Interview de Lina Murr Nehmé avec Abdou Sammar dans l’émission « Sans tabous avec Abdou » du 16 décembre 2024.
Introduction d’Abdou Semmar
« L’histoire est en train de se dérouler sous nos yeux depuis le 8 décembre dernier. Ce qui était ce qui était impossible ou qui nous semblait impossible est devenu possible : le régime de Bachar el-Assad a chuté. Nous avons vu une nouvelle Syrie – qui est en train d’émerger sous nos yeux. Nous avons vu un nouveau Proche-Orient qui dans les rapports de force est en train de changer profondément.
« Depuis cette date, tout le monde est obsédé par une seule et même question qui revient sur toutes les lèvres : que va-t-il se passer après ? Que va-t-il se passer après que celles et ceux qui étaient classés comme étant terroristes sont devenus aujourd’hui des héros, et que ce dictateur qui était considéré comme le dernier barrage face à la fois l’occupation israélienne et aussi l’expansion de Daech et de l’islamisme, est devenu un fuyard qui se réfugie à Moscou ?
« Les gens, en Algérie comme ailleurs, sont totalement perdus ; ils sont désorientés ; ils ont besoin de comprendre ; ils se posent des questions ; et dans le flux d’information que nous subissons aujourd’hui il est pour nous très important de donner la parole à des experts qui ont la lucidité, la sagesse et le bon sens d’analyser les événements à leur juste valeur, et de nous fournir les clés de compréhension de leur complexité.
« Pour cette raison, j’ai aujourd’hui l’immense plaisir – franchement l’immense plaisir – et un grand honneur de recevoir sur notre plateau une grande dame vraiment, une grande dame qui peut-être n’est pas suffisamment lu en Algérie – on le déplore ; mais j’espère qu’après cette émission, elle sera de plus en plus sollicitée en Algérie. J’ai le plaisir d’accueillir madame Lina Murr Nehmé. C’est une francolibanaise, une politologue, historienne et islamologue à la fois.
« Vous avez beaucoup travaillé sur l’histoire du Liban mais vous avez beaucoup travaillé aussi sur les questions de l’islamisme de son impact à la fois régional et local. Vous avez aussi analysé énormément d’événements qui ont ponctué tout au long de la crise syrienne depuis 2011…
« Madame… on l’a vu depuis le 8 décembre : la Syrie est en train de changer radicalement. Est-ce qu’on doit avoir peur, plus qu’autre chose ? Ou est-ce que ce pessimisme serait insultant à l’égard des Syriennes et des Syriens – mettre plus en valeur nos angoisses que le bonheur qu’on doit partager avec un peuple qui se libère, qu’on le veuille ou non, du joug d’un dictateur absolutiste ? »