De quelle colonisation de l’Algerie parlons-nous?

Lettre ouverte écrite à Emmanuel Macron en février 2017, et non envoyée parce que la campagne électorale avait dégénéré

Je comprends, monsieur Macron, que vous alliez accabler la France à l’étranger. Quand on ne dispose pas d’assez de voix pour les prochaines élections, il faut bien mendier le vote de ceux qui veulent rester étrangers en France. C’est pourquoi vous avez calomnié la France en disant que sa colonisation de l’Algérie était un crime contre l’humanité.

On voit que vous ne savez pas de quoi vous parlez. Je ne puis raconter ici les faits, ma lettre serait trop longue et vous ne la liriez pas. Je vous renvoie donc à mon livre Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur : ce qu’ils cachent[1]. Sachez seulement que dès le début de la colonisation française, c’est une guerre de djihad qui a été déclarée à Oran et non une résistance. Les djihadistes coupaient les têtes des Français et des Algériens qui ne se soumettaient pas à eux. Ils les accrochaient aux arçons des selles de leurs chevaux et ils caracolaient avec ces trophées sanglants qu’ils exposaient sur des piques à l’entrée de leur camp.

Vous me direz que ces djihadistes défendaient leur pays, tout comme vous avez dit que les djihadistes de Syrie défendaient le leur, alors que vous saviez qu’ils opprimaient les populations. Comme eux, les djihadistes algériens se vantaient d’être des Arabes et ils méprisaient la majorité algérienne qui était kabyle. Ils avaient livré l’Algérie au sultan du Maroc parce qu’il était arabe lui aussi. Et en son nom, ils avaient entrepris de transformer l’Algérie en État islamique.

Beaucoup d’Algériens subissaient ces djihadistes, et ils les combattaient quand ils le pouvaient. Ils refusaient qu’on leur impose l’identité arabe à la place de l’identité de leurs pères, la langue arabe à la place du berbère, et la charia à la place de leur droit coutumier qui respecte la femme. Et quels qu’aient été les torts de certains Français, l’actif est si important que les Algériens qui aimaient les Français ont toujours représenté une grande partie de la population, malgré toutes les pressions : propagande, bakchich, menaces… Sans cela, les Français auraient été vaincus depuis longtemps vu leur petit nombre et l’immensité de ce pays montagneux. Mais il y a un parti pris dans la manière dont les harkis et les pied-noir sont perçus. On dit du mal d’eux pour justifier le mal qu’on leur fait.

Le Maghreb avait autrefois une civilisation florissante, une civilisation multimillénaire. C’est la colonisation arabe qui l’a détruite. Les Arabes ont tué les hommes, violé les femmes, vandalisé les monuments, les peintures, les sculptures, les bibliothèques et les églises de Libye, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie. Cela, ce n’est pas moi qui le dis, ce sont leurs chroniqueurs. Lisez leurs textes traduits dans mon livre. Ils nous montrent des monstres face auxquels les djihadistes modernes ressemblent à des enfants de chœur.

Ces colonisateurs arabes avaient imposé aux Maghrébins qui refusaient de changer de religion, une amende religieuse appelée jizya. Cette jizya était si forte qu’ils ne pouvaient la payer. Les Arabes leur avaient alors dit de payer en nature : 360 enfants par an et par région. Les années arabes sont lunaires : 355 jours. Chaque région devait donc payer plus d’un de ses enfants par jour pour prix de sa religion. Et vous imaginez les cris des mères auxquelles on arrachait leurs enfants, et les massacres qui s’ensuivaient, car les pères défendaient les enfants…

C’est cette méthode qui a changé la religion de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. C’est cette méthode qui a moralement fait des Maghrébins des esclaves en les obligeant à abandonner leur foi pour adopter celle de leurs ennemis.

C’est cette méthode que la France n’a utilisée ni en Algérie, ni ailleurs. Il est vrai qu’elle a commis des crimes bien plus grands que vous devez absolument dénoncer : elle a financé en Algérie des hôpitaux, des écoles, des routes, des ponts, des installations pétrolières. C’est vrai, monsieur Macron, construire des hôpitaux est considéré comme un crime très grave, un crime contre l’humanité. Plus grave encore : la France avait respecté la religion des Algériens au point de financer des écoles coraniques en Algérie, et d’interdire aux missionnaires chrétiens de critiquer l’islam. C’est cela qui pour vous est un crime contre l’humanité, j’imagine.

Mais comment parler d’hôpitaux, de routes et d’écoles, quand la pensée des enfants et des adolescents maghrébins arrachés à leurs parents par les Arabes, hante et torture, quand leurs cris résonnent aux oreilles, lancinants et terribles ? La souffrance des centaines de milliers de petites filles maghrébines violées pour que l’islam puisse coloniser le Maghreb vous glace-t-elle le sang, monsieur Macron ? Que diriez-vous, que feriez-vous si on vous réclamait vos enfants pour en faire des esclaves parce que vous auriez refusé de devenir musulman ? Que feriez-vous si on faisait de votre fille une bonne gratuite le jour, et une prostituée gratuite la nuit ? Mais si vous disiez la vérité, vous ne gagneriez pas les voix de l’électorat qui, en France, se réclame des colonisateurs arabes… et vous n’auriez aucune chance de gagner les élections. C’est pourquoi je ne pense pas que vous réparerez vos torts envers notre pays. Vous y perdriez beaucoup trop de voix et vous seriez privé du plaisir de voir flotter, pour célébrer votre élection sur la place de la Bastille, les drapeaux algérien et turc. Avec, en bonus, ceux des djihadistes du Jaych el-Horr syrien, dont les hommes égorgeaient des policiers dans la rue dès le début de la guerre de Syrie, et plus tard, mangeaient des cœurs humains devant la caméra.


[1] Salvator, 2017.