blanche à la gare Saint-Charles de Marseille, qui a tué deux jeunes filles au cri d'”Allahou Akbar”
 
2018
– Attaques du 23 mars 2018 à Carcassonne et Trèbes et égorgement du lieutenant-colonel Beltrame
– Attaque du 12 mai 2018 à Paris
– Assassinat du professeur d’anglais dans son université à Courbevoie
– Attaque du 11 décembre 2018 au marché à Strasbourg
 
2019
A suivre
 
Tous ces attentats, rien qu’en France, sont sunnites, et je ne cite pas les attentats en Amérique, en Afrique, en Angleterre, en Belgique, à Bali, en Allemagne, en Afrique du Nord, au Levant. Je ne cite pas non plus toutes les manifestations contre les caricatures de Mahomet qui ont tué et qui — à une ou deux exceptions près — étaient sunnites et non chiites. Elles ont tué plus de cent Nigérians, ce n’est pas rien !
 
J’ajoute qu’al-Qaïda, Daech, Nosra, Boko Haram, Shabab, les Talibans, les partis pakistanais que nous avons vu défiler contre Asia Bibi, sont tous sunnites.
 
Et que tous les attentats dont a souffert Israël depuis des décennies, sont sunnites. Seul le Hezbollah est chiite, et combien d’attentats a-t-il commis en Israël? Combien l’OLP et le Hamas en ont-ils commis?
 
Non, cette politique n’est pas logique, c’est une politique dictée par d’autres, car elle vise à affaiblir une minorité, la juive, en fortifiant la majorité sunnite, en éliminant les minorités armées qui peuvent se dresser face au projet de l’Etat islamique sunnite. Lisez les textes officiels saoudiens. Lisez mes livres. Je n’ai pas épargné l’Iran quand j’en parlais. Mais aussi, gardons les proportions et les chiffres en tête et cessons de raisonner en fonction de ce que dit le journal télévisé dicté par une certaine politique !
 
Je conclus que la manifestation palestinienne, à Paris, dont voici la photo, est sunnite et non chiite.”
Lina Murr Nehmé, 12 janvier 2019
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L’encombrant Cherif Chekatt

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On se dispute au sujet d’enterrer Cherif Chekatt, l’assassin de Strasbourg, dans une tombe à son nom, ou dans une tombe anonyme. Et maintenant, la famille réclame son rapatriement en Algérie !

Vu la barbe du papa, on comprend qu’un tel rapatriement sera prétexte à une noce. Le fils bon à rien qui s’est suicidé en tuant, deviendra le héros qui glorifiera la famille.

Quant à la tombe à son nom à Strasbourg, je ne vois pas pourquoi on paierait une tombe à un assassin alors que les Français pauvres sont jetés à la fosse commune. Et cette tombe, connue, va attirer les islamistes qui viendront l’honorer.

Un rapatriement en Algérie lui procurerait cent fois plus d’hommages. Ces honneurs seraient criminels, non seulement parce qu’ils insultent la mémoire de victimes innocentes, mais aussi, parce qu’ils amèneront d’autres morts.

Bien des djihadistes ont tué par envie, parce qu’ils voyaient qu’on parlait beaucoup de djihadistes morts. En pensant au djihadiste mort, ces jeunes ne le voient pas en miettes ou charogne pourrissante, mais bel amateur se vautrant dans les plaisirs alimentaires et sexuels. Alors le pauvre type qui, sur terre, n’arrive pas à plaire aux filles et bave devant une bouteille d’alcool dans une vitrine, voit dans l’attentat un moyen d’acquérir la célébrité et le sexe à volonté avec des vierges, et de boire le vin qui lui est interdit sur terre.

Mohamed Merah, stimulé par la pensée des terroristes du 11-Septembre, clamait qu’il désirait la mort pour avoir les femmes. Je me souviens de la colère de l’imam de Sidon (Liban) qui fulminait après un attentat-suicide qui avait tué beaucoup de personnes en Syrie, disant: “Il a fait ça pour coucher avec les houris! Pour lui, il n’y a pas de houris !”

 

Lina Murr Nehmé, 20 décembre 2018

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Le silence autour de la tragédie du Bataclan

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En écrivant le livre qui a été publié il y a un an (1), j’ai travaillé sur les atrocités qui ont eu lieu au BATACLAN, le 13 novembre 2015, égorgements, éviscérations et autres.

Ces atrocités ont été très peu répercutées par la presse, parce que c’était gênant et que ce n’était pas politiquement correct. Il y a pourtant eu assez de témoignages cités tout de même, pour que je puisse reconstituer la vérité dans ce livre. Et le pire se trouve dans le rapport parlementaire. Quand j’ai donné le manuscrit à mon éditeur, j’ai cru qu’il me dirait comme tout le monde: “Ce n’est pas vrai”, et qu’il insisterait pour que j’enlève le passage, qui pourtant était très important.

Au contraire, il a abondé dans mon sens et il m’a dit que c’était arrivé au fils de quelqu’un qu’il connaissait. Ce jeune avait été tellement mutilé et éviscéré, qu’on n’a pas pu montrer le cadavre à son père. Quand j’ai demandé à l’interviewer, mon éditeur a refusé de nous mettre en relation, disant que le sujet était “extrêmement sensible” et qu’il en avait beaucoup souffert. Je comprends cela, et je n’ai pas insisté.

Oui pour respecter la douleur des familles. Non pour diminuer l’horreur de ce qui est arrivé, et donc, diminuer la peur de voir cela se répéter. Car vous remarquez bien que tout est oublié maintenant, au point que Médine ait pu, non seulement exiger de chanter là-bas (et ses désirs sont des ordres vu l’argent qu’il apporte) et passer pour une victime.

Je ne parle pas d’un repliement égoïste sur soi. Je l’ai toujours dit et je ne change pas de langage: seul l’amour peut résoudre les problèmes. Ils nous haïssent. Si nous les haïssons en retour, nous leur aurons donné une victoire double. Car ils cherchent à nous pousser à devenir comme eux, et notre salut ne se trouvera que dans un comportement totalement opposé au leur.

Je voudrais entendre un seul de ces politiciens dire cette vérité qui peut être impopulaire à cause de la surenchère. Je voudrais entendre un seul prêtre (ou disons, beaucoup de prêtres) dire qu’on ne peut pas aimer ses ennemis si on leur passe n’importe quoi, et que si nous sommes exigeants envers nous-mêmes, nous devons aussi être exigeants envers ceux qui n’ont pas la même religion, la même nationalité, la même couleur. Nous le devons par respect pour l’être humain qui est en eux et qui doit être notre égal.

La justice n’est pas censée châtier pour venger, mais simplement, parce que le crime est contagieux et que le devoir de la société est de protéger l’être humain contre ses propres instincts. La loi et ses châtiments sont des barrières qu’on dresse entre l’être humain (qui peut être nous-mêmes quand nous sommes dans la même situation) et le fleuve de la tentation.

Finissons avec ce verbiage moralisateur qu’on entend d’église en église. On n’aime pas celui que l’on méprise au point de refuser de le tenir pour responsable et de haïr ses victimes parce qu’elles souffrent. La tuerie du Bataclan a été connue et a donné de la jouissance, au moral sinon au physique, à un certain nombre de personnes en France, parce qu’on leur a appris que c’était quelque chose de saint. C’est là la racine de la tragédie. Car avant d’être la tragédie de ceux qui sont tués et éviscérés au couteau, elle est la tragédie de ceux qu’on a convaincus que s’ils faisaient cela, ils iraient coucher avec de belles femmes, à l’instant même où ils mourraient.

Et je rappelle que les victimes, ce ne sont pas seulement ceux qui sont morts au Bataclan (ou ailleurs), ce sont surtout leurs familles qui vivent avec le souvenir. Au lieu d’en vouloir à celles-ci parce qu’elles n’arrivent pas à oublier ou pardonner, il serait bon de ne pas les pousser dans leurs retranchements en les traitant de nazis, comme si le premier nazi n’était pas celui qui tue sur la base de la race, ou de la religion.

1 Le livre dont je parle est L’islamisme et les Femmes. Je n’ai pas voulu mettre son nom en tête de l’article pour ne pas me faire de publicité sur le dos des victimes.

Lina Murr Nehmé

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Ci-dessous extrait tiré d’un article du “Monde” dont on parle beaucoup en ce moment, sur le père d’une des victimes du Bataclan

“Ce vendredi soir-là, il regardait le match de football France-Allemagne chez lui, à Lille, lorsque ont résonné les premières détonations des attentats parisiens. Il sait alors que son aînée, Nathalie, régisseuse lumière, assiste à un concert au Bataclan avec des amis. Il appelle. Rien. Prend sa voiture, avale en trombe les 200 kilomètres d’autoroute qui le séparent de la capitale. Il n’apprendra que quarante-huit heures plus tard que sa fille est morte, mais ne pourra la voir qu’à travers la vitre de l’Institut médico-légal de Paris. Sans même pouvoir « lui faire un bisou ».
“Depuis, Patrick Jardin ne peut plus suivre un match sans appréhension, lui le passionné de foot, un temps arbitre de haut niveau amateur. Il ne quitte plus la région lilloise sans faire un détour par le cimetière. Ne passe plus par Paris sans se recueillir devant « la toute petite plaque » d’hommage aux victimes, installée dans le square situé en face du Bataclan. Même lorsqu’il évoque des souvenirs heureux, comme le récent mariage de son fils, c’est pour insister, avant tout, sur l’absence de Nathalie. Trois ans après les attentats, il paie d’ailleurs toujours le forfait téléphonique de la jeune femme, pour pouvoir l’appeler quand il ressent le besoin d’entendre sa voix sur le répondeur. Il est allé jusqu’à récupérer les photographies prises par les médecins légistes lors des constatations judiciaires. « Là. Vous voyez ? » Il lui arrive de les sortir de son téléphone, sans prévenir, puis de souligner avec son doigt ce qu’il pense être les stigmates d’un égorgement. « Je ne dis pas qu’elle a été égorgée, mais je ne pourrai jamais être sûr. On nous cache tellement de choses », avance-t-il. Est-ce qu’il les observe souvent, ces photos ? « Ça m’arrive », murmure-t-il.
“La quête du moindre détail sur la mort de sa fille est devenue son obsession. « Je passe ma vie à ça », confie-t-il d’une voix ferme. Refaire l’enquête, coûte que coûte, malgré les évidences. D’après le rapport d’autopsie, le corps de Nathalie était criblé d’éclats de balle. Un élément presque oublié par son père, qui retient surtout qu’elle a succombé à un « traumatisme thoracique », ce que les experts désignent par le terme « pneumothorax », un décollement du poumon. Un choc bien connu de la médecine militaire, qui a conduit Patrick Jardin à se persuader que Nathalie aurait pu être sauvée si les secours étaient intervenus plus tôt…
Mais n’allez pas lui coller « une étiquette de facho dans le dos », comme il dit. Il refuse d’être qualifié de « raciste ». Lui préfère se dire « gaulliste », « nationaliste » et « patriote », comme toute la mouvance d’ultradroite. D’ailleurs, s’il a voté Marine Le Pen à la présidentielle, c’était surtout « par dépit » et parce que « surtout pas Macron » : « Il va laisser entrer encore plus de migrants en France, il faut mettre le holà. » Etait-il déjà si radical, avant les attentats ? Il a bien « un petit antécédent », une histoire de foot dans laquelle il avait « traité quelqu’un de sale Nègre », qui lui a valu six matchs de suspension et trois mois de prison avec sursis. Il raconte aussi les vols de voitures et de pièces d’outillage à répétition, dans son ancienne concession automobile de Tourcoing (Nord), et l’impuissance du commissariat voisin à coincer les coupables. C’est de là, à l’entendre, que daterait son sentiment grandissant d’un Etat bien trop faible.”

(par Elise Vincent et Lucie Soullier)

Lina Murr Nehmé, 29 septembre 2018

Source : https://www.lemonde.fr/long-format/article/2018/09/28/apres-le-bataclan-un-pere-sur-le-chemin-de-la-haine_5361248_5345421.html

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Angleterre: un prédicateur appelle à l’islamisation totale du pays

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Sermon en Angleterre: je ne connais pas le nom du sympathique imam, que j’ai pourtant vu plusieurs fois dans les vidéos que je me suis infligé le supplice de regarder quand j’ai travaillé sur Omar Bakri, le gentil islamiste ami avec Achraf Rifi (pour qui j’ai brûlé le drapeau de Daech).

Omar Bakri s’est collé au Liban depuis que l’Angleterre ne veut plus de lui, et ce Syrien s’est fait, par faveur, naturaliser libanais. Oh horreur! Je crois que je vais brûler une deuxième fois le drapeau de Daech rien que pour lui.

En tout cas, le sympathique imam qui semble avoir poussé sur la foulée d’Omar Bakri dans le Londonistan, annonce à l’Angleterre (je traduis):

“Le cauchemar dans le 10 Downing Street (le Matignon anglais), c’est quand un musulman qui marche donne un coup de pied dans la porte du et le calife pénètre, et établit la charia.

— Criez “Allahou Akbar!” interrompt un homme.

— Allahou Akbar! crie l’asssemblée

— Le cauchemar dans le 10 Downing Street, c’est quand quelqu’un, un musulman, jette une corde sur l’horloge de Big Ben et qu’il y grimpe et qu’il y hisse le drapeau de “La Ilaha illallah“.

“Le cauchemar dans le 10 Downing Street, mes frères, c’est quand un musulman conduit avec un hélicoptère et arrive au sommet de Big Ben et qu’il y remplace les chiffres latins en chiffres arabes. Voici, mes frères, le cauchemar pour le 10 Downing Street.

“Et comme vous comprenez, nous, musulmans, nous ne sommes pas de ces musulmans modérés au chocolat, de ceux qui baissent la tête devant le gouvernement.

“Non, nous voulons plutôt travailler, inchallah, pour la cause d’Allah, pour établir l’islam, et faire en sorte que David Cameron vienne sur ses mains et sur ses genoux et nous paie la jizya (amende religieuse imposée aux chrétiens et aux juifs).

“Oui, c’est cela. Ensuite, nous couvrirons toutes les femmes, nous leur ferons mettre le niqab sur leur visage, y compris la reine Elizabeth, y compris Kate Middleton”.

On ne sait s’il faut rire ou s’il faut pleurer en regardant ce monsieur. Mais ceux qui disent qu’ils nous aiment alors qu’en même temps ils disent aux pauvres adolescents de suivre des livres qui parlent comme cet imam, est-ce qu’ils ne sont pas aussi coupables que lui ?

Lina Murr Nehmé, 25 août 2018

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Appels au djihad dans une vidéo de la BBC

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Un sermon appelant au djihad en anglais. Un de plus : ces sermons sont innombrables en Angleterre, vu la littérature que propage l’Arabie Saoudite pendant les pèlerinages (et qu’elle ne fait pas en français).

J’ai traduit dans Fatwas et caricatures un texte terrible propagé par les Saoudiens en anglais, et j’ai également traduit les appels au meurtre lancés en plein Londres, appels contre le Danemark, mais aussi, la France et l’Angleterre.

La BBC est très précautionneuse et n’ose pas dire que ce que montre sa vidéo, ce sont des appels au djihad. Evidemment oui : toute personne connaissant un peu le Coran sait que oui. La question étant donc de savoir si ce sermon a vraiment eu lieu à telle date, en tel lieu.

Aux dires de la BBC, et vu la date à laquelle il aurait eu lieu, ce sermon appelant à faire le djihad et glorifiant les kamikazes, aurait peut-être inspiré le jeune Abedi, qui fréquentait cette mosquée, et qui est allé, dix jours plus tard, acheter un ticket pour un concert à Manchester, et se faire exploser, tuant une vingtaine de personnes.

Lina Murr Nehmé, 17 août 2018

www.bbc.com/news/uk-44729727

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Qui donc maltraite les migrants ?

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La France est bien dénigrée au sujet des migrants. Pourtant, elle les traite mieux que les Français de souche qui n’ont plus de toit. Il est vrai que la voix de ces derniers ne peut se faire entendre.

En face, la Libye, pour dissuader les migrants chassés par la guerre de hanter ses terres, les vend en esclavage. Et l’Algérie les expulse carrément, radicalement, par centaines dans le désert, où ils peuvent mourir avec les migrants abandonnés par les trafiquants. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) affirme en avoir secouru 10.000 ainsi laissés au soleil, à la faim et surtout à la soif.

“Ils ont pris toutes nos affaires – argent, téléphone portable… tout, raconte un de ces migrants renvoyés dans le désert, un Malien. Ils nous ont maltraités et ils nous ont déposés dans le désert du Sahara. Et puis, nous avons été obligés de marcher des dizaines de kilomètres pour atteindre Assamaka, la première ville frontalière. C’était comme marcher en enfer. Les femmes enceintes et les enfants mineurs marchaient difficilement tandis que le soleil du Sahara était vraiment brûlant. Nous n’avions rien à manger et nous avons appris qu’au moins deux personnes sont mortes dans les dunes.”

Et les organisations prétendument humanitaires, ainsi que le Vatican, de réserver leurs reproches les plus durs à l’Europe, et particulièrement à la France. On intente des procès, tirant sur tous ce qui osent dire ce qui arrive. On ne va pas voir la tragédie des migrants en France et celle que ces derniers font subir aux femmes et autres riverains (cf. L’Islamisme et les femmes).

Les fachos, mes chers, ce ne sont pas ceux qui disent de renvoyer chez eux, dans des moyens de transport respectables et en leur payant le trajet, les migrants auxquels on ne peut pas assurer une vie décente. Les fachos, qu’ils se disent de droite ou de gauche, ce sont ceux qui mentent en prétendant qu’il est humain de parquer dans les rues de France à #LaChapellePajol ou à #Calais ou ailleurs les migrants qu’on ne peut pas loger.

Ces fachos, ce sont ceux qui prétendent que c’est bon pour le tiers-monde de le dépeupler de ses forces vives pour rendre ces hommes malheureux, insatisfaits, dans un Occident qui ne correspond en rien à ce qu’on leur en avait dit. Jetés dans un centre d’accueil sale, ces migrants se bagarrent entre eux, car les musulmans sont recrutés par les islamistes, ils se radicalisent, et il faut bien qu’ils tourmentent les réfugiés chrétiens qui, eux, sont de vrais réfugiés fuyant le génocide, notamment les Soudanais du sud. On a tout cela à Calais et à la Chapelle-Pajol.

D’après la BBC, l’Algérie a défendu sa décision d’expulser les migrants comme nécessaire pour prévenir l’insécurité et le terrorisme. Elle ne voulait pas que des individus traversent la frontière sans que leur identité ne soit connue.

 

Lina Murr Nehmé, 16 août 2018

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Beyrouth, 10 juin 1976 : le FPLP enlève le journaliste belge Marc Thirion

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Durant la guerre du Liban, seuls des casse-cous comme Jean-Pierre Péroncel-Hugoz et le Belge Marc Thirion osaient résider dans la zone de Beyrouth qu’occupaient les Palestiniens et traverser la ligne de démarcation pour voir aussi ce qui se passait du côté chrétien.

Parlant de Marc Thirion, son ex-collègue Pierre Billen raconte au journaliste belge Michel Bouffioux :

« À l’époque, Marc couvrait la guerre civile du Liban pour plusieurs médias. Il connaissait parfaitement bien les enjeux locaux pour avoir passé une partie de son adolescence dans ce pays. Ex-para, c’était un homme de terrain qui aimait l’action. Pas question de rester planqué dans un hôtel, de se contenter des mêmes sources que tous les autres. Il allait chercher l’info, n’hésitant pas à passer d’un secteur de la ville à l’autre pour prendre la température dans les différents camps qui s’affrontaient. L’exercice était périlleux, bien sûr… En plus, il était réputé pour avoir des rapports francs et sans langue de bois avec des interlocuteurs comme des chefs de milice, qui n’étaient pas habitués à cela. Il écrivait et disait ce qu’il constatait sans faire de compromis, sans accepter de céder aux pressions de telle ou telle faction.”

Je me souviens de ces articles: quand Marc venait chez nous, il m’en offrait une photocopie — une primeur avant la parution de l’article dans la presse belge. Je lui ai plusieurs fois dire qu’il ne devait plus résider dans la zone occupée par les Palestiniens, alors qu’il disait aussi la vérité sur leur corruption.

Marc fut enlevé le 10 juin 1976 par le FPLP, une des organisations de l’OLP. Il aurait été tué, accusé d’être un agent israélien. Mais c’était l’accusation classique: ils donnaient ce nom à toute personne dont ils voulaient justifier le meurtre. Le journaliste Antoine Sfeir, enlevé vers la même époque, affirme l’avoir entendu hurler dans la chambre de torture.

Marc Thirion a disparu sans laisser trace, comme ceux dont je parle dans mon livre Les Otages libanais dans les prisons syriennes. La seule pensée de cette comparaison me fait frémir. C’est une chose de parler d’otages qu’on ne connaît pas — et dont le calvaire fut tout de même terrible à décrire —, c’en est une autre d’imaginer cela arrivant à un ami.

Lina Murr Nehmé, 14 août 2018

 

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