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Discours de Joseph Aoun (18/11/2019)

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Le commandant en chef de l’armée libanaise en novembre 2019:

« Votre comportement a fait perdre la possibilité de pêcher en eau trouble, à ceux qui cherchent à faire cela. 

« Quand les manifestations ont commencé, une partie des manifestants étaient avec nous, les autres, contre nous. Après quelques jours, la situation s’est renversée. Ceux qui étaient avec nous sont devenus contre nous [car nous voulons les obliger à laisser les gens libres d’utiliser les routes publiques], et ceux qui étaient contre nous sont maintenant avec nous [car nous leur ouvrons les routes].

« Nous devons travailler selon notre conscience, et une fois analysée la situation. Ne vous laissez pas influencer par les rumeurs. [Gardez] votre professionnalisme, votre endurance, votre esprit de discipline. Laissez-moi être fier d’être le commandant de l’armée consciencieuse, à la haute moralité, et qui a le courage de remplir n’importe quelle mission dans l’honneur et l’esprit de sacrifice, quels qu’en soient les défis…

“Je désire que vous remerciiez vos familles: vos épouses, vos enfants, vos parents. Je sais combien cela leur en coûte [de vous entendre insultés]. Dites-leur de ne pas répondre, de ne pas écouter, de ne pas interroger. Qu’ils soient fiers de ce que leurs enfants remplissent cette mission qui sauve le Liban et garde la paix civile. 

“Regardez la carte des manifestations autour de nous. Ils ont utilisé les balles réelles de Hong-Kong à l’Ukraine, de l’Irak à la Bolivie, à l’Iran, et hier, à Paris. Vous, vous êtes en train de gagner l’admiration de tout le monde. Je vous le redis: ce n’est pas notre mission [d’ouvrir les routes], et nous ne sommes ni entraînés à cela, ni équipés. Et pourtant, nous remplissons cette mission avec professionnalisme et haute moralité. Les gens vous louent [car dans les autres pays] au cours d’une bataille, si quelqu’un va remplir une mission contre des terroristes ou des trafiquants de drogue, la décision est claire et il n’a pas besoin de réfléchir : ils tirent sur lui, il les tue immédiatement. Chez nous, on hésite à tirer, et c’est cela qui est normal. Ne vous en veuillez pas pour cela. Je vous le redis : ne vous laissez influencer par personne. Il faut étudier la situation. S’il le faut, on reste en arrière, étudiant la situation. Quand nous le jugeons bon, nous avançons de nouveau. Et c’est ce qui a lieu ici.

« Mais eux, ici, ne sont pas nos ennemis : c’est le peuple du Liban. Ceux qui manifestent ont un droit sur nous. Et ceux qui ne manifestent pas ont un droit sur nous. Et la liberté de se déplacer est un droit sacré d’après les conventions internationales. Nous ne nous sommes pris à personne de ceux qui manifestaient sur les places. Mais quand ils ferment les routes et ils veulent humilier les gens, qu’ils m’excusent: moi, je vais alors intervenir et ouvrir la route. C’est ce que disent les conventions internationales. Nous arrêtons ceux qui causent des séditions, ceux qui ne sont pas libanais, qui sont des agents, et ceux qui se révèlent avoir de la drogue. Et je continuerai à le faire. 

« Nous avons eu une tragédie douloureuse, la victime en a été Ala Abou Fakhr ; la justice procède à une enquête ; nous attendons d’apprendre où sont les responsabilités, et nous prendrons alors nos responsabilités. Mais voyez ce qui se passe autour de nous. Combien de morts y a-t-il chaque jour en Irak et dans d’autres pays ? Ceci, sachant que nous avons eu des blessés. 

« Ne tenez pas compte des rumeurs: ce que vous faites, il y a de quoi en être fier. Ce moment difficile passera, et on verra quelle a été la noblesse de votre comportement. L’histoire, dans le futur, prouvera que c’est vous qui avez sauvé le Liban. N’ayez pas honte de ce que vous faites [en ouvrant les routes et en refusant de prendre parti], au contraire: relevez la tête. Chaque fois que vous menez une mission, vous me rendez fier d’être le commandant d’une armée consciencieuse à la haute moralité, agissant avec noblesse, discipline et professionnalisme. Je vous demande d’être fidèles à votre serment… »

[Le serment du soldat comme de l’officier dans l’armée libanaise est: «Je jure par Dieu le très-grand, d’accomplir pleinement mon devoir, pour garder le drapeau de mon pays, et protéger ma patrie, le Liban.»]

« Des défis se dressent devant nous. Espérons qu’ils passeront ; mais il y en aura d’autres — espérons que non ; mais nous devons être prêts à tout. »

Le commandant en chef de l’armée libanaise s’adresse aux soldats après qu’ils aient été victimes d’attaques à coups de pierres, suite à la mort d’un des hommes de Joumblatt, venu bloquer la route, et qui a été tué par un autre militant de Joumblatt, officier de l’armée libanaise, qui voulait passer. 

Les tensions sont grandes sur ces routes depuis un mois où des miliciens en civil viennent les bloquer chaque jour, alors que des citoyens voudraient passer. 

A noter que Joumblatt a été accusé d’avoir organisé cet assassinat. Mais dans l’armée libanaise, la politique et la religion sont interdites, pour éviter les divisions. C’est pourquoi le commandant a supposé que c’est l’armée qui est coupable de l’assassinat d’Abou Fakhr. (Enregistrement réalisé à partir de vidéos amateur prises par les assistants.)

Traduction et commentaire: Lina Murr Nehmé, 18/11/2019.

https://www.facebook.com/linamurrnehme/videos/420121972013834/?xts[0]=68.ARDJ7e6PBRqIrJTd5esbRQBUotW9lz802wR3qe0UNb49AVjSktAYhDnXYzWRMZW6EOcxbj0fW63MC_Gq9eMoBYlUpz_mosRXo7BY8HeIUDpjWz7sEjVDsIgs2_y_8ig6Pi6i2_HUihKJsKNoMn0UTAK579IddTUPK9CquRySOInPqno7WeU_oIfICzxrvfNgx7BKywVw148CLuHiWoXx656dPhxfTbl1DQK6l5Wf8LE-OXWCJQCqGSnQsK4dhtW5F17cTFK0O23GNFUCLyYJz1AvA2zxNHRGG5xKm9vzfGrsyOWC_s0CQzH2ynNSFXT4toRoOAjbxCac6oMn_5S2Pwlk4iWlpi-TlyH1REMd&tn=K-R
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Quand attaquer et quand défendre

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Il y a eu aujourd’hui un consensus autour de Mohamed Safadi comme nouveau Premier ministre au Liban. Il semble donc qu’il sera nommé durant les consultations.

J’ai précisé dans mon post précédent que j’attaquerais Safadi s’il ne combattait pas la corruption. J’ai bien cité cette seule clause. S’il se dénonce lui-même et répare ses torts, pourquoi en serais-je fâchée? Ceux qui m’ont suivie les dernières semaines savent que je l’ai attaqué pour une affaire très grave, dans une vidéo en arabe où je me suis adressée à lui personnellement autant qu’à Mikati, et je les ai traînés dans la boue en leur disant que leurs milliards et leurs élections comptaient davantage, pour eux, que la sécurité de leur ville, Tripoli.

J’ai toujours dit qu’il y avait des masses de musulmans sunnites de très haute qualité humaine au Liban, et qu’on n’est pas obligé de prendre les pourris. Mais j’ai écrit, la semaine dernière, un article montrant que le Premier ministre libanais serait nommé par l’Arabie Saoudite et que son identité ne changerait rien. Les Saoudiens nomment le Premier ministre à travers les hommes corrompus qui ont été imposés au Liban à la faveur de l’occupation. Ils se vendent, et les Saoudiens paient.

La vidéo suivante, en arabe, fondée sur un document saoudien publié par Wikileaks, donne un exemple de leurs méthodes. Il s’agit d’une lettre envoyée par l’ambassadeur saoudien à son ministre, pour lui dire que le leader chrétien Samir Geagea demande de l’argent saoudien pour financer sa milice, et dit qu’il est prêt à aller en discuter en Arabie. Et l’ambassadeur a expliqué au ministre que Samir Geagea serait utile pour combattre le général Aoun et le patriarche Rai (chefs politique et religieux de la majorité des chrétiens), ainsi que le Hezbollah. Depuis, Geagea va et vient régulièrement en Arabie. L’accord financier qu’il a demandé a donc été conclu et demeure actif. Les Saoudiens ont payé Abdel-Halim Khaddam 30 millions de dollars pour monter une milice et combattre le Président Assad. Combien donnent-ils à Geagea pour rendre le même genre de services au Liban?

Les chefs d’Etat occidentaux collaborent en reconnaissant ces personnalités corrompues. Ils refusent ainsi de traiter avec des hommes qui représenteraient vraiment le peuple libanais. Ils ne traitent pas avec la majorité chrétienne. Ils ne traitent pas avec les sunnites intègres. Et ils ont contribué à fabriquer une majorité sunnite haririenne qui, à l’origine, ne correspondait pas à la volonté populaire. Comme le prouve le besoin qu’a eu Rafic Hariri de recourir aux attentats pour éliminer son rival politique Mustapha Saad, et plus tard, aux distributions d’argent pour se faire élire et réélire.

Après la mort de Rafic Hariri, les Saoudiens ont imposé son fils Saad pour lui succéder, alors que le parti et la famille Hariri, au Liban, avaient déjà élu son frère Baha, l’aîné. Du jour au lendemain, Saad a été parachuté au Liban, et il a mené les élections à la place de Baha. Puis l’Arabie Saoudite a imposé le banquier des Hariri, Fouad Siniora, comme Premier ministre à la place de Saad qui avait gagné les élections. Et on n’en finit pas de raconter les histoires des ingérences saoudiennes dans les affaires du Liban, dont la plus grave reste le changement de la Constitution et le pillage des pouvoirs du Président (qui doit rester chrétien d’après ce texte) au profit du Premier ministre (qui doit rester sunnite). À ce sujet, je renvoie à mon livre “Du règne de la Pègre au réveil du Lion”.

A cause de ce processus de corruption qui se nourrit d’elle-même, j’ai écrit, la semaine dernière, que le Premier ministre serait choisi par l’Arabie Saoudite et que son identité importait peu. Car le régime saoudien n’est pas une entreprise de philanthropie. S’il désigne quelqu’un, c’est pour qu’il agisse selon sa volonté. Et cela, ce n’est pas la faute des Libanais. Quand vous êtes en prison, on vous impose les geôliers que l’on veut. Que vous soyez un homme ou que vous soyez un peuple. Mais quand on vous impose un Premier ministre, autant lui donner une chance. Sinon, on va dans le sens du chaos.

Ceux qui ont vu ma vidéo ci-dessus sur Mikati et Safadi savent que, selon moi, Safadi est très corrompu. Il est donc évident que d’après moi, il ne pourrait combattre la corruption que s’il commençait par se dénoncer lui-même. Mes lecteurs sont assez intelligents pour comprendre ce sous-entendu sans que j’aie à le souligner.

Ma raison me dit que Safadi ne le fera pas. Mais je ne l’attaquerai pas, en tant que Premier ministre, avant qu’il n’ait donné de raisons de le faire.

J’ai agi de même avec Macron: si vous vous en souvenez, je l’ai attaqué en veux-tu en voilà; puis, quand il a été élu, j’ai écrit l’article “Emmanuel Macron ou le cauchemar qui vient”.

Ensuite, j’ai cessé les attaques, car pour la sécurité du public, on ne doit pas attaquer un conducteur d’autobus au démarrage. On ne l’attaque par la suite, s’il conduit l’autobus dans le précipice. J’ai donc repris les attaques lorsqu’il a réuni les évêques de France aux Bernardins. J’ai alors annoncé que nous devions nous attendre à voir une ouverture vers les islamistes, notamment l’UOIF, qui l’avait soutenu aux élections. J’ai également montré ce que signifiait sa réception de Sherin Khankan. Et ce que signifiait sa donation à Syria Charity, la façade d’une organisation djihadiste.

Les informations que je mets sur ce site, sur ma page Facebook, sur ma chaîne Youtube, et occasionnellement, sur mon compte Twitter, sont des bouteilles jetées à la mer. Parfois, elles arrivent à destination; mais le plus souvent, elles n’arrivent nulle part, sauf dans les cœurs de bonnes gens remplis de bonne volonté, et qui, comme moi, ne peuvent rien faire; et que je remercie pour leur fidélité et leur affection, que je leur rends de tout cœur.

Je me rappelle cette scène qui a eu lieu en 1969, lorsque le président Charles Helou avait laissé Yasser Arafat imposer au Liban, par le biais de Nasser, le traité du Caire, qui donnait aux camps palestiniens le statut d’extraterritorialité. Petite fille, et entendant tout le temps mes parents attaquer Charles Helou (mon père disait: “Charles ma elo” (Charles qui n’a pas [les organes]), j’ai voulu le ridiculiser en lui mettant des oreilles d’âne sur une photo. Mon père a regardé et m’a dit: “C’est tout de même ton Président”.

Ce fut pour moi une leçon pour toujours. Finalement, les institutions — la présidence, les ministères, la police, l’armée — ne doivent pas être confondues avec ceux qui les commandent. Un policier peut être salaud, brutal, il doit être puni. Lui et non l’institution, car celle-ci a pour but de servir la société.

Idem pour la Présidence. Macron doit rendre des comptes. Il doit être jugé, mais après l’échéance présidentielle. Encore faudrait-il ne pas le réélire. Mais non le brûler en effigie pendant qu’il est Président, car si l’institution et la fonction sont méprisées, un bon Président, par la suite, ne pourrait pas gouverner.

Or actuellement, c’est ce qui arrive au Liban, avec des slogans, des injures, des insultes, des dessins obscènes préparés par avance par des personnages qui flétrissent des institutions, indépendamment du fait que les hommes qui les occupent le méritent, ou non. Car pourquoi vouloir la chute du Parlement, puisqu’il a été élu deux ans plus tôt? Il n’y a qu’à attendre deux ans pour en élire un autre: c’est la règle en démocratie. Pourquoi vouloir la chute du Président qui, de toute façon, va finir son mandat? Pourquoi vouloir la chute du gouvernement, et exiger un “gouvernement de technocrates”, alors qu’on accepte que le Premier ministre soit un homme politique et non un “technocrate”? Il y a quelque chose de corrompu dans le fait d’accepter que le Premier ministre soit issu de la classe politique, tout en exigeant que les ministres, qui représentent tout le pays, ne le soient pas.

J’ai toujours été connue comme une empêcheuse de tourner en rond. Il n’y a pas un politicien que je n’aie pas attaqué en public. En feuilletant mon livre “Du règne de la Pègre au réveil du Lion”, une journaliste m’a dit: “Mais tu attaques tout le monde! Je comprends que ton livre les dérange. Ainsi, si quelqu’un veut changer d’alliances, tu l’en empêches!”

Pour la même raison, et après avoir attaqué Safadi dans la vidéo ci-dessus qui le traînait dans la boue, et même après avoir écrit que le nouveau Premier ministre ferait ce que voudrait l’Arabie, j’ai voulu lui donner sa chance, et croire sincèrement — car l’hypocrisie n’est pas mon genre — à un impossible amendement. Comme, au chevet d’un agonisant, un secouriste qui fait le bouche à bouche croit, jusqu’à la dernière minute, que grâce à son souffle, le corps d’un noyé aura un sursaut et reviendra à la vie.

Croire et essayer contre tout espoir, c’est cela qu’on appelle “l’espérance”. Et parfois, ça marche: les secouristes le savent. A plus forte raison essaierais-je avec un politicien placé au sommet de l’échelle, qu’il soit Hariri ou Safadi, et alors que le pays descend vers l’abîme.

Lina Murr Nehmé, le 15 novembre 2019

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Liban : Cette menace islamiste en embuscade

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Mon article dans Marianne au sujet des armées en présence au Liban, et des armées qui pourraient se constituer. Ont été omises les petites milices du genre de celles de Geagea, désarmé après l’occupation syrienne, et dont la milice reconstituée n’a pas l’expérience des combats; celle de Joumblatt, qui ne s’est pas non plus battue depuis trente ans; celle de Berri, dont les meilleurs éléments sont allés au Hezbollah. Ces trois milices, qui faisaient la pluie et le beau temps dans certaines régions en 1985, sont pour le moment plus ou moins folkloriques, même si elles sont sont armées et capables de tuer.

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Liban: cette menace islamiste en embuscade

L’euphorie des manifestations libanaises ne doit pas faire oublier ce qui est arrivé en Tunisie, en Egypte, en Libye et en Syrie, où des manifestations laïques et pacifiques ont eu pour résultat une forte poussée des islamistes sunnites. Ce scénario pourrait-il se reproduire au Liban?

Octobre 2019. Dans un pays au bord de la faillite, les catastrophes se succèdent. L’économie est gelée par des taux d’intérêt de 20%. Les banques ne prêtent plus, et les importateurs manquent de dollars, la Banque du Liban voulant défendre la livre libanaise en cas de spéculation.
La nuit du 13 au 14 octobre, d’immenses incendies brûlent une partie des forêts de la montagne libanaise. Durant deux jours, la fumée est si dense qu’elle couvre l’entrée de Beyrouth, de Sidon et du Chouf.

Le jeudi 16, le gouvernement annonce de nouvelles taxes, dans le cadre des mesures d’austérité exigées par l’Union Européenne pour accorder des prêts au Liban. Une des taxes est illégale: elle consiste à rendre payante l’utilisation de l’application Whatsapp.

Une foule en colère déferle dans les rues et exige la fin de la corruption. Le gouvernement renonce à la taxe sur Whatsapp, mais les manifestations se poursuivent, avec des nouveautés.

On entend ainsi scander le slogan du printemps arabe: «Le peuple veut la chute du système». Des hommes dressent sur les routes des barrages en incendiant des pneus, et s’installent pour jouer au tric-trac, au tennis ou au baby-foot, ou fumer le narguilé. La fermeture des routes paralyse le travail de la population active.

Le président Aoun avait annoncé des réformes et la lutte contre la corruption, et pour diverses raisons, il a déçu. Les manifestations ont permis l’ouverture du dossier de la corruption. Les ministres et députés du bloc d’Aoun ont levé le secret de leur compte bancaire, en demandant à leurs rivaux d’en faire autant. Ce que certains ont fait.
Les manifestations ne semblent pourtant pas devoir s’arrêter avant le renversement du pouvoir: mardi 12 novembre, les bureaux de poste ont été occupés dans plusieurs villes, et l’un d’eux a été incendié. Un sit-in a lieu au palais de justice. Le siège de la compagnie d’électricité a même été pris d’assaut, ses fonctionnaires bloqués. L’ambassade de France a été assiégée.

Dans tous les pays touchés par le «printemps arabe», le renversement du pouvoir se faisait au moment où l’armée passait aux insurgés. Au Liban, ce n’est pas aussi simple, car plusieurs armées sont présentes sur le terrain.
Côté national, l’armée libanaise, laïque, compte 56 000 hommes. Si son chef passait aux insurgés, ce serait un coup dur pour le pouvoir, mais ce ne serait pas décisif, à cause des forces islamistes présentes dans le pays. Ces forces sont:

Côté chiite, le Hezbollah, qui compte plus de 20 000 miliciens. Comme il est la seule force libanaise ayant le niveau d’une armée, il passe en Occident pour être le maître du Liban. Ce n’est pas vrai, puisque le Premier ministre, qui a les vrais pouvoirs, est pro-saoudien. Ce n’est pas non plus le Hezbollah, mais le chef du parti rival qui occupe le plus important poste chiite. Et l’Iran, asphyxié par les sanctions, n’envoie plus d’argent comme avant.
Contrairement à la version entretenue par Israël et les Etats-Unis, le Hezbollah n’est pas le seul parti islamiste à disposer de milices au Liban. Il est la force libanaise la plus importante. En revanche, les islamistes sunnites armés sont plus nombreux. On peut les classer en quatre groupes qui s’allieraient en cas de guerre:

1° Les islamistes sunnites libanais. Ils alignent 5 000 djihadistes dont une partie est en prison. En 2014, Daesh avait promis de prendre Beyrouth pour les libérer, et de fait, elle avait attaqué par la frontière montagneuse. Mais l’armée libanaise l’a refoulé.

2° Les islamistes sunnites palestiniens, qui totalisent plus de 10 000 combattants dont certains appartiennent à al-Qaïda, Daesh ou al-Nosra. Leur férocité, leurs relations internationales et leur qualité de combat ont été souvent démontrées, notamment lors de la guerre du Fatah-el-Islam contre l’armée libanaise en 2007. Cette organisation palestinienne qui attirait des recrues locales ou étrangères, était financée par de mystérieux donateurs, équipée en matériel sophistiqué, et extrêmement bien entraînée.

3° Le Fatah de Yasser Arafat dispose d’environ 10 000 guérilleros. Mais il doit être compté au nombre des islamistes, car il a toujours combattu avec eux contre les chrétiens et les chiites du Liban. D’ailleurs, c’est de lui qu’est issu le Fatah-el-Islam.

4° Les réfugiés syriens, dont au moins 200 000 sont réservistes. Leur nombre est inquiétant. Le 7 septembre 2015, le président Hollande déclara: «Il y a aujourd’hui un résident au Liban sur trois qui est un réfugié. J’irai au Liban pour aller dans un camp de réfugiés, pour voir où sont les réfugiés, pour que nous puissions justement aider à ce qu’ils puissent y rester.» Il évaluait ainsi à 2 millions les réfugiés syriens et palestiniens. Ces derniers étant environ 500 000, les Syriens étaient, d’après ses chiffres, 1,5 million au Liban. 

De source informée, ils sont aujourd’hui plus de 2 millions, faisant du pays, d’après le Premier ministre Saad Hariri, «un grand camp de réfugiés». Le Liban étant déjà surpeuplé, «la concurrence pour de maigres ressources constitue une source de tensions entre les réfugiés et les communautés libanaises», dit un document de l’UE et du gouvernement libanais.

Le Liban demande à la communauté internationale de cesser de leur fournir des aides financières s’ils restent au Liban, et de les leur donner s’ils s’installent dans des régions de Syrie où il n’y a pas de guerre. La plupart des réservistes ont en effet fui la mobilisation. Ils affirment qu’ils ne peuvent rentrer en Syrie, car un soldat y est si mal payé qu’ils ne pourraient plus nourrir leurs familles. Si cet obstacle financier était levé, la plupart d’entre eux rentreraient dans leur pays.

Mais dans ce cas, le président Assad disposerait de centaines de milliers de réservistes, sans compter des combattants potentiels, en âge de faire leur service militaire. Or la politique française, depuis le début du conflit, a visé à affaiblir le régime syrien. Et il en est de même de la politique américaine. L’argent des ONG a donc continué à parvenir aux réfugiés s’ils restaient au Liban, et non s’ils rentraient chez eux. Le général Aoun raconte dans son discours du 31 octobre que face aux plaintes du Liban, les délégués internationaux «nous répondaient systématiquement la même chose: des paroles fleuries sur le rôle humanitaire que joue le Liban, et un langage politique liant le retour des migrants à une solution politique. Une pression a été constamment exercée pour les maintenir là où ils sont, afin qu’ils puissent être utilisés comme moyen de pression quand il s’agira d’imposer les règlements politiques.» 

La fin de la guerre en Libye a libéré des terroristes d’al-Qaïda, qui sont allés combattre en Syrie. La fin de la guerre syrienne, qui semble imminente, va libérer des terroristes d’al-Qaïda au Levant (premier nom d’al-Nosra). Ils voudront faire le djihad dans le reste du Levant: le Liban, Israël et la Jordanie. Pour empêcher leur infiltration, les Américains avaient promis d’aider l’armée libanaise à acheter du matériel permettant de surveiller les frontières (lunettes de vision nocturne notamment). Ils viennent de geler cette aide.

Financés par les pays du Golfe, les terroristes d’al-Qaïda peuvent offrir des armes et des sommes intéressantes aux réservistes syriens installés au Liban. On ne peut prédire exactement le nombre d’hommes qu’ils pourraient alors recruter, mais le chiffre de 40 000 ne paraît pas exagéré.
L’armée et les milices libanaises sont majoritairement non-sunnites. En cas d’annihilation de l’armée libanaise, la balance des forces pencherait en faveur des islamistes sunnites, dont les armées sont plus nombreuses que celle du Hezbollah. Qu’arriverait-il si elles étaient rejointes par l’armée des djihadistes d’Idlib et par une partie des réservistes réfugiés syriens? 
Là est la grande inconnue.

Lina Murr Nehmé

https://www.marianne.net/…/liban-cette-menace-islamiste-en-…

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Liban : Amnistie pour les djihadistes et les criminels

L’Association des Juges Libanais vient de publier un communiqué disant que les députés libanais n’ont pas le droit de se réunir pour forger des lois, tant qu’ils n’en ont pas fini avec le Budget. Or ils se sont trouvés plein de lois à discuter dans l’immédiat, la plus grave de toutes étant celle, exigée par Saad Hariri, d’une amnistie générale des tueurs, des voleurs, qu’ils soient politiciens ou voleurs de grand chemin, mais aussi, des islamistes qui ont combattu contre le Liban, ou dont l’allégeance est simplement interdite, car ils se réclament du califat, ou d’al-Qaïda.

Seraient ainsi amnistiés et jetés sur le marché du crime, la bande d’Ahmed el-Assir qui bloqua Sidon et y fomenta une guerre contre l’armée libanaise, que celle-ci gagna — il y eut plusieurs morts. Serait libéré le père du Londonistan, le Syrien Omar Bakri Fustoq (photo), qui, devenu persona non grata en Angleterre, pourrait essayer d’exercer ses armes de prosélytisme djihadiste en France. Etc.

Pourquoi ces députés libanais sont-ils si pressés de décréter une amnistie générale? Tout simplement parce que les manifestants réclament des comptes et le retour de l’argent public volé, et qu’on leur a promis de les satisfaire. Si l’amnistie libère les voleurs de grand chemin, elle les libèrera aussi. Clic clac, le tour est joué!

Du même coup, ils imposeraient au pays ces djihadistes dont la capture a coûté tant de vies humaines — et dont la re-capture en coûterait tant d’autres.

Quel rôle jouent là-dedans les grandes puissances? Saad Hariri exige un gouvernement de technocrates, c’est-à-dire de gens apolitiques. C’est, paraît-il, l’exigence des puissances étrangères dont il redevient le fidèle serviteur. Vous rendez-vous compte de ce que cela veut dire? A Taef, les Saoudiens ont imposé aux députés libanais (imposé avec des menaces et des pressions financières) un traité selon lequel il y aurait plus de “justice” au Liban en pillant tous les pouvoirs présidentiels pour les donner au Cabinet. Ce Cabinet représentant les forces du pays. Mais si ce Cabinet ne représente pas les forces du pays — c’est-à-dire celles des grandes communautés — s’il représente seulement des hommes apolitiques dociles aux mains du Premier ministre, c’est donc que celui-ci a tous les pouvoirs, non seulement en pratique, mais en théorie aussi. Le Premier ministre qui représente une de ces forces, une de ces communautés, la sunnite. Non la partie des sunnites qui refuse l’Arabie Saoudite, mais l’inverse, puisque c’est avec de l’argent que les politiciens achètent les pauvres en leur donnant des services que l’Etat aurait dû leur donner. Et l’Arabie donne de l’argent. Des millions. Lisez les livres spécialisés ou les fuites de Wikileaks.

Donc tous les pouvoirs seraient aux mains de la communauté sunnite. Qu’il s’agisse de Saad Hariri ou de Leila Solh-Hamadé, ce sera pareil, car l’Arabie Saoudite a, pour le moment encore, le vent en poupe, et c’est elle qui désigne, de façon parfois outrageusement publique, les Premier ministres libanais. Le Liban n’est-il pas un pays occupé depuis le traité de Taef? Occupé militairement par la Syrie jusqu’en 2005, et politiquement par l’Arabie qui a ligoté peu à peu le Liban en lui imposant toutes sortes d’associations culturelles islamistes, à commencer par l’Alesco, en passant par l’Isesco, les droits de l’enfant musulman, etc. On parle des armes du Hezbollah, mais quid des armes palestiniennes? Les Palestiniens auraient le droit d’être armés au Liban, et les Libanais non? Pour l’Arabie Saoudite, oui. Elle a fait désarmer les chrétiens après Taef, mais non les Palestiniens, qu’elle considère comme sa milice sunnite personnelle face aux chrétiens. Or le nombre des combattants palestiniens armés est à peu près égal à celui des miliciens du Hezbollah. 

L’Arabie se sent tellement maîtresse du Liban, qu’elle ne ménage pas les formes, et ne ménage surtout pas l’amour-propre des Libanais. Se souvient-on de la conférence de presse où Walid Joumblatt raconta comment le roi d’Arabie lui avait dit qu’il pensait désigner Saad Hariri Premier ministre du Liban? Joumblatt lui répondit qu’Hariri n’irait pas et ne serait pas populaire. “Je propose Salam”, ajouta-t-il. Et le roi désigna Salam. Après la conférence de presse, je me suis dit: “Par pudeur, les gens du 14 mars devraient refuser.” Mais ils ont accepté, Hariri compris! 

Il faut signaler que ceux qui se donnent le nom de 14 mars, sont le parti pro-saoudien au Liban. Ils comptent le plus gros bloc parlementaire sunnite et le plus gros bloc parlementaire druze, ainsi que les plus petits blocs parlementaires chrétiens — c’est-à-dire les dhimmis. C’est avec ce bloc que l’Occident traite. 

Donc, quel que soit le Premier ministre, sa politique sera saoudienne. Donc à quoi bon discuter des mérites de tel ou tel candidat? Ces mérites n’ont aucun sens, puisqu’il va obéir aux ordres étrangers. Un peu comme Babrak Karmal en Afghanistan. 

Et à partir du moment où un tel homme dirige un gouvernement de technocrates, où les forces sur le terrain ne sont pas représentées (ou même un Cabinet à moitié technocrate à moitié politique, où ces forces ont les ailes rognées), c’est que le Premier ministre nommé par l’Arabie dans les coulisses ou ouvertement, sera un dictateur exécutant les ordres donnés par l’Arabie. 

Et devinez quel avenir l’Arabie veut pour ce Liban qu’elle considère comme sa propriété privée achetée pour deux milliards à Taef — ce Liban qui est la seule démocratie des pays dits arabes, le seul pays à avoir servi de barrage contre l’islamisme, et le seul pays de la région dont le Président soit chrétien? 

Je vous le donne en mille. 

Il faudrait tout de même que les populations qui veulent la liberté pour elles-mêmes, fassent un peu plus pression que cela sur leurs gouvernants qui ne pensent, au contraire, qu’à priver le Liban de liberté et de démocratie. Peuples, cela se fait dans votre dos. Mais la note, c’est vous qui la paierez et non Macron, Trump et les autres. Eux se sont assez enrichis, c’est vous qui vous appauvrirez à mesure que l’Arabie s’enrichira de la dépouille du dernier pays libre de l’ancien Orient d’avant l’islam.

En ce qui concerne la loi d’amnistie dont on parle, il est vrai qu’elle comporte beaucoup de clauses restrictives. Seraient exclus de l’amnistie, par exemple, les tueurs ou ceux qui ont appelé au meurtre, et donc aussi les terroristes islamistes.

Mais ceux qui réclament le plus cette loi ne sont pas les pauvres gens qui ont passé plus d’années à attendre leur jugement, qu’ils n’auraient eu d’années de prison à faire. Ceux-là, il est juste de les amnistier, même s’ils n’ont pas été jugés, puisqu’ils ont purgé leur peine ou davantage, et restent en prison injustement.

Le problème, donc, c’est que ce ne sont pas eux qui réclament: ils n’ont pas de moyens de pression pour cela. Ils n’ont pas de milices capables de mettre une ville à feu et à sang pour obliger l’Etat à les libérer, comme ont fait les islamistes en faveur du djihadiste Chadi Mawlawi (al-Qaïda), il y a dix ans ou davantage. J’ai raconté cela dans ma dernière vidéo arabophone. Elle montre le favoritisme dont bénéficiaient les islamistes sous le régime des Premier ministres d’après Taëf, même sous celui, prétendu modéré, de Mikati. Elle montre enfin, que l’amnistie générale avait déjà été décrétée à cette époque, non pour ceux qui étaient en prison pour le vol de très petites sommes, mais pour les islamistes ayant une connection avec les tueurs d’al-Qaïda à Nahr el-Bared.

Que la même loi soit présentée sous une autre forme, et avec tant de clauses restrictives, ne signifie pas qu’ils n’en bénéficieront pas. Déjà leurs partisans ont annoncé une grève générale à Sidon (photo) ou ailleurs — c’est-à-dire, si l’on se rappelle de tristes précédents, des pneus brûlés, de la casse, des coups, et même des meurtres.

Il en est de même des Bédouins du Hermel qui ont annoncé une manifestation pour demain. Eux aussi ont des meurtriers qu’ils veulent amnistier, menaçant l’Etat d'”actions” au cas où il exclurait leurs tueurs de l’amnistie. Et on sait l’esprit tribal qui vaut chez les Bédouins en général: “il faut les libérer parce qu’ils sont les nôtres”.

Il n’est même pas certain que les politiciens aussi soient exclus de cette amnistie. Comment voulez-vous que ceux qui militent le plus pour faire passer immédiatement cette loi — Hariri et Berri — se punissent eux-mêmes et punissent leurs hommes, tout en amnistiant les pauvres voleurs de 50.000 livres? Seraient-ils pris, soudainement, d’un grand repentir? Je crois au repentir dans le cas de l’ancien milicien chrétien Assaad Chaftari. J’y ai cru dans le cas d’Hariri, quand celui-ci a osé refuser de démissionner. Mais la suite m’a montré que je ne devais pas y croire dans son cas; et je n’y crois pas non plus dans celui de Berri. Ni dans celui de leurs compères, les anciens tueurs de guerre et les profiteurs qui ont mangé le pays comme une nuée de vautours, après Taef surtout. Feu Rafic Hariri était venu au Liban avec un milliard de dollars. Il est mort, d’après Forbes, à la tête d’une fortune de 16 ou 17 milliards. D’où sont-ils venus? Et la tentative de meurtre de Moustapha Saad, le rival électoral, qui tua tant de monde, fut aussi amnistiée. L’accusé, c’était Rafic Hariri. Ironiquement, il mourut de façon semblable.

Tous ces seigeurs et voleurs de guerre se sont auto-amnistiés en 1990. Même le génocide commis par Joumblatt fut amnistié, alors que les crimes contre l’humanité ne peuvent pas être prescrits d’après les lois internationales affichées par ces mêmes gouvernements qui nous l’ont imposé comme s’il était un parangon de démocratie à l’occidentale. Ces mêmes gouvernements qui refusent de traiter avec d’autres qu’avec les seigneurs de guerre, génocideurs, tueurs, voleurs et menteurs agréés par la Syrie et l’Arabie Saoudite (jusqu’à leur brouille). Et ces collaborateurs ne sont pas agréés pour leur abnégation envers le Liban, mais parce qu’ils acceptent de travailler contre leur propre pays.

Voilà pour la loi d’amnistie. Il faut se souvenir qu’on en parle depuis une dizaine d’années. Et que l’idée de départ était d’amnistier les islamistes (et non les pauvres qui ont volé parce qu’ils avaient faim).

J’ai publié il y a quelques jours une vidéo en arabe littéraire et en libanais pour raconter cette histoire d’amnistie des islamistes et non des autres, ainsi que les méthodes utilisées pour obliger le gouvernement à libérer les islamistes d’al-Qaïda. Et autres aberrations que nous avons vécues.

Pour l’anecdote, un ami Facebook avait appelé à descendre couper la route internationale pour exiger la libération des militaires emprisonnés, relâchés, et de nouveau emprisonnés pour satisfaire les islamistes. A un moment donné, l’armée, qui obéit aux ordres, même contre nous, a reçu l’ordre d’ouvrir la route par la force. Les soldats ont tous avancé en même temps. Mes compagnons ont tous reculé, sans quoi ils auraient été écrasés par les soldats en marche comme par un rouleau compresseur. Mais comme je ne suis pas le genre à reculer, je suis restée debout. Arrive devant moi un militaire très grand et très musclé, qui allait me renverser. Je lui dis: “Walaw, vous, grand comme vous êtes, contre moi, petite et maigre?” Il a eu l’air gêné et s’est arrêté. Entre-temps, un ami qui avait vu la scène avait accouru et s’était mis à lui crier dessus: “Vous n’avez pas honte? Vous auriez pu tuer la madame!” Le militaire répond avec le même ton: “Et vous ne me parlez pas avec autant de civilité qu’elle !” En bref, je ne suis pas morte, et je suis là pour vous le raconter.

Et voici la vidéo qui raconte ces tristes épisodes que les jeunes ne connaissent pas. Je recommande aux arabophones de la voir jusqu’au bout. Il paraît que c’est la meilleure que j’aie faite.

Lina Murr Nehmé, 11 novembre 2019

Discours de Saad Hariri (22 octobre 2019)

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Excellent discours de Saad Hariri. Il y a une solution dans ses propositions, et comme il dit, cette éruption de colère aura rendu possible, pour le gouvernement, de prendre les mesures d’austérité qu’il n’osait pas prendre parce qu’elles feraient mal aux seigneurs de guerre, notamment les puissants Berri et Joumblatt. 

Saad parle ainsi de supprimer un ministère et toutes les organisations inutilement financées par l’Etat. Songer qu’il ose défaire le travail de son père qui nous a plongés dans cette dette! Et qu’il ose défier les seigneurs de guerre, Berri et Joumblatt — en privant d’argent (jusqu’à 70% du budget que leur payait l’Etat) leurs associations parallèles confessionnelles dont ils ont imposé le financement à l’Etat libanais —, alors que ces associations leur permettaient de recruter des partisans, armés ou non, et d’être aussi puissants! Bravo pour ce courage, cheikh Saad, bravo pour cette humilité avec laquelle vous avez parlé aux manifestants, et pour la première fois depuis 1990, je vois un Premier ministre du Liban. Et pour que je dise du bien d’un discours de Premier ministre, moi, qui n’ai jamais eu un seul mot positif pour un seul premier ministre depuis Taëf — y compris Saad lui-même autrefois, et même aujourd’hui jusqu’à ce soir —, il faut qu’il le mérite. 

Voilà 29 ans que je dévoile les vices, les crimes, les trahisons des Premiers ministres que nous ont imposés les grandes puissances, et que je déplore que les politiciens intègres acceptent de parler avec eux, parce que ce sont des collaborateurs. Ce soir, je n’ai plus cette impression. C’est un peu comme un cauchemar dont on s’éveille. C’était fatiguant, de toujours jouer les Cassandre et de toujours prédire des malheurs, et d’être malheureuse deux fois: une fois en les prédisant, et une fois, parce que les événements me donnaient raison. 

Reste à appliquer ce que vous avez dit, M. le Premier ministre. Et j’en connais qui vont tout faire pour vous en empêcher. Car si certains d’entre eux sont vraiment poussés par la faim, et d’autres, intègres, veulent se solidariser avec le peuple, il y a aussi un troisième parti qui est constitué d’une bande de voyous bien organisés pour casser le gouvernement et empêcher le retour des réfugiés syriens dans leur patrie. Ils sont payés. D’où vient tout l’argent jeté? Des sonos de prix inabordables, des distributions de bouteilles d’eau minérales toute la journée aux manifestants, une grosse console pour produire un Internet haut débit et gratuit, des distributions de sandwiches gratuits à volonté à des dizaines de milliers de personnes, du direct télévisé — plusieurs télévisions — 24h sur 24! Ça coûte cher, le direct, et personne ne fait du direct 24h sur 24! 

Qui paie? MBS, l’ennemi de Hariri? Il a tout fait pour le faire tomber, et il a tellement d’argent que ce n’est pas grand-chose pour lui. George Soros, dont l’organisation Otpor, a entraîné un des dirigeants du mouvement “Vous puez”, qui se retrouvent dans l’actuel mouvement, avec les mêmes méthodes et le même slogan? Bachar el-Assad, qui trouve que les réfugiés syriens sont bien chez nous, une partie d’entre eux étant islamistes? Les trois? Je n’en sais rien. Mais l’apparition soudaine de centaines de milliers de pneus, qui ont été mis à brûler dans toutes les rues des régions chrétiennes — on n’a jamais eu ça — dans tout le pays, pour asphyxier les Libanais. Puis ces manifestations organisées dans des dizaines de villes à la fois… un jour plus tard! Depuis quand une manifestation s’organise en un ou deux jours dans des dizaines de villes à la fois? 

En tout cas, monsieur le Premier ministre, je vous donne pour la première fois ce titre de tout cœur, et je souhaite que vous arriviez à mettre votre parole en pratique. Vous savez en tout cas que vous ne pourrez pas revenir en arrière. Mais je crois que beaucoup de personnes vous ont aimé après avoir entendu ce discours.

Lina Murr Nehmé, 22 octobre 2019

PS : S. Hariri va également essayer de faire rendre l’argent volé à tous les collaborateurs qui se sont succédés au pouvoirs… et les pires sont de son parti. Il y a 11 milliards de dollars réclamés par l’Etat libanais au Premier ministre Siniora. A l’époque, le mufti avait dit: “Siniora, ligne rouge”. Le tribunal avait répondu: “Devant la justice, il n’y a pas de ligne rouge.”

https://www.youtube.com/watch?v=tRw-dUR_beM&feature=share&fbclid=IwAR2aVmTTuQKyAiURPfFyA48YvQYCTr6tCEcI-ErXRNOYr7Rcia0VZwXgljg

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Manifestations au Liban : que faire ?

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Des milliers de manifestants avec casseurs se sont rués contre le palais du Premier ministre et celui du Président de la République en criant le slogan du Printemps Arabe: “Le peuple veut la chute du système”. 

Mais mystérieusement, ils ont soigneusement calculé leur trajectoire. Je traduis donc ce petit post que j’ai vu sur la page d’un ami: 

“Insurgés! Le Liban vous interroge. Vous dites que vous en avez contre tous les politiciens, et que vous voulez bien dire ‘tous’. Alors expliquez-nous comment se fait-il qu’aucune manifestation ne se soit dirigée contre Aïn Tiné (Nabih Berri), Mokhtara (Joumblatt), Meerab (Samir Geagea), Bnecheéi (Sleiman Frangié)?

C’est vrai, il serait intéressant d’avoir la réponse à cette question. Déjà, hier, Joumblatt avait attiré mon attention en disant à Saad Hariri: “Démissionnons ensemble”. Mais Joumblatt sait qu’il reviendrait au pouvoir, et que si Hariri se retirait, c’en serait fini de sa carrière. Car Joumblatt est mieux introduit auprès du roi d’Arabie, que Saad Hariri! C’est lui qui, il y a quelques années, a dit au roi de ne pas nommer Hariri, mais Salam. (Il l’a raconté dans une conférence de presse.)

MBS est furax. MBS n’aime pas Saad Hariri. Il ne veut pas de lui comme gouverneur du Liban. Il se sent le dindon de la farce. Il a ruiné Saad Hariri, mais celui-ci s’est entendu avec le général Aoun pour amener celui-ci au pouvoir. Or MBS avait jeté son dévolu sur Sleiman Frangié et empêchait depuis plus d’un an l’élection d’Aoun. Car c’est lui que voulaient la majorité des chrétiens, qui avaient voté à 55% pour lui. Mais il n’était pas question qu’un chrétien ayant un poids électoral, occupe le siège présidentiel, puisqu’il avait été décidé que les chrétiens seraient des dhimmis. L’alliance d’Aoun avec Hariri a mis MBS hors de lui. 

Il a donc obligé Hariri à démissionner. Mais encore une fois, Aoun l’a rendu furieux… en sauvant Hariri. Il a ainsi usé de la seule prérogative dont l’Arabie Saoudite n’ait pas dépouillé le Président chrétien: le pouvoir d’accepter la démission du Premier ministre. Aoun a refusé la démission d’Hariri, prisonnier avec sa famille en Arabie, et il a demandé à Macron d’aider à le libérer. Macron est intervenu auprès d’MBS et a obtenu la libération d’Hariri. Aoun a ainsi rapproché la majorité des sunnites de la majorité des chrétiens. 

Mais bien sûr, l’Arabie Saoudite ne veut pas d’union au Liban! Elle veut diviser pour démanteler, car sans cela, les chrétiens resteraient toujours forts, même s’ils n’étaient plus que cent. 

Maintenant, MBS avait sa troisième possibilité de se débarrasser d’Hariri, et aussi d’Aoun. La hausse des taxes exigée par la communauté internationale, le pillage durant des décennies ayant mis le Liban au bord de la faillite — aurait, certes, dû frapper d’abord les plus riches. 

Mais si les insurgés exigent cette justice — et ils ont raison —, ils devraient avoir la justice de frapper les plus corrompus, ceux qui ont participé au plus grand nombre de Cabinets de la corruption d’après Taëf. 

Le champion est Nabih Berri, président du Parlement. Il était pauvre, et il est riche. Les pauvres ont bien manifesté contre lui à Tyr en criant: “Berri voleur, Berri voleur”. Comment se fait-il qu’aucun d’eux n’ait songé à marcher sur son palais truffé d’objets précieux? Il n’y a pas eu un des 17 Cabinets de la corruption d’après Taëf, auquel Berri n’ait pas participé. 

Après lui vient Joumblatt, qui a avoué avoir volé l’argent des réfugiés, et qui a fait tuer, parfois à la hache, 3000 chrétiens, et qui a également tué des centaines de druzes. Il ne s’est trouvé ni chrétiens, ni druzes pour l’attaquer ! 

Après lui vient Frangié, auquel on pardonne beaucoup parce que lui-même a pardonné à Geagea, le tueur de son père, et parce qu’il a protégé ses propres ennemis chrétiens, sous l’occupation. Il n’empêche qu’il a participé à la plupart des Cabinets de la corruption. Lui non plus n’a trouvé personne pour marcher contre lui?

Et comment se fait-il que Geagea qui tuait des centaines de chrétiens en leur coulant du béton sur les pieds et en les jetant dans la mer (lire le récit de celle qui fut alors sa secrétaire, Régina Sneifer), qui a fait fortune en rackettant les passants et les camions sur le barrage de Barbara, qui a vendu le sol libanais pour y mettre la dioxine de Seveso dont aucun pays ne voulait, et qui l’a mise dans des barils qui fuyaient; qui a divisé les chrétiens et a combattu pour la Syrie contre eux en 1990 (cf. ses lettres que j’ai publiées dans mon livre “Du règne de la Pègre au réveil du Lion”), comment se fait-il qu’il ne trouve personne pour manifester contre lui, alors qu’il a été condamné à mort pour l’assassinat de Tony Frangié, de Rachid Karamé, de Dany Chamoun, et qu’il a essayé d’en tuer beaucoup d’autres, dont Gébran Tuéni, qui a témoigné à ce sujet, et a probablement dû sa mort à ce fait? 

Expliquez-nous, bonnes gens, la sélectivité de votre fureur. J’aimerais bien savoir. Car dès leur éclatement, ces émeutes m’ont fait penser à celles provoquées par Geagea et Joumblatt pour faire tomber le gouvernement d’Omar Karamé et amener Rafic Hariri au pouvoir. Tragique ironie des faits, que le même scénario qui a mené le père au pouvoir, resserve aujourd’hui contre le fils. 

Quant à Aoun, ayant été exilé entre 1990 et 2005, il n’a pas participé à ces gouvernements de la corruption, y compris à celui de 2005, parce qu’ils n’ont pas voulu lui donner un nombre de ministres proportionnel à son poids électoral. Sa participation a été plus tardive, et il n’avait pas le ministère des Finances. 

Donc, manifestants, si je comprends bien, vous attaquez ceux qui sont le moins responsables, parce que ceux qui sont le plus responsables vous font peur ou (et) vous paient? Rappelons-nous cette dépêche de Wikileaks montrant Samir Geagea mendiant de l’argent à l’Arabie Saoudite pour avoir de quoi entretenir ses miliciens et combattre le général Aoun. Cette dépêche avait fait grand scandale il y a très peu d’années, rappelez-vous. Tout cela a été oublié, et aucun de vous ne va attaquer Meerab? Admirables, votre justice et votre irréprochabilité!

Addendum :

Ce qui confirme ma comparaison avec 1992 et les manifestations de Geagea et de Joumblatt pour faire tomber Omar Karamé et amener Rafic Hariri, ce sont les appels justement de Joumblatt et de Geagea à manifester “contre ce régime corrompu” (!)

Quant à Sleiman Frangié, il a été le seul ministre à avoir refusé l’argent de Rafic Hariri pour vendre le centre de Beyrouth et en exproprier les propriétaires au profit de la société privée d’Hariri, Solidere. Mais Sleiman a récemment été candidat à la Présidence, avec l’accord de l’Arabie. 

Quant à Joumblatt, qui appelle à une démission générale, combien de dizaines de fois a-t-il dit une chose avant de faire un revirement à 180°? S’il est capable de faire nommer par le roi d’Arabie le Premier ministre du Liban et de venir s’en vanter dans une conférence de presse au Liban, et que les gens du 14 suivent la consigne et entérinent le choix du roi d’Arabie en nommant Salam, comment espérer qu’un tel homme ne revienne pas au pouvoir ? Le pouvoir le grise, l’argent le grise, il ne peut vivre sans eux. Même le sang le grise. Plusieurs de ceux qui l’ont fréquenté racontent qu’il dit parfois en posant son arme: “Il n’y a que deux choses qui comptent: ça et le dollar”. Joumblatt sait que s’il perdait sa puissance politique, il perdrait aussi la vie. Quant à ses retournements, est-ce qu’on ne le comparait pas à une machine à laver qui ne fait que tourner? Qui leur interdira de se représenter ? Les grandes puissances? Ce sont elles qui nous les ont imposés. Le peuple? On l’a mis dans une telle situation de misère qu’il en soit réduit à accepter leur argent qu’ils lui ont volé.

Que faire ? Il faut exiger que les grandes fortunes soient taxées, que les sources de revenus des gens comme Joumblatt et Berri, qui ont participé au plus grand nombre de Cabinets, soient examinées, que les voleurs de l’occupation cessent d’être protégés en n’étant pas attaqués par une foule qui parle de justice mais ne les attaque pas. Et je propose, surtout, le civisme. Une révolution réussit quand elle a pour but l’amour, comme c’était le cas en 1989. Elle ne réussit pas quand elle a la haine pour moteur. Examinez toutes les révolutions suscitées par la haine, et vous verrez combien le peuple qui les a faites a souffert ensuite de la main de ceux qu’il a portés au pouvoir. Non. une révolution doit se faire lucidement, en réfléchissant et non en se laissant porter par les sentiments. Car les sentiments, une chaîne de télévision peut vous les susciter. Cela ne veut pas dire que ce sont vos vrais sentiments. La seule chose qui vienne vraiment de vous, c’est votre acte réfléchi, et votre décision de le suivre. Certes, le peuple a faim, mais il aura davantage faim s’ils cassent le pays et si le même scénario qu’en Tunisie, en Egypte et en Syrie se poursuit et s’ils subissent une dictature comme là-bas.

Les manifestants piétinent l’image de Berri à Nabatiéh. Mais ils n’osent pas l’attaquer chez lui, à Aïn Tiné.

Les forces de l’ordre payées par Berri, pour que ses miliciens ne soient pas inquiétés.

Lina Murr Nehmé, 19 octobre 2019

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Le slogan du printemps arabe au liban

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Au Liban, le slogan du printemps arabe: “Le peuple veut la chute du système”. Al-Jazeera, la télévision du Qatar, joue exactement le rôle qu’elle avait joué pour faire dégénérer des manifestations, en révolution. Elle a réussi en Tunisie, amenant les Frères Musulmans d’Ennahda. Elle a réussi en Egypte, amenant les Frères Musulmans de Morsi. Elle a partiellement réussi en Syrie, amenant l’ASL et al-Qaïda (Nosra et Daesh). 

Maintenant, tout le monde parle de la corruption du Liban. Je veux bien, j’ai été la première à la dénoncer et à la prouver dans mes livres. Mais cette corruption nous a été imposée par les grandes puissances pour qu’elles puissent plaire au roi d’Arabie. Il fallait que le Liban éclate pour qu’il n’y ait plus de chrétien gouvernant le plus beau pays du Moyen-Orient, la citadelle des résistants et des hommes libres. Ce calvaire décrété après la guerre de Kippour (1973), dure depuis 1975. Et vous parlez de corruption? 

Fac-similé tiré d’une page de mon livre Du règne de la Pègre au réveil du Lion, nommé ainsi à dessein, puisque la pègre a été placée au pouvoir au Liban, pour tuer le Liban. Et c’est pourquoi l’Occident a maintenant tous ces problèmes de terrorisme: parce que le rempart qui résistait au front, a été brisé et ne résiste plus.

Pour que vous compreniez cette photo, il faut que vous sachiez que dans cette église de style byzantin, les boiseries, au fond, étaient remplies d’icônes, qui ont été pillées et profanées. Le milicien musulman qui a ainsi profané cette église à l’est de Sidon, s’est accoutré des vêtements d’un prêtre de rite byzantin.

Lina Murr Nehmé, 18 octobre 2019

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noce au liban, en 1954

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Une noce dans un village libanais en 1954. Il s’agit du mariage de mes parents, le 10 octobre. 

À cette époque, comme dans ma jeunesse, chaque femme faisait venir la couturière et lui expliquait comment elle voulait les manches, la forme du col, les épaules, la longueur de la robe. J’ai connu cela. J’ai même fait des robes, car nous apprenions la couture à l’école, et nous avions un examen de couture, filles et garçons. C’était au programme. Pour mon BEPC, ainsi, nous avions à couper et coudre une bavette de bébé. 

Nos robes étaient toutes originales, toutes seyantes. Et beaucoup plus seyantes qu’aujourd’hui, où elles semblent parfois faites, soit pour attirer les hommes physiquement en dénudant tellement le corps qu’il en voie tout (très antiféministe, cela), soit pour les repousser en l’habillant comme un sac de pommes de terre. Il est vrai que les modes occidentales et le prêt-à-porter qu’on achète depuis qu’on ne coud plus, sont, comme le jilbab et le tchador, des inventions d’hommes. Chacun impose à la femme le costume qu’il veut, en la flattant pour la persuader de l’accepter. L

P.S.: Le vieil homme est le grand-oncle de ma mère, qui lui donne le bras jusqu’au moment où elle verra son futur, soit à la porte du domaine de l’église. Alors elle entre à l’église au bras de ce dernier, après qu’il y ait eu une “bagarre” de village, chacune des familles tirant son rejeton pour que le conjoint ne puisse pas dire que c’est lui qui est allé au mariage le premier. C’est le grand-oncle qui lui donne le bras parce que son père était furieux de ce qu’elle ait vu son futur le jour même, et qu’ils soient allés dans une église catholique, alors que son propre père était pope. D’où les larmes de ma mère après que mon grand-père lui ait fait une scène et ait dit; “Je ne lui donnerai pas le bras pour la prendre à l’église.” Alors le grand-oncle l’a grondé et a dit: “Tu ne lui donnes pas le bras? Eh! bien, c’est moi qui vais le lui donner.”

Lina Murr Nehmé, 11 octobre 2019

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Munich 1938, Taef 1989

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Le traité de Taef fut à la troisième guerre mondiale ce que les accords de Munich furent à la seconde. 

Ce n’est pas pour rien que ces manifestants libanais brandissaient, le 4 novembre 1989, des pancartes comparant les accords de Taef aux accords de Munich. 

Les députés libanais sont en effet arrivés à Taef à l’anniversaire du traité de Munich, le 30 septembre, pour trouver, comme les signataires de Munich, un traité tout fait à signer, qui légalisait l’occupation d’un pays innocent par son voisin, lequel était gouverné et dominé par des criminels, à ceci près qu’Hiltler, en 1938, n’avait pas encore fait ses preuves, contrairement à ses admirateurs Hafez Assad et Abdel-Halim Khaddam en 1989.

En vertu de ce traité, le 13 octobre 1990, l’armée syrienne, soutenue par les Etats-Unis et la communauté internationale, occupa le palais présidentiel et le ministère de la Défense libanais.

Lina Murr Nehmé, 29 septembre 2019

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De Gaulle et le Liban

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On peut aimer ou non certaines actions politiques du général de Gaulle. Mais on ne peut nier sa stature politique et morale, à laquelle ne peut se comparer celle d’aucun de ses successeurs. Je ne parle pas seulement du fait qu’il utilisait sa vaisselle personnelle quand il ne recevait pas des officiels, afin d’être sûr de ne pas ébrécher la précieuse vaisselle payée par le contribuable français. Je ne parle pas seulement du fait qu’il refusait de faire payer à l’Etat sa note de gaz… et le reste. Je parle aussi de sa politique envers le Liban, auquel il a donné son indépendance, ce que n’avaient pas fait ses prédécesseurs, malgré la convention faite avec les Libanais en 1919-1920. Car le mandat français a été demandé par les Libanais pour être protégés des Arabes et pour avoir le temps de se constituer une armée et des institutions modernes permettant de résister aux appétits des voisins. 

Qu’ont fait du Liban les successeurs de De Gaulle, qui, après le choc pétrolier de 1973, ont tout fait pour obtenir l’amitié des potentats saoudiens? Et pour ces derniers, vous le savez, la charia prime. Et il est illégal d’après la charia, qu’un chrétien gouverne un musulman. Donc les chrétiens du Liban devaient perdre tout pouvoir pour que la charia soit appliquée. Ce fut l’origine de la guerre du Liban. Et si elle est si compliquée, c’est parce que les Libanais ne se sont pas laissé faire. La guerre qui commença le 13 avril 1975, le même jour que celle du Cambodge, aurait dû se terminer en une semaine, comme celle du Cambodge. Mais elle dure encore. Car c’est une guerre des coulisses qui se fait en Arabie. C’est pourquoi c’est la mort de Rafic Hariri le Saoudien, qui libéra le Liban de l’occupation syrienne, et non la mort d’Hafez el-Assad. Et c’est pourquoi aussi, le départ des Syriens ne changea rien à l’état du Liban. Et on vous dit: “Ça, c’est le Liban.” Non. Ça, ce n’est pas le Liban. Ça, c’est ce qu’en ont fait la volonté saoudienne et la veulerie occidentale.” 

Vous verrez la différence le jour où la famille Saoud tombera. Et ce jour est proche.

Lina Murr Nehmé, 21 juillet 2019

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