Category Archives: Droits de l’Homme

L’armée turque encercle Afrin (13 mars 2018)

L’armée turque annonce qu’elle a totalement encerclé Afrin, c’est-à-dire qu’elle a opéré la jonction avec le Hayat Tahrir Cham (al-Qaïda) pour couper cette localité syrienne du nord d’Alep, de son gouvernement.

Afrin est une petite ville de moins de 40 000 habitants, mais le district d’Afrin, qui est concerné, en compte 172 095. Il est surtout peuplé de Kurdes (alliés, comme toutes les minorités en Syrie, avec l’actuel gouvernement syrien). J’ai été frappée de voir que dans la littérature de Daech (al-Qaïda), les PKK, Peshmergas et autres, sont autant salis que le gouvernement syrien, et les statistiques où Daesh se vante de ses massacres, citent le PKK, les Peshmergas et Assad ensemble. Ce n’est pas du tout cela qu’on voit en Occident, où les PKK et Peshmergas sont montrés comme les “bons”, et Assad, comme le “mauvais”. Ils se battent pourtant côte à côte et pour la même cause. Mais il est vrai que les Kurdes, n’étant pas au pouvoir, ne sont pas responsable du fait qu’en matière de pétrole, Assad n’a pas accepté de privilégier l’Arabie Saoudite à l’Iran. L’alliance des minorités. Ainsi, la tragédie des Kurdes est bel et bien racontée, mais non des autres Syriens, alors qu’elle est strictement identique.
Or pour les sociétés pétrolières d’Occident, qui influent sur les gouvernements et sur les médias d’Occident, c’est essentiel, car la différence de prix que peut représenter le transport, peut se chiffrer par millions de dollars. Or la guerre contre Assad a pour but d’obtenir pour le gaz du Golfe, par la force, le passage à travers la Syrie qui lui a été refusé par la diplomatie. Le chaos en Syrie, ne l’oublions pas, est financé surtout par ces pays dont le pétrole et le gaz est concerné.

 

Lina Murr Nehmé, 13 mars 2018

Yassine Bellatar rachète des parts du bar de Sevran

On apprend que l’humoriste Yassine Bellatar a acheté plus du tiers des parts dans le bar de Sevran dont un reportage de France 2 avait dit qu’il interdisait l’entrée aux femmes. Pour jeter de la poudre aux yeux, Yassine Belattar l’inaugure le 8 mars, à l’occasion de la journée de la femme. Mon expérience et l’expérience des Sevranais prouvent pourtant le contraire. Probablement dans le futur ce café deviendra mixte à cause de toute la publicité qu’il a eue. Il n’empêche que ses clients chassaient les femmes ou les poursuivaient pour les bloquer sur la route afin de leur voler les photos qui prouvaient que ce café n’avait que des hommes pour clients.

Les journaux prétendent que ce bar n’était pas interdit aux femmes. J’y suis allée et j’ai vu le contraire et j’ai pris des photos pour le prouver. Mais des hommes nous ont poursuivis et séquestrés sur la route, nous menaçant de nous garder à Sevran si nous ne leur livrions pas les photos. Ils ne nous ont laissé sortir qu’après avoir détruit toutes les photos, sauf celle ci-dessous. Quand je suis allée porter plainte au commissariat de police et que j’ai raconté l’histoire que je partage ci-dessous, la policière a refusé, disant que dans ce bar il n’y avait que des hommes et que je devais demander la permission de la préfecture pour aller à Sevran (Chic! nous sommes en France). Et un policier m’a dit que j’avais dû tomber sur une affaire de dealers qui, bien entendu, n’avaient pas envie de voir leurs visages publiés.

Et avec ça on continue à dire que le bar de Sevran est un bar mixte!!!! Cela permet à Yassine Bellatar de racheter 36% des parts du bar-PMU en prétendant qu’il veut “rétablir l’honneur d’un homme, d’un établissement, d’un quartier !” Comme si les femmes sevranaises qu’on chassait de ce bar ne faisaient pas partie du quartier!

Quant à mon post publié à l’époque (5 août 2017), le voici:

Jeudi en fin de journée, nous sommes allés, mon mari et moi, au Jockey Club de Sevran. C’est de ce bar que des Françaises d’origine maghrébine ont été chassées en décembre 2016, alors que la scène était filmée en caméra cachée pour France 2. Clémentine Autain, candidate aux législatives, avait prétendu que ce reportage revenait à stigmatiser la banlieue, et que les femmes n’étaient pas interdites dans ce café. Puis le Bondy Blog, voulant se refaire une virginité après la découverte des tweets racistes d’un de ses membres, Mehdi Meklat, avait prétendu faire une contre-enquête. Le patron, averti de la date, avait organisé un buffet et avait rempli son café de femmes. Il y a eu des témoignages de femmes dont certaines disaient qu’elles fréquentaient le café.
Comme je parle de cette affaire dans mon prochain livre — «L’Islamisme et les Femmes » — à paraître fin octobre, je voulais vérifier si les femmes étaient oui ou non tolérées dans ce café. Je pensais qu’étant accompagnée, je pourrais y prendre une consommation et voir ce qu’il en était.
Je demandai donc à mon mari d’aller là-bas, et nous entrâmes à Sevran.
Mais dès qu’il vit l’endroit, mon mari me dit : « Il n’y a que des hommes. On s’en va. »
Et il continua sa route.
C’est vrai que le spectacle d’un si grand nombre d’hommes assis et regardant la rue était impressionnant, alors que tout le pays croyait ce café mixte. Il fallait que j’en publie une photo. Car qui me croirait quand je dirais ce que j’avais vu?
Je demandai à mon mari de revenir pour que je puisse prendre cette photo, il refusa, disant : « Il n’y a que des hommes, qu’est-ce que tu veux photographier ? »
Comme j’insistais, il me dit qu’une femme pouvait avoir des ennuis avec ce genre de clientèle. Je lui racontai l’histoire du reportage de France 2 et de la soi-disant enquête du Bondy Blog. Il continua à refuser, cependant que nous sortions de Sevran. Alors je dis que si je ne prenais pas une photo en étant avec lui, je reviendrais seule par le métro et je la prendrais sans lui, et c’est alors que j’aurais des ennuis.
Aussitôt il fit demi-tour et nous revînmes à Sevran. Nous passâmes devant le café. Par la fenêtre ouverte de la voiture en marche, je pris quelques mauvaises photos dont la plupart furent floues.
À la sortie de la ville, nous nous arrêtâmes à un feu rouge. Alors, comme dans les films, une voiture nous doubla et vint nous boucher la route en diagonale, et une autre voiture s’arrêta à notre gauche. Il y avait beaucoup d’automobiles derrière nous, et la circulation fut bloquée.
Et comme dans les films, deux hommes sortirent des voitures et vinrent se planter devant mon mari d’un air menaçant. C’étaient Laurel et Hardy, un grand Noir musclé qui dominait un Blanc gringalet d’origine maghrébine, mais ils n’étaient ni sympathiques ni rigolos.
Mon mari ouvrit la fenêtre et leur demanda ce qu’ils voulaient. Ils dirent qu’ils voulaient « la vidéo ».
Je dis qu’il n’y avait pas de vidéo mais des photos, et qu’en tout cas cela ne les regardait pas. L’un d’eux se mit à crier : « Nous sommes chez nous ici. » Je dis : « Nous sommes en France. » Il répondit : « Nous sommes à Sevran. »
Ils nous menacèrent : « Vous ne partirez pas d’ici. »
Comme ils semblaient prêts à sortir un couteau, mon mari me demanda mon portable et leur montra les photos. La loi m’autorise à les prendre, car un café est un lieu public. Et j’avais le droit de les publier en floutant les visages. Elles étaient de toute façon floues, sauf une. Mais ils nous obligèrent à les effacer toutes, floues ou pas. Ils nous laissèrent tout de même celle-ci, qui prouve mon passage devant ce café à une heure de grande affluence, puisqu’il y avait un client assis si loin de l’entrée du café.
En apprenant l’histoire, un policier se mit à rire et me dit : « Vous avec eu de la malchance. Il devait y avoir une affaire de trafic de drogue qui se concluait, et vous êtes tombée en plein dedans. Vous vouliez photographier des hommes, vous avez photographié des dealers. Evidemment, ils ne voulaient pas qu’il y ait des preuves. »
Telle fut également la réflexion faite par plusieurs Sevranais.

Clémentine Autain a garanti que ce bar acceptait toutes les femmes sans exception, et elle y a gagné un siège électoral, car on a voté pour elle dans des régions où ce sont les consignes électorales des islamistes qui décident du résultat d’une élection.
Clémentine a ainsi couvert un bar où un homme n’ose pas introduire sa femme parce que, justement, il n’y a que des hommes et qu’elle pourrait devenir leur victime. Elle a fait cela aux dépens des femmes musulmanes, et au profit de leurs oppresseurs.
Il est loin, le temps où c’est cette même Clémentine qui se faisait agresser et violer.
Elle est devenue une célébrité, personne n’osera toucher à elle.
Personne ne braquera son auto pour lui voler des photos prises pour son travail, comme ils ont fait avec moi.
La pègre, en effet, défend ceux qui la défendent. Cosa nostra.

Lina Murr Nehmé, le 6 mars 2018

 

La censure dans les médias américains: elle peut aller très loin

Contrairement à ce qu’on peut croire, les médias américains sont, en matière de politique étrangère, lourdement influencés par des entités sans scrupule qui sont, parfois, apparentées au gouvernement.

Cette sujétion n’est pas évidente, car les journalistes aux Etats-Unis sont impertinents en matière de politique intérieure. L’Américain moyen n’en sait donc pas assez en matière de politique étrangère pour pouvoir vérifier les informations qui lui sont fournies… ou pour savoir ce qu’on lui cache.

Etant au Liban en février 1989, j’avais commandé des impressions de certaines de mes peintures. Puis j’avais dû partir de Jounieh à Chypre par bateau pour rentrer aux Etats-Unis, dans la région de Boston, où je vivais alors. Je ne pouvais pas savoir que j’avais pris le dernier bateau, et que les bombardements allaient fermer ce port, quelques heures après mon départ.

Trois semaines plus tard, ayant besoin de quelques exemplaires de mes impressions, je téléphonai à mes parents au Liban et je leur demandai s’ils les avaient reçues. Mon père me dit :

« Nous faisons aussi vite que nous le pouvons. Mais nous sommes bombardés. Tu sais que nous sommes en guerre, n’est-ce-pas ?

— Non. Je ne savais pas. Sinon, je ne t’aurais pas interrogé au sujet de mes impressions.

— Nous subissons les pires bombardements que nous ayons jamais connus. Mais nous sommes heureux, parce qu’enfin, le Liban a déclaré la guerre à la Syrie. »

C’était inouï ! L’armée syrienne occupait une grande partie de Beyrouth et du Liban depuis des années. L’armée libanaise la combattait dans certains endroits, mais les politiciens libanais n’avaient jamais osé parler ouvertement de bombarder l’armée syrienne au Liban.

J’appelai les journalistes libanais que je connaissais aux Etats-Unis. Ils confirmèrent l’existence d’un black-out médiatique américain en ce qui concernait le Liban. L’un d’eux m’expédia, par fax, une lettre de protestation standard à signer et à envoyer à la Maison Blanche, à George H.W. Bush, qui était alors le Président. Dans cette lettre, le signataire demandait que les médias américains disent la vérité au sujet de ce que faisait la Syrie au Liban.

Je signai la lettre, la mis dans une enveloppe que laquelle j’écrivis le nom et l’adresse de George H.W. Bush. Puis je cachetai l’enveloppe et je la postai, sans vraiment espérer de résultat.

A la fin de la semaine, les médias mirent fin au black-out. Je téléphonai au même journaliste et je lui demandai ce qui était arrivé. Il dit : « Nous avons été 50.000 à envoyer des lettres à la Maison-Blanche. C’est pour cela que les médias ont mis fin au black-out. Lis le Boston Globe ».

Le 2 avril 1989, en effet, le Boston Globe avait publié l’éditorial suivant :

« Depuis le 14 mars, le peuple de Beyrouth subit souffre de bombardements d’artillerie qui ont fait de son existence un cauchemar. En une nuit, 5.000 roquettes venues des positions syriennes à Beyrouth-Ouest, sont tombées sur les quartiers chrétiens de Beyrouth-Est. D’énormes conteneurs de combustible ont explosé, et les incendies sont devenus incontrôlables. Des centrales électriques ont été frappées, et comme Beyrouth dépend des pompes électriques pour son approvisionnement en eau, la panne d’électricité signifie une ville sans lumières et sans eau.
“Les télévisions et les journaux américains ont subi des pressions pour ne pas rapporter la tragédie des bombardements de Beyrouth — les centaines de morts et de blessés, les milliers de réfugiés fuyant vers le sud. L’administration Bush a gardé le silence ».

Boston Globe 1989-Beirut Bombardment det-pt

Qui pouvait faire pression sur tous les médias américains pour les empêcher de faire leur travail, alors que l’administration Bush aussi gardait le silence ? Et pourquoi ?

Les effets de ces pressions sont étonnants. Durant la période allant du 14 mars jusqu’à l’éditorial précité, les articles du Boston Globe donnent l’impression que rien n’arrive au Liban excepté des cessez-le-feu et quelques combats entre chrétiens et musulmans ou druzes. Ci-dessous, nous avons traduit les résumés des sept articles concernant le Liban et publiés entre le 14 mars et le 1er avril, tels qu’on les trouve dans les archives du Boston Globe. Trois d’entre eux concernent des cessez-le-feu. Quatre décrivent les combats comme étant entre chrétiens et miliciens musulmans sans intervention syrienne. L’un d’entre eux décrit l’armée syrienne comme n’étant pas concernée (mais opérant un redéploiement pour le cas où). Aucun ne montre la Syrie comme étant impliquée dans les combats. Un seul (il s’agit d’une troisième mise à jour d’un article précédent) signale qu’un certain général dirigeant un « Cabinet chrétien » dit que les combats sont contre les forces syriennes :

  • 15 mars 1989 :« 40 Libanais Meurent dans des Confrontations Confessionnelles. 40 personnes au moins, pour la plupart des civils, ont été tuées le 15 mars 1989 à Beyrouth, pendant que les combats entre entre les unités de l’armée chrétienne et les miliciens musulmans. Les duels d’artillerie ont fait pleuvoir des centaines d’obus sur les quartiers résidentiels de Beyrouth.
  • 15 mars 1989 : « 40 Libanais Meurent dans des Confrontations Confessionnelles (troisième mise à jour de l’article précédent): le général Michel Aoun, qui dirige un Cabinet militaire chrétien et 20.000 soldats chrétiens, a dit hier : “C’est une guerre de libération contre les forces d’occupation syriennes. La bataille a commencé.” Le quartier-général d’Aoun a été endommagé par le bombardement terrestre. La police dit qu’en milieu d’après-midi, les forces d’Aoun ont bombardé la ville frontalière [sic] de Chtaura [au centre du Liban], quartier-général du commandement des forces syriennes à l’est du Liban, dans la vallée de la Békaa, et a fermé l’autoroute Beyrouth-Damas. Le général Sami Khatib, choisi par [Salim Hoss] pour commander les 22.000 soldats musulmans de l’armée, est resté en-dehors de la bataille entre les chrétiens et les druzes. Ses soldats sont mal équipés et disséminés dans tout le territoire musulman libanais, qui, grosso modo, s’étend sur Beyrouth-Ouest, les taudis au sud de la capitale, le Sud-Liban et les régions côtières.
  • 16 mars 1989 : « Les Libanais observent un cessez-le-feu non officiel. Les forces rivales, chrétiennes et musulmanes, faisant une pause après deux jours de combats qui ont tué 50 personnes et en ont blessé d’autres, ont observé un cessez-le-feu non officiel, au milieu d’avertissements et de combats renouvelés.
  • 19 mars 1989 :  « Les bombardements terrestres continuent dans les collines près de Beyrouth. Les troupes dirigées par l’armée chrétienne, ainsi que les miliciens musulmans pro-Syriens, se sont livrés à des combats de tanks et d’artillerie dans les collines surmontant Beyrouth. Des raisons ont été présentées pour les derniers combats.
  • 21 mars 1989 : « Duels d’artillerie et raids aériens secouent le Liban. Il y a eu une éruption de violence entre les forces chrétiennes et musulmanes au Liban, alors que les avions israéliens bombardaient les positions palestiniennes dans la vallée de la Békaa.
  • 23 mars 1989 : « Redéploiement des troupes syriennes près de Beyrouth. La Syrie a déplacé ses troupes à Beyrouth dans de nouvelles positions et a appelé à chasser le leader chrétien Michel Aoun. La réorganisation militaire a lieu pour le cas d’une guerre à travers Beyrouth divisée, entre les troupes d’Aoun et des musulmans syriens. »
  • 29 mars 1989 : « Le cessez-le-feu commence au Liban, les bombardements terrestres se poursuivent. L’armée libanaise a accepté un cessez-le-feu pour donner à la Ligue Arabe une chance de négocier une fin à la crise du Liban.

Une telle servilité est étonnante dans un pays qui prétend avoir la presse la plus libre du monde. Dans un pays libre, il n’est pas besoin d’envoyer des lettres au Président pour obtenir que les journalistes rapportent une tragédie aussi gigantesque. L’argent ou d’autres formes de pression poussent les médias américains à accepter, dans le domaine de la politique internationale — et c’est le domaine le plus important — de se livrer à une auto-censure similaire à celle que la terreur impose dans les dictatures.

http://www.unesco.org.uk/press_freedom

La Maison-Blanche était très bien informée : elle avait son ambassadeur au Liban. Le télégramme ci-dessous, publié par Wikileaks, fut écrit le 14 mars 1989 par John McCarthy, alors ambassadeur américain à Beyrouth. Il parle du bombardement, et dit que Nabih Berri, chef du mouvement Amal, avait fait savoir à l’ambassadeur que ce n’était pas lui qui avait bombardé le ministère libanais de la Défense (MOD). Berri sous-entendait ainsi que c’était l’armée syrienne qui avait bombardé le ministère en question. A part Amal et l’armée syrienne, en effet, il n’y avait, à Beyrouth Ouest, aucune force possédant une artillerie lourde lui permettant de se livrer à des bombardements de ce calibre :

US embassy Beirut 14 march 1989

Pourquoi George H.W. Bush a-t-il gardé le silence au sujet de la tragédie du Liban en mars 1989, alors qu’il était informé de façon quotidienne par ses diplomates et ses services de renseignement?

Peut-être parce que George Bush voulait laisser agir l’armée syrienne et les milices financées par la Syrie et l’Arabie Saoudite. Il approuvera par la suite l’invasion syrienne du Liban (13 octobre 1990). Quelques jours plus tôt, il aura préparé l’opinion publique américaine dans un échange à la Maison-Blanche, avec les représentant de la communauté moyen-orientale, le 24 septembre 1990. Durant cet échange, il refusera de mettre à égalité le Liban et le Koweït en matière de droits, et refusera de punir Hafez Assad comme il punissait Saddam, alors que le Liban avait subi l’occupation d’Hafez Assad depuis très longtemps, alors que le Koweït subissait tout juste celle de Saddam. Il alla jusqu’à annoncer que la Syrie jouerait un rôle pour mettre fin à la division du Liban, et donc, qu’elle l’occuperait complètement :

Une femme : « Une question au sujet du Liban, je vous prie… ».
Bush : « Feu ! ».
La femme : « …Notre gouvernement a pris contre l’Irak toutes les mesures que nous lui avions demandé avec insistance de prendre contre la Syrie qui a commis une agression similaire contre le Liban. Apparemment, la Syrie est maintenant l’alliée de notre gouvernement et des autres contre l’Irak. Ceci nous trouble beaucoup, excepté si notre gouvernement projette d’utiliser [l’agression de Saddam] pour pousser Hafez Assad à se comporter de la façon civilisée que nous tentons d’exiger de Saddam Hussein.
« Voici ma question : Quel est notre plan pour que la Syrie se comporte selon ces standards ? Et s’il n’y a aucun plan, est-ce que notre alliance avec la Syrie ne compromet pas, sur le plan moral, notre position dans l’effort mondial contre l’Irak ? »
Bush : « Cette affaire est si compliquée qu’il est joliment difficile de vous donner une réponse précise. Mais il pourrait bien sortir de tout cela un nouvel ordre mondial. De cela doit faire partie une solution pacifique de la division du Liban [la guerre d’après Bush est civile]. J’ai été là-bas. J’y ai travaillé il y a quelques années. Et je suis assez âgé… pour me rappeler le Liban comme un carrefour paisible. Quoi qu’il arrive dans le reste du monde, le commerce survivait. Les gens s’entendaient. Diverses religions et manières de vivre prospéraient.
« Nous voulons [aider] à apporter la paix au Liban… Et la Syrie a un rôle clé à y jouer. Et j’espère que, de cela, sortira un nouvel ordre mondial, si vous voulez, qui émergera si nous restons tous ensemble [avec Hafez Assad] pour être les catalyseurs de la paix au Liban… ».

George H.W. Bush

Et c’était le président d’un pays démocratique qui parlait, ouvertement, devant les caméras de télévision et les microphones, d’une dictature mettant fin à une démocratie par le moyen d’une invasion sanglante ! A comparer avec la façon dont le régime syrien est traité par les autorités américaines depuis qu’il a quitté le Liban et a accepté de reconnaître son existence comme un Etat libre et souverain, en procédant à un échange d’ambassadeurs, pour la première fois dans l’Histoire.

Ceci, sachant que Bachar Assad, contrairement à son père, n’avait pas commis de massacres avant que la guerre n’éclate en Syrie. Et que cette guerre avait été préparée depuis des années, et financée par les mêmes puissances étrangères qui avaient jeté de l’argent ou pesé diplomatiquement pour tuer au Liban. Juste retour des choses, ont dit certains. Non : injustice. Car l’Occident soutient les criminels survivants du régime d’Hafez Assad, tout comme il les soutenait avec Hafez autrefois. Rien n’a changé.

© Lina Murr Nehme,
Beyrouth le 25 novembre 2014.

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