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sur la restauration de l’Elysée

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Réfection de l’Elysée, selon les vœux de Brigitte Macron. Photos: Le Figaro.

Voici des photos publiées par Le Figaro, qui répondent à ma question précédente. Pour un demi-million d’euros, donc, M. et Mme Macron ont transformé une salle de style baroque-rococo-rois de France, en une salle de style romain antique à peine modernisé. Une salle qui n’est pas sans rappeler les thermes de Caracalla, ou du moins leur reconstitution, quand on ne voyait pas la brique, parce qu’elle était recouverte de marbre à l’intérieur.

Je ne connais pas personnellement le conseiller du patrimoine qui aurait, nous dit-on, conseillé Mme Macron, mais c’est certainement elle qui a pris la décision principale: tout architecte d’intérieur sait que le client est roi et qu’il ne pourra conserver un chantier que s’il lui fait les concessions qu’il veut. Et plus le chantier est coûteux et prestigieux, plus l’architecte doit s’aplatir. Quant à Madame Macron, elle s’y connaît autant en architecture sur le plan du fond, qu’un chauffeur de taxi.

Car l’architecture charrie un message. Et le style est un langage. Quand on construit une mosquée en France, on ne la construit pas dans un style baroque ou rococo, on la construit dans un style musulman.

Pour savoir ce que, sur le plan symbolique, le changement de style à l’Elysée signifie, il faut réouvrir nos manuels d’histoire et se rappeler ce que fut l’imperator (“général en chef” et non “empereur”) romain pour les Français, au temps où ils s’appelaient Gaulois.

Jules César, fondateur de l’Empire romain, a massacré les Gaulois et a vendu leurs femmes et leurs enfants en esclavage. Pour avoir une pâle idée de ce qu’a fait Jules César en France, on peut revoir une des vidéos de Daech. César a fait la même chose, mais à bien plus grande échelle.

Avec l’argent tiré du prix de la vente de la souffrance des mères et des vierges gauloises, César a acheté un tribun (ancêtre des journalistes d’aujourd’hui) pour qu’il lui fasse de la propagande. Ce tribun vendit Rome pour l’or tiré par César du pillage de la Gaule (qui comprenait alors la Belgique francophone) et — on ne le répètera jamais assez — de la vente des prisonnières gauloises. Cette propagande permit à César de devenir le grand pontife, c’est-à-dire le chef des grands-prêtres de l’Empire romain que Pompée venait de constituer avec des massacres et des pillages non moins horribles. Le titre de “Grand Pontife” était une sinécure qui procurait à César un logement de fonction à vie, en plein forum, au centre de Rome, et qui, en faisant de lui le pape des grands-prêtres de l’Empire, lui donnait une auréole sacrée. Sans compter les autres avantages financiers et politiques. A dater de ce moment, le nom de Jules César eut un sens, une valeur sur la place publique. Le grand pontificat fut pour lui un marchepied grâce auquel il lui devint possible d’accéder à la dictature suprême, opprimant les opposants romains ou italiens comme il avait opprimé les Gaulois.

Le tout, en imposant l’art dit gréco-romain par le biais de grands monuments qui impressionnaient le peuple.

Cet art, que l’on retrouve dans tous les pays occupés, opprimés par les Grecs ou les Romains, est devenu le symbole de cette oppression. C’est dans ce genre de décor qu’on se livrait à des orgies dégoûtantes qui finissaient en vomissements (il y avait tout un art de se faire vomir pour aller manger davantage une fois que l’estomac était plein). C’est dans ce genre de décor qu’on condamnait les citoyens à mort ou qu’on les torturait. On a beaucoup parlé de Vercingétorix, mais beaucoup d’autres Gaulois ont subi des tortures épouvantables dans ce genre de décor. Beaucoup de Phéniciens, beaucoup de Numides (Maghrébins), beaucoup de juifs. Le plus célèbre de tous ces personnages est Jésus-Christ, qui fut tué en tant que résistant, parce qu’il s’était dit roi des juifs, et que seul César (l’empereur Tibère) prétendait être le roi des juifs. C’est dans un décor de ce genre qu’eurent lieu ses conversations avec Pilate et sa condamnation. Ses tortures eurent lieu dans une partie du même palais qui était moins joliment décorée, puisqu’elle était destinée aux gardes.

Le décor dans lequel furent moqués, condamnés et torturés les Gaulois, et leurs femmes violées, est aujourd’hui copié dans le palais d’où sont gouvernés les descendants des Gaulois: l’Elysée. Tout un symbole que les Macron, j’en suis sûre, n’ont pas choisi sciemment. Ils se sont tellement penchés sur l’UOIF, les Algériens et autres soi-disant arabes, qu’ils ont oublié qu’en grec et en latin, le nom de la France est : “Gallia”.

L’ambiance gréco-romaine est peu connue de nos jours, et c’est pourquoi il faut être architecte ou professeur d’histoire de l’Architecture pour s’en apercevoir. Mais je l’ai dit plus haut, l’architecte propose, et le client décide. Cette ambiance est bien aimée dans les “grands hôtels de luxe” des Arabes, qui ne seront sûrement pas dépaysés lors de leurs visites à l’Elysée. C’était, après tout, l’ambiance qu’on trouvait dans les palais des rois que leurs ancêtres arabes ont massacrés en Irak, en Syrie, au Liban, au Maroc, en Algérie, en Libye, en Égypte, à Petra, Jerash, Césarée, Tyr, Sidon, Jaffa, Beyrouth, Tripoli, Byblos, Damas, Tartous, et les autres villes au VIIe siècle. Car alors, cette mode décorative subsistait encore.

500 000 euros pour ramener l’Elysée au temps où les Romains occupaient la France… pendant qu’on rogne sur les retraites des Français pauvres. Mme Macron s’est affairée à tant de choses futiles depuis l’élévation de son ex-élève au pouvoir suprême en France, des choses qui prennent tant de temps, qu’on a l’impression qu’à part ses nuits avec son ex-élève et ses réceptions et tournées en public, elle passe la totalité de son temps à se vêtir, se farder, se coiffer, recevoir des décorateurs, des vendeurs de piscines, des vendeurs de vaisselle, de grands couturiers — bref, faire du shopping à domicile.

Lina Murr Nehmé

P.S. : Une lectrice a critiqué ce texte en disant que la mode gréco-romaine a été largement utilisée dans l’art chrétien, et que les constructions romaines étaient toujours peintes de fresques, et en rouge. Voici la réponse que je lui ai faite :

La mode de l’antique est venue dès la Renaissance comme une réaction contre l’art chrétien gothique. C’est alors qu’on a commencé à faire des portraits des Douze Césars. Il n’empêche que les ors baroques et rococo ont représenté un éloignement de ce style antique dépouillé. Juste avant la Révolution, David a privilégié des intérieurs dans ce style comme une réaction aux rois et aux ors et aux couleurs dans lesquels ils vivaient.

Non, le rouge n’était pas la couleur nécessairement dominante. Vous trouvez à Pompéï des fresques qui ne sont pas sur fond rouge. Et vous trouvez dans les boutiques d’Apollodore de Damas dans le marché de Trajan, des pièces décorées de fonds blancs, tant celles en mosaïque que celles en fresques.

Non, l’édifice n’était pas nécessairement peint. Il pouvait être tout simplement recouvert de marbre, comme l’intérieur du Panthéon de Rome, qui ne contient aucune peinture. Quand, à la Renaissance, Brunelleschi et ses disciples ont voulu suivre la mode antique, ils n’ont pas fait de fresques, mais imité le Panthéon: plaques de marbre. Beaucoup plus beau et plus cher. Les fresques sont laissées pour les intérieurs bon marché.

Le Parthénon d’Athènes montre des traces de couleur sur la frise, mais rien ne prouve que ces couleurs soient d’époque antique: les couleurs ne durent pas 2000 ans quand elles sont sujettes aux intempéries. A peine durent-elles quelques années. Voyez vous-même combien de temps dure la peinture de l’extérieur de votre maison ou appartement. Je ne suis d’ailleurs pas sûre que les couleurs vont avec ce genre de constructions. La reconstitution, en utilisant ces couleurs, est laide, loin de la majesté du Parthénon.

Certes, on trouve des fresques dans la maison dorée de Néron, et dans les maisons des riches à Pompéï et Herculanum. Mais il n’y a pas là de quoi généraliser. Ce sont des cas spécifiques dont les artistes européens (Raphaël, David, Vien) se sont inspirés. Quand la pierre est parfaite sans peinture, il n’y a pas lieu de l’enlaidir avec de la peinture. On peignait plutôt les constructions de brique, comme les marchés de Trajan ou les maisons de Pompéï.

Lina Murr Nehmé, 4 février 2019

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