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Douma : les puissances occidentales frappent sans enquête

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Parlant de l’attaque chimique à Douma, Macron affirme, sans enquête, que “Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute.” Et il justifie ainsi une attaque contre le régime et non contre les terroristes. Un rappel de ce que sont les terroristes de Douma dans cette Vidéo de propagande diffusée par le Jaych el-Islam, principal groupe qui combat l’armée syrienne à partir de Ghouta.

Fondé par un Frère Musulman, le Jaych al-Islam a à son actif le viol, l’enlèvement ou le meurtre de milliers de Damascènes. Même si les médias officiels n’en parlent pas, il est facile de l’imaginer quand on écoute le discours (traduction anglaise sous l’image) du chef, s’adressant à une nouvelle promotion de “soldats de l’islam”.

Le nom “Jaych al-Islam” signifie en effet “l’Armée de l’islam”. C’est un groupe djihadiste qui affirme avoir pour but de reprendre le travail de conquête de Mahomet et des premiers califes.
Les médias, trompés par des sources d’information biaisées, prétendent que le Jaych al-Islam et les autres formations qui combattent à Ghouta sont des “rebelles syriens” représentatifs de la population. Ce n’est pas le cas. Le Jaych al-Islam a plusieurs fois annoncé la venue de groupes venant de diverses régions du pays. À ces groupes peuvent s’ajouter les djihadistes venus des pays arabes et de l’Occident, voire même du Pakistan, de l’Inde et de la Chine. Enfin, on ignore en Occident que nombre de miliciens en Orient ne sont que des mercenaires, souvent poussés par la faim. Sur ce plan, le versement d’argent par l’Arabie Saoudite et d’autres puissances pour l’extension de l’islam en Syrie, est la seule raison de l’existence d’une grande partie de ces milices, qui se débanderaient si cet argent cessait d’arriver. Quant aux effectifs du Jaych el-Islam, ils sont monstrueux, compte tenu de la petite taille de Ghouta face à une métropole comme Damas. Voici ce qu’on lit dans le journal “Le Monde” au sujet des trois armées — toutes djihadistes — dont le sort se joue en ce moment à Ghouta :

“L’enclave de la Ghouta est tenue par plusieurs groupes rebelles et djihadistes. Le plus puissant est Jaych Al-Islam (l’Armée de l’islam). Il s’agit d’un groupe salafiste soutenu par l’Arabie saoudite, dont le siège dans la Ghouta se trouve à Douma, la localité la plus importante de l’enclave. On estime ses effectifs à 10 000 hommes, disposant de blindés, de pièces d’artillerie et de mortiers.

“Le deuxième groupe en termes de taille et d’influence est Faylaq Al-Rahman, soutenu par la Turquie et le Qatar. Il compterait 8 000 hommes dans la Ghouta orientale. Les zones placées sous son contrôle, au centre de l’enclave, sont les plus touchées par les bombardements du régime.

“Ahrar Al-Cham, un groupe originellement d’inspiration djihadiste, a également un ancrage dans la Ghouta orientale. Hayat Tahrir Al-Cham, un groupe lié à la nébuleuse Al-Qaida, maintient par ailleurs une présence dans le territoire rebelle. Jaych Al-Islam et Faylaq Al-Rahman ont échoué à obtenir du régime l’arrêt des combats et la reconnaissance d’une forme d’autonomie locale en échange de l’expulsion de Hayat Tharir Al-Cham de la Ghouta orientale.”

Façon pudique de dire que le Hayat Tahrir Cham est spécifiquement l’alliance de Nosra (al-Qaïda-Syrie) et d’autres groupes moins importants et que Nosra domine.

Lina Murr Nehmé, 14 avril 2018

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Vidéo de propagande du Jaych al-Islam

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Quels seraient les résultats d’une intervention occidentale en Syrie ?

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La guerre contre l’Irak en 2003 avait donné naissance à Daech. Une guerre semblable contre la Syrie pourrait créer un monstre plus terrible encore.

Aussitôt après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush décida d’envahir l’Irak. La CIA fut chargée de prouver que Saddam Hussein avait trempé dans ces attentats, qu’il avait des armes chimiques, bref, qu’il fallait l’attaquer. Il y eut alors un matraquage médiatique inouï, qui finit par convaincre le peuple américain et une partie de la communauté internationale, de la nécessité d’en finir avec le régime irakien.

Le 5 février 2003, le ministre Colin Powell, secrétaire d’État américain, fit un long discours à l’ONU pour obtenir son accord. Il prétendit que Saddam Hussein avait des armes chimiques et nucléaires, qu’il avait des relations avec Al-Qaïda par le biais de Zarqawi, et qu’il fallait l’attaquer pour toutes ces raisons.

Zarqawi était un repris de justice jordanien qui s’était radicalisé sous l’influence du mouvement Tabligh. Il s’était présenté à Ben Laden et lui avait proposé de le déléguer pour fonder al-Qaïda en Irak. Mais Ben Laden avait refusé. Pour lui, Zarqawi était un voyou, doublé d’un criminel, car il voulait massacrer les chiites et provoquer une guerre civile entre sunnites et chiites en Irak. Cette guerre civile, en brisant le peuple irakien, permettrait à al-Qaïda d’émerger et de prendre le pouvoir. Loin de vouloir tuer les chiites, Ben Laden avait réussi à s’entendre avec Khomeiny, et il œuvrait pour une alliance de tous les musulmans contre les “mécréants” qu’il appelait “les croisés”.

Al-Qaïda n’existait pas en Irak, parce que Saddam avait toujours refusé ses avances. Il combattait al-Qaïda et cherchait à arrêter Zarqawi. Mais ce dernier se cachait en territoire kurde, fabriquant des munitions et des armes chimiques, notamment de la ricine, poison violent contre lequel il n’y avait pas d’antidote.

Colin Powell parla de ce petit bandit fabriquant de poisons, comme s’il était l’égal de Ben Laden. Cela suffit à faire de Zarqawi un monstre de stature internationale. Ben Laden ne pouvait plus l’ignorer. Il consentit à ce qu’il installe al-Qaïda en Irak. Zarqawi prêta serment à Ben Laden et disparut pendant quelque temps. Il voulait rester en vie et attendre que les Américains brisent Saddam Hussein, pour que lui, Zarqawi, prenne sa place comme chef sunnite du pays.

Le deuxième décret que prirent les Américains en Irak fut la dissolution de l’armée irakienne. Ils jetèrent ainsi à la rue les 350 000 personnes qui y travaillaient. Ils eurent la mesquinerie de leur refuser non seulement des primes de licenciement, mais aussi, les paies auxquelles ils avaient droit. Réduits au chômage, personne ne leur donnant d’emploi, ces militaires mouraient de faim, et leurs familles aussi. Zarqawi recruta parmi eux un grand nombre de combattants et de cadres entraînés et aguerris. Ces sont eux qui constitueront l’essentiel de l’armée de Daech et lui vaudront ses victoires foudroyantes. Et des djihadistes venaient du monde entier s’offrir pour commettre des attentats-suicides. Un millier d’Irakiens, presque tous chiites, mouraient ainsi chaque mois. Ceci finit par provoquer la guerre civile que voulait Zarqawi. La division du peuple irakien ne faisait que le fortifier lui-même.

En juin 2006, Zarqawi fut tué par des frappes américaines. Son lieutenant Abou Bakr Baghdadi lui succéda et réussit à rassembler toutes les organisations islamistes sunnites d’Irak. Et il donna à cet ensemble dominé par al-Qaïda, le nom d’Etat Islamique en Irak.

En 2011, voyant la guerre éclater en Syrie, Baghdadi décida d’en profiter pour y installer al-Qaïda. Pour cela, il délégua en Syrie son lieutenant Joulani. Il lui donnait la moitié de son argent, de ses armes et de ses meilleurs lieutenants. Et Joulani fonda une organisation qu’il appela “al-Nosra”, et aussi “al-Qaïda-Cham”. Cham est le nom donné par les Arabes à l’ensemble formé par la Syrie, le Liban, Israël, les territoires palestiniens et la Jordanie).
Al-Nosra put ainsi avoir un essor foudroyant, notamment en débauchant les éléments de l’ASL (Armée Syrienne Libre). C’était la même stratégie qu’en Irak, puisque la plupart des membres de l’ASL étaient d’anciens militaires syriens.

Et Joulani prit ses distances avec Baghdadi et cessa de lui obéir. Ce dernier décida de l’attaquer et de le remplacer en Syrie. “L’Etat Islamique en Irak” devint “l’Etat Islamique en Irak et à Cham”, plus généralement appelé par son acronyme : DAECH.

Et Daech prit Raqqa et combattit al-Nosra et ses alliés syriens.

L’Arabie Saoudite avait longtemps financé Ben Laden et permis la création d’al-Qaïda. Par la suite, elle avait financé Zarqawi, Baghdadi et Daech. Plus tard, elle cessa de financer Daech et s’intéressa davantage à Nosra et à l’ASL, favorites de l’Occident qui les prétendait “modérées”. Pourtant, les djihadistes de l’ASL avaient été les premiers à couper des têtes et à en diffuser les vidéos. Et ils avaient été les seuls à se vanter, devant caméra et aux cris d’ “Allahou Akbar”, de ce qu’un de leurs chefs mangeait le cœur d’un soldat loyaliste.

Les Américains fournirent ainsi aux terroristes en Syrie un entraînement de qualité, et des armes pour abattre le régime laïque de Bachar el-Assad. Cela, contre la volonté de la majorité syrienne, qui le préfère, et de loin, aux mouvements djihadistes.

Les Américains parlent maintenant d’attaquer Bachar el-Assad comme ils avaient attaqué Saddam Hussein. Et sous le même prétexte: l’usage d’armes chimiques qu’aucune enquête internationale n’a prouvé à ce jour. En droit international, une telle action est appelée “agression contre un État souverain”. Et à supposer qu’elle ait lieu, qui sera mis à la place de Bachar ? Les seuls à avoir une force comparable la sienne sont les chefs des mouvements terroristes. Les personnes de valeur que comptait l’opposition avant la guerre, comme Michel Kilo, ont été écartées par les islamistes et sont parties, parce qu’elles refusaient de servir de caution aux organisations djihadistes.

Si cette guerre qu’annonce Trump a lieu, il est donc à craindre qu’elle ne laisse en Syrie un vide institutionnel comme celui que les Américains ont installé en Irak en remplaçant un gouvernement qui tenait le pays, par un gouvernement faible, corrompu, qui leur était obéissant, et était haï du peuple. La stratégie habituelle du conquérant qui se fait représenter par des hommes de paille.

Si cela arrivait, nous aurions un monstre plus terrible que Daech, et alors, l’Occident pourrait ne pas lui échapper. Joulani et son ancien maître, Baghdadi, ont la même idéologie, les mêmes ambitions et les mêmes méthodes l’un que l’autre. La destruction de Daech a débarrassé Joulani et ses lieutenants d’un rival. Sur la voie du pouvoir, il ne lui reste plus qu’un seul obstacle : Bachar el-Assad.

La disparition de Daech et de son plus puissant adversaire en Syrie poussera les djihadistes survivants et désemparés à se tourner vers al-Nosra, et alors, c’est le chef de celle-ci qui sera le calife et reprendra le programme d’invasion mondiale de Baghdadi. Les cadres d’al-Nosra attendent donc leur heure en silence.

Lina Murr Nehmé, 11 avril 2018

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Le site de Brad bombardé par les Turcs

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Pour illustrer mon livre Si Beyrouth parlait…, j’avais pris cette photo des ruines de la ville morte syrienne de Brad, trois mois avant le début de la guerre syrienne.

Tout récemment, l’aviation turque aurait endommagé ce site de première importance archéologique et religieuse, où se trouve également le tombeau de saint Maron, patron des maronites.

On parle peu des villes mortes de Syrie, dont certaines ont été endommagées par les bombardements. Ceux des Turcs aujourd’hui, et ceuxde leurs alliés depuis 2011. Ces alliés sont essentiellement des djihadistes, notamment l’ASL (Armée syrienne libre), rebuts de l’armée syrienne, et les premiers à avoir procédé à des égorgements devant caméra, et même, à avoir diffusé un acte de cannibalisme filmé.

L’ASL a constitué l’essentiel des effectifs d’al-Qaïda quand celle-ci est venue d’Irak en Syrie pour fonder la branche syrienne d’al-Qaïda appelée Nosra. Nosra est ainsi la fille de Daech.

L’ASL, Nosra, Daech et plusieurs autres organisations terroristes se sont battues entre elles ou contre l’armée syrienne (et souvent aussi contre les habitants) de la région des villes mortes, qui se situe en Syrie, à la frontière entre la Syrie et la Turquie.

On attend cependant la fin de la guerre pour savoir ce qu’il reste vraiment de ce précieux patrimoine archéologique datant des débuts du christianisme.

Lina Murr Nehmé, 26 mars 2018

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Qui sont les “rebelles syriens” de Ghouta ?

 

Le Jaych el-Islam est le principal groupe qui combat l’armée syrienne à partir de Ghouta. Fondé par un Frère Musulman, il a à son actif le viol, l’enlèvement ou le meurtre de milliers de Damascènes. Même si les médias officiels n’en parlent pas, il est facile de l’imaginer quand on écoute le discours (voir ci-dessous la vidéo de propagande avec traduction anglaise) du chef, s’adressant à une nouvelle promotion de “soldats de l’islam”. 

Le nom “Jaych al-Islam” signifie en effet “l’Armée de l’islam”. C’est un groupe djihadiste qui affirme avoir pour but de reprendre le travail de conquête de Mahomet et des premiers califes.
Les médias, trompés par des sources d’information biaisées, prétendent que le Jaych el-Islam et les autres formations qui combattent à Ghouta sont des “rebelles syriens” représentatifs de la population. Ce n’est pas le cas. Le Jaych al-Islam a plusieurs fois annoncé la venue de groupes venant de diverses régions du pays. À ces groupes peuvent s’ajouter les djihadistes venus des pays arabes et de l’Occident, voire même du Pakistan, de l’Inde et de la Chine.

Enfin, on ignore en Occident que nombre de miliciens en Orient ne sont que des mercenaires, souvent poussés par la faim. Sur ce plan, le versement d’argent par l’Arabie Saoudite et d’autres puissances pour l’extension de l’islam en Syrie, est la seule raison de l’existence d’une grande partie de ces milices, qui se débanderaient si cet argent cessait d’arriver. Quant aux effectifs du Jaych el-Islam, ils sont monstrueux, compte tenu de la petite taille de Ghouta face à une métropole comme Damas. Voici ce qu’on lit dans le journal “Le Monde” au sujet des trois armées — toutes djihadistes — dont le sort se joue en ce moment à Ghouta :

“L’enclave de la Ghouta est tenue par plusieurs groupes rebelles et djihadistes. Le plus puissant est Jaych Al-Islam (l’Armée de l’islam). Il s’agit d’un groupe salafiste soutenu par l’Arabie saoudite, dont le siège dans la Ghouta se trouve à Douma, la localité la plus importante de l’enclave. On estime ses effectifs à 10 000 hommes, disposant de blindés, de pièces d’artillerie et de mortiers.

“Le deuxième groupe en termes de taille et d’influence est Faylaq Al-Rahman, soutenu par la Turquie et le Qatar. Il compterait 8 000 hommes dans la Ghouta orientale. Les zones placées sous son contrôle, au centre de l’enclave, sont les plus touchées par les bombardements du régime.

“Ahrar Al-Cham, un groupe originellement d’inspiration djihadiste, a également un ancrage dans la Ghouta orientale. Hayat Tahrir Al-Cham, un groupe lié à la nébuleuse Al-Qaida, maintient par ailleurs une présence dans le territoire rebelle. Jaych Al-Islam et Faylaq Al-Rahman ont échoué à obtenir du régime l’arrêt des combats et la reconnaissance d’une forme d’autonomie locale en échange de l’expulsion de Hayat Tharir Al-Cham de la Ghouta orientale.”

Façon pudique de dire que le Hayat Tahrir Cham est spécifiquement l’alliance de Nosra (al-Qaïda-Syrie) et d’autres groupes moins importants et que Nosra domine.

Vidéo de propagande diffusée par le Jaych el-Islam, principal groupe qui combat l’armée syrienne à partir de Ghouta.

Lina Murr Nehmé, 22 mars 2018

La censure dans les médias américains: elle peut aller très loin

Contrairement à ce qu’on peut croire, les médias américains sont, en matière de politique étrangère, lourdement influencés par des entités sans scrupule qui sont, parfois, apparentées au gouvernement.

Cette sujétion n’est pas évidente, car les journalistes aux Etats-Unis sont impertinents en matière de politique intérieure. L’Américain moyen n’en sait donc pas assez en matière de politique étrangère pour pouvoir vérifier les informations qui lui sont fournies… ou pour savoir ce qu’on lui cache.

Etant au Liban en février 1989, j’avais commandé des impressions de certaines de mes peintures. Puis j’avais dû partir de Jounieh à Chypre par bateau pour rentrer aux Etats-Unis, dans la région de Boston, où je vivais alors. Je ne pouvais pas savoir que j’avais pris le dernier bateau, et que les bombardements allaient fermer ce port, quelques heures après mon départ.

Trois semaines plus tard, ayant besoin de quelques exemplaires de mes impressions, je téléphonai à mes parents au Liban et je leur demandai s’ils les avaient reçues. Mon père me dit :

« Nous faisons aussi vite que nous le pouvons. Mais nous sommes bombardés. Tu sais que nous sommes en guerre, n’est-ce-pas ?

— Non. Je ne savais pas. Sinon, je ne t’aurais pas interrogé au sujet de mes impressions.

— Nous subissons les pires bombardements que nous ayons jamais connus. Mais nous sommes heureux, parce qu’enfin, le Liban a déclaré la guerre à la Syrie. »

C’était inouï ! L’armée syrienne occupait une grande partie de Beyrouth et du Liban depuis des années. L’armée libanaise la combattait dans certains endroits, mais les politiciens libanais n’avaient jamais osé parler ouvertement de bombarder l’armée syrienne au Liban.

J’appelai les journalistes libanais que je connaissais aux Etats-Unis. Ils confirmèrent l’existence d’un black-out médiatique américain en ce qui concernait le Liban. L’un d’eux m’expédia, par fax, une lettre de protestation standard à signer et à envoyer à la Maison Blanche, à George H.W. Bush, qui était alors le Président. Dans cette lettre, le signataire demandait que les médias américains disent la vérité au sujet de ce que faisait la Syrie au Liban.

Je signai la lettre, la mis dans une enveloppe que laquelle j’écrivis le nom et l’adresse de George H.W. Bush. Puis je cachetai l’enveloppe et je la postai, sans vraiment espérer de résultat.

A la fin de la semaine, les médias mirent fin au black-out. Je téléphonai au même journaliste et je lui demandai ce qui était arrivé. Il dit : « Nous avons été 50.000 à envoyer des lettres à la Maison-Blanche. C’est pour cela que les médias ont mis fin au black-out. Lis le Boston Globe ».

Le 2 avril 1989, en effet, le Boston Globe avait publié l’éditorial suivant :

« Depuis le 14 mars, le peuple de Beyrouth subit souffre de bombardements d’artillerie qui ont fait de son existence un cauchemar. En une nuit, 5.000 roquettes venues des positions syriennes à Beyrouth-Ouest, sont tombées sur les quartiers chrétiens de Beyrouth-Est. D’énormes conteneurs de combustible ont explosé, et les incendies sont devenus incontrôlables. Des centrales électriques ont été frappées, et comme Beyrouth dépend des pompes électriques pour son approvisionnement en eau, la panne d’électricité signifie une ville sans lumières et sans eau.
“Les télévisions et les journaux américains ont subi des pressions pour ne pas rapporter la tragédie des bombardements de Beyrouth — les centaines de morts et de blessés, les milliers de réfugiés fuyant vers le sud. L’administration Bush a gardé le silence ».

Boston Globe 1989-Beirut Bombardment det-pt

Qui pouvait faire pression sur tous les médias américains pour les empêcher de faire leur travail, alors que l’administration Bush aussi gardait le silence ? Et pourquoi ?

Les effets de ces pressions sont étonnants. Durant la période allant du 14 mars jusqu’à l’éditorial précité, les articles du Boston Globe donnent l’impression que rien n’arrive au Liban excepté des cessez-le-feu et quelques combats entre chrétiens et musulmans ou druzes. Ci-dessous, nous avons traduit les résumés des sept articles concernant le Liban et publiés entre le 14 mars et le 1er avril, tels qu’on les trouve dans les archives du Boston Globe. Trois d’entre eux concernent des cessez-le-feu. Quatre décrivent les combats comme étant entre chrétiens et miliciens musulmans sans intervention syrienne. L’un d’entre eux décrit l’armée syrienne comme n’étant pas concernée (mais opérant un redéploiement pour le cas où). Aucun ne montre la Syrie comme étant impliquée dans les combats. Un seul (il s’agit d’une troisième mise à jour d’un article précédent) signale qu’un certain général dirigeant un « Cabinet chrétien » dit que les combats sont contre les forces syriennes :

  • 15 mars 1989 :« 40 Libanais Meurent dans des Confrontations Confessionnelles. 40 personnes au moins, pour la plupart des civils, ont été tuées le 15 mars 1989 à Beyrouth, pendant que les combats entre entre les unités de l’armée chrétienne et les miliciens musulmans. Les duels d’artillerie ont fait pleuvoir des centaines d’obus sur les quartiers résidentiels de Beyrouth.
  • 15 mars 1989 : « 40 Libanais Meurent dans des Confrontations Confessionnelles (troisième mise à jour de l’article précédent): le général Michel Aoun, qui dirige un Cabinet militaire chrétien et 20.000 soldats chrétiens, a dit hier : “C’est une guerre de libération contre les forces d’occupation syriennes. La bataille a commencé.” Le quartier-général d’Aoun a été endommagé par le bombardement terrestre. La police dit qu’en milieu d’après-midi, les forces d’Aoun ont bombardé la ville frontalière [sic] de Chtaura [au centre du Liban], quartier-général du commandement des forces syriennes à l’est du Liban, dans la vallée de la Békaa, et a fermé l’autoroute Beyrouth-Damas. Le général Sami Khatib, choisi par [Salim Hoss] pour commander les 22.000 soldats musulmans de l’armée, est resté en-dehors de la bataille entre les chrétiens et les druzes. Ses soldats sont mal équipés et disséminés dans tout le territoire musulman libanais, qui, grosso modo, s’étend sur Beyrouth-Ouest, les taudis au sud de la capitale, le Sud-Liban et les régions côtières.
  • 16 mars 1989 : « Les Libanais observent un cessez-le-feu non officiel. Les forces rivales, chrétiennes et musulmanes, faisant une pause après deux jours de combats qui ont tué 50 personnes et en ont blessé d’autres, ont observé un cessez-le-feu non officiel, au milieu d’avertissements et de combats renouvelés.
  • 19 mars 1989 :  « Les bombardements terrestres continuent dans les collines près de Beyrouth. Les troupes dirigées par l’armée chrétienne, ainsi que les miliciens musulmans pro-Syriens, se sont livrés à des combats de tanks et d’artillerie dans les collines surmontant Beyrouth. Des raisons ont été présentées pour les derniers combats.
  • 21 mars 1989 : « Duels d’artillerie et raids aériens secouent le Liban. Il y a eu une éruption de violence entre les forces chrétiennes et musulmanes au Liban, alors que les avions israéliens bombardaient les positions palestiniennes dans la vallée de la Békaa.
  • 23 mars 1989 : « Redéploiement des troupes syriennes près de Beyrouth. La Syrie a déplacé ses troupes à Beyrouth dans de nouvelles positions et a appelé à chasser le leader chrétien Michel Aoun. La réorganisation militaire a lieu pour le cas d’une guerre à travers Beyrouth divisée, entre les troupes d’Aoun et des musulmans syriens. »
  • 29 mars 1989 : « Le cessez-le-feu commence au Liban, les bombardements terrestres se poursuivent. L’armée libanaise a accepté un cessez-le-feu pour donner à la Ligue Arabe une chance de négocier une fin à la crise du Liban.

Une telle servilité est étonnante dans un pays qui prétend avoir la presse la plus libre du monde. Dans un pays libre, il n’est pas besoin d’envoyer des lettres au Président pour obtenir que les journalistes rapportent une tragédie aussi gigantesque. L’argent ou d’autres formes de pression poussent les médias américains à accepter, dans le domaine de la politique internationale — et c’est le domaine le plus important — de se livrer à une auto-censure similaire à celle que la terreur impose dans les dictatures.

http://www.unesco.org.uk/press_freedom

La Maison-Blanche était très bien informée : elle avait son ambassadeur au Liban. Le télégramme ci-dessous, publié par Wikileaks, fut écrit le 14 mars 1989 par John McCarthy, alors ambassadeur américain à Beyrouth. Il parle du bombardement, et dit que Nabih Berri, chef du mouvement Amal, avait fait savoir à l’ambassadeur que ce n’était pas lui qui avait bombardé le ministère libanais de la Défense (MOD). Berri sous-entendait ainsi que c’était l’armée syrienne qui avait bombardé le ministère en question. A part Amal et l’armée syrienne, en effet, il n’y avait, à Beyrouth Ouest, aucune force possédant une artillerie lourde lui permettant de se livrer à des bombardements de ce calibre :

US embassy Beirut 14 march 1989

Pourquoi George H.W. Bush a-t-il gardé le silence au sujet de la tragédie du Liban en mars 1989, alors qu’il était informé de façon quotidienne par ses diplomates et ses services de renseignement?

Peut-être parce que George Bush voulait laisser agir l’armée syrienne et les milices financées par la Syrie et l’Arabie Saoudite. Il approuvera par la suite l’invasion syrienne du Liban (13 octobre 1990). Quelques jours plus tôt, il aura préparé l’opinion publique américaine dans un échange à la Maison-Blanche, avec les représentant de la communauté moyen-orientale, le 24 septembre 1990. Durant cet échange, il refusera de mettre à égalité le Liban et le Koweït en matière de droits, et refusera de punir Hafez Assad comme il punissait Saddam, alors que le Liban avait subi l’occupation d’Hafez Assad depuis très longtemps, alors que le Koweït subissait tout juste celle de Saddam. Il alla jusqu’à annoncer que la Syrie jouerait un rôle pour mettre fin à la division du Liban, et donc, qu’elle l’occuperait complètement :

Une femme : « Une question au sujet du Liban, je vous prie… ».
Bush : « Feu ! ».
La femme : « …Notre gouvernement a pris contre l’Irak toutes les mesures que nous lui avions demandé avec insistance de prendre contre la Syrie qui a commis une agression similaire contre le Liban. Apparemment, la Syrie est maintenant l’alliée de notre gouvernement et des autres contre l’Irak. Ceci nous trouble beaucoup, excepté si notre gouvernement projette d’utiliser [l’agression de Saddam] pour pousser Hafez Assad à se comporter de la façon civilisée que nous tentons d’exiger de Saddam Hussein.
« Voici ma question : Quel est notre plan pour que la Syrie se comporte selon ces standards ? Et s’il n’y a aucun plan, est-ce que notre alliance avec la Syrie ne compromet pas, sur le plan moral, notre position dans l’effort mondial contre l’Irak ? »
Bush : « Cette affaire est si compliquée qu’il est joliment difficile de vous donner une réponse précise. Mais il pourrait bien sortir de tout cela un nouvel ordre mondial. De cela doit faire partie une solution pacifique de la division du Liban [la guerre d’après Bush est civile]. J’ai été là-bas. J’y ai travaillé il y a quelques années. Et je suis assez âgé… pour me rappeler le Liban comme un carrefour paisible. Quoi qu’il arrive dans le reste du monde, le commerce survivait. Les gens s’entendaient. Diverses religions et manières de vivre prospéraient.
« Nous voulons [aider] à apporter la paix au Liban… Et la Syrie a un rôle clé à y jouer. Et j’espère que, de cela, sortira un nouvel ordre mondial, si vous voulez, qui émergera si nous restons tous ensemble [avec Hafez Assad] pour être les catalyseurs de la paix au Liban… ».

George H.W. Bush

Et c’était le président d’un pays démocratique qui parlait, ouvertement, devant les caméras de télévision et les microphones, d’une dictature mettant fin à une démocratie par le moyen d’une invasion sanglante ! A comparer avec la façon dont le régime syrien est traité par les autorités américaines depuis qu’il a quitté le Liban et a accepté de reconnaître son existence comme un Etat libre et souverain, en procédant à un échange d’ambassadeurs, pour la première fois dans l’Histoire.

Ceci, sachant que Bachar Assad, contrairement à son père, n’avait pas commis de massacres avant que la guerre n’éclate en Syrie. Et que cette guerre avait été préparée depuis des années, et financée par les mêmes puissances étrangères qui avaient jeté de l’argent ou pesé diplomatiquement pour tuer au Liban. Juste retour des choses, ont dit certains. Non : injustice. Car l’Occident soutient les criminels survivants du régime d’Hafez Assad, tout comme il les soutenait avec Hafez autrefois. Rien n’a changé.

© Lina Murr Nehme,
Beyrouth le 25 novembre 2014.

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Concernant les armes chimiques syriennes

Quand a éclaté la nouvelle de l’usage d’armes chimiques (gaz sarin) en Syrie, je me trouvais hors du Liban. J’étais trop bouleversée pour pouvoir travailler. Je passai donc toute la journée dans un des salons de l’hôtel, à regarder, en direct, le débat télévisé qui se déroulait au Parlement britannique.

Syrian chemical weapons attack video

Il m’a rappelé les vieux jours du traité de Taef (1989-1990). Alors aussi, j’étais hors du Liban, vivant non loin de Boston. Je regardais à la télévision les grandes nations qui condamnaient à mort une petite nation qui était la mienne.

En 2013, ironiquement, la victime de ces mêmes nations était la Syrie. J’écrivis ceci sur Facebook:

“Comment se fait-il que les armes chimiques ne soient mauvaises que si ce sont les autres qui les utilisent? Qui, en Amérique, a puni ceux qui ont utilisé le gaz moutarde durant la première guerre mondiale? Qui a puni les généraux et les politiciens responsables, au Vietnam, de l’usage intensif et à très grande échelle, du gaz moutarde et des bombes au napalm? Qui a puni  Truman parce qu’il a utilisé la bombe atomique contre le Japon après avoir appris que le Japon voulait se rendre? (Pour les preuves, voir mon prochain livre, “Qui prendra le Liban, la Syrie, la Palestine?”)
Personne n’ayant été puni, le gouvernement américain a endossé tous ces crimes (sans compter les autres), et est le plus grand utilisateur d’armes chimiques au monde, et le plus grand utilisateur d’armes de destruction massive au monde. Et il prétend punir un tout petit utilisateur de ces armes.”

Lina Murr Nehme-Syrian chemical-2

Puis j’ai écrit ceci:

“Assez d’hypocrisie! Assez de voir les plus grands criminels jugeant les petits! Assez! Assez!”

Lina Murr Nehme-Syrian chemical-1

Je n’ai pas changé d’avis depuis.

Même si le fait que j’aie brûlé le drapeau de Daesh (EIL) a fait de nous des ennemis directs, et même si je vais utiliser ma photo brûlant ce drapeau comme un symbole aussi longtemps que Daesh sera en position de force, je continue à penser que ceux qui bombardent Daesh sont bien plus criminels que Daesh.

Maintenant, tout le monde a oublié les terroristes de l’Armée Syrienne Libre qui coupaient les gorges de leurs frères, les soldats et les policiers syriens, devant la caméra, ou qui mangeaient le cœur de soldats syriens, comme fit Abou Sakkar. L’Armée Syrienne Libre n’est pas devenue innocente pour la seule raison que des terroristes plus féroces ont émergé sur la scène syrienne.

Si vous voulez défendre l’opposition syrienne, défendez Michel Kilo et ses semblables. Défendez feu le Patriarche Hazim. Ne défendez pas les terroristes de la soi-disant Armée Syrienne Libre. S’ils avaient été bons, s’ils avaient dit la vérité, ils n’auraient pas été aidés et défendus par Obama, l’Arabie Saoudite et le Qatar. Et leurs fruits n’auraient pas été Nusra et Daesh.

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Dites-moi qui sont vos alliés, et je vous dirai qui vous êtes.

Lina Murr Nehmé

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